HENRI SELLIER, LE
MINISTRE BERRICHON
Henri Sellier naît à Bourges
le 22 décembre 1883 ; son
père est ouvrier aux Etablissements Militaires.
Il s'en va très vite à Paris pour suivre des études
de haut niveau. Il réussit parfaitement à H.E.C.
avant de faire son Droit. Il est boursier, car il n'y a pas beaucoup
d'argent dans la famille. En 1898, il s'inscrit au Parti Socialiste
Révolutionnaire d'Edouard Vaillant, un autre Berrichon.
Son circuit professionnel commence dans la banque où il
devient employé, avant d'entrer au Ministère du
Travail comme rédacteur. La politique au début
du siècle le passionne. Il n'oublie pas son département
du Cher et oeuvre en 1905 pour la réunification des familles
socialistes alors divisées.
L'année où Laudier prend la mairie de Bourges,
Sellier, lui, s'empare de celle de Suresnes. En 1920, il choisit
le camp des "reconstructeurs" et suit la majorité
S.F.I.C. après le Congrès de Tours ; il devient
donc Communiste. Ce n'est qu'en août 1924 qu'il revient
à la "Maison S.F.I.O." ; quelques années
plus tard, il devient Président du Conseil Général,
puis Sénateur de la Seine.
C'est dans le domaine de l'urbanisme qu'Henri
Sellier montre toute sa compétence. Dès 1916, il
est administrateur de l'OPHBM de la Seine et il constitue autour
de lui une équipe comprenant des architectes et autres
hommes de l'Art. Il acquiert des terrains pour construire plus
tard des cités-jardins. Henri Sellier anime alors plusieurs
Offices et autres organismes d'habitations. En 1920, il est secrétaire
de l'Union Nationale des organismes d'habitations à loyers
modérés. Sa thèse principale date de 1921
; il publie en effet "la crise du logement et l'intervention
publique en matière d'habitat populaire", puis devient
le fondateur de l'Association Française pour l'urbanisme.
Son oeuvre restera dans l'histoire celle de la création
des cités-jardins, qui seront des pôles d'attraction
résidentiels implantés en fonction du marché
du travail. Les cités-jardins constituent des ensembles
urbains dans lesquels on réunit des groupes d'individus
avec leur famille afin de créér de toutes pièces
une cité. Il s'agit de régénérer
le tissu urbain. Henri Sellier écrira :
" L'urbanisme social
se doit d'organiser un meilleur aménagement de l'humanité,
vers un niveau de lumière, de joie et de santé,
un meilleur rendement économique car il y a urgence à
défendre la race dans tous les domaines contre la certitude
de dégénérescence et de destruction que
les lamentables statistiques de la natalité, maladie,
mort, laissent apparaître : 18 % de la perte du revenu
national est due à la maladie".
Dans son action, Sellier cherchera aussi
à "redresser les mentalités". Il va appliquer
des règles sociales et des grilles de sélection
"des candidats" au logement. Le service social de l'OPHBM
se chargera de mesurer par exemple le taux de rotation des habitants
d'une cité pour évaluer la stabilité et
rectifier les écarts avec les normes. Dans l'entre-deux
guerres, Sellier sera à l'origine de onze cités-jardins
créées autour de Paris.
Cet homme sera un militant de l'urbanisme
"à visage humain" et à Bourges, il viendra
éclairer de ses conseils les socialistes locaux, dont
Laudier.
Sur le plan politique, Henri Sellier militera
le reste de sa vie à la S.F.I.O., et il sera ministre
de la Santé de 1934 à 1937 ; il ne prendra pas
part au vote pour la déchéance des députés
communistes ni au vote donnant les pleins pouvoirs à Pétain.
Il meurt le 23 novembre 1943, alors que deux ans auparavant,
le gouvernement Pétain l'avait révoqué de
son poste de maire, la ville de Bourges a donné son nom
à une des rues du centre-ville.
L'OFFICE D'HABITATIONS A BON MARCHE
Une des oeuvres essentielles de la municipalité
Laudier se concrétisera dans le domaine du logement. La
crise du logement à Bourges depuis la fin de la guerre
est des plus aiguë. Les causes sont diverses. C'est d'abord
le fait que depuis une dizaine d'années, pas ou peu de
logements ont été construits ; ensuite, de nombreuses
personnes ayant quitté Bourges pour retourner dans leur
ville d'origine - situées dans le Nord ou l'Est - conservent
à Bourges le logement qu'elles ont occupé pendant
le conflit. Enfin, comme le rappelle Laudier le 23 octobre 1920,
" beaucoup de nos concitoyens qui s'étaient gênés
au possible pendant la guerre, pour faire place aux passagers,
ont tenu à reprendre leurs aises dès la guerre
terminée".
à suivre
Contribution sur les HBM
et sur Louis NERMOND
Bonjour Monsieur. En racontant à
mon fils les "exploits" de son arrière grand-père,
j'ai recherché des informations sur H.Sellier. En effet,
mon grand-père, Louis Auguste NERMOND était un
proche de Mr Sellier. Peut-être que ces informations auront
un quelconque intérêt pour vous ?
Louis NERMOND est né à Boussac
le 12/02/1893 - Ancien combattant de la guerre de 14-18, dès
sa démobilisation, il prend une part active à la
formation des groupements d'anciens combattants dans lesquels
il exerce des fonctions de responsabilités. Il est en
1949 le président national de son organisation.
Il participe à la création
des H.B.M. dont il est administrateur-fondateur. Collaborateur
direct et familier d'Henri Sellier, il fait partie de son cabinet
au ministère de la Santé Publique. Il entre dans
l'administration en qualité d'Inspecteur à l'office
public d'HBM du dépt de la Seine, est ensuite nommé
contrôleur, puis contrôleur principal des HBM au
ministère de la Santé Publique. En 1939, à
la déclaration de la guerre, il est chargé du contrôle
de l'équipement hospitalier des départements d'accueil.
En 1940, aussitôt après la
débâcle, il répond à l'appel du Gl
de Gaulle et participe à la résistance à
l'occupant. Conseiller municipal de Boulogne Billancourt, il
collabore avec son maire à l'organisation d'un service
secret destiné à favoriser le passage de la ligne
de démarcation aux déserteurs et réfractaires
français et alliés. Ce service fonctionne jusqu'à
l'arrestation et l'exécution de P. Grenier par les Allemands.
Au cours de ses tournées d'enquêtes, il établit
la liaison entre les différents groupes aux côtés
de H. Ribière, membre du CNR et d'A. Dunois, mort en déportation.
Il refuse de collaborer à la municipalité nommée
par Vichy où on lui offre de représenter les anciens
combattants. Il est le collaborateur du Commandant Sévère,
qui jusqu'à sa déportation organise un réseau
armé parmi les anciens combattants de la rive gauche.
A la fin de 1942, il est l'un des 5 membres
fondateurs du comité interministériel de libération
qui organise la résistance dans les administrations centrales
et prépare l'installation du gouvernement de la République
française avant la libération.
En 1943, contacté par "Ceux
de la Résistance", il devient le représentant
de ce groupement à Boulogne Billancourt et à ce
titre, reprend sa place de conseiller municipal à la libération.
En 1944 il constitue le Comité de
libération du ministère de la Santé Publique,
en assume la présidence et le 21 août, alors que
dans Paris gronde l'insurrection, il prend possession du Ministère
de la Santé Publique au nom du gouvernement provisoire
de la République française. Peu après, il
est nommé Directeur du Personnel, du Budget et de la Comptabilité,
et des Habitations à Bon Marché.
En 1946, Mr le Ministre de la Santé
publique le désigne aux fonctions d'Inspecteur Général.
Il devient alors Conseiller Technique dans le cabinet du Chef
du Gouvernement provisoire, puis attaché au ministère
de l'Intérieur et enfin Conseiller Technique de Mr le
Dr Segelle, Ministre de la Santé publique.
Il est le président de l'organisation
des fonctionnaires résistants du ministère de la
Santé Publique.
Titulaire de la croix de guerre de 1914-1918,
de la médaille de la Résistance, de la cravate
de commandeur dans l'Ordre de la Santé Publique et de
la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur pour services
rendus dans la Résistance, il est le nouveau Directeur
de l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris.
Il s'éteindra le 6 juin 1949 - Je
n'ai pas d'autres informations pour l'instant, mais j'ai l'optimisme
de croire que quelqu'un, quelque part se souviendra de lui ?
- Voulez-vous seulement me dire si ces informations vous intéressent
et si elles croisent en quelque point les vôtres ? Je vous
en remercie à l'avance. Carole NERMOND