Dans le cadre des sculptures
de Bourges, une statue controversée, comme cela se
trouve de temps à autre dans la cité.
Le fait
de se présenter comme une cité militaire implique
la commémoration des grands événements de
guerre du passé. Ce sera le cas du monument dressé
pour le souvenir des combats des soldats berrichons de la guerre
de 1870. Pour évoquer ce fait d'arme du régiment
berrichon du 19e des Mobiles du Cher, qui va combattre les Prussiens
à Juranville, un monument sera érigé à
la mémoire des soldats tombés à ce combat
au cours duquel le commandant Martin sera tué. Et ce monument
deviendra l'objet d'un scandale !
Comme souvent en Berry, le manque de crédit ne permet
pas de dresser un monument aussi grandiose que l'auraient voulu
les initiateurs du projet.
Une statue que certains appelleront "l'Espoir" sera
inaugurée le 2 juin 1907.
Deux grande plaques sur les côtés
avec l'effigie du commandant Martin pour l'une et pour le Lieutenant-colonel
Auguste Vermeil pour l'autre sont en bronze, c'est une oeuvre
de Henri Jossant.
Quant au piédestal, il a été
étudié par un architecte, Pascault et mis en forme
par Henri Jossant.
L'opposition entre les Berrichons se fait
au travers des journaux locaux. "La Dépêche
du Berry" est foncièrement contre le monument, peut
être plus pour combattre le sculpteur qui est qualifié
parfois de nationaliste et dont l'extrémisme est teinté
d'antisémitisme.
Un journaliste écrira :
"Le malheur est
qu'aucune municipalité, autre que la municipalité
Ducrot, ne pourra tolérer une pareille verrue sur la place
Séraucourt, et qu'après avoir dépensé
de l'argent pour élever un piédestal à cet
endroit, il faudra en dépenser encore pour le transporter
ailleurs ou pour rentrer la statue au grenier".
A l'opposé "Le Journal du Cher"
sera un chaud partisan de la statue de Jean Baffier. On pourra
lire que
"Le monument des
enfants du Cher est le monument du vrai patriotisme français.
Aucun de ceux qui en furent témoins n'oublieront le spectacle
unique qui se déroula esplanade Marceau, noire de monde...
les vieux soldats avaient tenu à exprimer leur admiration.
Quel frisson parmi les assistants quand se sont avancés
ces vieux, hâves, la poitrine constellée de médailles...".
Cette statue existe toujours aujourd'hui,
elle a été déplacée en 1965 de quelques
mètres, et chacun l'appelle "l'homme taureau",
c'est un des très rares monuments aux morts de la guerre
de 1870 que l'on puisse trouver en France. C'est un symbole de
Bourges.
A l'origine, cette sculpture devait être
érigée en haut de l'esplanade Marceau où
se situe aujourd'hui le monument d ela résistance. Il
y avait à cet emplacement un kiosque à journaux
qui était tenu par Mme Perrochet.
La sculpture s'appelait "Le Monument
aux Enfants du Cher morts pour la Patrie - 1870 - 1871"
et prendra le nom de l'Espoir puis de l'Homme-Taureau.
Lors d'une exposition "Les Rodin de
Monsieur Hecq" en février 2009 au Musée de
l'Hôtel Lallemant, des recherches ont montré qu'il
y avait eu une correspondance entre Baffier et Rodin, et dans
laquelle Jean Baffier racontait les difficultés qu'il
avait eu avec cette sculpture de l'Homme Taureau.