- Discours
de M. Henri Laudier prononcé le 1 er juillet 1928 pour
l'inauguration de l'Aéroport de Bourges
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- Monsieur le Préfet,
Mesdames,
Messieurs,
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- Quiconque se serait permis d'affirmer,
il y a un peu plus de six mois, que nous verrions aujourd'hui,
en ce beau premier jour de juillet, l'inauguration de l'Aéroport
de Bourges, eut bien surpris nos concitoyens qui - il faut bien
le reconnaître, et c'est du reste un peu la vertu de la
race - ne se décident à agir qu'après avoir
mûrement réfléchi.
- Ce n'est donc point sans avoir troublé
quelques respectables habitudes et, avouons le sans avoir suscité
un peu de mécontentement et beaucoup d'irritation, chez
nos braves propriétaires de ces lieux que nous avons pu
réussir ce véritable tour de force.
- Je m'en excuse très amicalement
auprès d'eux, mais nous n'avions ni le choix des moyens,
ni celui de l'heure. Il nous fallait aboutir dans le délai
imparti sous peine de perdre l'occasion depuis si longtemps recherchée
de doter notre vielle ville de Bourges d'un champs d'aviation.
- L'Aviation, mais Messieurs, est-ce que
notre cher Berry n'en a pas été l'un des berceaux
? Il y a près de vingt ans déjà, c'était
en 1910, que sur l'initiative du trop tôt disparu Pierre
d'Arenberg, le Comité de l'Aéro-club organisait
cet inoubliable Meeting du Polygone, au retour duquel nous eûmes
déjà à enregistrer une douloureuse inscription
au Grand Livre des Victimes de l'Aéronautique, celle du
brave et sympathique Blanchard.
- L'année suivante, le Conseil Général
décidait la création de cette Ecole pratique d'aviation
d'Avord, dont je salue ici les valeureux représentants,
ainsi du reste que leurs camarades de Châteauroux.
- La guerre vint et je n'ai pas besoin de
rappeler la page de gloire tracée par l'Aviation dans
les fastes de notre Histoire.
- Mais alors qu'il fallut panser nos blessures
et reconstituer notre économie nationale ébranlée
par la grande catastrophe mondiale, d'aucuns pensèrent
que l'Aviation pouvait être utile, non seulement à
la défense nationale, mais aussi à notre expansion
pacifique.
- Des lignes commerciales se créèrent,
d'audacieux et magnifiques raids firent porter au loin le rayonnement
de notre génie. Toutes les nations, du reste, firent preuve
de la plus belle et plus noble émulation, et, chacun paya
son lourd tribut à la conquête de l'Air. Hommage
aux glorieux disparus : ils ont tracé la voie ; d'autres
les suivent et sans soucis du danger, ne songent nullement à
s'arrêter.
- Nous étions donc, au lendemain
de la guerre, tous plus ou moins incités à faire
quelque chose pour l 'aviation. L'Aéro-Club du Berry s'était
reconstitué à l'appel de M Henri Hervet, pilote
de guerre, et avait organisé, en 1922, le meeting de Montifaut,
au cours duquel nous eûmes la satisfaction de recevoir
- venu par la voie des airs - M Laurent-Eynac, sous-secrétaire
d'Etat à l'Aviation.
- Fin 1926 et commencement 1927, l'idée
se concrétisa. Le Comité français de propagande
aéronautique entreprenait des tournées de conférences
dans tout le pays pour l'organisation de notre puissance aérienne
et pour le développement de l'Aviation civile et commerciale.
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- A l'appel d'un homme dont je peux dire
que notre Berry regrettera longtemps la disparition. M le président
Albert Hervet le Directeur dudit Comité, M le général
Boucabeille vint à Bourges exposer la nécessité
d'outiller le pays en vue de la généralisation
des transports aériens.
- Nous n'avions point besoin de ce nouvel
encouragement pour être convaincus, et nous poursuivions
résolument nos recherches pour doter Bourges d'un terrain
d'aviation, poussés que nous étions également
par l'Ecole d'Aviation d'Avord qui en avait un besoin urgent
pour les premiers atterrissages de ses jeunes pilotes , quant
un soir de novembre 1927, un véritable coup de théâtre
se produisit.
- Nous étions réunis à
l'invitation de l'Aéro-Club pour fêter une des plus
pures gloires de l'Aviation française, notre cher Pivolo,
quant un autre as se présenta tout menu, tout simple tout
modeste, mais combien grand par la renommée : Marcel Haegelen
!
- Interrogé sur les raisons de sa
présence inopinée à Bourges, il nous fit
connaître qu'il était à la recherche d'un
terrain d'aviation pour créer une école de pilotage
de la Maison Hanriot.
Ce fut une révélation foudroyante. Nous tenions
l'oiseau tant recherché , il s'agissait de le mettre en
cage le plus rapidement possible.
- Huit jours après cette visite mémorable,
nous avions un entrevue avec le représentant de la Maison
Hanriot et après une visite de terrains depuis longtemps
convoités, notre choix était fait.
- Des pourparlers furent immédiatement
engagés avec le Conseil Général, la Chambre
de Commerce et l'Aéro-Club pour la réalisation
des moyens financiers et grâce à l'activité
de M le Préfet, de M le Président de la Chambre
de Commerce et de M Henri Hervet, dès le 17 décembre
suivant le Conseil municipal pouvait décider la création
de l'Aéroport de Bourges.
- Les enquêtes administratives furent
menées si rapidement que dès le 20 février
1928, c'est à dire deux mois après, nous avions
le déclaration d'utilité publique. Quant au jugement
d'expropriation il intervenait le 26 mars suivant, et nous obtenions
le prise de possession d'urgence quinze jours après.
Messieurs c'est un nouveau record de vitesse à ajouter
à tous les records déjà détenus par
l'Aviation , grâce, cette fois à la célérité
des autorités administratives et judiciaires.
- Nous avions donc les terrains, mais il
fallait les aménager et surtout être prêts
pour la date irrévocable du 1 er juillet , fixée
comme point de départ, par l'Aéronautique militaire,
de l'Ecole de pilotage concédée. Je passe sous
silence toutes nos tribulations et démarches, et les difficultés
nombreuses que nous avons eues à surmonter - surtout en
une période particulièrement tourmentée
- pour ne voir que le résultat acquis : l'Aéroport
de Bourges existe, le voici !
- Grâce aux efforts de la maison Hanriot,
à son président du Conseil d'administration, M
le général Girod : à son directeur, M Outhenin-Chalandre,
et aux hommes remarquables qui l'entourent : Haegelen, Sterckx,
Huguet, Hullin, Dabard,
etc grâce à l'allant
des entrepreneurs choisis, et au cran tout à fait extraordinaire
des monteurs et des ouvriers de tous les corps d'état,
grâce aussi aux différents services municipaux concernés
qui tous se sont surpassés, nous avons pu tout de même
arriver, sans trop de retard, à la date prévue.
Certes, bien des choses restent encore à faire ou à
parfaire, mais enfin l'essentiel est fait.
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- Pour une fois, la vieille force d'inertie
berrichonne a été vaincue par la ténacité
et j'ose m'en féliciter, au nom même de tous nos
concitoyens, car ils ont maintenant compris les bienfaits que
peut attendre la Ville de Bourges de son Aéroport.
- Messieurs, je viens de vous faire le très
court, mais combien suggestif historique de l'Aéroport
de Bourges. Il me reste à vous dire, en terminant, quels
espoirs nous plaçons en lui.
- Avaricum, cité des Bituriges et
cur de la France, peut à juste titre s'enorgueillir
de doter le pays, non point d'un des premiers, mais d'un des
plus importants Aéroports qui, demain, jalonneront les
routes aériennes. Bourges vient de marquer sa place sur
la carte aérienne mondiale . C'est une grande date pour
notre histoire locale, et tous ceux qui ont été
les bons ouvriers de cette laborieuse entreprise ont le droit
d'en être fiers.
- C'est un lustre nouveau pour notre cité
antique, un lustre qui lui revenait de plein droit pour sa situation
unique, à la croisée des grandes routes internationales.
Mais c'est surtout du point de vue de son activité commerciale
et de sa prospérité économique que notre
Ville, un peu trop morte, peu être appelée à
bénéficier de la création de cet Aéroport,
de l'Ecole de pilotage et des ateliers de réparation d'avions
qui vont y être annexés.
- Puisse-je être bon prophète,
et cette institution nouvelle puisse-t-elle infuser un sang plus
généreux encore à nos vaillantes et laborieuses
populations berrichonnes. Le mérite en reviendra pour
une large part à l'Assemblée départementale,
à la Chambre de Commerce et à l'Aéro-Club
qui ont si puissamment contribué à la réalisation
de nos efforts. Comme tous nos généreux donateurs,
que tous les pionniers de cette formidable création, que
la Presse notamment, qui, comme toujours, nous a apporté
son aide bienveillante et féconde, soient remerciés.
Ils ont été à la peine, il n'est que justice
qu'ils soient à l'honneur.
- Et maintenant, Messieurs de l'Aviation,
je laisse à vos ailes majestueuses le soin de poursuivre
cette page d'histoire. Dans l'azur du ciel, allez tracer la nouvelle
voie de l'humanité, celle qui, tout en assurant la continuité
de nos libres institutions, nous maintiendra la Paix, le Droit,
la Justice et la Liberté.
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- Signé
Henri Laudier
Maire de Bourges
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