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L'horloge astronomique
Les tramways de Bourges
L'Yèvre à Bourges
L'alchimie
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L'usine Michelin
La maison de la Reine Blanche
Serge Lepeltier
L'industrie à Bourges au XXIs
Monuments Historiques Classés
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis une nouveauté : L'information et l'actualité à savoir sur Bourges, en quelque clip et quelques lignes :

http://www.bourges-info.com/

 

 

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 BOURGES 2028 CAPITALE EUROPÉENNE DE LA CULTURE

Une première approche

Le titre de Capitale française de la culture est un label officiel attribué pour une année entière à une ville ou une intercommunalité, désignée par le Ministère français de la Culture.

Le rythme d'organisation est biennal, et la première édition a eu lieu en 2022.

Ce dispositif est inspiré du programme des capitales européennes de la culture, créé en 1985 par l'Union européenne, et du programme de Capitale italienne de la culture, créé en 2015.

L'idée de désigner une capitale européenne de la culture a été émise en 1985 par l'actrice devenue ministre de la Culture de la Grèce Melina Mercouri et Jack Lang, ministre de la Culture français afin de rapprocher les Européens en mettant en avant la richesse et la diversité des cultures du continent. Le programme est géré par la Commission européenne et le titre attribué chaque année par le Conseil de l'Union européenne avec l'appui d'un groupe d'experts culturels chargés d'évaluer les propositions des villes candidates. Plus de 50 villes ont été ainsi désignées depuis le début du programme.


Bourges, un projet " un peu fou ".

Tout semble parti d'une idée de Georges Buisson et Olivier Atlan : il faut proposer Bourges comme Capitale française de la culture pour 2022. Elle en a les moyens, les dernières réalisations importantes datent toutefois de 20 ans avec les Nuits Lumières, le festival d'un été à Bourges sur 3 mois tous les soirs, avec le festival du film écologique, avec la biennale d'art contemporain, et les musées gratuits, alors en ajoutant le Printemps de Bourges et ses 40 ans, la Maison de la Culture et ses presque 60 ans, plus Emmétrope, la culture avait de l'allure.
Georges Buisson et Olivier Atlan étaient et sont deux personnalité forte de la culture à Bourges.

Et ce fut une " grosse gamelle ", dont il ne faut pas se réjouir : après la non inscription de Bourges comme possible capitale française de la Culture en 2022, comme la ville n'a pas été retenue pour être Capitale française, en 2022, elle remet le couvert pour être cette fois Capitale européenne de la Culture pour 2028, c'est dans 9 ans, " ça mange pas d'pain ". Mais il faudra faire autre chose que de peindre des pavés de la rue Moyenne...
A ce moment (date ?), il faut affiner un document de candidature.

Bourges capitale européenne de la Culture ?

Ainsi les premières années de Yann Galut et de son équipe se mettent dans les pas de leurs prédécesseurs, il faut bien terminer ce qui est commencé, comme l'urbanisme et le Renouvellement Urbain, mais ils n'oublient pas les promesses faites lors de la campagne électorale, avec la place du vélo et de la voiture en ville ou la question de la gratuité des bus.

La surprise viendra dans un domaine que nul n'attendait de la part de l'équipe de Yann Galut qui ne comportait pas d'élus portés vers la culture, d'autant que les premiers pas avec le scandale des musées fermés, ne sont pas très positifs. Aussi l'annonce faite, même des milieux culturels, de la future la candidature de Bourges pour devenir en 2028, la capitale européenne de la Culture fait l'objet d'une surprise générale.
Telle est l'annonce faite par les élus, avec un certain scepticisme, en particulier de certains milieux du patrimoine.

Le maire et une petite équipe se mettent au travail pour peaufiner le dossier de candidature. Ce n'est pas pour la semaine prochaine, c'est en 2028... De quoi faire de Bourges une ville de culture, ce qui est très loin d'être le cas !

Ils peaufinent un dossier, car "Bourges 2028 offre un nouveau modèle sociétal et territorial pour les villes petites et moyennes ", lit-on dans le projet de candidature qui l'a emporté sur les trois autres villes françaises en lice dans la dernière ligne droite, de grandes villes ; Clermont-Ferrand, Montpellier et Rouen.

Il n'y a pas beaucoup de chance de gagner ... Mais le maire y croit, il est presque le seul à Bourges, pourtant certains, comme à bourges-info.com pensent que la ville de Bourges a ses chances face aux trois métropoles. C'est l'image d'une ville qui a eu, avec Malraux, la première Maison de la Culture de France, ce qui est faux, mais qui le sait ? Et puis le Printemps de Bourges est bien le premier grand Festival de chansons du pays, en place depuis 1977. Enfin, le fait d'être une ville moyenne, avec des finances limités, ajouté à une volonté de faire dans le déveoppement durable et le jury, voulant revenir à une cité à visage humain.

Et ce fut l'euphorie d'une fin d'année 2023

La population n'y croyait pas, Bourges avait été dans le dernier carré de 4 candidatures, ce qui était très bien, et les villes qui avaient été Capitale européenne de la Culture dans le passé furent Paris en 1989; Avignon en 1999, Lille en 2004 et Marseilles en 2013.

A la suite de la délibération du jury européen, le Ministère de la Culture a organisé une conférence de presse ce mercredi 13 décembre 2023 à 18h00 pour annoncer le nom de la ville française lauréate au titre de Capitale européenne de la Culture 2028.
Et c'est Bourges qui a été nommée !
" Un immense merci à toutes celles et tous ceux qui ont soutenu cette candidature, qui ont cru en elle, l'ont partagée, ont mobilisé leurs énergies, y ont participé et l'ont inspirée. Votre engagement a porté ses fruits, Bourges a été entendue et se voit désormais honorée du titre de Capitale européenne de la Culture. Bourges est territoire d'avenir et cette reconnaissance est méritée ! "
La belle endormie est réveillée ! Bourges, qui avait légitimement sa place dans une compétition d'envergure européenne, prouve une fois de plus que la culture est inscrite dans son ADN.

Désormais la culture à Bourges c'est Malraux, Monnet et Galut... Une belle victoire dans une ville qui a fermé tous ses musées et n'a pas voulu entendre parler en 2023 ni de Louis XI et de ses 600 ans, ni des 250 ans de Napoléon III.

Choisir Bourges c'est accompagner le pari d'une ville de taille moyenne qui mise sur la culture pour son développement humain, social et économique et qui ambitionne de faire une véritable place à tous les publics", a réagi la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, après cette annonce.

" En se jetant dans les bras des membres de son équipe, Yann Galut, le maire de Bourges, laisse éclater sa joie et ne peut retenir ses larmes. Sa ville devient la cinquième de France à devenir Capitale européenne de la Culture, pour l'année 2028 ",

Un an après, l'anniversaire

Des sourires, des émotions partagées, des cris de bonheur et d'enthousiasme. Un an après la désignation de Bourges comme Capitale européenne de la Culture, une joie contagieuse s'est emparée de la rue Moyenne.
Cette fête, qui a rassemblé tout notre territoire, marque le début d'une aventure qui se poursuivra jusqu'en 2028… et bien au-delà !
Associations, artistes, bénévoles, partenaires et habitants de Bourges et du Centre-Val de Loire…merci d'avoir été aussi nombreux à contribuer à cette belle soirée !
Bourges capitale de la culture, a donné un joli coup de projecteur sur la ville, ça ne peut pas faire de mal, mais il y a les chauds partisans, Fan de culture ou du maire, les sceptiques qui attendent pour voir, c'est très berrichon, et puis les opposants farouches et déterminés qui pensent aux finances de la ville. Bref à l'image du pays gaulois que nous sommes.
Et puis quelques oppositions qui ont été vite supprimées comme :
Françoise Trotignon " citez-moi les noms des musées ouverts et on en reparlera".
Et encore : "Bourges est culturellement en coma dépassé."

 

Une structure associative fut montée, des responsables désignés.

Un local loué rue Moyenne et c'est parti avec la demande de prtojets dans le CRI.

Le maire Yann galut mouille sa chemise, se déplace en Europe, Avignon et Paris, tout discours quelque soit le sujet évoque Bourges 2028, des pancartes dans toute la Ville,

Médiapart entre en scène


C'est alors que Médiapart diffuse une étude, qui est un rapport interne qui lui a été envoyé par une "taupe" de la mairie et qui le 1 novembre 2025 par Ludovic Lamant publie le texte ci-dessous intitulé " Retards, conflits internes, opacité : un rapport alerte sur Bourges 2028, capitale européenne de la culture".

Beaucoup de réaction négative vis à vis du maire, à la fois sur le flou de cette candidature, sur les "combine et autres copinages", et surtout sur l'aspect financier, qui va payer les 44 millions d'euros prévus pour cette capitale de la culture ?

Cela permet d'avoir l'avis de Pascal BLANC, le maire précédent de Bourges de 2014 à 2020 :

Bourges Capitale Européenne de la Culture 2028.
Quelques rappels…
Quand en 2017, Yann Galut, alors député socialiste de la 3ème circonscription du Cher, m'avait proposé que #Bourges candidate comme Capitale Européenne de la Culture (j'avoue, je n'avais pas connaissance de ce label), j'avais fait travailler mes services sur le sujet. Conclusion : si le challenge permettait de mettre notre territoire en lumière, le risque financier était important, notamment en termes de " fonctionnement " sur la durée.
J'ai partagé ce constat avec l'ensemble de la majorité municipale de l'époque. Nous avons donc pris la décision de ne pas engager la ville sur ce projet.
Rappelons que le mandat 2014/2020 a été marqué par l'objectif prioritaire de désendetter la collectivité, endettement qui impactait particulièrement le budget de fonctionnement de la ville.
Quand la ville de Bourges a été désignée comme Capitale Européenne de la Culture 2028, je me suis réjouis que notre ville ait été retenue tout en émettant des réserves (cf l'article du Berry Républicain du 14 décembre 2023). Les mêmes arguments qui m'avaient fait reculer au cours de mon mandat : l'impact à moyens et à longs termes sur le budget de fonctionnement!
L'ensemble du Conseil Municipal actuel (majorité et opposition) a validé la candidature de Bourges en toute connaissance de causes et … sans réserves!
Il est donc surprenant (ou pas d'ailleurs) qu'à quelques mois des prochaines échéances électorales municipales certains (anciens membre de la majorité municipale)s'émeuvent de la soutenabilité financière de cet engagement. Alors de deux choses l'une. Soit la mémoire leur fait défaut, soit la mauvaise foi est de mise.

 

 


LE TEXTE DE LA PUBLICATION PAR MEDIAPART SUR BOURGES CAPITALE DE LA CULTURE EUROPÉENNE

1 novembre 2025 | Par Ludovic Lamant

Retards, conflits internes, opacité : un rapport alerte sur Bourges 2028, capitale européenne de la culture

Mediapart s'est procuré un rapport interne qui décrit un conflit de gouvernance et des retards accumulés dans l'organisation de la prochaine capitale européenne de la culture en France. Le maire de Bourges, Yann Galut, assure y avoir répondu avec célérité, avec l'arrivée notamment d'un nouveau président à la tête de l'association.
Quand, en décembre 2023, Bourges a été désignée capitale européenne de la culture pour l'année 2028, cette victoire a été interprétée comme " la revanche des villes moyennes ". Passé l'effet de surprise, beaucoup y ont vu le succès d'une candidature " à taille humaine ", loin des grandes machines que furent les expériences de Lille 2004 ou Marseille 2013.
" Bourges 2028 offre un nouveau modèle sociétal et territorial pour les villes petites et moyennes ", lit-on dans le projet de candidature qui l'a emporté sur les trois autres villes françaises en lice dans la dernière ligne droite (Clermont-Ferrand, Montpellier et Rouen). Depuis la périphérie, la préfecture du Cher (64 000 habitant·es) promettait une autre manière d'organiser ces manifestations événementielles, plus attentive à l'intégration des populations locales, plus soucieuse d'autres formes du vivant, plus sobre aussi, prônant une stratégie bas-carbone.

Mais presque deux ans après cette désignation, les documents que Mediapart s'est procurés racontent une autre histoire, un peu moins réjouissante. Selon les termes d'une mission d'expertise qui s'est déroulée durant l'été 2025, et qui a été présentée le 27 août, il est question d'un " conflit ouvert de la codirection ", d'une " opacité des décisions ", d'un " management trop vertical ", ou encore d'un " besoin de montée en compétences " dans l'équipe.
Le document, réalisé à partir de 17 entretiens individuels, alerte aussi sur un " fonctionnement [centré] sur le court-terme, sans vision des étapes clés à venir ", une " stratégie "bas carbone" encore peu traduite ", ou encore une " organisation en retard structurel […], exposant le projet à des risques critiques pour sa crédibilité et sa faisabilité ".
Yann Galut, maire de Bourges, s'exprime le 14 décembre 2023 à Bourges, au lendemain de la désignation de la ville comme capitale européenne de la culture 2028. © Photo Pierrick Delobelle / Berry Republicain / MaxPPP

Bourges 2028, menacée ? Dans un entretien à Mediapart, le maire de Bourges, Yann Galut (Parti socialiste), qui avait fait de cette candidature un des axes de son projet pour la ville aux municipales de 2020, assure : " Je ne conteste absolument pas les conclusions du rapport, même si j'ai pu trouver le ton un peu alarmiste par endroits. " Et d'ajouter : " J'ai réagi de manière très rapide pour apporter des solutions, et ferai tout, dans la transparence la plus absolue, pour que l'année 2028 soit exceptionnelle à Bourges. "
C'est l'association Bourges 2028, chargée du pilotage effectif de la manifestation, qui a elle-même commandé cette mission flash durant l'été, en réaction à un premier courrier, daté du 16 juin 2025. Cette lettre était adressée au maire et aux deux codirecteurs de Bourges 2028, Pascal Keiser et Frédéric Hocquard. Elle était signée par six commissaires et artistes associé·es de longue date au projet, dont l'écrivain Camille de Toledo, le commissaire Hou Hanru (ancien directeur du Maxxi, le musée d'art contemporain de Rome) ou encore la commissaire indépendante Évelyne Jouanno.
Incertitudes budgétaires

Dans cette lettre, que s'est aussi procurée Mediapart, ce collectif lançait une première " alerte " : " Quelque chose monte […], qui cause chez nous une inquiétude, une incertitude et une insécurité. " Et de s'alarmer des conflits au sein de la direction - une " atmosphère conflictuelle " qui les " fragilise " - et de " l'absence d'interlocuteurs et interlocutrices " : " Nous manquons notamment d'un suivi contractuel, juridique, financier. "
" Nous voyons naître le risque d'un rejet de Bourges 2028 si les valeurs mises en avant par le projet ne sont pas en accord avec un soin, une attention, dans ce suivi opérationnel ", lit-on encore dans cette lettre, qui parle d'" une forme d'impasse, voire une aggravation, après un an d'échanges ".
Le coup est rude pour les deux copilotes de la manifestation, Pascal Keiser et Frédéric Hocquard. Le premier, un Belge de 58 ans né d'une mère italienne, fut l'un des piliers de Mons capitale européenne de la culture en 2015 (dans la Wallonie belge). Fondateur et directeur de La Manufacture à Avignon (Vaucluse), il est le commissaire général de Bourges 2028, chargé de la coordination artistique et des réseaux européens. Il a rejoint l'équipe dès l'été 2021 et nourri l'essentiel du projet, notamment autour de l'engagement bas-carbone.

Sans budget sécurisé, il est impossible de prendre des engagements financiers ou contractuels avec des artistes et des commissaires.
Pascal Keiser, codirecteur de Bourges 2028
Le second a un profil plus politique : Frédéric Hocquard, 56 ans, adhérent des Écologistes, est un élu, adjoint à la mairie de Paris chargé du tourisme et de la vie nocturne. Durant les Jeux olympiques et paralympiques de 2024, il a multiplié les entretiens sur la pression touristique dans la capitale. En mars 2024, c'est-à-dire après la désignation officielle de Bourges, il est appelé par le maire Yann Galut pour devenir délégué général de la manifestation, aux commandes des questions budgétaires en particulier, mais aussi des relations avec les collectivités françaises.
Confrontés par Mediapart à ces remous internes, le maire de Bourges et les deux codirecteurs rejettent d'abord la faute des retards sur les incertitudes politiques. L'instabilité née de la dissolution de l'Assemblée nationale, en juin 2024, a tout compliqué. À ce jour, la structure ne connaît toujours pas exactement le budget sur lequel elle peut compter (lire l'encadré ci-dessous).
" Ces derniers mois n'ont pas été un long fleuve tranquille pour l'association, en raison notamment des incertitudes financières de la part de l'État ", fait valoir Yann Galut. Symbole de ces difficultés : la réunion interministérielle (la " RIM ") qui devait sécuriser le budget apporté par l'État était prévue… la semaine de l'annonce de la dissolution. Elle s'est finalement déroulée deux jours avant le départ de François Bayrou de Matignon, en septembre 2025, plus d'un an plus tard. L'État, qui avait d'abord promis 12 millions d'euros (dont 6 millions du ministère de la culture), va finalement en apporter 10.
Un label européen, mais très peu d'argent de l'UE

Au moment de sa candidature, Bourges 2028 tablait sur un budget de 46 millions d'euros, sur un peu plus de cinq ans. L'État, qui s'était d'abord engagé sur 12 millions, a réduit à 10 son enveloppe. La ville et la région apportent chacune 6 millions d'euros. À cela s'ajoutent des participations de l'agglomération et du département (un peu plus de 6 millions). D'autres conseils généraux de départements de la région Centre-Val de Loire sont revenus sur leurs promesses (2 millions), dans un contexte de tensions budgétaires.
En ajoutant des recettes attendues de la billetterie et du mécénat (à ce stade, 1,5 million d'euros assurés, contre 6,5 millions espérés au départ), la manifestation devrait atterrir sur un budget d'un peu plus de 40 millions d'euros. L'association emploie à ce stade 22 équivalents temps plein. À comparer aux 91 millions du budget de Marseille 2013, pour 51 temps plein.

La surprise est l'enveloppe apportée par l'UE, pour un événement censé incarner le projet européen : à peine 1 million d'euros à ce stade, et peut-être 500 000 euros supplémentaires, en fin de course, si Bourges décroche le prix Melina Mercouri. Du côté de la Commission européenne, on insiste toutefois sur le fait que Bourges pourrait aussi recevoir des financements européens indirects, via des programmes spécifiques, jusqu'à 2,25 millions d'euros. Bourges deviendra la cinquième capitale européenne de la culture en France, après Paris (1989), Avignon (2000), Lille (2004) et Marseille (2013).
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" Sans budget sécurisé, il est impossible de prendre des engagements financiers ou contractuels avec des artistes et des commissaires. Cela a pu générer un certain retard, certaines frustrations et insatisfactions, ce que je comprends et partage ", avance Pascal Keiser.
À en croire les directeurs, cette incertitude a compliqué la période de transition du projet Bourges 2028, alors que l'association, au moment de la victoire de décembre 2023, n'était qu'un poids plume : une équipe de cinq salarié·es, dont quatre " juniors ". " Bourges a gagné en mode start-up, insiste Frédéric Hocquard. Quand j'arrive en mars 2024, il n'y a pas de locaux, pas d'équipe. Le conseil d'administration est brinquebalant, sans personnalités qualifiées. Je me suis d'abord attelé à ça, à remettre le truc d'équerre, quitte à retarder la contractualisation des commissaires. "
Querelles personnelles et " déséquilibres salariaux "
Pour Pascal Keiser, ce retard à l'allumage serait presque un classique dans l'histoire de ces événements hors norme, à l'économie très particulière, avec des montées en régime très rapides : " Dans presque toutes les capitales européennes, le basculement entre la phase de pré-design et celle de la production est toujours délicate, et oblige toujours à changer un peu les équipes. À Marseille, Jean-François Chougnet n'a pris la direction que deux ans avant. Pour Evora 2027, au Portugal, l'embauche du directeur artistique a été faite un an et demi avant le début de la manifestation. C'est quelque chose d'habituel. "Quant aux tensions personnelles entre les deux hommes, confirmées à Mediapart par plusieurs personnes proches de l'association, Frédéric Hocquard et Pascal Keiser prennent soin de les minimiser : " Tout le monde ne se comporte pas en Bisounours dans ces structures, il y a des tensions inévitables entre le pôle artistique, qui n'avait pas d'assurance sur les budgets, et la partie administrative et financière. Mais je dirais qu'il y a eu des discussions ", estime Pascal Keiser.

Frédéric Hocquard dit encore : " Pascal [Keiser] a sans doute un caractère plus calme que le mien. Mais il y a des points de discussion, qui ne sont pas des points de conflit. Il n'y a pas de désaccord majeur quant au portage du projet. " Il donne l'exemple des " gares végétales ", un des projets phares de la manifestation, qui verra par exemple l'artiste Eva Jospin déployer ses forêts de papier dans la gare de Bourges : " Dans le document de référence, il est prévu cinq gares végétales. On commence à regarder combien coûte une gare végétale. Et à un moment donné, je dis à Pascal : là, à 46 millions, les cinq gares ça ne passe pas. "
À cet endroit, l'affaire se personnalise un peu plus. Au moins deux personnes proches de la manifestation ont décrit à Mediapart un binôme de directeurs trop peu présents à Bourges, cumulant beaucoup de casquettes, entre Paris, Avignon et Bourges, et par ailleurs confortablement rémunérés, par rapport au reste de l'équipe.Bourges 2028 prend en charge la location d'un appartement à Bourges pour Frédéric Hocquard, et celle d'une chambre d'hôtel pour Pascal Keiser.

Dans la mission d'expertise de l'été 2025, réalisée par Ariane Bieou (qui fut directrice de la production de Matera, capitale européenne de la culture 2019 en Italie), les conclusions évoquent tous azimuts une " présence insuffisance ou partielle " du binôme, mais aussi des " déséquilibres salariaux internes, générateurs de tensions, de démotivation et d'un déficit d'attractivité ".
Sur leur présence, Frédéric Hocquard comme Pascal Keiser réfutent en bloc. Le premier, dont une des missions durant les premiers mois fut d'assurer un lobbying auprès des ministères à Paris, prévient : " Je mets au défi quiconque de me dire que j'ai levé le pied sur la question de Bourges. J'étais présent dès le début. J'ai même raté des conseils municipaux à Paris, en me faisant excuser. "
Concernant le partage de son temps de travail avec sa fonction d'adjoint à Paris, qu'il n'envisage pas de poursuivre après les municipales de 2026, il renvoie au cadre légal, qui fixe le nombre d'heures que l'employeur se doit de laisser à l'élu pour effectuer son mandat (jusqu'à 140 heures par trimestre, dans le cas d'une ville de plus de 10 000 habitant·es).
L'association Bourges 2028 prend en charge la location d'un appartement à Bourges pour Frédéric Hocquard, et celle d'une chambre d'hôtel pour Pascal Keiser - ce dernier assurant que la charge est " très faible " pour l'association, l'établissement en question étant mécène de l'événement. Pascal Keiser, qui déclare toucher un salaire annuel de 90 000 euros brut, précise encore : " Je rejoins beaucoup de choses dans les conclusions de la mission, mais pas sur ce point : il me semble que les niveaux de salaire sont très corrects dans l'association, en fonction de la pyramide des âges. "
C'est la tradition dans les capitales européennes : cela se fait par réseau, par cooptation, par rencontres…
Yann Galut, maire de Bourges

En interne, la situation a pu susciter des crispations, d'autant que Yann Galut, le maire, et Frédéric Hocquard se connaissent de longue date, et qu'il n'y a pas eu d'appel d'offres pour le poste de délégué général. " Frédéric Hocquard et moi avons été militants de SOS Racisme dans les années 1990. C'est là que ça démarre. On s'est toujours recroisés par la suite, mais on était "potes", pas amis ", décrit Yann Galut.
Alors que Frédéric Hocquard préside en 2021 la Fédération nationale des collectivités pour la culture (FNCC), un regroupement d'élu·es de la culture, Yann Galut n'hésite pas à le consulter, pour des conseils sur la candidature de Bourges 2028, en amont de la décision du jury. Et Frédéric Hocquard joue le jeu, comme il le fait avec d'autres villes en lice au même moment. Il rejoint ensuite l'équipe quelques mois après la victoire, sur l'impulsion de l'édile.
" C'est la tradition dans les capitales européennes : cela se fait par réseau, par cooptation, par rencontres… Mais j'ai bien sûr demandé à Pascal Keiser comme à Frédéric Hocquard d'aller voir d'autres tutelles avant leur embauche ", dit encore Yann Galut. L'élu parisien renchérit : " Je ne suis pas arrivé comme ami du maire, mais recruté par le conseil d'administration, sur la base d'un contrat précis. Il se trouve que je connais le maire, je ne vais pas m'en cacher. "
Une direction renforcée

Après la présentation de la mission d'expertise le 27 août, Yann Galut a voulu aller vite et lancer une réorganisation de l'association. Il rencontre, dès le 19 septembre à Paris, Jean-François Chougnet. Cet historien de formation, que Mediapart avait interviewé alors qu'il était directeur de l'association qui a organisé Marseille 2013, et qui fut aussi le patron de l'association culturelle Lille 3000, était déjà membre du conseil d'administration de Bourges 2028 depuis un an. Il est devenu depuis mi-octobre son président exécutif (rémunéré à hauteur de 75 % du smic, précise le maire).
S'il amène une expérience indéniable, sans alourdir les finances de l'association, Jean-François Chougnet complète une équipe de direction décidément très masculine, avec trois hommes blancs aux avant-postes. Cet été déjà, la mission d'expertise s'inquiétait déjà d'un " déséquilibre dans la parité de genre et dans la diversité ".
Sur ce point, les directeurs renvoient aux annonces imminentes de recrutement, notamment pour les postes de responsable de la production - qui sera " le poste clé de la structure ", dixit Pascal Keiser - et de responsable des affaires financières. L'universitaire Rahma Chekkar devrait bientôt, elle, devenir coprésidente de l'association, aux côtés de Jean-François Chougnet.
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Marseille 2013, capitale désenchantée
" Maintenant, on peut y aller, on a réglé les questions de gouvernance ", insiste Yann Galut. " Un nouveau chapitre s'ouvre ", veut croire Pascal Keiser, avec l'arrivée de Jean-François Chougnet et l'engagement de l'État sur un chiffre précis. Il insiste, à un peu plus de deux ans de la fête d'ouverture (dont la date précise n'est pas encore dévoilée) : " Le rapport d'Ariane [Bieou] était un peu alarmant sur le rétroplanning, mais pour moi, on est dans les clous. "
À l'approche des municipales de 2026, Yann Galut sait qu'il joue gros avec cette réorganisation. " Imaginez que je ne sois pas réélu, avance l'élu socialiste. La capitale européenne se fera de la même manière. Parce que mon opposition est intelligente, et nous avons toujours voté de manière unanime sur ces sujets, et avec le soutien des parlementaires. "


 

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