LA RUE
DE L'ALCHIMIE A BOURGES
C'est dans les recherches de M. Chevalier de Saint Amand que
l'on trouve des informations intéressantes sur ces rues
et leur histoire. La publication s'est faite dans un numéro
du journal de Bourges du 7 mars 1846. (BM E 1434).
Chevalier de Saint Amand intitule son article Rue d'Arqueny
et ce n'est qu'en décembre de la même année,
qu'elle prendra son nom actuel de rue d'Alchimie.
Cette rue s'est appelée ainsi avec les noms d'Arquemye
vers 1550), d'Arquenye, d'Arkémie en 1706 et j'en oublie.
Le plan le plus ancien de Bourges de Nicolas de Fer parle de
la rue d'Alchymie.
Donc, malgré toutes ces orthographes, on parle bien de
la même chose, la rue de l'ALCHIMIE.
Ce nom viendrait d'un fait divers, qui nous arrive par l'intermédiaire
d'un moine du 16 ième siècle qui a écrit
ces aventures dans Patriarchium bituricense. Tout se passe en
1522.
C'est la grande époque de l'Alchimie. On appelait cet
art qui consiste à convertir des métaux quelconques
en or s'appelait le Grand Oeuvre ou la Pierre Philosophale, à
Bourges comme ailleurs.
Un des plus célèbres alchimistes de l'époque
fut maître Gonin ( dont a parlé Brantôme).
D'ailleurs, il parle dans " la vie des grands capitaines
français " du maréchal de Matignon qui
avait fait fortune comme gouverneur de Guyenne. Mais d'autres
ajoutent que sa fortune, il la devait à Maître Gonin
en son passe-passe, et en prononçant des mots comme farouzat
ou carouzat selon l'enseignement du maître.
Et on reparle aussi des Gonin, du grand père, du fils
ou du petit-fils comme des experts en illusions et sorcellerie.
En 1522, à Bourges, sous le règne de François
1 er, toujours est-il qu'il y avait pour nom GONINUS et qui faisait
de très mystérieuses expériences dans la
paroisse Saint-Ursin.
Il y avait, sans doute comme aujourd'hui, trois habitants, sans
doute des amis, qui étaient plutôt désoeuvrés.
L'un se disait religieux, c'était le plus instruit du
trio. Les deux autres étaient sculpteur pour l'un et menuisier
pour le troisième. Ils étaient sans doute aussi
à court d'argent.
Ils apprirent ce que toute la ville disait haut et fort : Il
y avait un personnage fabuleux, Maître Gonin qui transformait
les métaux en or. Ils trouvèrent que c'était
une excellente initiative et entrèrent en relation avec
l'alchimiste.
Leur objectif était de se faire initier aux mystères
du laboratoire.
Vraisemblablement, Gonin avait donné, puis vendu quelques
données de base et quelques instructions pour les attirer.
Et puis ce fut le grand rendez-vous, dans une cave ou un souterrain
comme l'on en trouve beaucoup autour de la cathédrale.
Les trois hommes s'y rendirent de manière clandestine,
en frôlant les murs.....
Et lorsqu'ils arrivèrent dans la cave, Maître Gonin
était parti, il avait sans doute fui, la bourse bien pleine,
avec l'argent des trois compères, laissant en plan les
cornues et alambics.
On ne sait pas trop ce qui s'est passé, on imagine que
les trois hommes, possédant déjà des connaissances
commencèrent à utiliser les creusets et ils se
lancèrent dans la transmutation de l'or.
L'aventure tourna au tragique et il y eu sans doute une explosion,
due à la surchauffe ou à une cause inconnue, mais
les trois hommes périrent.
C'était vraiment un moment tragique car cet accident venait
juste après un ouragan et un petit tremblement de terre.
C'est dans cette période un peu secouée et en souvenir
de la catastrophe et au mystère qui l'entourait que l'on
va donner à une de ces rues du quartier Saint-ursin le
nom de rue de l'Alchimie. ( à la place de ruetta Sancti
Ursini).
Une enseigne d'une auberge prendra ce même nom : l'Arquémye.
Comme toujours ce récit peut prêter à discussion,
car il n'y a pas de preuve formelle, et le nom d'Alchimie pour
les rues était aussi courant dans les villes. A cette
époque, le mot Alchimie pouvait aussi signifier "
fausse monnaie " ou même d'une rue où se passait
des larcins ou des escroqueries.
Il y avait aussi sur la route de Nevers, une grange, située
près du cimetière, qui se nommait Arquenie. (1550).
On ne sait pas pourquoi, les recherches continuent.
Le mot Arquenie à Bourges prendra une connotation assez
particulière puisque l'on retrouve sous ce vocable des
prénoms.
Ainsi en 1583, on baptisera un Arquenie Deguenet, et pour beaucoup,
semble-t-il, il y avait une Sainte Arquenie, contemporaine de
Sainte Solange.
Dans son histoire du Berry, le grand historien Raynal (T3, p
292), parle effectivement de l'aventure de maître Gonin
et de l'accident, et il ajoute :
Une tour en ruine des anciens remparts s'appelle encore la Tour
du Diable : il y a près delà les rues d'Arqueny
(autrefois d'Alchimie), de Monsecret ou mausecret (Mauvais Secret)
et du Puit-Noir. Ces différents noms semblent faire allusion
à l'événement que je viens de rapporter
".
Lucien Jeny va contester cette façon de voir les choses.
Sur les dates,il faut voir que ces événements datent
de 1522 et que c'est la période de construction des grands
monuments de la renaissance à Bourges. Il y a donc un
climat propice à l'alchimie dans notre ville.
Il y a aussi des quartiers plus ou moins biens famés.
Les quartiers " chauds " de Bourges sont situés
en dehors de la muraille, et la rue de l'Alchimie est située
à côté de la rue Bourbonnoux et de la rue
des Juifs. Dans cette rue, l'impasse des Juifs était une
des " cours des miracles " de Bourges.