Les impressionnistes
représentent un des mouvements les plus féconds
de la peinture moderne. Lorsqu'ils exposent pour la première
fois, dans des conditions difficiles leurs toiles, les Renoir,
Monet et autres Berthe Morisot ignorent qu'un siècle plus
tard, ces oeuvres s'arracheront pour des sommes vertigineuses,
par des Japonais ou des Texans fortunés.
Et pourtant, les Impressionnistes
seront le plus souvent haïs par les académies de
toute nature. Ils formaient en quelque sorte une famille. Berthe
Morisot après avoir rencontré le grand Edouard
Manet, celui du scandaleux "déjeuner sur l'herbe"
va utiliser la jeune fille comme modèle. Ce sera un des
plus beaux tableaux de l'histoire de la peinture: "Le balcon".
La jeune personne brune, à gauche, assise, c'est Berthe
Morisot, un chef d'oeuvre que l'on peut admirer au Musée
d'Orsay à Paris. Car en fait, entre Edouard Manet, le
Maître, et la jeune Berthe Morisot, il y aura plus qu'une
amitié, c'est une passion cachée et secrète,
faite de regard, de connivences, de complicité. Un amour
passion qui n'aboutira pas... et Berthe épousera quelques
années plus tard Eugène Manet, le propre frère
d'Edouard.
Et cette artiste, Berthe Morisot,
dont les toiles se monnaient aujourd'hui en millions de francs,
est devenue depuis une vingtaine d'années, une des plus
grandes impressionnistes. Ses tableaux sont d'une touche pleine
de sensibilité, elle sera la femme qui va peindre des
femmes avec un art que l'on ne trouve pas chez ses compagnons.
Or, Berthe Morisot est Berruyère !
En effet, au début de
l'année 1841, le Préfet du Cher se nommait Tiburce
Morisot. Il appartenait à la grande bourgeoisie et vivait
une carrière chaotique car la monarchie, la république
et l'empire vont se succéder dans des soubresauts de révolutions
et autres coups d'Etat.
Tiburce, qui était aussi
Maître des requêtes au Conseil d'Etat, avec sa femme
Cornélie avait déjà deux enfants, Yves et
Edma, ce sont deux filles, malgré les apparences.
C'est le 14 janvier 1841 que va naître à Bourges
Berthe Marie Pauline au foyer de Mr et Mme Morisot.
Ainsi Berthe Morisot est berruyère, même si 8 mois
après cette naissance hivernale elle suit son Tiburce
de père pour la Haute Vienne et Limoges: un Préfet,
hier comme aujourd'hui, ça bouge !
Berthe va passer quelques années,
ses premières, à beaucoup voyager avant de se fixer
à Paris, très exactement à Passy dans la
banlieue ouest de la capitale, et en 1852, c'est encore la campagne.
La passion de la jeune fille
, qui n'a que 16 ans, pour la peinture, date de 1857. C'est sa
mère qui décide que ses trois filles doivent apprendre
à dessiner, afin de pouvoir offrir à leur père
des dessins... et c'est ainsi que les soeurs s'en vont 12 heures
par semaine chez un professeur, monsieur Choucarne. Ce genre
d'activités était très courant dans la bourgeoisie
du XIX° siècle.
Berthe Morisot et sa soeur Edma vont très vite attraper
le virus de la peinture et changer de professeur, désormais,
c'est Guichard qui les emmène au Louvre pour s'inspirer
de Raphaël et Rubens. A partir de 1860, les deux soeurs,
car Yves a abandonné l'art, se lancent dans la peinture
et se créaient un cercle de relations professionnelles,
c'est la rencontre avec Fantin Latour puis, celle, décisive
avec Edouard Manet.
Dès 1864, Berthe et Edma
exposent dans les salons parisiens, et... les premières
critiques sont tièdes. Mais la persévérance
va payer et si Edma abandonne sa soeur et ses pinceaux pour se
marier, Berthe se fait remarquer: Jules Ferry et Emile Zola admirent
les oeuvres de notre berruyère.
Berthe Morisot dans les années
1860 s'oriente de plus en plus vers les idées progressistes
des frères Manet, en opposition avec sa propre famille.
Pendant une vingtaine d'années, de 1875 jusqu'à
sa mort en 1895, elle peint des centaines de toiles, elle devient
une des grandes figures de l'impressionnisme, tout en restant
très simple et très discrète. En 1878, elle
a une fille, Julie, qui deviendra son modèle favori.
Berthe Morisot "apportera
au réel, toute la gamme de la sensualité et du
charme féminin, mais avec la force singulière que
lui donne un mélange de lucidité et de tristesse".
Et
le Berry, pour Berthe Morisot, que représentait-il ? Nous
n'en savons rien. Elle a beaucoup voyagé, même à
l'étranger, elle a écrit une correspondance fournie,
il ne semble pas qu'elle fasse allusion à sa ville natale,
ni qu'elle y soit revenu, en pèlerinage. C'est aujourd'hui,
connaissant cette artiste très sensible, un mystère!
Toile située
à la préfecture du Cher
Quant aux toiles de Berthe Morisot,
elles sont dans tous les grands musées du monde, mais
il y en a une dans la ville de Bourges. Il s'agit d'un magnifique
autoportrait, il est dans une vitrine de la Préfecture
du Cher, c'est un chef d'oeuvre.