1939, chacun sent, à Bourges
comme ailleurs que la guerre contre l'Allemagne nazi d'Hitler
est proche, ce sont des années de drames qui vont toucher
de nombreuses familles berruyères.
Cet article important comporte de nombreux
chapitres vers lesquels chacun peut aller directement :
- Bourges
Ville ouverte
Face aux
Allemands
Les premiers
mois de l'Occupation
Laudier
et Pétain
- De
l'opposition à la lutte
L'industrie
berruyère travaille pour l'Allemagne
Le quotidien
au temps de l'Occupation
1942,
le virage du conflit
-
- Voir
aussi La Libération de Bourges
La situation internationale est dramatique,
le pacte de non-agression, signé entre Staline et Von
Ribbentrop, ce dernier représentait Hitler, tonne dans
le ciel de France. Pour de nombreux communistes, cet acte n'est
pas explicable, malgré la foi qu'ils ont dans l'action
du "Petit Père des Peuples". Les journaux communistes,
comme l'Humanité et le Soir sont saisis.
Dans leur ouvrage sur "Les combattants de la Liberté",
consacré à la Résistance, Pigenet et Cherrier
au début du livre tentent quelques explications :
"Sans nous attarder sur cet événement,
il importe d'en rappeler les circonstances. Alors que la France
et la Grande-Bretagne se refusent à toute discussion sérieuse
d'un accord avec l'U.R.S.S., celle-ci - instruite par Munich
- ne peut prendre le risque d'une guerre pour laquelle elle n'est
pas préparée".
Les auteurs ajoutent que le Parti Communiste,
s'il approuve le pacte, a aussi rédigé un communiqué
affirmant qu'en cas d'attaque Allemande, les communistes se battront.
En attendant il y a comme du "flottement". L'Emancipateur
dès le 26 août est saisi, et le Parti Communiste
subit l'hostilité croissante de la population, il est
en état de totale désorganisation.
Le 1er septembre 1939, à 4 h 45, les troupes motorisées
Allemandes pénètrent en Pologne. Cinquante
trois divisions écrasent les Polonais, c'est la "Blitzkrieg"
ou "guerre éclair" dans laquelle la Luftwaffe
se montre d'une redoutable efficacité. En France et en
Angleterre l'ordre de mobilisation générale est
affiché et le 3 septembre, les deux pays déclarent
la guerre à l'Allemagne.
Le 21 octobre 1939, Henri Laudier, devant son Conseil Municipal lit une déclaration
sur les récents événements. Il retrace la
lente marche vers la guerre depuis la remilitarisation en 1936
de la Rhénanie. Il ajoute que "brusquement, l'annexion
brutale de l'Autriche en mars 1938 nous ouvrit les yeux".
Puis ce fut l'affaire des Sudètes en septembre 1938 et
"chacun comprit que le Reich hitlérien allait nous
acculer inévitablement à la guerre".
C'est à ce moment, après avoir rappelé les
derniers événements qu'il parle du pacte entre
Hitler et Staline :
"... La
Pologne, malgré son héroïque résistance
.... fut lâchement assassinée dans le dos par la
Russie soviétique accourue à la rescousse du nazisme
féroce et dominateur". Laudier
ajoute que le 3 mars 1927, il avait reçu à Bourges
des représentants du Parlement de Pologne. Et puis c'est
le discours très majoritaire en France sur l'attitude
du Parti Communiste Français. Pour le maire, "cette abominable collusion
de deux régimes si profondément opposés,
quoi qu'également autoritaires et despotiques, a soulevé
le monde civilisé d'un profond dégoût". Il rappelle que le gouvernement a été
obligé de décréter la dissolution du Parti
Communiste Français le 26 septembre, ce parti "plus attaché à
l'obédience stalinienne qu'à son impérieux
devoir vis à vis de la France. Loin de reconnaître
son erreur, le Parti Communiste, à part quelques exceptions,
voulut se reconstituer sous une autre appellation... il n'est
point besoin d'insister sur cette lamentable fin d'un parti qui
avait tant promis et si peu tenu".
Il y a dans ces paroles de Laudier une
forme de revanche par rapport à son combat politique depuis
toujours contre "les bolcheviks", mais ce n'est pas
un propos uniquement politicien, il donne un avis, qui est largement
partagé par les Français. Le premier décembre,
à l'issue d'une séance à la Chambre des
Députés, les Communistes sont mis hors la loi et
Gaston Cornavin, Député du Cher, est arrêté.
Les Communistes vont être mis très longtemps
au ban de la société, et seule l'entrée
de Hitler en URSS, puis la Résistance leur redonneront
la virginité qu'ils avaient perdue.
1940, la "drôle de guerre"
se poursuit depuis le mois de septembre 1939. Les mois passent,
les français chantent le grand succès de Ray Ventura
"On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried".
Paul Raynaud devient le Chef du gouvernement et le Général
Gamelin poursuit les études sur ses cartes d'Etat-Major,
pour gagner cette guerre qui n'en fini pas de commencer.
C'est le 10 mai 1940 que l'offensive Allemande est déclenchée.
Les troupes d'Hitler envahissent la Belgique et la Hollande,
les Alliés sont surpris, ils se replient sur Dunkerque,
et c'est le début de la débâcle. Le 15 mai,
les premières divisions blindées du général
Kleist enfoncent les armées françaises de Huntziger.
La ligne Maginot est contournée, elle ne servira pas,
les Stukas sont maîtres du ciel de France, c'est la fin,
la bataille est perdue. Le 14 juin, les Allemands occupent Paris,
le 16, ils traversent la Loire. En moins d'un mois, l'incroyable
s'est produit. Les Allemands déferlent bientôt sur
le Berry.
BOURGES
VILLE OUVERTE
Le premier signe de ce qui sera la défaite,
c'est le passage en direction du Sud des troupes françaises.
Le VIIe Corps d'Armée, avec les 27e et 28e Divisions sont
en Berry, et occupent quelques jours Saint-Florent et Châteauneuf
sur Cher. Bientôt, des éléments des Ier et
XVIIième Corps d'Armée traversent Bourges, et s'en
vont, le 15 juin 1940 vers le sud du département.
C'est alors que Bourges et le Berry subissent des bombardements.
Les villages du nord de Bourges, Saint-Satur, la Chapelle d'Angillon
ou Sancergues sont atteints par les bombes. Les morts sont nombreux.
A Bourges, une quarantaine de bombardiers allemands larguent
leurs bombes sur l'aéroport et l'usine d'avions, il y
aura une cinquantaine de morts et 350 blessés le 5 juin
1940.
L'aéroport était défendu par Marcel Haegelen,
le 6 juin alors que l'on annonce à nouveau l'arrivée
imminente de 6 bombardiers Heinkel 111, l'As de 1914 prend un
avion de chasse Curtiss, et avec deux pilotes polonais, eux aussi
à bord de ces avions venus d'Amérique, ils s'envolent
à la rencontre des allemands. Au dessus de la campagne,
entre Morogue et la Chapelle d'Angillon, Haegelen va abattre
un avion ennemi, ce sera son 23e si on compte les 22 de la guerre
précédente. Les 5 autres bombardiers s'enfuient.
Mais ces actes de bravoure ne doivent pas
cacher la réalité : l'armée française
est défaite, en Berry comme ailleurs. A Bourges, la défense
pourtant s'organise alors que les troupes nazies ont franchi
la Loire et arrivent à la limite du département
du Cher, les ponts sur l'Auron sont minés, les hommes
de la division cuirassée se mettent en position pour défendre
la Ville coûte que coûte, comme cela est indiqué
sur un message reçu du Maréchal Pétain.
Pour Laudier qui a vu la puissance aérienne de l'ennemi,
il n'y a pas de solution et défendre sa Ville n'a aucun
sens. Elle sera détruite. Le 18 juin, au moment même
où le Général de Gaulle depuis Londres lançait
un appel que bien peu de berruyers ont sans doute entendu, Laudier
se débattait avec le gouvernement pour que Bourges soit
déclarée "Ville Ouverte". Ce n'était
pas simple. En effet, le 17 juin, le Maréchal Pétain
s'était adressé à la radio aux français
"c'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui
qu'il faut cesser le combat". Mais si l'armistice est signé
le 22 juin et mis en application le 25, il y a dans ces ordres
flous et contradictoires de ces journées beaucoup d'improvisation.
Que faire et qui écouter ?
Dans ces heures, plusieurs conversations dramatiques se déroulent
entre le Maire et les responsables du gouvernement à Bordeaux
pour que Bourges ne soit pas défendue. Cela dure toute
une partie de la nuit. Ne pouvant obtenir le Ministre de l'Intérieur
Pomaret, c'est finalement son Chef de Cabinet, M. Michel qui
est en ligne, il rappelle les ordres de Pétain : Bourges
doit être défendue. L'angoisse est à son
comble, lorsqu'un coup de téléphone de Bordeaux
indique que les villes ayant plus de 20 000 habitants seront
déclarées "Ouvertes". Au milieu de la
nuit, l'ordre était confirmé. Au matin de ce 19
juin, un mercredi, Laudier annonçait à la population
que Bourges était Ville Ouverte, et la Division cuirassée
quittait la Ville. Seuls, quelques soldats sénégalais
resteront, ils tireront contre les premières troupes allemandes
motorisées arrivant en ville, aux alentours du cimetière
Saint-Lazare, mais ils seront vite neutralisés.
Sans combat, la Ville de Bourges est "sous
la botte Allemande" pour reprendre le titre d'un remarquable
document écrit par Edmond Jongleux. Dans ces 267 pages
dactylographiées, le Secrétaire de la Mairie retrace,
parfois au jour le jour, ce que fut la vie quotidienne des berruyers
pendant 4 ans. Il est assez déplorable que nul n'ai jamais
songé à faire éditer ce document. Il y a
encore aujourd'hui des tabous, cette période en est un.
Les Allemands, avec, à leur tête, un Major arrivèrent
à l'Hôtel de Ville et furent surpris d'y trouver
le Maire, en place ; dans la plupart des villes, ils n'avaient
trouvé aucun interlocuteur officiel, présent à
son poste. Ils étaient, de l'avis des témoins,
"forts corrects", pour cette première prise
de contact, ils demandèrent à Laudier de leur désigner
des otages. Le Maire, très calme et sûr de lui refusa,
il argumenta qu'il ne bougeait pas de sa Mairie, et qu'il pouvait
être considéré comme un otage.
Les troupes Allemandes s'installaient, elles commençaient
à réquisitionner tout ce dont elles avaient besoin.
Comme le rappelait Pierre Jacquet, un futur responsable de la
Résistance locale, les Nazis avaient sur place, un terrain
d'aviation, une usine d'avions, des Etablissements Militaires,
une situation idéale, Bourges serait donc en zone occupée
!
Et ce sera la dure vie des berruyers,
pendant 4 ans, du sang et des larmes, avec des personnages odieux,
comme le berrichon Paoli, ou des hommes remarquables comme Alfred
Stanke, le Franciscain de Bourges. Laudier, lui, va continuer
à agir en administrateur, il aborde la période
la plus tragique de sa vie. Ces mois qui vont venir contribueront
à le déconsidérer et à occulter l'ensemble
de son oeuvre.
FACE AUX ALLEMANDS
Après la signature de l'armistice
dans le wagon de Compiègne, c'est la tragédie de
Mers el-Kébir le 3 juillet, au cours de laquelle les britanniques,
pour éviter que la flotte française ne tombe aux
mains des Allemands, détruisent les navires français,
il y aura 1300 morts et un contentieux avec les Anglais ... qui
dure encore.
Sur le plan politique, le parlement est réuni au Casino
de Vichy. Il s'agit de voter l'article unique du projet de loi
constitutionnelle. La majorité du Parlement vote avec
569 voix pour et 80 contre et donne les pleins pouvoirs à
Pétain. Cette Chambre était celle ... élue
en 1936, c'est à dire celle du Front Populaire !
Dans ce vote, les parlementaires du Cher
sont divisés, les modérés Massé et
Breton, ainsi que les socialistes Lazurick et Castagnez votent
"la déchéance de la République".
Le Député Communiste Cornavin ne prend pas part
au vote, il est toujours emprisonné, quant aux sénateurs,
Laudier vote les pleins pouvoirs à Pétain, seul
Marcel Plaisant vote contre, il est, lui, dans les 80 courageux.
Ainsi, "l'Assemblée Nationale
donne tous pouvoirs au gouvernement de la République,
sous l'autorité du Maréchal Pétain à
l'effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle
constitution de l'Etat français. Cette constitution devra
garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie".
La France est donc sous le joug des Allemands ou des ultras de
Vichy, Laval, Darlan et autres Marquet sont au pouvoir aux côté
du vieux Maréchal. Les "responsables de la défaite",
c'est à dire Blum, Daladier, Mandel et Gamelin sont arrêtés
et emprisonnés et les premières lois contre les
Francs-Maçons puis contre les Juifs sont publiées.
La plus noire période de notre histoire commence.
Cette période sera traitée
de façon complète dans le second volume de l'Histoire
de Bourges au XXe siècle, avec les collaborateurs, Paoli
et "sa clique", les Résistants, comme les Frères
Cherrier, Melnick ou Roland Champenier, un héros méconnu
en Berry. Le présent ouvrage n'évoquera que la
partie historique dans laquelle Laudier est intervenu.
Il est 17 h 15 à Bourges lorsque
se réunit le 27 juillet 1940, le Conseil Municipal, sous
la présidence de Laudier. La séance commence par
une courte allocution du Maire :
"Depuis notre
dernière séance, que d'événements
imprévus ou douloureux se sont produits. Tout d'abord,
l'armistice et l'occupation d'une notable partie de notre pays
par l'armée allemande, conséquence de la désagrégation
de nos forces militaires. Ensuite l'Assemblée Nationale
de Vichy décidant la révision de la Constitution
et conférant les pouvoirs suprêmes à M. le
Maréchal Pétain. L'une est la conséquence
de l'autre.
Dans ces pénibles conjonctures, le pays ne doit pas s'abandonner
au désordre et au chaos... Il m'est infiniment agréable
de constater la belle tenue de notre chère cité.
Elle s'est tirée à peu près indemne de ce
qui aurait pu être une tragique aventure.
Pour l'heure qui est critique, la Municipalité se fera
un devoir de participer aux mesures urgentes qui devront être
prises pour donner du travail à ceux des démobilisés
et repliés qui vont bientôt rejoindre leur foyer.
Quoi qu'il en soit, je continuerai, avec le concours de chacun
de vous, à faire tout ce qui est en mon pouvoir... pour
que la vie matérielle de notre cité soit assurée
dans les meilleures conditions possibles".
Ainsi Laudier, malade, faisait front, il se voulait un administrateur,
abandonnant en quelque sorte l'action politique, cherchant à
faire traverser cette période le mieux possible pour les
berruyers.
Après de longs applaudissements, c'est le citoyen Lice
qui prend à son tour la parole, au nom de tous ses collègues
du Conseil Municipal il s'exprimera ainsi :
" ... Mes collègues
vous sont reconnaissants d'avoir su épargner à
la Ville de Bourges les horreurs d'un bombardement qui n'aurait
eu pour résultat que : sacrifier des vies humaines, détruire
notre ville, toutes ses oeuvres d'art et nous faire subir pendant
longtemps des représailles, comme cela s'est produit dans
des villes environnantes, sans aucun profit pour la défense
de la Patrie.
Il ne se passe pas un jour sans qu'un ami me dise : "dites
bien au Maire que c'est grâce à lui que nous sommes
encore vivants". Mon cher sénateur-maire, vous avez
bien mérité de la ville de Bourges, entre nous,
quand nous parlons de vous, nous disons aussi affectueusement
que familièrement "le Grand". Après ce
que vous venez de faire, on dira plus tard, "le Grand Henri"
copiant en ceci les troupes d'occupation qui disent avec déférence
"Bourgmestre de Bourges, Grand Bourgmestre".
C'est le plus bel éloge que l'on puisse vous faire".
En ce début d'occupation, alors
que nul ne sait combien de temps cela durera, ni ce que sera
le comportement des Allemands, ils sont à cet instant,
très corrects, Bourges est à l'image des discours
de leurs édiles. Laudier reste calme et sûr de lui,
la population berruyère se donne à lui, comme la
France s'est donnée au Maréchal. Un des titres
de l'oeuvre considérable d'Henri Amouroux pour cette année
1940 n'est-il pas "Quarante millions de Pétainistes",
Bourges est une ville semblable à toutes les autres.
LES
PREMIERS MOIS DE L'OCCUPATION
Les premiers mois de l'Occupation ont des
côtés parfois surréalistes. C'est une période
au cours de laquelle se met en Place dans la Ville, une double
autorité, celle des Français, avec le Maire, le
Préfet et l'ensemble des Administrations, l'autre Allemande,
avec la Kommandantur. Et il y a en permanence, une lutte d'autorité,
chacun cherche à prendre ou à reprendre le pouvoir
dans son domaine. Ce n'est pas, dans cette fin d'année
1940, les ukazes et les diktats de nazis sanguinaires, c'est
une administration d'Occupation très stricte des règlements,
très paperassière. On parle de police et de maintien
de l'ordre, pas encore de Gestapo et de déportation. Tout
semble se passer entre "gens de bonne volonté",
avec les actions des uns et les protestations des autres. Lorsque
Laudier écrit aux autorités Allemandes pour leur
signaler que le bruit des avions qui prennent leur vol la nuit
indispose la population et perturbe le repos des berruyers !
Il y a soit de l'inconscience, soit de la naïveté.
Cette période ne durera pas, au fil des mois, et en particulier
lorsque les conditions de vie vont devenir insupportables, lorsque
les prisonniers ne reviendront pas, lorsqu'il n'y aura plus de
nourriture suffisante, alors, les passions et les haines vont
s'exacerber et les Allemands, que Jongleux appelle dans son étude,
"les boches", vont se montrer semblables à des
monstres, ils pilleront, violeront, déporteront et tueront
en Berry comme ailleurs.
Les premières décisions des
Allemands sont placardées sur les murs, car la presse
n'est pas autorisée à paraître. C'est ainsi
que "Le Commandant militaire de Bourges" informe la
population sur le rôle de l'administration municipale,
chargée en particulier de l'approvisionnement de la population
et de celui de la Kommandantur, "institution uniquement
militaire.... elle est à la disposition de la population
pour délivrer les laisser-passer, organiser le cantonnement
des troupes allemandes et régler toutes les difficultés
entre les troupes allemandes et la population civile". Cet
avis est du 22 juin, on ne peut être plus civilisé
et aimable !
Le second placard affiché est de la même date, il
est signé de la même personne, mais le ton est extrêmement
différent. Il est dit "que chacun doit aller
à son travail, tout pillage, sabotage et tout dommage
causé aux communications téléphoniques sera
puni de la peine de mort. La même peine sera appliquée
pour tout détenteur d'armes, ainsi que pour toute personne
qui aidera un prisonnier ou lui donnera des vêtements".
Puis suivent des articles très disparates, comme l'interdiction
de circuler en automobile sans autorisation de la Kommandantur,
l'avance de 1 heure de toutes les pendules pour être à
l'heure allemande, enfin, les horaires d'ouverture des magasins
sont précisés. Les 10 avis se terminent par un
"toute augmentation des prix est interdite, les infractions
seront punies".
Comme le fait remarquer Jongleux, l'ordre
et la discipline allemande font l'objet d'un placard qualifié
par ce berruyer "d'élucubration qui affirme le caractère
sentimental du boche". Dans ce curieux document, il est
écrit:
- La population est tenue d'observer le sens de la marche, c'est
à dire d'utiliser le trottoir droit.
- Il est défendu aux piétons de marcher sur la
chaussée.
- La population doit faire place visiblement au passage de tous
officiers et soldats allemands.
Les occupants commencent aussi à
procéder à des réquisitions tous azimut.
Le 24 juin, c'est pour mettre 60 chars à l'abri que des
hangars sont exigés. Quelques jours plus tard, des hôtels
de Bourges sont réquisitionnés tout comme les cités
de l'Aéroport : il s'agit pour les Allemands de loger
500 soldats. Le terrain d'aviation devient très vite une
base de bombardiers de la Werhmarch qui s'envolent pour aller
jeter leurs bombes sur l'Angleterre.
Mais ce sont les bicyclettes qui font l'objet de toutes les convoitises.
Entre le 11 août et le 6 septembre 1940, ce sont très
exactement 378 bicyclettes qui sont réquisitionnées,
alors que les vols de ces véhicules à roues, si
demandés, s'élèvent à 133.
Les mois passent et les demandes allemandes deviennent de plus
en plus nombreuses, aussi le 1er octobre, Laudier écrit
à la Kommandanture :
" J'ai l'honneur
d'attirer respectueusement votre attention sur l'importance de
plus en plus grande des demandes de fournitures ou de travaux
à exécuter émanant des formations ou services
installés à Bourges ou aux environs. Ces demandes
se précipitent à une cadence telle que mes services
ne suffisent plus à assurer l'exécution. A la fréquence,
s'ajoute la nature des demandes qui soulèvent toutes sortes
de difficultés : hier, c'était pour un nouveau
piano, ce matin, un billard et 15 appareils radio pour la seule
formation d'infanterie, alors que l'artillerie en demande un
seul avec haut-parleur. Il semble que cela soit un peu excessif."
Et le Maire termine ainsi :
"La Ville de Bourges commence à être démunie
de tout".
Comment réagit Laudier à
toutes les demandes allemandes ? Il utilise tout ce que la loi
lui permet pour contrer l'Occupant. Ce sont des protestations,
mais aussi des refus. Lorsque le lieutenant Haudler de la Kommandantur
écrit au Maire le 27 juin pour lui demander un guide de
Bourges avec une carte de la ville et la liste des hôtels,
il lui est répondu qu'il trouvera ces renseignements dans
des opuscules en vente dans les librairies.
Parfois Laudier se fâche, lorsqu'il apprend que les cheminées
de l'usine de Mazière et de l'usine d'incinération
ont été jetées à terre à l'aide
d'explosifs par des artificiers allemands, il écrit aussitôt
au Commandant militaire une protestation :
" J'ai appris
ce 4 juillet 1940, avec une légitime surprise que la Formation
Aérienne occupant l'Aéroport de Bourges avait fait
sauter la cheminée d'incinération des ordures ménagères,
sans même m'en avoir avisé ni officiellement, ni
officieusement.
Vous comprendrez, Monsieur le Commandant, que je ne puis laisser
passer un tel fait sans élever une protestation aussi
ferme que respectueuse que je vous prie de bien vouloir transmettre
au haut commandement de la région".
Les Allemands occupent l'Aéroport.
Ils s'en servent comme d'une base aérienne, avant de réutiliser
l'usine, pour fabriquer des avions : ce seront les Siebel qui
sortiront bientôt des chaînes berruyères avec
de très fortes cadences. Mais depuis 1928, le terrain
de l'Aéroport était un vaste champ, plat sans une
vraie piste. Les aviateurs allemands, pour permettre le décollage
et l'atterrissage d'avions de plus en plus gros entreprirent
de construire une piste en béton. Pour cela, ils vont
démolir la ferme de Maupertuis, ce bâtiment gênait
les aviateurs. Laudier une fois encore sera mis devant le fait
accompli et, une fois encore il protestera. "avec force
contre la démolition d'un immeuble communal sans aucun
préavis".
En général, Laudier n'a jamais de réponse
de ses interlocuteurs, une fois pourtant il en reçoitune.
C'était à la suite de la lettre qu'il avait envoyée
le 8 mars 1941, au lendemain de la destruction de l'Aérogare
de Bourges par les Allemands, cet édifice les gênait.
Le Commandant de l'aviation allemand va répondre de manière
on ne peut plus cynique :
"L'Aérogare civile de l'Aéroport de
Bourges devait être détruit sur ordre par suite
de nécessités militaires qui n'est pas annoncé
à la Mairie de Bourges. Les frais de la destruction et
de déblaiement sont à la charge de la Ville".
La censure s'est aussi posée sur
Bourges. Il est interdit d'écouter un certain nombre de
postes de radio et en particulier les postes étrangers,
à l'exception de ceux du Reich, du protectorat de Bohème,
de Hollande, Norvège, Luxembourg, ainsi que les postes
situés en zone occupée en France, de même
que les stations de Lyon, Marseille et Toulouse. Il s'agissait
de lutter contre l'écoute de la B.B.C. qui se développait.
De même, la presse est très muselée. "La
Dépêche du Berry" qui deviendra au fil des
mois le "Grand Journal Local de la Collaboration" est
interdit pour huit jours le 22 août 1940 pour avoir publié
sous le titre "Les raids allemands sur l'Angleterre",
une photo représentant la Cathédrale de New-York,
laissant ainsi entendre que les attaques aériennes allemandes
se portent sur les cathédrales.
Les Allemands finissent par régir
l'ensemble de la vie des berruyers, il n'est plus, après
quelques mois d'Occupation, la moindre décision qui ne
soit du ressort de la Kommandantur. Le 2 octobre un tenancier
d'hôtel, Place de la gare veut faire entendre un orchestre.
Il en fait la demande à la Feldkommandantur qui donne
l'autorisation, mais avec certaines conditions : "Il ne
peut être joué que de la musique légère
ne présentant aucun caractère de provocation. Il
est interdit de jouer de la musique de compositeurs juifs".
"Les hôtels et restaurants ne
doivent servir, à partir du 27 juin 1940, que des mets
préparés dans une marmite unique, composés
d'un seul service, sans hors-d'oeuvre ni dessert".
Le 22 juin 1940, l'Armistice est signé
à Rothondes, il entre en vigueur trois jours plus tard.
Les conditions sont épouvantables, et pourtant les Français
ne se doutent pas que les réalités quotidiennes
au fil des mois deviendront pires encore.
Ce jour-là, le maire demande que l'on mette le drapeau
tricolore, qui flotte au dessus de l'Hôtel de Ville, en
berne, mais lorsqu'il l'amène, les Allemands refusent
et le remplacent par le drapeau à croix gammée,
une forme sournoise d'humiliation.
De même, au lendemain de la signature de l'Armistice, les
Allemands, afin de fêter l'événement, avisent
la population qu'un concert militaire sera donné, sur
la place de la mairie, et, en conséquence, la circulation
des Berruyers sera autorisée exceptionnellement jusqu'à
minuit......pour faire la fête!
Un épisode peu connu de cette période
a été rappelé par Edmond Jongleux. Le 30
juin, le commandant français de gendarmerie, M. Mouliet,
était appelé par un officier de la Feldgendarmerie,
dont les bureaux étaient installés à l'Hôtel
de la Boule d'Or. A son arrivée, il lui demanda où
l'on mettait les prisonniers à Bourges. Il lui fut répondu
qu'il y avait une prison, c'était le Bordiot.
Ils filèrent au Bordiot et trouvèrent le gardien-chef
français, écroulé sur une chaise, face à
lui, un officier allemand le questionnait en ces termes : "Vous
allez me dire pourquoi vous l'avez laissé partir, je vais
vous faire fusiller !"
Il y eut une altercation entre les deux officiers allemands,
qui ne semblaient guère s'apprécier. Bientôt,
le gendarme d'outre-Rhin, toujours en compagnie de M. Mouliet,
quitta rapidement les lieux, en répétant sans arrêt
le mot "Gestapo", pour parler de son collègue
qui lui avait lancé un "fichez-moi le camp".
Que s'était-il passé au Bordiot
ce jour-là ?
Pour reconstituer cette scène, il faut remonter en novembre
1938. Un jeune juif, né à Hanovre, Michel Grynspan,
avait assassiné le conseiller de l'ambassade allemande
à Paris, Von Rath, pour se venger des violences subies
par ses parents, cet événement avait permis à
Hitler de déclencher la "nuit de cristal" contre
les Juifs.
Grynspan, arrêté par la police
française, sera incarcéré à Paris.
Lors de l'arrivée des Allemands, comme d'autres prisonniers
il sera évacué à Orléans, puis dirigé
sur Bourges. Sur la route, entre ces deux villes, Grynspan subit
un bombardement. Gardiens et prisonniers prirent la fuite, sauf
lui.... Il rejoignit Bourges et se présenta à la
prison du Bordiot, demandant à être incarcéré.
Les autorités françaises
étaient bien embarrassées, et le Procureur Général
Ribeyre conseilla au gardien-chef du Bordiot de laisser partir
cet encombrant prisonnier, ce qui fut fait. Grynspan trouva refuge
à la prison de Toulouse.
Les tractations de cette fuite avaient sans doute été
entendues par une tierce personne, française, et lorsque
les Allemands arrivèrent, ils furent avisés de
ces faits. Ribeyre sera arrêté plusieurs heures
et le gardien-chef demeurera un "certain temps" dans
les geôles nazies.
Cet épisode montre que la collaboration,
les traîtrises et les dénonciations avaient déjà
commencé à Bourges un mois après l'arrivée
des troupes d'occupation. Il permet aussi de noter qu'entre officiers
allemands de corps différents, il y avait des différences
importantes, et enfin que la Gestapo était dès
le début de l'Occupation un organisme haï, même
par certains Allemands.
Au début du mois de juillet, le maire demande aux autorités
d'occupation de bien vouloir autoriser la "reparution"
d'un quotidien, comme "La Dépêche du Berry".
Il argumente que pour prévenir la population, et diffuser
des communiqués, il faut faire appel à l'affichage
qui est "dispendieux et peu rapide". Il obtiendra gain
de cause et "La Dépêche du Berry" reparaîtra
dès le 11 juillet 1940, subissant toutefois une forte
censure de la part de l'Occupant.
Au cours de l'été, les problèmes
de tout ordre surgissent, c'est l'occupation de l'école
supérieure de garçons, par 150 aviateurs allemands,
c'est le casse-tête du change, car la monnaie allemande
doit être obligatoirement acceptée aux équivalences
de 5 pfennigs pour un franc et le mark vaut 20 francs ! Ce sont
aussi les Berruyers qui se sont réfugiés dans le
sud du département, chez des amis ou dans la famille.
Beaucoup sont à Saint-Florent, il ne leur est pas possible
de rejoindre leur logement à Bourges car la ligne de démarcation
ne se traverse pas facilement.
La conduite des troupes allemandes, dans
ces premiers mois, n'est pas répréhensible, il
y a des règlements, souvent très administratifs
et tatillons, et les réquisitions de logement sont très
désagréables, mais les relations entre les autorités
d'occupation et les Berruyers ne sont pas conflictuelles ni haineuses.
Le Lieutenant Colonel Scheel, nouveau Commandant militaire du
département du Cher, fait insérer un avis sur des
problèmes de ravitaillement :
"... Les tâches les plus
importantes seront tout d'abord d'engranger les blés,
de faire les battages, les semailles, de remettre en mouvement
la vie commerciale et industrielle. La Kommandantur travaillera
loyalement avec les autorités françaises et les
représentants de l'agriculture, du commerce et de l'industrie.
Chaque Français se doit de participer activement au salut
public et à la coopération mutuelle".
Les autorités locales de Bourges
se préoccupent aussi du chômage, et le préfet
demande à la municipalité une liste des travaux
qui pourraient être effectués. Le 8 août 1940,
des renseignements sont fournis. On trouve la terminaison de
la Salle des Fêtes, le terrassement du Parc des Sports,
l'achèvement de l'usine d'incinération, le percement
du cours Avaricum, l'élargissement de l'avenue de la gare
et la finition du nouvel Hôtel-Dieu.
Il y a effectivement beaucoup de travaux
à terminer, mais nul ne sait où trouver les fonds,
les ressources municipales ne sont pas suffisantes.
Le ravitaillement est le souci numéro
un, car les achats massifs puis les perquisitions effectuées
par les troupes d'occupation sont tels que la population civile
ne reçoit presque plus rien, et les denrées voient
leur prix grimper. Les habitants ne peuvent plus aller à
la chasse, les fusils ont été confisqués,
et il leur est interdit de pêcher. Cette dernière
mesure sera rapportée, avec la publication de ce communiqué
:
"Tous les gens qui possèdent
une carte valable de la Société des Pêcheurs
peuvent venir chercher l'autorisation directement à la
Kommandanture de Bourges".
LAUDIER
ET PETAIN
Il n'est pas simple d'étudier quels
furent les sentiments de Laudier, l'ancien "gauchiste"
de l'Emancipateur, l'ancien Socialiste pur et dur, vis-à-vis
du Maréchal Pétain et de son entourage, c'est à
dire cette droite ultra, catholique et fasciste. Toute analyse
en ce domaine, même en 1993 est sujette à controverse.
Pour avoir écrit dans un précédent ouvrage
que Bourges était "une ville que l'on peut qualifier
de "Pétainiste" en 1941", j'ai reçu
des lettres de protestation et certaines admonestations de vieux
berruyers, trouvant la formule outrancière. Pourtant les
faits, rien que les faits sont têtus.
Dans le cadre de la réorganisation
des corps municipaux, et suite à la loi du 16 novembre
1940, un arrêté ministériel en date du 1e
mars 1941, signé de l'Amiral Darlan, ministre, Secrétaire
d'Etat à l'Intérieur dans son article premier que
"M. Laudier Henri, Sénateur, est maintenu dans ses
fonctions de Maire de la Ville de Bourges". L'article
2 signale que le Préfet du Cher est chargé de l'exécution
du présent arrêté.
A partir de là, le Préfet du Cher, M. Ducombeau
par arrêté préfectoral du 29 mars 1941, et
vu l'arrêté de M. le Ministre nommant M. Laudier
Maire de Bourges, conformément aux propositions de ce
magistrat municipal : arrête dans son article premier la
liste des 19 conseillers municipaux. Parmi ces gens, il y a les
anciens comme Lamy, Lice, Chédin ou Richet, mais Cochet
n'est plus là, pas plus que Demmer.
Dans son discours, si Laudier adresse un souvenir ému
et cordial à Demmer, il n'évoque pas Cochet. Ainsi
une page est véritablement tournée. Le Maire parle
alors des exigences nouvelles dans une telle situation, avec
en particulier le ravitaillement et le chômage. Et il poursuit
en évoquant Pétain. Il faut se souvenir que nous
sommes le 24 mai 1941, la France collabore depuis la rencontre
de Montoire qui date 7 mois seulement. Laudier demande à
ses nouveaux conseillers :
"de poursuivre la réalisation de nos programmes de
1929 et 1935, mais je vous demanderai surtout de collaborer avec
moi à l'oeuvre de redressement et de rénovation
nationale, entreprise par le gouvernement du Maréchal
Pétain que la cité berruyère a eu le grand
honneur de recevoir et de saluer le 20 juin 1931.
Sous les ordres du glorieux soldat de Verdun, il nous faut remonter
la pente et refaire une France digne de son passé et de
ses fastes inoubliable. Pour cela, il nous faut remettre en honneur
les grandes vertus qui l'ont faite, au premier rang desquels
il faut placer le travail".
Il ne fait aucun doute que de manière
très sincère, Laudier est un farouche partisan
de Pétain et de la politique d'ordre, de rigueur et de
travail. Pour cet ex-socialiste, l'expérience du Front
Populaire a été un échec, une gabegie. Il
avait en octobre 1937 donné son avis sur sa perception
de Blum et de ses amis : "Vous m'obligez à
faire une profession de foi politique ; eh bien ! Je le déclare
très haut ; j'accepte du Front Populaire tout ce qui peut
être compatible avec les possibilités économiques
du pays, et je repousse tout ce qui est nettement préjudiciable
à la collectivité et peut conduire le pays à
la catastrophe". Or la catastrophe, trois ans plus
tard était arrivée. Alors, Laudier réagit
comme un homme d'ordre qui veut que l'homme se développe
par le travail, dans une certaine harmonie. Il ne voit pas que
cet ordre nazi ou vichiste va progressivement dégrader
l'homme, le réduire à l'état de bête.
Toute une facette de ce pouvoir n'est sans doute pas encore perceptible
au berruyer moyen, mais Laudier, en homme d'expérience,
en voyant les décrets sur les juifs, sur les Francs-Maçons,
sur les étrangers aurait dû réagir. Il ne
pouvait pas ignorer que la collaboration avec Hitler, voulue
par Pétain et Laval conduirait le pays à la ruine.
Son collègue du Cher au Sénat, Marcel Plaisant
aura, lui, une conduite irréprochable au plan des principes,
puis de l'action. Laudier n'a pas su trouver une porte de sortie.
Persuadé que son maintien en place assurait la sécurité
de ses concitoyens, il s'est totalement compromis. C'est ce qui
ressort de l'adresse qu'il envoie en mai 1941 au Maréchal
:
" Le
Conseil Municipal de Bourges adresse au Maréchal Pétain,
Chef du Gouvernement de la France, l'hommage de son respectueux
dévouement, et l'assure de sa fidèle collaboration
à l'oeuvre de redressement et de rénovation qu'il
a entreprise.
Il souhaite ardemment que les efforts entrepris pour cette noble
cause soient couronnés de succès, et que le pays
sorte de cette épreuve avec le sentiment plus ardent de
l'amour du Travail, de la Famille et de la Patrie, dans l'ordre
et la concorde civique, conditions primordiale qui permettront
à la France de se régénérer."
Cette adresse, signée Laudier, est adoptée à
l'unanimité. Elle recevra une réponse de remerciement,
assez courte en provenance de Vichy et transmise le 25 juin 1941.
Par contre, Laudier a toujours continué à publier
le Bulletin Officiel Municipal pour sa Ville, et, ce qui est
curieux, c'est l'en-tête, elle porte toujours les mots
"Liberté Egalité Fraternité, la devise
de la République, alors que c'est interdit par Pétain,
et que la République est morte et honnie. Il y a des
contradictions chez le Maire de Bourges.
Il apparait avec les documents que nous possédons aujourd'hui,
que Laudier, comme la majorité des français était
acquis à l'oeuvre de Pétain. Pendant deux ans,
jusqu'à sa mort en octobre 1943, il va poursuivre son
action municipale, très respectueux de Vichy.
Bulletin Officiel Municipal
de 1937 et 1939
DE
L'OPPOSITION A LA LUTTE
Dans les tout premiers mois de l'Occupation,
il n'était pas question de lutter. Il fallait avant tout
survivre. Pierre Jacquet, qui entrera dans la Résistance,
me dira en 1984 :
"A l'époque, c'était
en pleine débandade, et l'appel du 18 juin n'a pratiquement
pas été entendu, disons une ou deux personnes sur
10 000 environ".
Parmi les oppositions, il faut reconnaître
que les premières viennent de la municipalité et
du maire Henri Laudier. Il voudra rester un administrateur de
sa ville, mais chaque fois qu'il le pourra, il sera intraitable
avec l'autorité d'occupation. Il va protester vigoureusement
chaque fois que ce sera possible : lorsque les Allemands vont
détruire un village situé dans l'axe de l'aéroport,
ou pour se plaindre du bruit que font la nuit les avions allemands.
Cet homme proche de Pétain et de Vichy se montrera pugnace
et résolu contre les nazis. En fait, le maire de Bourges
avait de nombreux amis à Vichy, et pour Philippe Goldman,
Laudier était un "baron" local dont une des
priorités était de conserver son "fief".
Son attitude vis à vis de Vichy lui permettait de rester
en place, tout en s'opposant à l'occupant.
Plus d'une fois, il écrira à l'autorité
occupante, même pour des récriminations assez futiles
comme ce rappel "aux troupes d'occupation qu'il est absolument
interdit de circuler dans les parcs et jardins publics par quelques
moyens de locomotion que ce soit", cette lettre faisait
suite au passage "une fois encore" de deux officiers
allemands à cheval dans le jardin de l'Hôtel de
Ville.
De la même façon et de manière plus sérieuse,
il refusera de communiquer le nombre de familles repliées
à Bourges depuis juin 40, ainsi que les renseignements
complémentaires comprenant un classement en A-B et C selon
la compétence de ces personnes. Il s'agissait pour l'Occupant
de connaître les ouvriers des établissements militaires
qui pourraient travailler pour les industries allemandes, ces
dernières cherchant de la main-d'oeuvre.
Ces lettres du maire avaient l'art de mettre l'Occupant dans
des rages inouïes, tant il y avait de l'agacement, même
si parfois cela se retournait contre Laudier, principalement
sur le plan financier. Il s'agissait en quelque sorte d'une opposition
passive.
La difficulté de s'opposer tenait aussi au manque de moyens.
Une des premières tâches des Allemands avait été
de récupérer toutes les armes, fusils de chasse
inclus. Si l'on ajoute la pénurie d'argent et la désorganisation
totale des opposants potentiels, il n'y avait aucune possibilité
de "faire de la résistance active susceptible de
gêner l'ennemi". Sur un autre aspect, chacun "se
devait" de respecter le maréchal Pétain, noble
vieillard, vainqueur de Verdun, peu susceptible de collusion
avec les Allemands, malgré l'épisode de la poignée
de main de Montoire avec Hitler. C'était ce que transmettait
la propagande qui mettait aussi en avant la "rénovation
nationale" et la responsabilité des principaux leaders
de la IIIe République, comme Léon Blum ou Paul
Reynaud.
L'abattement était total et général, et si, comme l'écrit Yves Durand, "la
très grande majorité des habitants nourrit, dès
1940, la haine de l'occupant", il faut reconnaître
que les moyens actifs pour s'opposer aux troupes nazies sont
faibles.
Il est exact que dans les différentes
communications ou tracts retrouvés, il n'est pratiquement
jamais question de De Gaulle et de la Résistance. Quelques
tracts "collés en novembre 1940 disent leur confiance
en de Gaulle", nous rappellent Cherrier et Pigenet, ajoutant
qu'il s'agissait d'éléments isolés.
Les communistes sont sans aucun doute
les seuls éléments d'opposition. Encore faut-il
être prudent sur l'interprétation qui peut en être
fait. Il y a dans les journaux
clandestins, comme l'Emancipateur, un rejet du régime
de Vichy, mais on s'y bat tout autant contre le capitalisme que
contre l'occupant, même si certains slogans évoquent
une France libre et indépendante. La présence d'un
général à Londres, patrie du capitalisme
ne contribue pas à l'union entre les premiers gaullistes
et les communistes.
Dans une lutte discrète et continue, les jeunes gens de
Bourges étaient, semble-t-il, les plus actifs. Ainsi,
le 21 juin 1941, rue Parmentier, des restes de fruits pourris
furent jetés à l'intérieur d'une voiture
allemande. Quelques jours plus tard, une grosse pierre saillante
était placée devant la roue arrière droite
du véhicule allemand, comme l'officier ne la vit pas,
il passa sur la pierre et creva le pneu ! La Kommandantur parlera
de gestes qui seront punis d'une sévérité
particulière, ces "manifestations sont dues à
l'inconscience ou à l'hostilité" ajoutent
les services de l'occupant.
Comme il fallait s'y attendre, les Allemands
resserrent l'étau de manière progressive. C'est l'interdiction de toute correspondance
avec la zone non-occupée, beaucoup de familles sont ainsi
privées des nouvelles des leurs. La radio est interdite,
sauf pour certains postes contrôlés par le Reich.
Les objets d'art doivent être déclarés à
la feldkommandantur si leur valeur dépasse 100 000 francs.
Après les réquisitions de logements, puis de voitures
automobiles, c'est la confiscation des vélos. En 1940,
le nombre de bicyclettes prises par les Allemands est de l'ordre
de 400.
Outre la vie quotidienne, qui devient de
plus en plus difficile, les grandes lois de Vichy commencent
à faire leur effet.
Le journal clandestin l'Emancipateur du
1er mai 1941 met l'accent sur l'augmentation des salaires, avec
une revendication pour les porter à 10 sous par jour.
Il évoque aussi l'Union des travailleurs et la Libération
des défenseurs du Peuple. Il était question des
"Communistes traités pendant la guerre d'agents des
Allemands, alors qu'aujourd'hui, les autorités allemandes
font arrêter les communistes et les insulteurs des Communistes
sont à plat ventre devant ces autorités".
Les slogans, du type "à Bas Vichy, ouvrez les prisons",
sont courants, mais les communistes s'ils sont déjà
traqués, ne se sentent pas encore tout à fait en
guerre, ils luttent pour des revendications, ce n'est pas la
guerre totale contre les nazis.
Marcel Cherrier reconnaît que dans
cette période, le recrutement était difficile,
les effectifs en lutte comprenaient, pour Bourges, une vingtaine
de groupes de 3 personnes, ce qui est assez faible. Si les Communistes
sont les premiers résistants, le Parti modifie sa stratégie
avec l'entrée en guerre de l'U.R.S.S.. Il ne fait aucun
doute que les communistes vont se retrouver dans une lutte totale
face aux nazis. La situation des membres du P.C.F., jusqu'à
l'invasion de la Russie Soviétique par Hitler le 22 juin
1941, n'était pas toujours d'une grande netteté.
Il y avait une ambiguïté qui disparaîtra au
cours de l'été 41.
Curieusement, c'est dans la nuit de l'invasion de l'U.R.S.S.
que les Allemands décident de frapper un grand coup à
Bourges, en organisant une rafle des opposants et autres militants
communistes. Si Marcel Cherrier réussit à fuir,
ne l'appelait-on pas "le malin", d'autres militants
se retrouvent au Bordiot. C'est le cas, entre autres de Kaiser,
Troupillon ou René Cherrier.
Dans les semaines suivantes, la répression s'accélère
et, le 14 juillet 1941, Angèle Chevrin et Germaine Girardot
lancent des tracts place Séraucourt afin, dit Marcel Cherrier,
"de bien prouver que le parti n'a pas été
anéanti par les arrestations de plusieurs de ses militants".
C'est désormais plus que jamais
la guerre totale, l'armée allemande a des besoins de plus
en plus importants. Compte tenu des batailles en cours et des
troupes qui se trouvent dans les plaines d'Ukraine, elle prélève
davantage de denrées. C'est la faim pour beaucoup, et
la mortalité dans les hôpitaux s'accroît :
la population de Bourges est à l'agonie.
L'INDUSTRIE BERRUYERE TRAVAILLE POUR L'ALLEMAGNE
Si les Allemands ont tracé la ligne
de démarcation au sud de Bourges, c'est sans aucun doute
pour placer sous leur autorité l'ensemble des industries
d'armement. Il s'agissait là d'une richesse qu'il était
nécessaire de bien maîtriser.
L'Atelier de Construction de Bourges que chacun appelle l'A.B.S.,
s'est spécialisé, depuis sa création sous
le Second Empire dans la fabrication des canons, et son heure
de gloire fut atteinte pendant la Grande Guerre, entre 1914 et
1918.
Lorsque le second conflit du siècle apparaît en
1939, l'Etablissement, placé sous la direction de l'Ingénieur
Général Brochard, accroît ses effectifs qui
passent de 2000 à plus de 5000 employés, civils
et militaires. Les productions du canon de 75 SA 35 et de 105
C 35 B s'accentuent, mais les stratèges français
constatent que nos forces sont dépourvues de batteries
antiaériennes. Comme le signale Bernard de Pirey, "en
quatre jours, le bureau d'études de l'Atelier de Construction
de Bourges met au point un projet d'affût monté
sur une plate-forme et permettant le tir à la verticale".
Ce sera le canon 75 CA 39, qui sortira des chaînes berruyères
à partir d'octobre 1939.
C'est donc une usine en pleine capacité
que les Allemands découvrent à la mi-juin 1940,
elle a été évacuée par le personnel
le 17 juin pour un repli sur Guéret.
Dans les premiers mois de l'Occupation, trois cents ouvriers
travaillent à des tâches "civiles", comme
la fabrication de fendeurs de bois pour gazogènes, d'extincteurs
d'incendie, de ruches ou de clapiers.....
L'Ingénieur en Chef Brochard restera en place jusqu'au
20 août 1940, puis cédera sa place à son
collègue Gentil. Les bureaux et services sont dispersés
dans Bourges, en particulier rue de l'Equerre, alors que l'Ecole
d'Apprentissage est rouverte, au bord de l'Auron. En 1942, cette
école recevra 57 élèves.
Lorsque les Allemands pénètrent
dans l'Etablissement, ils sont totalement surpris par le "colossal
butin" laissé par les Français. Il y a en
effet des stocks considérables de matières premières,
des barres d'étain, des plaques de zinc, de l'acier, de
l'argent..... du matériel pour 8 ans de guerre comme l'écrit
une revue allemande "Der Sieg". Et puis il y avait
3700 machines pour fabriquer les canons !
D'une manière méthodique, avec leur grand sens
de l'organisation, les Allemands vont déménager
machines et matières premières pour les envoyer
outre-Rhin. Même les charpentes des bâtiments furent
démontées, cataloguées puis chargées
pour satisfaire l'industrie de guerre en Allemagne.
Comme dans de nombreuses régions,
des ouvriers de l'Atelier de Construction furent réquisitionnés
et envoyés dans la région de Berlin. L'Etablissement
berruyer, privé des éléments parmi les plus
jeunes et les plus compétents, sans machine de production,
va péricliter et les seuls employés restant seront
affectés à l'exploitation forestière. Beaucoup,
pour échapper au S.T.O., s'en iront dans la clandestinité.
L'autre Etablissement berruyer produisant
de l'armement, la S.N.C.A.C., Société Nationale
de Construction Aéronautique de Centre, appelée
"Le Centre", devient la plus importante entreprise
de la région, avec 2000 employés. Les Allemands
découvrent immédiatement la valeur des installations
capables de fabriquer des avions parmi les plus modernes de l'époque.
Après le départ de la firme d'outre-Rhin Arado,
c'est une autre entreprise de construction aéronautique
allemande, la Siebel Flughwerke qui prend possession de l'usine
située rue Le Brix. Les Allemands ne sont pas très
nombreux, ils ont les postes de direction, et les employés
sont français, la plupart ont repris leur travail d'avant-guerre.
Les ingénieurs de Siebel arrivent
au milieu de l'année 1941 avec les plans de deux types
d'appareils, les Siebel 204A et 204 D. Ce sont des avions de
liaison qui devaient être fabriqués en grande série,
Hitler voulait que le transport aérien se développe
de la même manière que l'automobile, d'où
ce choix du Siebel qui pouvait transporter une douzaine de passagers.
Les premières fabrications commenceront
en 1941 et 21 avions sortiront des chaînes l'année
suivante. Au total, ce sont 170 avions environ qui seront produits
pendant la guerre.
Les Allemands ne vont pas se contenter de faire fabriquer les
avions, ils vont aussi investir dans les installations et même
construire la piste en béton de 1260 mètres de
long et de 60 mètres de largeur .... qui existe toujours.
Ce qui se passe à Bourges s'est
reproduit dans l'ensemble du pays. Pendant 4 ans, selon Emmanuel
Chadeau, 12000 moteurs et 3600 avions ont été livrés
de France en Allemagne. Rares seront
ceux qui refuseront, en France, de produire ces matériels.
Il y aura Marcel Dassault, lequel sera déporté
à Buchenwald, ou Marcel Haegelen, à Bourges, qui
entrera dans la Résistance. La majorité du personnel
acceptera de travailler pour les Allemands, il n'y avait sans
doute pas beaucoup d'autres choix. Certains cadres et ouvriers
seront déportés, comme l'équipe du bureau
d'étude de la S.N.C.A.C., dirigée par l'Ingénieur
Montlaur ; ce dernier reviendra après la guerre. D'autres,
comme Breuzin, chef de piste, mourront dans les camps nazis.
LE
QUOTIDIEN AU TEMPS DE L'OCCUPATION
La presse était largement sous le
contrôle de l'Occupant. Lorsque le journal "La Dépêche
du Berry", met une légende sur les bombardements
allemands en plaçant la photo d'une cathédrale,
le journal est interdit de parution pour huit jours.
Pourtant, " La Dépêche du Berry" devient
l'élément essentiel de l'information des Berruyers,
et de la propagande de Vichy. La population connaît la
situation d'une presse plus que muselée, mais les avis
mortuaires, les spectacles et autres informations n'ayant rien
à voir avec la guerre sont nécessaires, et les
journaux se vendent bien.
C'est ainsi qu'au printemps 1941, le journal
donne toutes les informations sur la "Réquisition
de la main-d'oeuvre agricole". Il est écrit qu'il
manque un million deux cents mille personnes à la terre,
et que si rien n'est fait, les récoltes vont pourrir sur
place. Il est demandé aux jeunes gens de Bourges de 17
à 21 ans de se faire connaître d'urgence à
la mairie afin de remplir une déclaration. Dans ce document
administratif figure en effet une demande de précision
sur leur compétence dans le domaine agricole.
Ce même journal, le 21 mai 1941,
communique le programme complet de la Fête des Mères
à Bourges, dont la plaquette a été dessinée
par un jeune berrichon. Le point d'orgue, comme toutes les manifestations
de l'époque, sera une "belle cérémonie
religieuse à la cathédrale, à laquelle assisteront
M. le Préfet et les autorités locales".
Avec les journaux, la radio a eu un rôle
fondamental. Pour la première fois, cet instrument a été
utilisé à des fins stratégiques. Pierre
Jacquet dans les années 1980 se souvient :
"La radio,
a été souvent le seul instrument d'information,
et on était bien obligé de n'écouter que
les postes autorisés, et en particulier Radio-Paris. Petit
à petit la radio de Londres a pris de la force. La grande
préoccupation dans chaque foyer fut d'écouter la
radio, dans la journée, c'était souvent Radio-Paris.
Le soir, c'était presque un moment sacré, même
pour ceux qui étaient pétainistes, il fallait essayer
de prendre la radio de Londres. Ce qui n'était pas toujours
très simple. Je dois dire que c'était le seul bon
moment de la journée".
La vie quotidienne, c'est aussi le spectacle
et le public berruyer ira applaudir au Grand Palais, la jeune
chanteuse Edith Piaf, alors que le théâtre municipal
propose Carmen. Pendant cette période, la vie musicale
à Bourges est particulièrement fertile, avec de
nombreux concerts.
Le sport n'est pas absent des préoccupations
des responsables locaux. Mais les difficultés de circuler,
les soucis quotidiens sont tels qu'il est très difficile
de relancer ces activités. Pourtant, à Bourges,
sous l'impulsion de deux hommes, Robert Chaillou et Marcel Haegelen,
une relance du sport local s'opère. Il s'agit de fusionner
les clubs des Etablissements Militaires et ceux de la S.N.C.A.C.
C'est ainsi que le 13 septembre 1941, une première réunion
se tient pour cette difficile création. Il faut réunir
les gens et les moyens de la "Sportive Syndicale des Etablissements
Militaires" de la Pyrotechnie et de l'A.B.S. avec le "Club
Sportif Aéronautique" de la S.N.C.A.C.
L'acte de naissance du nouveau club, qui s'appellera le B.A.C.
(Bourges Athlétique Club), a lieu au Café des Beaux-Arts
le 20 mai 1942, et le banquet qui suit est homérique:
Haegelen entonnera une chanson de corps de garde, "Les Hussards",
alors que le grand pilote Jean Brivot se contentera de fredonner
"Plaisirs d'amours". Les adeptes du rugby, de l'athlétisme
et de la natation sont ravis, ils vont pouvoir refaire du sport
dans de bonnes conditions.
Dans le domaine de l'art et de la culture, Bourges va subir des
dommages, comme bien d'autres villes françaises. Le premier
mai 1942, les occupants sont à la recherche de matières
premières pour leur industrie d'armement.
Ils procèdent alors à l'identification et à
la spoliation de plusieurs oeuvres d'arts berruyères.
Bourges fut ainsi taxée pour 39 207 kilogrammes de métaux
non-ferreux selon la loi du 9 février 1943. C'est ainsi
que des bustes en bronze de personnalités locales, comme
Louis Lacombe et Emile Deschamps, prennent le chemin de l'Allemagne
afin d'y être fondus.
Mais la sculpture la plus prestigieuse est, sans contexte, le
"Semeur d'Ivraie" du grand sculpteur Jean Valette.
Elle était située dans le petit jardin de l'Hôtel
de Ville. Elle est emmenée vers l'est, on ne reverra jamais
cette oeuvre.
1942,
LE VIRAGE DU CONFLIT
La guerre n'en finit pas et depuis quelques
semaines elle s'est encore davantage mondialisée. Le 7
décembre 1941, le Japon a détruit la flotte américaine
à Pearl Harbor et les U.S.A. sont entrés dans le
conflit.
Le cours de la guerre va changer, les Allemands piétinent
devant Moscou, alors que les Alliés commencent des bombardements
sur la région parisienne et sur l'Allemagne. En France,
Jean Moulin, délégué du général
de Gaulle, commence sa mission de rassemblement des différents
mouvements de Résistance qui se mettent en place.
A Riom, se déroule dans la confusion le procès
des personnalités comme Blum, Daladier, Reynaud et Gamelin,
accusés d'être les "fauteurs de guerre français".
Mais Blum défend si bien ce qui a été fait
sous son gouvernement que l'opinion publique en est troublée....
et le procès suspendu "sine die".
La vie à Bourges se fait plus dure, mais Jongleux remarque
qu'il y a eu une accalmie dans les rapports entre la Ville et
les autorités occupantes. C'est à partir du 7 février
1942 que plusieurs mesures sont prises, en particulier à
l'encontre des Juifs. Il est interdit aux Juifs à Bourges
d'être hors de leur résidence entre 20 h et 6 heures,
ils ne peuvent pas changer de lieu de résidence. Plus
tard, une ordonnance datée du 29 mai exigera que tous
les Juifs âgés de plus de 6 ans portent en public
l'étoile jaune. L'insigne est ainsi décrite :
"c'est une étoile à
6 pointes ayant la dimension de la paume de la main, et les contours
noirs. Elle est en tissu jaune et porte en caractères
noirs, l'inscription JUIF. Elle devra être portée
bien visiblement sur le côté gauche de la poitrine,
solidement cousue sur le vêtement".
La propagande se fait plus présente
encore. C'est ainsi que Jongleux, en mai 1942, ramasse rue Moyenne
un tract contre les Juifs, avec la reproduction d'une vieille
gravure représentant le poète Ronsard. Au dos de
cette figurine, un poème portent certains vers très
antisémites comme ce "je n'ayme point les Juifs,
ils ont mis en la Croix ce Christ....." et plus loin ".....
Faux, trompeur, mensonger, plein de fraude et d'astuce, je crois
qu'en lui coupant la peau de son prépuce, on lui coupa
le coeur de toute affection". Et le texte se termine par
ces mots :
"En 1560, Ronsard était-il un agent d'Hitler ?"
Comme l'écrit Jongleux, "Tout ceci se passe de commentaires,
la bêtise n'a d'égale que l'esprit de haine qui
inspira la propagande du Chancelier". Mais il faut bien
reconnaître que ce type de propagande, pour des esprits
faibles à la recherche des responsables de leurs malheurs,
avait un certain succès, à Bourges comme ailleurs.
Il est assez rare de trouver dans la presse locale ou dans les
informations en provenance de l'occupant, des faits relatifs
à des "coups de main" de la Résistance.
Ce sera pourtant le cas en mai 1942, avec une action des Résistants
dans l'Hôtel des Postes. Une nuit, "des éléments
de la Résistance pénétrèrent dans
le hall de départ", tandis que l'agent chargé
de la garde était dans une partie opposée du bâtiment.
Les hommes, qui étaient fort bien renseignés, "soulagèrent
certains sacs de leurs tickets alimentaires", lesquels étaient
destinés à de petites communes du département
du Cher. Dorénavant, la garde de l'Hôtel des Postes
serait assurée par le service de police.
En 1942, c'est aussi l'accentuation de la recherche de volontaires
pour aller travailler en Allemagne. A la fin de l'année
précédente, le 11 novembre 1941, une loi promulguée
par Pétain donnait des possibilités :
- "de travailler de nouveau, au moins 48 heures par
semaine"
- "d'améliorer ainsi très considérablement
vos prétentions à la rente qui vous revient comme
ouvrier d'état".
Et le document se termine par ces mots :
"L'industrie allemande
vous en offre l'occasion, Réfléchissez !"
Suit une série d'explications sur
les avantages financiers de travailler dans une entreprise du
Reich. Beaucoup se sont laissés tenter par ces annonces,
mais d'autres ont infléchi leur existence en refusant
ces "propositions alléchantes", et sont entrés
dans les premiers mouvements de Résistance.
La suite de l'article comprend encore
d'autres chapitres sur la Résistance à Bourges,
sur des personnages comme Paoli ou à l'opposé le
Franciscain de Bourges. Enfin un article est entièrement
consacré à la Libération de Bourges, le
6 septembre 1944.
voir aussi l'article : La Libération
de Bourges