D Duc de Berry
Le duc de Berry est un des personnages
essentiels de Bourges. Il est fils de roi, Jean le Bon, celui
du " père gardez-vous à droite, gardez vous
à gauche " lors de la bataille de Poitiers, frère
du roi Charles V, et enfin oncle d'un autre roi, Charles VI.
Il est au centre de toute la vie politique et guerrière
de la France dans la seconde moitié du XIV ième
siècle. Il a été au premier rang des batailles
contre les anglais ou les bourguignons, ayant pris la tête
du camp des Armagnacs. Après Poitiers, en pleine guerre
de cent ans, il passera quelque temps à la tour de Londres
comme prisonnier. Il est essentiellement connu dans l'histoire
comme un ami des arts et un mécène tout à
fait exceptionnel.
Jean de Berry fut un constructeur hors
norme, il bâtit ou améliore mille et une résidences
que sont Nonette en Auvergne, Lusignan en Poitou, Genouilly en
Berry, mais aussi Gien, Montargis, Etampes ou Dourdan. A Paris
il possédait l'hôtel de Nesle et le château
de Bicêtre sans oublier ce chef d'uvre que fut le
château de Mehun-sur-Yèvre près de Bourges.
Les historiens estiment que le duc Jean possédait 17 châteaux
et hôtels !
A Bourges il construisit un palais qui porte encore aujourd'hui
son nom, même s'il n'en reste presque rien ! Quant à
la Sainte Chapelle de Bourges, ce chef d'uvre fut rasé
au XVIII ième siècle.
Premier mécène de son temps, le moyen de financement
de ses constructions " royales " reste encore trouble.
Homme hors de son temps et visionnaire, le duc Jean de Berry
possédait à Mehun-sur-Yèvre, au pied du
château des animaux exotiques, une sorte de zoo avant la
lettre.
Il reste donc peu d'éléments de la grandeur de
ce personnage, sa pierre tombale et quelques uns des 40 pleurants
qui l'entouraient sont encore visibles, tout comme un livre d'une
valeur inestimable : les Très Riches Heures du duc de
Berry.
Les Très Riches Heures du duc
de Berry
Cet ouvrage est au livre d'enluminure ce
qu'est la Dame à la Licorne pour la tapisserie : un chef
d'uvre.
L'ouvrage, composé de 206 feuillets réalisé
en vélin très fin fait 29 centimètres de
haut et 21 centimètres de large. Il a été
conçu et dessiné, ou plutôt peint à
Bourges, sans doute dans la rue Porte Jaune où se retrouvaient
les artistes et orfèvres du Moyen Âge. Cette oeuvre
a quitté la capitale du Berry et il peut être admiré
durant quelques jours, certaines années, au château
de Chantilly dans la région parisienne.
Aujourd'hui, cet ouvrage fait l'objet d'une
réelle vénération mais aussi d'une recherche
plus historique voire même ésotérique.
Il semble certain que la première partie de l'ouvrage
est due au travail des trois frères De Limbourg, Herman,
Paul et Jean. Ils venaient de Nimègue et passaient pour
les plus grands artistes de l'époque, ce qui généra
quelques jalousies dans le milieu.
Aujourd'hui des études particulièrement "
savantes " mettent en avant d'autres enlumineurs comme Roger
ou un artiste appelé le peintre intermédiaire.
Les frères de Limbourg commencèrent
l'ouvrage vers 1410, et ils moururent tous trois à la
même période au début de l'année 1416
! Une mort que certains trouvent bien mystérieuse.
Parmi les spécialistes qui ont effectué
des recherches sur cet ouvrage, Herman Colenbrander écrit
tout simplement :
" j'ai proposé une solution plus radicale, qui consiste
à ne plus reconnaître dans les miniatures l'uvre
des frères de Limbourg, et à mettre en rapport
les heures inachevées des frères rangées
dans une layette, telles qu'elles sont mentionnées dans
l'inventaire après le décès du duc, avec
le livre de bois offert au duc par les Limbourg le 1 er janvier
1411".
Quant au destinataire de ce livre, pendant longtemps, les spécialistes
ont pris pour vérité un ouvrage commandé
à la fin de sa vie, par le duc Jean de Berry pour ses
besoins propres. Or, d'autres études contredisent cette
manière d'écrire l'Histoire. En effet, les Très
Riches Heures du duc de Berry ne peuvent pas avoir été
commandées par le duc vieillissant, car il se représente
à table et cela aurait constitué un péché
d'orgueil que de vouloir poser dans une telle attitude. Alors
ce serait un " cadeaux " avec une intention politique
forte, et pourquoi pas pour les 75 ans du duc ? Une énigme
de plus.
70 ans plus tard, le livre sera repris
et terminé par un autre artiste local : Jean Colomb.
L'ouvrage des Très Riches Heures
du duc de Berry comporte un calendrier, commençant par
Janvier avec le célèbre banquet du duc Jean recevant
une délégation venant de Bourgogne, puis des vues
de nombreux châteaux comme Etampes en août, Saumur
en septembre et Vincennes pour le mois de décembre.
Autre thème, avec un tableau sublime représentant
l'Homme Anatomique suivi de quelques textes et dessins sur des
évangélistes, Saint Jean, Saint Matthieu et Saint
Luc,
Enfin, le paradis terrestre, l'Annonciation... ou la chute des
anges rebelles, une oeuvre extraordinaire.
Au total ce sont plusieurs pages écrites et enluminées
de scènes du couronnement de la Vierge au Baptême
du Christ.
Le palais du duc Jean
Ce grand bâtiment est aujourd'hui
le siège du Conseil général du Cher, mais
il n'est que l'ombre de ce qu'il fut au temps de sa splendeur.
C'est un édifice qui a accumulé
la malchance, jusque dans les années récentes puisqu'une
partie du Palais fut détruite en
1986, lors d'un
incendie accidentel un dimanche après midi pluvieux alors
que Jacques Higelin dans le cadre du " Printemps de Bourges
" s'époumonait sous un chapiteau. Les pompiers indifférents
à l'auteur de " Champagne ! " à quelques
cinq cents mètres de là déversaient des
tonnes d'eau dans les entrailles du palais.
A l'origine, Jean de Berry voulait faire un ensemble fastueux
et il n'eût sans doute pas le temps de participer aux finitions.
C'est vers 1375 qu'il commence la construction sur le rempart
gallo-romain, d'un très important édifice en fer
à cheval sur une parcelle à l'emplacement du logis
royal de Pépin le Bref,devenue la résidence des
vicomtes de Bourges. Il confia la maîtrise d'uvre
du bâtiment à Guy de Dammartin et de son frère
Drouet, les grands architectes du moment.
Le palais du duc Jean aujourd'hui.
L'ensemble devait avoir une longueur impressionnante
d'environ 200 mètres, avec trois parties essentielles.
Le Petit Palais, aujourd'hui détruit, était situé
à l'emplacement de la préfecture actuelle. Puis
le Grand Palais dont il ne reste aujourd'hui qu'une petite moitié
du monument initial, enfin, presque à la perpendiculaire
de ce Grand Palais, une Sainte Chapelle qui avait pour objectif
principal de recevoir à sa mort le monument funéraire
du bon duc.
Feu la Sainte Chapelle
Cette Sainte Chapelle de Bourges fut commencée
vers 1392 le chantier se terminant en 1405. Elle avait des dimensions
proches de celle construite à Paris par le roi Saint Louis,
une longueur de 36 mètres pour plus de 12 mètres
de largeur et 12 mètres de hauteur sous clef.
Les cartons provenaient d'André Beauneveu, ce peintre,
et sculpteur et enlumineur qui travailla pour Charles V, avant
de venir au service du duc Jean de Berry. Il mourra à
Bourges vers 1400, à l'âge de 65 ans.
La maquette de la Sainte Chapelle de Bourges,
au Musée du Berry
Cinq travées, une abside semi-hexagonale
et treize fenêtres qui étaient considérées
à cette époque comme des merveilles.
Cette Sainte Chapelle endommagée, fut détruite
en 1751 sur une proposition du cardinal de la Rochefoucault,
après l'accord du roi.
Que reste-t-il de cette merveille ? Pas grand chose, quelques
vitraux qui sont encore visibles dans la crypte de la cathédrale,
les statues agenouillées du duc et de son épouse
furent installées dans le chevet de la cathédrale,
et il ne subsiste au musée du Berry quelques sculptures
de prophètes dues sans doute au ciseau d'André
Beauneveux.
Quant au célèbre portrait
de Charles VII par Fouquet, qui était exposé dans
cette Sainte Chapelle, il quittera Bourges pour
. le musée
du Louvre.
La conservatrice du musée du Berry,
Béatrice de Chancel-Bardellot sous l'impulsion de Philippe
Gitton, maire-adjoint à la culture créa en 2004,
une salle médiévale comportant la maquette de la
Sainte Chapelle et plusieurs sculptures sauvées de la
destruction, le tout dans une scénographie particulièrement
attrayante.
Le tombeau du duc
Âgé, le duc Jean comme les
princes de cette époque pensait à son âme,
et il avait demandé à ce que son corps soit placé
dans un tombeau digne de sa notoriété. Il commanda
à Jean de Cambray un tombeau comprenant sur un socle,
son gisant avec entre les deux parties une quarantaine de personnages
sculptés dans du marbre ou de l'albâtre, les célèbres
Pleurants.
La sépulture devait être placé
dans la Sainte Chapelle de Bourges, mais rien ne se passa comme
prévu par le duc, et il se retrouva dans la crypte de
la cathédrale Saint-Etienne. Le tombeau était incomplet
puisque si le gisant en marbre était préservé,
les Pleurants furent dispersés. Il est possible d'en admirer
un certain nombre à New York, Saint Petersbourg, au château
de La Verrerie dans le Cher ou encore au
musée
du Berry à Bourges.
Aujourd'hui, ce gisant, malgré quelques
traces de dégradations par des signatures gravées
dans le marbre reste une sculpture d'une exceptionnelle qualité.
Au pied du duc, Jean de Cambray a représenté un
ours, son emblème qui fait toujours couler beaucoup d'encre
depuis 6 siècles.
Pour les uns, cet ours est le signe ou l'emblème du duc,
un animal fort et respecté. Pour d'autres, ce serait le
souvenir de sa captivité à Londres où il
filait le parfait amour avec une jeune fille prénommée
" Oursine ".
Quant à la devise du duc, elles
est tout aussi énigmatique avec " le temps viendra
".
Il meurt à 76 ans, pleuré par sa seconde épouse,
Jeanne de Boulogne qu'il avait épousé alors qu'elle
avait 12 ans, et lui la cinquantaine !