1981 : la rose au poing
Le 13 avril 1981 alors que la campagne
électorale bat son plein, le candidat Mitterrand est en
Berry sous le chapiteau du Printemps de Bourges, est situé
place Séraucourt.
La campagne électorale est très
âpre, à cette époque les campagnes d'affichages
fleurissent sur les murs, chacun remarque les immenses affiches
de Giscard avec ses filles, alors que Mitterrand, sa " force
tranquille " et son petit village au loin, fait un tabac.
Le sommet de la campagne se situe à la télévision,
le 5 mai avec, pour la première fois un grand débat
télévisé entre les deux finalistes.
Comme le titre la Nouvelle République : " 2 Politiques,
2 Langages ".
Le jeudi 7 mai à Bourges, un grand
meeting du Parti Communiste se déroule à la Chancellerie,
Jean Claude
Sandrier secrétaire
fédéral prend la parole : "Battre Giscard
et la politique des patrons" et ajoute tout de même
: "voter Mitterrand mais compter avec les communistes".
A droite, d'autres meetings, et des Comités de soutien
à Giscard se forment comme le Comité de soutien
des professions de santé du Cher.
Le 10 mai à 20 heures, les résultats
apparaissent sur toutes les chaînes de télévision
: " François Mitterrand est élu Président
de la République ", le score ne prête pas à
contestation, il obtient 51,75% des suffrages, Giscard, amère
est battu.
Dans le Cher, l'écart est un peut plus prononcé,
puisque Mitterrand obtient 52,8%. Quant à la ville de
Bourges, elles vote de la même manière que le reste
du pays, à 51,47%. Les réactions à Bourges
sont faibles, les uns exultent, d'autres sont désespérés
..
Le maire fait une courte déclaration le 15 mai, "l'espoir
est au présent", dit-il, et il fait remarquer en
guise de revanche "que Giscard d'Estaing est minoritaire
dans le canton de Bourges IV détenu par Jean François
Deniau", quant à la droite elle est sonnée
et
. muette.
Le 10 mai 1981 marque donc la consécration de François
Mitterrand.
C'est un peu du Berry et de Bourges qui entre à l'Elysée.
L'arrière grand père du président, Charles
est en effet né en 1810 en face du Moulin de La Chappe
dans le quartier d'Auron, et il se souvenait qu'en 1929 il allait
patiner sur le canal gelé, en face de la maison de ses
grands parents.
Il écrira dans "ma part de vérité",
les mots sur le Berry de sa famille : "Il n'y a de Mitterrand
que du Berri. Ce nom de famille est lui-même du terroir.
Il signifie pour certains des miens "milieu des terres",
et un champs qui se trouve, en effet, au centre géographique
de la France
. S'appelle le champs des Mitterrand".
Le Président prendra beaucoup de plaisirs à revenir
à Bourges au cours des deux septennats. Les visites seront
souvent privées, comme à Ainay-le-vieil en 1985
ou l'année suivante à la Maison de la Culture en
plein mois d'août pour voir une exposition sur Alain-Fournier.
En 1986, il sera cette fois à Epineuil le Fleuriel, écoutant
Henri Luillier lui raconter l'histoire du Grand Meaulnes
..
Et puis à quelques jours de la fin de son
. Second
mandat, en 1995, il vient à Bourges inaugurer le nouvel
Hôpital.
La victoire de mai 81 à Bourges
!
Après la victoire de François
Mitterrand, deux événements diamétralement
opposés se déroulent à Bourges. Le premier,
c'est la fête de " la victoire de l'espoir "
qui est organisée le 21 mai, le jour de l'investiture
du nouveau Président.
Jeudi 21 mai 1981
Investiture Officielle de
François MITTERRAND
18 H Grand rassemblement populaire
Place de l'Hôtel de Ville
Prise de parole de J. Rimbault, E. Boiché, B. Gourdon
18 H 30 défilé jusqu'au monument de la Résistance
19 H Concert place de l'Hôtel de Ville.
Mais il pleut beaucoup en cette fin d'après
midi sur Bourges, et les personnes présentes ont ouvert
leur parapluie.
Le second événement, c'est
la démission du préfet Camille Michel, il fait
valoir ses droits à la retraite. En fait, il n'admet pas
cette victoire de la gauche et l'arrivée au pouvoir de
ministres communistes.
Il était préfet du Cher depuis 1978, venant alors
de Marseille.
Originaire de Sarreguemine, Camille Michel est né en 1920,
il est issu de l'ENA et a fait une carrière de sous-préfet.
Il quitte sa fonction pour entrer dans une nouvelle vie et sera
au devant de la scène locale pendant une quinzaine d'années.
L'arrivée d'un président de gauche à la
tête de l'état, puis d'une assemblée "toute
rose" à l'assemblée va profondément
modifier la vie politique locale. C'est tout d'abord le résultat
des élections législatives qui suivent la dissolution
de l'Assemblée Nationale et qui envoie trois députés
de gauche à la chambre à la place de trois députés
de droite. A la surprise générale, Jean Rousseau
et Berthe Fievet emportent deux sièges pour le Parti Socialiste,
tandis que Jacques Rimbault gagne un siège au Parti Communiste.
Au premier tour, le 14 juin 1981, c'est
pourtant Jean François Deniau
qui devance largement Jacques Rimbault qui a 28,6% des
suffrages (17151) et dépasse d'assez peu Bernard Gourdon
le socialiste qui obtient 25,2% (15120) des voix.
Seulement M. Deniau a fait le plein des
voix à droite, il a 42,9% des suffrages (25 773).
Au second tour, une semaine plus tard, avec 33440 voix, c'est
à dire près de 52%, des suffrages, Jacques Rimbault
l'emporte face à Jean François Deniau, il conforte
de manière éclatante sa position à Bourges
et prend sa revanche sur 1978
.
La séance du conseil municipal du
1er juillet est historique et émouvante, le maire Jacques
Rimbault devenu député parle en ces termes :
" Cette séance intervient immédiatement
après des évènements de très grande
portée, le résultat dans notre ville a confirmé
la volonté des Berruyers de placer leur cité dans
la majorité nouvelle, avec l'ambition de la faire pleinement
participer au changement nécessaire".
Jacques Rimbault a tout lieu d'être satisfait, pour la
première fois depuis la Libération, la France va
être gouvernée à gauche, avec la présence
de 4 ministres communistes, dont Charles Fiterman ministre d'état,
ministre des Transport
Puis le député -maire évoque les changements
à venir, avec une discussion franche et tranquille avec
le pouvoir, car nous étions "harcelés
hier et encore aujourd'hui, par une tutelle préfectorale
d'un autre temps, en butte hier à l'arrogance d'un pouvoir
sectaire
.". Il passe en revue les futurs projets
de décentralisation, la suppression du contrôle
à priori des préfets, les pouvoirs nouveaux accordés
aux collectivités.
Le maire attend beaucoup des lois de décentralisation,
elles vont en effet modifier de manière très profonde
certaines pratiques. C'est à partir de ces lois que la
Région devient responsable des Lycées, et le Conseil
Général des Collèges, la Ville ne prenant
désormais en compte que les écoles primaires et
les maternelles.
Mais Jacques Rimbault reste maire, et il rappelle les principaux
dossiers en cours. C'est la Cuisine Centrale des Restaurants
Scolaires, chemin Tortiot, en construction, elle est prévue
pour janvier 1982. Puis il parle de la seconde tranche de l'école
primaire des Machereaux, le chantier de l'Enclos des Jacobins,
le Hall des Congrès qui devrait commencer à l'automne,
le Parc Paysager et Educatif de Bourges Nord avec l'arrivée
prochaine d'une subvention.
Enfin les dossiers sur la réalisation de la nouvelle gare
routière, du Centre Commercial du Val d'Auron, de la nouvelle
avenue de Robinson, et "d'un important programme de travaux
d'eau et d'assainissement".
Le 16 septembre 1981, le maire ajoute à
ses projets de l'été, la préparation du
dossier d'un Centre Hospitalier neuf, ainsi que l'obtention du
versement Transport permettant la mise en uvre d'un réseau
de transports urbains digne de ce nom.
Si 1981 marque un important tournant politique, c'est la poursuite
des Assises pour Bourges, quatrième édition, avec
" le forum des associations " qui doit réunir
vers la fin du mois de novembre l'ensemble des associations de
Bourges, aussi bien dans le domaine de la culture que du sport
ou de l'humanitaire, le tout au Parc Saint Paul.
Bulletin Municipal Officiel
de Juillet et septembre 1981
En savoir plus : le livre de Roland
Narboux : Histoire de Bourges au XX e siècle en 3 volumes,
aux éditions Royer.