Les industrie d'armement datent
de la seconde moitié du XIX e siècle. En fait,
c'est Napoléon III qui est à l'origine de ces industries
qui vont faire la fortune de Bourges et de sa région pendant
environ un siècle, puisque la baisse de ces industrie
commence en 1990.
L'origine de ces industries d'armement
fait l'objet d'un article spécial intitulé les
Etablissements militaires : (cliquer ici)
LES ANNEES 1970 - 1990
: L'EFAB L'ETBS ET LA SNIAS AU PLUS HAUT
A la fin de la décennie
60, Bourges compte 76 000 habitants, le taux d'accroissement
est de 2,6% par an. Les spécialistes affirment que ce
taux devrait se maintenir pendant une quinzaine d'années.
Effectivement, entre 1962 et 1968, la population s'est accrue
de 16,7%, passant de 65 184 à 76 088, alors que dans la
même période, Châteauroux, la voisine berrichonne,
n'augmentait que de 5%, mais que Tours avait un taux d'expansion
record de plus de 22%.
Le milieu industriel est très
important puisque trois ensembles dépassent les 3000 salariés,
ce qui est exceptionnel dans la région.
Les Etablissements militaires font
travailler plus de 4000 personnes, avec l'EFAB ( devenue GIAT ) et l'ETBS. Ces activités
sont encore viables, car plusieurs arsenaux ont été
fermés ou restreints, comme à Limoges, Tulle ou
Châtellerault. D'autre part, l'ERGMA, qui est un vaste
entrepôt et un centre de réparation du matériel
d'artillerie, est un complément local intéressant
pour cette activité.
L'ESAM (Ecole Supérieure d'Application du Matériel),
déplacée de Fontainebleau à Bourges en 1965,
utilise près de 900 personnes et forme chaque année
500 officiers et 2000 sous-officiers.
Depuis 1967, l'EFAB a été
découpé en trois secteurs : les études,
la fabrication et la formation. Les études représentent
25% de la main-d'oeuvre de l'établissement berruyer, pour
un chiffre d'affaires de 40 millions de francs, alors que le
secteur fabrication en réalise plus de 200 millions. Sur
le plan des activités techniques et des produits, on trouve
l'artillerie, la grande spécialité locale, mais
aussi la pyrotechnie et l'armement de moyen calibre, lequel était
auparavant situé à Mulhouse.
L'artillerie est l'élément
principal de cette production et Bourges est le seul établissement
de ce type, les calibres peuvent aller jusqu'à 155 mm.
Il faut aussi signaler que si l'activité pyrotechnique
dans cette période est assez réduite, les responsables
sont très fiers d'une nouvelle unité de décolletage.
L'EFAB est la seconde entreprise
du département par l'importance de ses effectifs, qui
se montent à environ 2500 personnes dans les années
1970, sur une superficie de 200 hectares. Lors d'une visite de
personnalités, l'Ingénieur Général
Lévy, directeur de l'Etablissement, évoquera le
parc des machines-outils, elles sont 250 au total, dont une quinzaine
à commande numérique, l'ensemble de ces investissements
représentant 26 millions de francs sur un total de 66
pour l'ensemble du site. L'atelier des grosses machines de fabrication
d'éléments mécaniques est assez spectaculaire.
Etablissement d'Etat, l'EFAB
de Bourges n'emploie que 4% de militaires, c'est en tout cas
un des messages que fait passer régulièrement l'Ingénieur
en chef d'armement, qui occupe la fonction de directeur-adjoint.
Sur un plan plus technique, c'est
le début de la gestion par des ordinateurs puissants,
et l'implantation de différents éléments,
comme un laboratoire de métallurgie de pointe, ou une
station d'autofrettage pour exécuter certains types de
tubes de bouches à feu. Il est d'ailleurs indiqué
que 7000 tubes ont été auto frettés à
des pressions de 4500 à 8000 bars.
A quelques pas de l'EFAB, le second établissement
travaillant pour l'armement, l'ETBS, investit de manière
considérable pour répondre aux essais des nouveaux
produits que sont les missiles.
La recette des missiles, avec des essais complexes d'environnements,
nécessite, pour des aspects liés à la sécurité,
des installations plus performantes. En 1962, les premiers équipements
destinés au missile ENTAC sont implantés dans la
zone pyrotechnique. En 1970, on entreprit la construction d'un
centre d'environnement, avec des chambres climatiques pour des
véhicules ou matériels de grandes dimensions.
Des organismes d'essais, situés en région parisienne,
comme à Versailles, sont rapatriés à partir
de 1959, et 5 ans plus tard, c'est l'activité "propulsion"
qui est décentralisée à Bourges.
En 1963, nouvelle étape avec la
mise en place d'un service d'études de décontamination
et de protection nucléaire dépendant de la Section
Technique de l'Armée. Il fut installé entre les
points 1000 et 2000 de l'ancien champ de tir.
Compte tenu de la croissance rapide de
l'ETBS, les bureaux installés près de la Direction,
dans l'immeuble de la Place Malus devenaient trop étroits.
Un regroupement de différents services fut décidé,
et, en 1969, la construction du nouveau bâtiment fut entreprise,
il sera inauguré à l'occasion du Centenaire (1972).
les avions militaires
L'autre grande entreprise du département
est la S.N.C.A.N., que l'on appelle alors Nord-Aviation. C'est
un établissement qui se lance, dans les années
1960, dans la grande aventure franco-allemande, avec la fabrication
d'un avion réalisé en coopération avec deux
firmes d'outre-Rhin : VFW et HFB. C'est une suite logique de
la grande réconciliation voulue par de Gaulle et Adenauer.
Bourges va donc tout mettre en place pour
construire cet avion, un cargo appelé Transall, ce qui
signifiait "Transporteur-Alliance". Un bâtiment
pour le montage sera construit en une année et le 25 février
1965 le premier Transall, piloté par Lanvario, avec à
ses côtés Morville, atterrit pour la première
fois à Bourges. Un an plus tard, le premier avion sorti
des chaînes berruyères effectue son premier vol.
Cette activité, outre son intérêt sur le
plan technique, aura une influence énorme sur le comportement
des employés qui apprendront, souvent avant les autres,
à coopérer avec l'Allemagne sur de grands projets
industriels.
Au total, il sera construit 56 avions complets et 169 voilures
pour la série, il faut noter que Bourges n'était
qu'une des trois chaînes existantes, les deux autres étant
en Allemagne. Le dernier Transall sera livré le 12 janvier
1973.
Cette période a aussi un aspect
très révolutionnaire, avec le développement
des missiles à Bourges. Dans les premières années
qui suivirent la fin de la seconde guerre mondiale, une équipe
réduite, emmenée par un ingénieur de génie,
Emile Stauff, va étudier pour le compte de l'Arsenal de
l'Aéronautique à Châtillon-sous-Bagneux,
ce que chacun appelait alors des "engins spéciaux".
Ces armes vont se développer et la SNCAN de Bourges récupérera
la fabrication de ces "engins" qui étaient des
fusées guidées, destinées à détruire
des chars, des avions ou des navires. C'est en 1958 que Bourges
fabrique pour la première fois un missile, baptisé
SS10. Pour ce faire, une usine est sortie de terre et ce ne fut
pas sans mal. En plein conseil municipal, les passions vont s'exacerber.
Le débat entre le maire Louis Mallet et son opposant communiste,
Robert Chaton, ne sera pas toujours très tendre. En 1957,
alors qu'il s'agit de délibérer sur cette usine
"rangée en première classe des établissements
dangereux", M. Chaton s'exprime ainsi :
"Nous ne sommes absolument pas convaincus
que l'installation de cette usine ne présente aucun danger,
c'est un établissement classé dans une catégorie
dangereuse qui sera installé, non pas à proximité
de la ville, mais pas tellement loin tout de même".
Malgré le doute de certains, le
conseil municipal accepte cette usine, M. They ayant eu quelques
dernières inquiétudes qui montrent que la communication
entre les entreprises et les autorités locales était
assez défaillante, le conseiller municipal dira ainsi
sur ce sujet :
"....On a parlé d'engins explosifs ; je crois savoir
que ce sont des engins téléguidés inertes,
qu'ils ne sont pas munis d'explosifs, encore moins d'appareils
atomiques. De toute façon, ce ne sont pas des engins nucléaires".
Dans les années 1960, l'établissement
berruyer va littéralement "éclater",
avec une activité double : des avions, Transall et Nord
262, et des missiles dont le plus célèbre s'appelle
le SS11. Ce missile, dit de "première génération",
est un antichar parmi les plus efficaces au monde, mais la gamme
des productions ne s'arrête pas là, il y a aussi
des AS 30, AS 20 et autres ENTAC.
Comme l'écrit un spécialiste
du domaine industriel dans "Zones industrielles de France",
la SNCAN devenue SNIAS, avec ses 3000 employés,
"a
eu une expansion remarquable au cours de ces dix dernières
années avec le renouvellement de l'usine d'avions, aux
ateliers entièrement modernisés, et à l'implantation
d'une usine d'engins".
Et l'expansion n'est pas terminée puisque 200 hectares
de bois sont en cours d'aménagement au début des
années 70, au lieu-dit "Le Subdray", pour en
faire un centre d'essai, "avec 400 ingénieurs et
techniciens venus de la région parisienne".
1990 : Le mur de Berlin
tombe, Bourges tremble
La fin de l'année 1989 marque un
tournant dans le monde avec l'éclatement de l'URSS. Le
symbole le plus visible est la chute du mur de Berlin, le 10
novembre 1989. C'est un bouleversement géo politique que
peu de gens ont prévu, et nul ne mesure les conséquences
pour la vie de tous les jours dans nos pays démocratiques.
Plus tard les Berruyers comprendront l'influence de la fin de
la guerre froide sur l'économie locale. La mono-industrie
de l'agglomération berruyère avait donné
du travail pendant 120 ans à des familles qui entraient,
de père en fils dans les "Etablissements Militaires",
c'est à dire, l'EFAB, l'ETBS, Luchaire, le MCRO ou l'Aérospatiale.
La chute du mur, avec la fin de la guerre froide débouche
sur un bouleversement radical du marché de l'armement.
Les fabricants de chars d'assaut ou de missiles perdent une grande
partie de leurs clients. Progressivement, les Russes "bradent"
pour des pays d'Afrique ou d'Asie, les matériels de guerre
qu'ils avaient en surplus.
Mais ces industries étatiques avaient "les reins
solides", et chacun pense que rien ne se passera de négatif.
Sur le plan politique, lorsque l'on demande aux Berruyers, à
l'automne 1991 : "compte tenu de l'effondrement du système
communiste dans les pays de l'Est, votre opinion sur M. Jacques
Rimbault, maire communiste de Bourges, s'est-elle plutôt
améliorée ou plutôt dégradée
?", la réponse est sans ambiguïté, 17%
répondent que leur opinion s'est améliorée,
14 % dégradée et 69% déclarent que rien
n'a changé.
A la mi-1990, c'est à dire six mois
après la chute du mur, un autre événement,
loin de Bourges porte le glas de nos industries triomphantes.
Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït,
son voisin. L'occupation du Koweït et de son pétrole
peut mettre en danger l'économie mondiale. Sous le couvert
de l'ONU, une réplique est organisée par les Etats
Unis, avec l'assistance des pays de l'Europe dont la France.
Cette crise majeure, avec toutes les rumeurs sur la guerre chimique
ou bactériologique touche la population. Ainsi, parmi
les otages, prisonniers à Bagdad, figurent plusieurs technicien
de l'Aérospatiale de Bourges. Ils seront relâchés
par Saddam Hussein à l'automne.
Beaucoup, à Bourges, connaissent bien l'Irak et le Koweït,
ce sont " nos meilleurs clients ". Saddam Hussein a
beaucoup acheté : des canons, des camions et surtout des
missiles. L'Irak possède des "Milan", des "Gazelle"
équipées du missile Hot, mais aussi des systèmes
d'armes "Roland" depuis la guerre Iran - Irak, et enfin,
des Exocet et des AS30. L'Irak fait vivre la division missiles
d'Aérospatiale depuis une dizaine d'années, et
les bénéfices réalisés ont permis
de développer et de fabriquer à Toulouse
..
Les Airbus !
La guerre du Golfe se termine au début
de 1991 par les bombardements massifs de l'Irak. Les conséquences
pour les industries d'armement de Bourges sont redoutables. La
France perd "son client", quant aux américains,
ils ont gagné la guerre et restent sur place pour faire
du commerce. Après le temps de la guerre, c'est celui
du business, ils vendent leurs matériels de guerre à
bas prix
. Et la France ne vend plus grand chose.
Les industries d'armement locales souffrent,
c'est la perte des emplois et les plans sociaux qui se succèdent.
Ainsi Aérospatiale passe à Bourges, en 10 ans de
3000 à moins de 2000 employés. Le refus pour cette
firme de poursuivre et accentuer la fabrication de sous-ensembles
d'avions est alors une erreur grave. Sur le plan syndical et
politique, c'est le temps des motions, des interventions, des
défilés, mais rien de très efficace.
Le mirage de la diversification qui a de
nombreux partisans du côté de la municipalité
de gauche est un leurre. Les chariots élévateurs
du GIAT ne sont pas concurrentiels. La ville de Bourges s'enfonce
dans la crise, avec le départ des jeunes qui ne trouvent
plus d'emplois sur place.
Il faut attendre 1995 pour que les Berrichons prennent conscience
que les industries d'armement n'ont plus d'avenir, il sera possible
d'en conserver une partie, car il y a des moyens, des bâtiments
et des compétences, mais un développement est désormais
exclu. En attendant, la municipalité de Jacques Rimbault,
reste sur le petit nuage du résultat des élections
municipales de 1989 et JR est au sommet.
Les difficultés
des industries d'armement
Le 17 décembre 1992, les industries
d'armement de Bourges souffrent. J. Rimbault fait un peu d'humour
sur ce sujet difficile : " Si je comprends bien, il faudrait
que la ville achète l'Aérospatiale pour résoudre
les problèmes d'emplois ?". Christine Branchu répond
sur : "les larmes de crocodile du ministre de la Défense
sur les problèmes d'emplois militaires".
C'est dans ces circonstances que l'ETBS, fête le 12 septembre
1992, l'anniversaire de ses 120 ans, avec des visites, des tirs
de 155 TR, de 90 de Bange et de 75/97. GIAT de son côté,
signale que 5000 blindés estampillés Giat Industrie
sont en service dans le monde. Les grands programmes sont alors,
le char Leclerc, appelé le " premier char de combat
de la 3e génération ", alors que l'AMX 10
RC doté d'un canon de 105 est un véhicule blindé
léger qui s'exporte bien.
Dans ce contexte, la municipalité acquiert sur le site
de Lahitolle, 2,5 hectares afin de mettre en place l'Ecole d'Ingénieurs.
Sur ce site, l'activité industrielle d'armement se réduit,
et la direction des Services Fiscaux s'installe sur ce lieu.
Enfin avec les firmes comme Groupama ou TDF, "une montée
en puissance du PIPACT se poursuit à un rythme supérieur
à nos prévisions" déclare alors le
maire de Bourges.
Deux années plus tard, Patrick Martinat
signe un article du Monde du 11 avril 1994 intitulé "le
Cher en état de choc", chacun prend conscience de
la crise des industries d'armement. Après avoir souligné
qu'un emploi sur 5 à Bourges dépend des industries
d'armement il note que les entreprises comme Giat industrie ou
Aérospatiale multiplient les "plans sociaux"
et les "départs" affectant plusieurs centaines
de salariés. Le journal insiste sur le dilemme des dirigeants
communistes locaux qui "veulent défendre les emplois
de l'armement et s'élèvent contre l'emploi des
armes". En juillet 1993, le maire Jean Claude Sandrier constatait
déjà " que la coupe était largement
pleine, il qu'il fallait arrêter ce massacre de l'emploi
à Bourges et dans le Cher", tout comme Jean
François Deniau qui bloquant les institutions de l'Assemblée
départementale dont il était président voulait
"obtenir des assurances de la part du gouvernement".
Les revendications passent par la demande d'une diversification,
et d'une délocalisation.
Du côté d'Aérospatiale,
l'activité des missiles a faibli à partir de 1985,
mais l'arrivée de charges avions et hélicoptère
à un niveau de transfert très élevé
a laissé à penser " qu'il ne serait
pas nécessaire de procéder à des adaptations
douloureuses d'effectifs" pour reprendre la formule
du directeur de Bourges de l'époque Philippe Le Corviger.
L'espoir demeure, il vient de la mise en
uvre de techniques de production nouvelles avec des ateliers
automatisés flexibles et une bonne approche de l'informatique,
à travers le projet européen intitulé Paradi.
Et puis, chacun attend la "fusion" entre les usines
de missiles de Bourges et celle de Dasa à Nabern en Allemagne.
Un fol espoir déçu, la haute technologie et la
compétence des équipes ne suffiront pas. Dans toute
entreprise il faut un réel engagement des directions,
en particulier parisiennes, il n'existera pas !