
Sigaud de Lafond (Joseph-Aignan)
est un savant méconnu, il s'est intéressé
à la physique, à l'enseignement et à l'électricité.
Mais il semble bien qu'il ne fut jamais chirurgien !
Né à Bourges
le 5 janvier 1730 dans une des maisons de la rue Porte Jaune
au numéro 2.
Son père, Joseph
Sigaud Lafon, était maître-horloger ; son parrain
Aignan Raby chirurgien. Son frère, Henry, naît cinq
ans plus tard et sera peintre à Nantes.
Destiné à
entrer dans les ordres, Sigaud est envoyé au Collège
Royal de lUniversité de Bourges et il fait des études
très solides chez les Jésuites.
Sigaud suit donc gratuitement
les cours de théologie, de lettres et de sciences. Cet
établissement est très renommé ; il comptera
jusquà quelques centaines d'élèves
en 1762, année au cours de laquelle les Jésuites
seront chassés.
Le nom Lafond est parfois
orthographié avec 2 f, et surtout il y a souvent des confusions,
que L'Encyclopédie a aussi véhiculées, sur
un Sigaud de La Fond, Jean René, connu comme chirurgien
et auteur de travaux sur "l'art de l'accouchement".
Il travaille à
Paris au collège Louis-le-Grand tout en pratiquant l'enseignement,
avant de mettre en oeuvre un "cabinet personnel". Il
y enseignera la physique et la chimie.
Il devient un des grands
savants de son époque, et il fut en outre un homme bien
intégré dans l'enseignement.
Sigaud de Lafond, comme
souvent en ce milieu du XVIII ième siècle a "touché"
un peu à tout dans le domaine scientifique.
C'est un homme qui serait
aujourd'hui avant tout un grand physicien, c'est un chercheur
qui va travailler essentiellement sur la physique appliquée.
Il va créer de nombreux instruments , et même des
machines.
Il devient répétiteur
en philosophie et en mathématiques, tout en s'appliquant
à l'étude des sciences physiques. Dans son jeune âge, Sigaud
de Lafond est un disciple de l'abbé Nollet, et à
l'âge de 19 ans, il commence diverses expérimentations.
En 1776, il est le premier
scientifique, avec Macquer à synthétiser l'eau,
et il est en quelque sorte un homme de la taille de Lavoisier. Au cours d'une expérience avec Macquer,
il démontre que l'air est inflammable (hydrogène),
et en brûlant, donne de l'eau. Il s'agit d'une expérience
importante démontrant que l'eau, contrairement à
la théorie d'Aristote n'est pas un élément
premier.
On lui doit aussi l'introduction des
plateaux de verre dans les machines électriques.
Trois ans plus tard,
en 1779, Sigaud de Lafond revient quelques mois par an dans sa
ville natale à Bourges, où il devient enseignant
au collège de Bourges, il s'adonne à la physique
expérimentale. Dans sa ville natale, les Jésuites
ayant été chassés en 1762, il n'y a plus
beaucoup d'élèves au collège de Bourges.
Ce n'est qu'en 1782
qu'il se fixe définitivement à Bourges pour y enseigner
aussi les mathématiques.
Il est accueilli "comme
un sauveur", et outre un "logement de fonction",
on lui achète de nombreux instruments pour une somme proche
de 10 000 livres.
Tout en enseignant à
Bourges, Sigaud de Lafond écrit des ouvrages de science
qui sont publiés à Paris comme un Dictionnaire
de physique en 4 volumes écrit en 1781. Il publie dans
les années suivantes, de 1782 à 1787, un certain
nombre de réflexions, on dirait aujourd'hui qu'il est
un philosophe, s'intéressant à la morale et à
la religion, et il s'oppose à nombre de ses contemporains
qui dénigrent les religions, allant à l'encontre
des idées de Rousseau.
C'est à cette
époque que le collège étant dans une situation
toujours aussi mauvaise, Sigaud de Lafond voit les Pères
Doctrinaires prendre en main la direction de l'établissement.
Par brevet du 2 novembre 1786, Louis
XVI nomme Sigaud de Lafond détenteur de la chaire de physique
expérimentale créée au collège royal
de Bourges, et là, ce grand homme à 56 ans donne
encore des cours publics toutes les semaines.
Il publie de nombreux
écrits, comme des traités sur l'électricité,
ainsi qu'un dictionnaire des merveilles de la nature.
La tourmente révolutionnaire
arrive et Sigaud de Lafond passe cette époque sans trop
de difficultés, ce qui semble montrer une forte popularité
dans tous les milieux locaux, alors qu'il reste proche de la
religion.
En 1792, Lakanal, qui
préside alors le comité d'Instruction publique
transforme le Collège Royal en Ecole Centrale. Lors de
l'inauguration de la nouvelle Ecole Centrale, il est nommé
professeur de chimie, Il est alors à Bourges un professeur
à la fois admiré et respecté.
En 1802, il écrit
un ouvrage, le dernier, intitulé "l'Electricité
médicale" il a travaillé sur les liens entre
l'électricité toute nouvelle et la médecine,
en particulier sur des personnes paralysées ou comportant
des troubles psychologiques.
Homme de grande valeur
en 1802, avec l'appui d'Antoine-François Fourcroy, un
de ses élèves et grand chimiste, Bonaparte nomme
Sigaud de Lafond, alors âgé de 72 ans, comme premier
proviseur du lycée de Bourges. Il tiendra ce poste jusqu'à
l'âge de 77 ans.
Trois ans plus tard,
il est nommé Président de la Société
libre d'amis des arts, du commerce et de l'agriculture.
Sigaud de Lafond meurt
dans sa ville natale de Bourges le 24 janvier 1810, il avait
80 ans.
Plus tard, Ampère
reprendra certains des travaux de Sigaud de Lafond, tout comme
Laënnec pour les études réalisées sur
l'électricité en médecine.
Les principaux ouvrages de Sigaud de
Lafond ont pour titres :
- Leçons de physique expérimentale
(Paris, 1767, 2 vol.);
- Traité de l'électricité
(Paris, 1771);
- Dictionnaire de physique (Paris, 1780-1782,
5 vol.);
- Description et usage d'un cabinet de
physique expérimentale, 1775;
- Dictionnaire de physique, 1780;
- Éléments de physique
théorique et expérimentale, 1787;
- Dictionnaire des merveilles de la nature
(Paris, 1781, 2 vol.; 2e éd., 1802). (L. S.).
-
- On notera un ouvrage daté de
1781 :
-
- "Précis historique et
expérimental des phénomènes électriques,
depuis l'origine de cette découverte jusqu'à ce
jour.
- Et signé par M Sigaud de
La Fond, professeur de physique expérimentale, Membre
de la Société Royale des Sciences de Montpellier
; des Académies d'Angers, de Bavière, de Valladolid,
de Florence, de Saint-Petesbourg etc.."
DANS LE JARDIN DE L'HOTEL
DE VILLE FIGURE EN BONNE PLACE LE BUSTE DE SIGAUD DE LAFOND REALISE
PAR LE SCULPTEUR JULES DUMOUTET
Situé
entre la Mairie et la Cathédrale, le jardin de l'Hôtel
de Ville de Bourges comprend outre le buste de Louis Bourdaloue,
le prédicateur, un autre buste de même facture,
il représente un personnage du Berry, dont la mémoire
est totalement tombée en désuétude. Qui
à Bourges et en Berry, connait Sigaud de Lafond ? Bien
peu de monde, et c'est fort dommage.
Le buste de Sigaud de Lafond, comme pour
celui de Bourdaloue aura une dimension de 0,80 mètre de
hauteur, sur 0,65 mètre de largeur avec une épaisseur
de 0,36 mètre, ce sont des dimensions un peu plus grandes
que nature. La commission chargée de réaliser ce
legs "a jugé nécessaire, pour la position
qu'ils doivent occuper, qu'ils soient exécutés
en bronze Keller, c'est à dire, non en cuivre jaune ordinaire
(laiton), mais bien avec l'alliage des monuments, fondu et ciselé,
pesant environ 50 à 60 kilogrammes, le coût au maximum
sera de 600 francs".
La commission a aussi étudié
la possibilité de faire réaliser cette oeuvre en
fonte de fer. Elle serait ensuite ciselée et peinte en
bronze ordinaire et cela ne coûterait alors que 250 francs.
Mais en raison de la facilité avec laquelle la fonte de
fer s'oxyde, il aurait été nécessaire pour
obtenir une parfaite conservation, de les recouvrir d'un cuivrage
selon le procédé Oudry, tel que cela se pratique
habituellement. Le seul problème, c'est le coût
complémentaire de ce cuivrage. Sigaud de Lafond sera réalisé
en bronze d'art, il est toujours en place.
Cette statue est généralement
entourée de magnifiques fleurs pendant plusieurs mois
de l'année. Les fleurs de la Ville de Bourges, dans les
rues ou dans les jardins sont devenues depuis les années
1980, un art nouveau et très important pour le rayonnement
de la cité.
Une
grande exposition de février à avril 2010, pour
les 200 ans de la mort de Sigaud de Lafond, à la médiathèque
de Bourges.
Avec une présentation d'une quinzaine
d'instruments datant des XVIII e et XIX e siècle.
Ces instruments, rares sont de grande
qualité, certains sont ciselés et décorés
de feuilles d'or. Ils sont conservés au lycée Alain
Fournier de Bourges et ils sont classés "monuments
historiques".
Ce travail a été réalisé
par :
Mme Christelle Langrand professeur de
sciences physique au lycée Marguerite de Navarre à
Bourges.
M. Jacques Cattelin, professeur de sciences
physique au collège François Rabelais de Tours.
M Sébastien Bourdreux, professeur
de sciences physique au lycée Léonard de Vincy
d'Amboise.
Et il faut ajouter M. Robert Moreno,
l'intendant et conservateur de ces instruments au lycée
Alain Fournier de Bourges.
Article réalisé
à l'aide des données des services de la Ville de
Bourges
Sur la plaque du nom de la
rue, Sigaud de Lafond, on trouve "Chirurgine", or pour
les spécialistes d'aujourd'hui, il n'en fut rien. Et lorsque
l'on attribue "l'art
de l'accouchement" à Sigaud de Lafond, il s'agit en fait de
Sigaud De La Fond, Jean René 1730-1810, c'est le même
nom, les mêmes dates de naissance et de mort, et le prénom
est différent. Il serait né à Dijon.
Pour Sébastien
Bourdeux :
" Dans
les notices écrites par M. Chevalier de Saint-Amand et
par M. Méchin-Desquins (1841), il est précisé
que Sigaud aurait suivi des études de médecine
à l'Université de Bourges puis à Paris.
Or, les registres d'inscription de l'Université de médecine
de Bourges ne font mention que de deux "Delafont" mais
les prénoms ne concordent pas. En outre, il y a confusion
entre Joseph-Aignan Sigaud de Lafond et Jean-René Sigault
né à Dijon en 1738. Un article intéressant
à cet égard a été écrit sur
Sigault par Madame Chauney-Bouillot - bibliothécaire responsable
du fonds Bourgogne à la Bibliothèque Municipale
de Dijon".
http://s.bourdreux.free.fr/cabinet_Sigaud/biographie/sigaud.htm