HISTOIRE DE BOURGES
AU XX ième SIECLE : LE TEMPS DES NOTABLES
1930 / 1937
Les Prés-Fichaux enfin inaugurés
Les Législatives de 1932
Léon Blum chez les socialistes de Bourges
Bourges se dote d'un Muséum
L'Aérogare à Bourges
Laudier réélu Maire en 1935
Le temps des exclusions : Boin et Laudier
Le Front Populaire en Berry
Chroniques locales des années 1930
Le Personnage Laudier
1930, l'époque des grands exploits
et des héros commence. C'est Mermoz qui transporte en
5 jours du courrier entre Paris et Buenos Aires, il devient le
pilote le plus populaire de l'époque, alors que Costes
et Bellonte préparent leur machine pour une grande première,
un Paris-New York qui restera en France et à Bourges dans
les légendes. Autre personnage "chouchou" du
public, André Leducq emporte le Tour de France, avec l'équipe
nationale et ses amis Antonin Magne et Marcel Bidot. Un autre
français à l'honneur, c'est Louis Chiron qui gagne
le grand Prix automobile de Spa en Belgique.
A Bourges, comme en 1910, la fête se prépare, ce
sera le Grand Cortège historique qui parcourera les rues
de la Ville. Il s'agissait de commémorer le centenaire
des trois Glorieuses de 1830 et de la Révolution. Mais
ce spectacle restera éphémère, les berruyers
s'intéressant après un temps d'attente, au nouveau
Jardin voulu par Laudier.
LES PRES-FICHAUX ENFIN
INAUGURES
Après avoir bataillé une
dizaine d'années, Laudier, avec une volonté et
une énergie remarquable, va arriver à ses fins
: le 30 juin 1930, les Prés Fichaux sont inaugurés.
Pour transformer ce marais des "Pretz-Fichault" dans
lesquels les protestants allaient chanter les psaumes de Clément
Marot, en un superbe jardin à la française, il
aura fallu de l'argent, et aussi des compétences techniques.
Sur une surface de 4,5 hectares,assez modeste, Paul Margueritat
a su recréer un jardin à la fois sobre et grandiose.
Il a fallu ramener 100 000 mètres cubes de terre et de
remblais ainsi que des centaines de mètres de canalisations
souterraines, et plus de 6 kilomètres de drains en poterie.
L'inauguration de ce 30 juin ne commence
pas sous les meilleurs hospices. Le cortège des personnalités
s'ébranle, mais la foule n'est pas au rendez-vous : le
berruyer boude. On lui a tellement dit que ce jardin avait été
un gouffre financier qu'il ne s'est pas déplacé.
Et puis, la cérémonie devait être présidée
par Monsieur Paul Léon, Directeur des Beaux Arts de Paris,
mais il n'est pas là. Il est malade.... maladie réelle
ou diplomatique, nul ne sait. C'est Laudier qui dévoile
la plaque commémorative de cette journée, au pied
de la terrasse. Cette plaque est toujours visible, elle précise
que M. Paul Léon est venu ce matin là... etc...
en réalité, c'est faux. Le grand homme avait fait
"faux bond".
La visite du jardin commence à la
terrasse avec une superbe vue panoramique de l'ensemble en contre-bas,
un bas-relief de Vital Coulhon, représentant un couple,
c'est "l'Eternelle Tourmente". Le cortège, assez
maigre, parcourt la centaine de mètres de la pelouse,
avec des ifs délimitant les allées. Puis c'est
la visite des bassins, au centre desquels trône un magnifique
marbre de Blanchard : "Diane Surprise".
De part et d'autre du bassin, le "clou" du jardin,
ce sont les deux vases monumentaux de Sèvres, dûs
aux ciseaux de Patout, ils sont hauts de près de 6 mètres.
La roseraie est visitée, avec le "Dieu Pan"
et deux petits vases de Sèvres, ce sont "de magnifiques
taches blanches sur l'émeraude des pelouses latérales".
Laudier termine l'inauguration par le théâtre de
verdure dont l'entrée était alors gardée
par deux "Centaures" de Monard.
Le programme de la journée distribué ce 30 juin
1930 signalait que "ce vaste jardin, typique de l'Art Déco,
aux nombreuses formes végétales sculptées,
des cornes de magnolias, des arcades d'ifs, est ordonné
autour d'un grand tapis vert". Il faudra attendre l'après
midi pour que Laudier savoure sa victoire, après une matinée
semi-ratée, les berruyers, l'après-midi vont se
précipiter et ce sera l'émerveillement : le jardin
des Prés-Fichaux de l'avis de tous, est un des plus beaux
d'Europe. Aujourd'hui encore, il demeure, malgré la perte
de plusieurs de ses statues d'origine, et leur non-remplacement,
ce qui constitue, pour les Municipalités successives,
une faute, l'un des fleurons de la Ville de Bourges.
LES LEGISLATIVES DE 1932
Avec l'année 1932, commencent les
années noires, c'est la fin de "la Belle Epoque",
désormais, les préoccupations politiques prendront
le pas sur les frivolités, bien que ....
Dès 1930, la prospérité américaine
s'était effondrée, les palliatifs habituels auxquels
recourut le président Hoover n'avaient pu enrayer le mouvement
de récession. En 1932, puis 1933, c'est le point culminant
de la crise, les salaires diminuent de 25 à 60%, le nombre
de chômeurs augmente, ils sont 4 millions en 1930, 7 l'année
suivante et 17 millions en 1933. Le pays semble vivre un cauchemar.
Du côté de l'Allemagne, la crise économique
se double d'une grave crise politique. Les Allemands, en détresse,
seront rejettés vers le communisme, et surtout le nationalisme.
Les intrigues de la bourgeoisie allemande et des conservateurs
monarchistes espèrent utiliser Hitler à leur profit.
Ils facilitent son accession à la Chancellerie le 30 janvier
1933. Mais, en quelques mois, Hitler impose sa dictature. Le
parti Nazi, le Fürhrer, le Troisième Reich : l'Allemagne
sombre dans l'ignominie, ce sera la honte de l'espèce
humaine.
En France, le malaise économique
arrive plus tardivement. Dans un premier temps, le pays fait
figure d'un "ilôt de prospérité",
le franc se porte bien, et lorsque les premiers symptômes
de récession se manifestent, l'Etat réagit aisément
pour soutenir les secteurs en difficulté.
Les responsables politiques, ne sont pas inquiets, pourtant,
le chômage augmente, le malaise des campagnes s'accroît,
les élections de 1932 approchent. Le corps électoral,
lui, est plus conscient de la situation et les résultats
montrent un premier glissement du corps électoral des
modérés vers les radicaux et socialistes.
Le département du Cher va réagir
comme le reste du pays. Bourges, pour sa première circonscription
s'était dotée en 1928, d'un député
modéré, le Pasteur Autrand. Il se représente,
mais c'est un autre socialiste qui prend la place de Laudier
: Charles Cochet. Car de son côté, Henri Laudier
est sénateur depuis 3 ans, et la question se posera de
savoir s'il briguera ou non un mandat pour le Palais Bourbon.
En fait, Laudier est très satisfait de sa situation, et
il ne prend pas beaucoup part à la lutte.
Charles Cochet est un nivernais, né à Saint-Léger-des-Vignes
le 20 juillet 1867. Après des études à l'Ecole
Normale de Nevers, il exerce pour la première fois sa
profession à Bourges en 1885. Il restera dans le Berry
près de Saint-Florent-sur-Cher jusqu'à la fin de
sa carrière en 1907. Il va beaucoup militer dans le domaine
des oeuvres sociales, étant même vice-président
de l'Université Populaire de Bourges. Claude Pennetier
écrit de lui : " il n'était pas un dirigeant
brillant, il parlait peu dans les congrès et les réunions,
mais ses qualités d'administrateur le firent élirent
maire-adjoint de Bourges en 1929".
En fait, c'est après avoir subit des épreuves familiales
très douloureuses qu'il remontera la pente en se jetant
dans l'action politique à un âge où les berrichons,
en temps ordinaires s'adonnent à la lecture ou à
la pêche à la ligne.
Se présentent aux suffrages des
berruyers :
- Cocher pour la S.F.I.O.
- Le Pasteur Autrand, Député sortant comme Républicain
U.D.R
- Lacroix pour les radicaux socialistes
- Lamy comme Républicain Socialiste.
- Gatignon pour les communistes
Louis Gatignon est un berrichon de l'Indre,
né en janvier 1902. Il commença sa vie professionnelle
dès l'âge de 13 ans, comme apprenti à la
Compagnie des Chemins de Fer P.O. (Paris-Orléans). C'est
en 1919 qu'il vint à Bourges travailler aux Ets. Merlin
dont il fut licencié en 1920 pour faits de grève.
Devenu Communiste, il créa à Vierzon les Jeunesses
du même nom, avant de faire plusieurs aller-retour avec
la capitale. Dans son livre à peine romancé, "Les
Cellulards" Maurice Boin le décrit ainsi :
"le type d'ouvrier jeune, bien bâti et qui le sait.
Des cheveux drus,.... au total, une physionomie qui aurait pu
être sympathique, n'eut été le regard oblique,
pesant, soupçonneux, éclairé par moment
de lueurs méchantes". On ne peut être plus
caustique.
Le mercredi 27 avril, quelques jours avant
le premier tour de scrutin, une grande réunion publique
et contradictoire est organisée à la Halle au Blé.
Il y a là une foule énorme, plus de 8000 personnes
qui sont venues écouter les différents candidats.
La Dépêche du Berry commente cette soirée
en signalant "que parmi les spectateurs, il y avait des
dames.... nos suffragettes font leur éducation politique
pour le jour où elles seront nanties de ce bulletin de
vote qu'elles réclament depuis si longtemps".
C'est le sénateur-maire de la Ville de Bourges, Henri
Laudier qui ouvre la séance, il en assure la Présidence.
Il donne la parole au citoyen Jean Autrand député
sortant. Ce dernier, très minoritaire dans cette assemblée
"de gauche", va développer son programme, et
si son discours commence dans le calme, il est souvent interrompu
lorsqu'il critique le programme socialiste. Il cite les paroles
de Blum, ce dernier étant favorable à un désarmement
unilatéral de la France. Autrand s'écriera à
la fin de son propos : "Le désarmement seul de la
France, ce serait demain l'invasion, ce serait la guerre et vous
seriez les premiers à demander des comptes douloureux
aux hommes politiques qui auraient marché dans cette voie".
Une belle lucidité dans un discours haché d'interruptions.
C'est Charles Cochet qui sera le second orateur. Il attaque durement
le gouvernement Tardieu, et se fait applaudir lorsqu'il affirme
que des subventions ont été refusées pour
le sanatorium de Sancerre, "parce que le budget de la guerre
englobe tout". Dans la fin de son propos, le tumulte est
général lorsque Cochet fait allusion à certains
"arrosages". Des gratifications de 100 000 francs auraient
été données à un colonel, d'autres
sommes à un capitaine....Les spectateurs réagissent
:
- Des noms ! Des noms ! crie-t-on dans la salle.
- Monsieur Tardieu voit grand... avec l'argent des contribuables
réplique Cochet.
- Comme Laudier ! hurle un groupe compact d'interrupteurs.
- Voter Autrand, c'est le chômage, la guerre peut-être
conclu Cochet.
Le troisième candidat sera le citoyen Gatignon, présenté
par le Parti Communiste. La Dépêche du Berry, dans
son compte rendu est assez peu objective, le journaliste "relève
les lieux communs habituels contre la bourgeoisie, le capitalisme,
la lutte des classes, les beautés du paradis soviétique..
etc. "Il fait aussi la joie du public par de fréquents
"Camarades ! Voyez-vous !" que l'assistance n'apprécie
pas toujours. Dans sa profession de foi, Louis Gatignon s'élève
contre le Pari Socialiste, principal soutien social de la bourgeoisie,
pour lui "il n'a plus de socialisme que le nom". Et
il termine par un appel au Bloc des Ouvriers et Paysans par ces
mots : "Au bloc des exploiteurs, au bloc des hobereaux,
au bloc des riches, opposez le bloc des exploités, classe
contre classe".
D'autres candidats montent à la
tribune. C'est Lacroix, Plaisant, Lamy, Pichon, Cornavin.. etc.
La démocratie fonctionnait relativement bien en 1932,
et ces réunions contradictoires locales étaient
sans aucun doute d'une efficacité supérieure aux
campagnes électorales des années 1980. Programmes
et idées se sont ainsi confrontés jusqu'à
une heure du matin, Laudier tirant la conclusion par ces mots
: "à l'exception d'un seul, tous les candidats et
tous les orateurs ont fait le procès de la Chambre et
du gouvernement actuel... à l'exception du seul Parti
Communiste, tous les partis de gauche sont d'accord pour faire
l'Union.... "
Ainsi, comme Secrétaire Fédéral S.F.I.O.,
Henri Laudier lance un appel à voter pour les candidats
socialistes dans le Réveil Socialiste du Cher, dont le
Rédacteur en Chef est le candidat Lazurick qui se présente
à Saint-Amand. Dans cet appel, Laudier écrit :
"Citoyens, les pouvoirs de la Chambre de Réaction
élue en 1928 sont révolus, le peuple souverain
va, une fois de plus avoir la parole....
votez pour Cochet, dans la 1°ercirconscription de Bourges,
René Boin pour la seconde, Jean Castagnez pour Sancerre
et Lazurick pour Saint Amand.
Votez Socialiste pour assurer le Salut de la Civilisation."
Laudier n'avait pas peur des mots, cela allait jusqu'à
la caricature.
Il n'était pas le seul à
manier l'outrance verbale, son ancien journal, L'Emancipateur
écrivait de son côté :
" L'Humanité, le seul quotidien libre de la classe
ouvrière a eu l'excellente idée d'éditer
à l'occasion des élections, une magnifique brochure-album
se rapportant à la construction du socialisme victorieux
en URSS. En vente au 8 Place Malus."
Au soir du 1er mai, c'est Autrand qui arrive
en tête avec 6567 voix, il devance Cochet qui en obtient
5 144, les autres candidats sont loins. Les résultats
du second tour tombent à 21 H 30, une semaine plus tard,
c'est Charles Cochet qui est élu avec 10 502 voix, il
bat Autrand de 2 500 voix. Gatignon qui s'est maintenu est désavoué,
il ne recueille que 706 suffages.
Ainsi, Cochet remporte la victoire, il peut être un concurrent
pour la Ville de Bourges, et Laudier a sans doute regretté
sa non-participation. Il va pourtant se consacrer avec davantage
de coeur à la vie de la cité.
LEON BLUM CHEZ LES SOCIALISTES
DE BOURGES
La France a virée à gauche
aux législatives de 1932, avec 356 élus, dont 160
radicaux-socialistes,et 132 S.F.I.O., mais seulement 10 communistes,
aps de quoi faire basculer le pays dans le collectivisme. Tardieu
est battu et bientôt, le radical Daladier est à
la tête du gouvernement. Celà ne va durer que jusqu'au
23 octobre 1933, à trois heures du matin où le
ministère est renversé par Blum et ses amis. Les
socialistes et Blum reprochent au gouvernement "de s'être
obstinés à la recherche d'un équilibre,
alors qu'il y a d'autres choses à faire en temps de crise".
Léon Blum est alors le grand leader
que la gauche attendait depuis la mort de Jaurès. Il est
aimé et admiré par tout un peuple, alors qu'il
est haï par une frange importante du reste de ce peuple.....
C'est le 25 mars 1933 que Blum vient dans le Cher et à
Bourges pour fêter le succès de Cochet et Castagnez
aux législatives de l'annnée précédente.
Dans son discours d'accueil, Blum situe le socialisme dans le
Cher :
"Dans ce département où Laudier détenait
déjà un siège sénatorial et la Mairie
de Bourges, nous avons été profondémment
heureux de voir conquérir deux sièges législatifs....
par cette vieille Fédération du Cher, celle de
Vaillant et Bodin".
Mais Blum ne reste pas très longtemps sur le thème
local, il évoque avec gravité les évènements
internationaux, avec les progrès du fascisme qui vient
d'Italie et gagne l'Allemagne :
" Pas plus que le fascisme italien, nous n'avons ménagé
et ménageront jamais le racisme hitlérien : la
formule de ces deux dictatures est la même : mort au marxisme,
mort au socialisme !
Je vous en supplie Chers Camarades, que le sentiment naturel
et légitime du danger que le racisme hitlérien
peut faire courir au monde, ne vous entraîne pas à
cette faute : combattre le nationalisme allemand en excitant
le nationalisme français."
Le problème du monde, c'est alors
le réarmement de l'Allemagne et Blum termine ainsi son
discours :
"Hitler, par la fatalité des choses, voudra réarmer
l'Allemagne; il voudra que l'Allemagne ait à nouveau une
armée..... Si nous disons : soyons forts et laissons réarmer
l'Allemagne, c'est la course aux armements et à la guerre".
Après ces paroles prophétiques,
Blum va parler du parti Communiste envers lequel il ne prononce
aucune parole blessante, alors que l'inverse affirme-t-il est
chose courante. D'autres orateurs en cette journée se
succèderont. Et Laudier qui reçoit Blum donne le
fond de sa pensée : "Je pense que cette manifestation
aura sa véritable signification, elle prouvera que le
parti de la classe ouvrière, que le parti de la démocratie
est sur la voie de la libération. J'aime à constater
qu'en dépit des clameurs bolchévistes, les applaudissements
sont unanimes. Cette réunion prouvera que malgré
le fascisme, qu'il soit de droite ou de gauche, le socialisme
international suivra sa route et triomphera".
Avec de telles paroles, et de nombreux communistes dans la salle,
Laudier fut souvent interrompu, et coupé par "des
cris divers", visiblement, il n'était pas à
l'aise, et la volonté d'accord à gauche pour les
socialistes n'était pas dans sa stratégie.
Cornavin pour le Parti Communiste s'exprimera pour évoquer
l'unité ouvrière, ainsi que les revendications
comme la semaine de 40 heures ou les assurances sociales.
La France suit la monté des périls,
par les dictatures de Mussolini et d'Hitler, tout en poursuivant
à l'intérieur de l'hexagone une guerre politique
franco-française. Pourtant, d'autres préoccupations
sont au fait des berruyers, c'est le cas du Muséum de
Bourges qui ouvre ses portes.
LE MUSEUM DE BOURGES
Le Muséum de Bourges date de 1927.
L'inauguration officielle a eu lieu le 8 octobre, avec la nomination
comme Directeur du Chanoine Foucher. Parmi les personnalités
présentes, Laudier et le Préfet du Cher, M. Duffau.
Les collections furent présentées dans le gymnase
municipal rue Michel Servet. Ces collections avaient deux provenances,
une première partie venait de dons du Chanoine Foucher,
lequel avait été chargé par un ami, en qualité
d'exécuteur testamentaire de transférer au Muséum
de Paris, une collection d'ornithologie comprenant 7 600 oiseaux.
Sur ce nombre, Paris en avait conservé 1 100, et le Chanoine
Foucher, membre associé du Muséum National récupéra
les 6 500 oiseaux restant pour le Muséum de Bourges. Ces
spécimens étaient répartis dans 34 vitrines
formant une longueur de 43 mètres !
Le Conseiller Municipal Buisson signalera que Bourges est la
seule ville de France et peut être d'Europe, en dehors
du British Museum à posséder une collection aussi
importante.
La seconde donation provient du début de l'année
1927 avec une offre de Guy Babault, un des grands explorateurs
de l'époque. Il donne toute la collection de mammifères
qui se trouve dans sa propriété de Diénay
en côte-d'Or, et toute une série d'oiseaux, comprenant
des paradisiers, oiseaux mouches et autres... Ainsi, avec cette
collection qui comprend un lion capturant une antilope, un zébu,
un groupe de deux hyènes ... etc . C'est le début
d'un grand muséum à Bourges.
Lors du compte rendu de l'inauguration, la feuille d'information
des berrichons de Paris parlera, comme cela était courant
à l'époque "des jeunes élèves
qui n'auront plus seulement des livres, mais ils pourront étudier
de près les spécimens eux-mêmes naturalisés,
d'une façon remarquable". Et pour faire encore plus
berrichon, le journaliste E.H. terminera son article ainsi :
"Donc, un certain jour, dans la foule des visiteurs, un
couple de braves berriauds se trouva tout à coup devant
un fauve particulièrement impressionnant : "R'tire
toé ! dit la prudente "payse" à son "houme",
en le retenant par les "biaude", si queuq' foé,
c'te bête all' tait pas ben empâillée !"
Dans le même esprit que l'ouverture
d'un vrai Muséum à Bourges, en 1931 Mgr. Foucher
avait fait construire des bassins de pisciculture. L'entreprise
Métivier avait édifié cinq bassins dans
le quartier Saint Bonnet, à proximité de la Fontaine
de Fer. Un dispositif spécial permettait de déverser
en nappes et plusieurs heures par jour une eau aérée
et riche en oxygène. Dans le premier bassin, se trouvaient
les gros reproducteurs, des truites arc-en-ciel de 4 à
5 livres, puis des truites moyennes, d'autres espèces
comme les Black-Bass ou perches noires étaient dans d'autres
bassins. Toutes ces petites bêtes étant carnivores,
on les nourrissait avec de la viande de cheval. Mgr. Foucher
et son adjoint, M. Bertrand rappelleront qu'un poisson doit manger
chaque jour son propre poids de nourriture.
L'objectif de cette réalisation était double, l'étude
des poissons, et aussi l'alimentation des rivières du
département, et enfin donner satisfaction aux 16 000 pêcheurs
du Cher.
L'idée d'un vrai et grand Muséum
faisait des adeptes parmi les berruyers. Mais assez vite, chacun
s'aperçut qu'il n'était pas possible de conserver
dans un état acceptable l'ensemble de ces collections,
les locaux étaient trop exigus. Alors, après le
noyau formé rue Michel Servet, les collections vont rejoindre
le Parc Saint Paul qui devient un des hauts lieu de la Ville
de Bourges. L'inauguration de ce nouveau lieux se déroulera
en juin 1932 pour la XIIIième Foire-Exposition de Bourges
qui quitte la Halle au Blé elle aussi pour le Parc Saint
Paul à l'emplacement de l'ancienne cartoucherie. C'est
le Ministre de l'Education Nationale Monsieur de Monzie qui,
venant inaugurer la Foire de Bourges, en profite pour faire la
même chose avec le nouveau Muséum.
La description faite par le journaliste de la Dépêche
du Berry est assez fidèle :
" Ayant eu la bonne fortune de pouvoir joindre Mgr Foucher,
nous avons demandé au savant prélat quelques renseignements,
en commençant par la tortue géante. Il s'agit d'une
tortue éléphantine de Madagascar, pesant 260 kilogrammes.
Puis nous admirons dans les galeries du Muséum avec les
précieuses boîtes où sont épinglées
de multiples papillons aux ailes soyeuses, puis, parmi les insectes
coléoptères, il faut admirer le scarabé
d'or, pièce unique au monde. Dans les vitrines trônent
les oiseaux dont le plumage demeure éclatant.
Sur un mur, s'étalent des flèches en usage chez
les indigènes; n'y touchez pas elles sont peut-être
empoisonnées ! Après le passage vers les reptiles
de la collection Raymond Rollinat, on admire un lama du Pérou,
un ours noir de l'Hymalaya, une antilope ... etc.
Au premier étage, la salle Guy Babault
avec un loup enragé, et dans un bocal, le pouce d'un homme,
retrouvé dans l'estomac de ce loup, cet homme d'Argenton
était mort de la rage. Par la suite, pour ne pas rester
sur cette image, il est bon d'aller poser un regard sur des perruches
et des martins-pêcheurs.
Désormais, on dira : Bourges, sa Cathédrale, son
Palais Jacques Coeur, son Muséum d'Histoire naturelle."
Le Ministre de Monzie est accueilli au
Muséum par la musique du 95° R.I., il s'arrêta
devant la plaque commémorative en marbre gris, que d'un
geste symbolique, le sénateur maire Henri Laudier dévoila.
Cette plaque porte gravée cette inscription :
" Le Muséum d'histoire naturelle de Bourges fondé
en 1928 par la Municipalité, a été transféré
en ce lieu et inauguré officiellement ce dimanche 26 juin
1932 par :
M. A. de Monzie, ministre de l'Education Nationale;
M. Charles Bourrat étant Préfet du Cher; M. Henri
Laudier, maire de Bourges et sénateur, M. Cochet député,
Mgr Gabriel Foucher, directeur fondateur et Albert Bertrand,
sous-directeur.
Donateurs:
Le Muséum d'histoire naturelle de Paris
Mgr Gabriel Foucher, zoologiste, membre associé du Muséum
de Paris.
M. le Capitaine Koechling, entomologiste
M. Albert Maes, ornithologiste
M. Monnot, entomologiste
M. Raymond Rollinat, naturaliste
M. de Rotschild, sénateur
M. Vatan, ancien adjoint au maire
M. Guy Babault, explorateur."
Dans son discours devant une nombreuse
assistance, Laudier dira :
"... ces merveilleuses collections permettront à
nombre de jeunes intelligences de prendre le goût des études
scientifiques auxquelles déjà, d'illustres concitoyens
se sont voués : j'ai nommé des de Lapparent, les
de Grossouvre, que s'honore d'avoir compté dans ses rangs
l'Institut de France." Il poursuivra son propos en remerciant
Mgr Foucher et l'explorateur Guy Babault.
Dans le discours du ministre Anatole de Monzy, il y aura des
propos symboliques, en particulier lorsqu'il évoquera
devant Mgr. Foucher, le rôle de Laudier vis à vis
de la laïcité :
"... Votre laïcité s'est manifestée
par l'ambition architecturale. Vous voulez construire et non
seulement sur terre, mais dans les esprits, et par là,
mon cher ami, vous montrez que vous êtes un vrai laïc,
un vrai laïc.... C'est le droit pour chacun d'enseigner
en dehors de toutes les confessions et de toutes les tyrannies
confessionnelles ou doctrinales : celle de la tenacité
des grands hommes comme Jules Ferry. La laïcité,
la neutralité de l'Etat, c'est à dire l'émancipation
de l'Ecole."
Quelques temps plus tard, en mai 1933,
le Muséum fait son entrée au Sénat. Il y
eut dans "Paris-Centre", à la page Berry, le
compte-rendu de la séance du Sénat au cours de
laquelle, Henri Laudier demanda au Ministre de l'Education Nationale
une aide au titre des crédits du chapitre 50 du budget.
La réponse du Ministre, A. de Monzy, toujours lui, sera
brève et humoristique :
"Je suis plus disposé à donner de justes
louanges à M. Laudier que des crédits. Les louanges,
il les mérite... Le Maire a été le premier
à passer un contrat avec le Muséum de Paris.
Je ne veux pas mêler de pittoresque à cette histoire,
mais le Sénateur-Maire de Bourges avait reçu d'un
évêque, qui était en même temps un
savant, les premiers éléments de la collection
de son Muséum".
Et le compte rendu du Journal Officiel fit alors dire à
Laudier :
"Horresco referens ! (rires)"
D'où la conclusion de Monsieur de Monzy :
" J'ai été appelé par la double invitation
du Maire socialiste et de l'évêque érudit,
à inaugurer ce Muséum, et il n'est pas mauvais,
après les accusations de sectarisme d'Etat dont j'ai été
l'objet que j'associe à ma revanche, M. Laudier (nouveaux
rires)"
Laudier voulait des crédits, car
il était en train d'agrandir le Muséum pour créer
un Parc Zoologique, lequel sera présenté au public
pour la XIV ° Foire-Exposition de 1933. Cette fois, les animaux
ne seront pas naturalisés, mais vivants et bien vivants.
En février 1933, les premières informations sur
ce zoo commencent à parvenir au public. Ce sera comme
à Vincennes, les animaux seront dans des cages avec des
grillages solides, on trouvera des fauves comme des lions, 2
puis 3, un chacal, deux renards, une hyène, six singes
et une panthère, mais aussi des antilopes. Comme l'on
est au bord de l'Auron, on installera des bassins pour mettre
des phoques et otaries "dont les jeux pleins d'adresse et
d'agilité retiendront l'attention des curieux". Il
reste deux problèmes à résoudre, l'inconvénient
des rugissements, la nuit de ces fauves, pour le voisinage et
aussi le coût de la nourriture.
Mais Bourges disposera bientôt, dans le Parc Saint-Paul
de son Zoo. Les berruyers viendront contempler Athos, Porthos
et Aramis dans leur cage, ces lions étaient assez dangereux,
l'un d'entre eux attaquera un ouvrier serrurier venu réparer
la porte de la cage lequel devra subir l'amputation de l'avant-bras.
Comme le rappellera en juin 1935, Mgr. Foucher lors du Tricentenaire
du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, en présence
du Président de la République :
" Vous avez avez voulu, Messieurs les Professeurs, qu'un
de vos associés résidant en Berry, entreprenne
une décentralisation scientifique et vous lui avez fourni
les moyens de réalisation par des dons princiers ; le
Parc zoologique de Bourges est donc le premier parc zoologique
de province établi en collaboration avec le Muséum
National de Paris".
Ainsi, Bourges disposait en 1933 d'un complexe
important dans le domaine scientifique, et ce n'est que plus
tard que des voix s'élèveront pour améliorer
le sort des bêtes. C'est à cette même époque
que Bourges se préoccupe aussi d'industrie et des communications,
l'aviation reste au premier plan des soucis des berruyers.
L'AEROGARE DE BOURGES
Depuis le 1er juillet 1928, les avions
font partie du décor habituel des berruyers. Ces derniers
viennent en promenade voir évoluer les Potez 25 et autres
Hanriot 431 utilisés par les stagiaires de l'Ecole de
Pilotage Hanriot, dirigée par Monsieur Henri Dabard.
Progressivement, l'école s'est étoffée,
une nouvelle Convention avec la Ville a permis en 1930 de commencer
la construction d'avions, dans les mêmes hangars que ceux
qui étaient utilisés pour les réparations.
Les premières fabrications d'avions comporteront des assemblages
de sous-ensembles de Potez 25, en particulier les ailes extrêmes,
puis le fuselage, et, bientôt, l'avion tout entier. Par
la suite, des avions, Bloch, c'est à dire conçus
par le futur marcel Dassault, enfin, seulement, des avions Hanriot.
L'industrie aéronautique prend corps à Bourges.
Et les responsables locaux sentant que l'aviation avait un réel
avenir, ont multiplié les initiatives.
Le 19 février 1931, la foule berruyère
attend et ovationne les héros de l'Atlantique : Costes
et Bellonte. Il sont accompagnés du Président de
l'Aéro-Club, Monsieur Henri Hervet, à ses côtés
Pelletier-Doisy. Ils sont reçus au Conseil Général
par le Président Gestat, avant de participer à
une conférence au Grand Palais, ils racontent leurs mille
et une aventures. L'avion est toujours aussi populaire en Berry.
Après l'Aéroport, installé
en 1928, tout ira très vite, et le 15 juillet 1934, c'est
un autre grand moment pour la Ville de Bourges et le Berry tout
entier : Le Ministre de l'Air, le Général Denain
vient inaugurer l'Aérogare de Bourges. C'est en effet
un nouveau bâtiment qui a surgi dans ce quartier. Il évolue
à tout instant et se transforme semaine après semaine.
On avance la somme de 20 millions de francs d'investissements
pour l'ensemble des installations. Avec cet Aérogare,
c'est la promesse d'avoir des liaisons régulières
aériennes. Bourges est parfaitement situé entre
Paris et Toulouse d'une part, entre l'Atlantique et l'Europe
Centrale d'autre part. Pourtant certains, en ce mois de juillet
34, s'interrogent : "Peut-être que l'on a mis la charrue
devant les boeufs et que le futur Chef de Gare risque fort de
n'avoir pas de train". C'est une belle vision qui s'avèrera
malheureusement prophétique pour le Berry.
Mais l'optimisme reste de rigueur, d'autant
plus que l'école de pilotage Hanriot continue, et de vastes
hangars couvrent une surface de 12 000 mètres carrés.
L'effectif total est de 350 personnes avec un recrutement essentiellement
local, "la faculté d'adaptation des berrichons est
à souligner". Le résultat, c'est qu'un avion
sort désormais chaque jour des chaînes de fabrication
de la route d'Issoudun. Ce qui devenait une usine d'aviation
était complétée par un environnement de
l'ensemble du nouveau quartier. Il était ainsi décidé
que l'Office Municipal d'H.B.M. construirait pour une somme de
11 millions, 350 logements, sous forme de cité-jardin.
Outre une belle inauguration, les organisateurs ont prévu
une fête aérienne, avec la présence d'une
centaine d'avions, et la participation des aviateurs parmi les
plus célèbres. Seront là, les Haegelen,
Fonck, Cavalli, Maryse Bastié et d'autres moins connus
aujourd'hui.
Ces manifestations ne se font pas sans banquets ni discours,
et le propos d'Henri Laudier est à la fois historique,
il reprend l'arrivée des avions à Bourges depuis
1910, et politique, il dit ainsi au Ministre de l'Air, venu à
Bourges en avion :
" ... Enfin en ce qui concerne l'aviation civile et marchande,
une modeste gare aérienne, sans doute, mais dont j'espère
que, l'ayant tenu sur les fonds baptismaux, de prendre, grâce
à votre précieux parrainage, les développements
qu'il convient, eu égard à la situation sur la
carte aérienne mondiale".
Mais Laudier sait qu'il a été
particulièrement "tazon" comme l'on dit en Berry,
c'est à dire à la fois pénible et ennuyeux,
il s'en excuse auprès du Général Denain
:
"Ah ! Sans doute j'ai pu, à certaines heures, apparaître
à vos services quelque peu éberlué par tant
d'opiniâtreté sous un jour peu favorable. Que voulez-vous,
je suis de ceux qui, lorsqu'ils ont entrepris quelque chose,
ont la volonté de la mener à bien... Mais je n'ai
jamais été animé par d'autres mobiles que
le développement économique de la cité et
l'intérêt passionné que je porte au personnel
ouvrier de ces établissements."
Et ce sont les remerciements d'usage. L'Aéroport
de Bourges se doublait d'un Aérogare, Laudier pouvait
être fier de son oeuvre.
La politique demeurait au premier plan
des occupations de Laudier, d'autant plus qu'il était
de plus en plus indésirable dans le camp de ses propres
amis. Il n'était pas le seul, quelques années auparavant,
le Parti Communiste avait tracé la voie.
LE TEMPS DES EXCLUSIONS
: BOIN ET LAUDIER
L'adhésion à un parti politique
est un acte important en démocratie. Mais rester à
l'intérieur du parti, quelqu'il soit est souvent difficile.
Cela relève d'un art qui autorise à se méfier
de ses amis.
Une des grandes affaires que le Parti Communiste local aura à
affronter en 1929, c'est l'exclusion de Maurice Boin, un des
leader de ce parti.
Maurice Boin est né à Bourges
le 24 ami 1889, d'une famille de souche très "socialisante".
Il fréquente l'Ecole primaire Supérieure, puis
l'Ecole Normale de Bourges et devint instituteur à Dun-sur-Auron.
Très tôt, Boin fréquente les milieux anarchistes
et syndicalistes. Il fait une guerre courageuse en 1914 et reçut
la Légion d'Honneur. Après le 11 novembre 1918,
il est démobilisé et revient à son métier
d'instituteur à l'Ecole de la rue d'Auron.
Deux années plus tard, Maurice Boin est le chef de file
du courant favorable à l'adhésion à la IIIé
Internationale. A cette époque, il se heurte très
durement avec les modérés comme Laudier, contre
qui il gagnera la partie de bras de fer. Laudier sera mis en
minorité. En 1923, alors qu'il acquiert comme responsable
du Parti Communiste local une très grande popularité,
Boin se voit déplacé de manière autoritaire.
Comme il refuse, il est radié de l'enseignement sans ce
cela ne lui cause de problème particulier, il devient
un militant permanent et à Lyon, lors du Congrès
de janvier 1924, il entre au Comité Directeur du Parti
Communiste.
Son parcours politique devient alors sinueux. Maurice Boin se
bat contre Laudier aux Municipales de 1925, il n'est pas élu,
mais son score est meilleur que celui de Cornavin lors des dernières
législatives. C'est alors que commence à l'intérieur
du Parti Communiste une lutte d'influence opposant Boin et Cornavin.
Les plus durs du P.C. reprochent à Boin, sa modération,
sa bienveillance avec certains éléments de la bourgeoisie,
et ses contacts avec les Francs-Maçons. En réalité,
il ne fut, semble-t-il jamais Franc-Maçon, c'est son frère,
René qui entra en Loge. Claude Pennetier rapporte que
Louis Buvat en 1928 jugeait ainsi son "camarade" de
la manière suivante : "Boin est un arriviste, un
anti-communiste et que s'il était candidat, il fallait
lui donner la plus mauvaise circonscription".
Les élections législatives de 1928 voient de graves
tensions entre les communistes et les socialistes, au soir du
premier tour, Boin est bien placé, mais Laudier se maintien
au second tour, et la droite passe..... Chacun s'accusera d'intransigeance.
Rédacteur en Chef de l'Emancipateur, il est progressivement
écarté du journal, comme éditorialiste,
puis comme Rédacteur. Mais c'est "son" journal
qui apprit aux militants son exclusion le 13 janvier 1929.
Outre les raisons de tactiques, l'exclusion de Boin répond
à la forme de lutte du Parti Communiste. Beaucoup de jeunes
militants trouvent Boin trop "mou", et sans doute trop
populaire. Pour l'exclu, il écrira : " J'ai porté
dans le Parti Communiste, cette tare originelle. Je suis un intellectuel.
Un bien petit intellectuel". Ainsi, face à l'ouvrier
Cornavin, l'instituteur Boin n'avait plus sa place au Parti.,
il écrira encore : "Les élections législatives
de 1924 dans le Cher, ont porté à la députation
le candidat "ouvrier" Cornavin. Ce fut le début
de mon exclusion. Les ouvriéristes avaient trouvé
leur expression".
L'exclusion de Boin va être très
traumatisante pour l'ensemble des militants, ainsi, l'Emancipateur
perdra un tiers de ses lecteurs et les cellules du Parti passeront
en nombre de 70 à 50.
La suite de la carrière de Maurice Boin passera par le
"néo-communisme", puis le "socialisme"
enfin le "néo-socialisme", dans lequel il se
retrouve avec Laudier, son nouvel ami.
Son ancien journal sera intraitable, L'Emancipateur écrira
après son exclusion : "venu de l'anarchisme au communisme
pour se faire une situation, le policier Boin retourne au vomissement
social-bourgeois et fascisme".
L'exclusion n'était pas l'appanage
du Parti Communiste, les socialistes, à leur tour, quelques
années plus tard vont procéder au même type
d'opération. C'est envers le plus illustre des socialistes
du Cher que tombe le couperet : Henri Laudier. Il faut dire que
le Maire de Bourges avait mis quelque bonne volonté pour
se retrouver en dehors du parti.
Laudier dès le mois de janvier 1933
est en butte aux attaques de ses anciens amis, et les journaux
de la C.G.T., comme "Le Travailleur Syndiqué"
lui mênent la vie dure. Il passe alors pour un bourgeois,
traître à la classe ouvrière. A la fin de
l'année 1933, comme une quarantaine de parlementaires,
il quitte la S.F.I.O. pour un nouveau parti, qui se situe au
centre-gauche et que l'on appellera : "les néo-socialistes".
Lorsqu'en février 1934, ses "camarades" lui
demandent de bien vouloir repréciser sa position, puisqu'il
était alors en passe de revenir à son vieux parti,
le Maire de Bourges fit traîner les choses, et refusa de
répondre aux injonctions des socialistes. Il se mettait
de lui-même en dehors du Parti. Avec Maurice Boin, il tentera
de constituer plus tard des listes de type "Union Socialiste
et Républicaine", mais ces différentes appelations
montraient que Laudier n'était plus en accord avec la
S.F.I.O. de Blum. Une page de sa vie politique était tournée.
Pour le remplacer dans le département, les socialistes
se tourneront vers un "jeune loup" de la politique
: Robert Lazurick.
Lazurick, au congrès départemental du Cher du Parti
Socialiste remplace Laudier. Lazurick venait de la région
parisienne, il était né le 3 avril 1895 et après
un engagement très tôt aux jeunesses socialistes
puis une participation la guerre, il devient avocat à
Paris. Au Congrès de Tours, Lazurick est dans la majorité
communistes dont il s'écarte trois ans plus tard pour
revenir à la S.F.I.O.. C'est en 1929 qu'il se décide
à venir en Berry, du côté de Saint Amand
pour représenter le Parti Socialiste. Qualifié
d'arriviste et de "membre des deux cents familles",
Lazurick s'implante et s'impose dans le Cher qu'il parcourt sans
arrêt, il est débordant d'activité.
Ainsi, Laudier a un nouvel opposant de
valeur dans le Cher, alors que le paysage politique local se
recompose sans pour autant se simplifier. C'est à partir
de ces éléments que le "grand rassemblement"
des forces de gauches se précise avec le Front Populaire.
LAUDIER A NOUVEAU MAIRE
DE BOURGES EN 1935
C'est au mois de mai 1935 que vont se dérouler
les élections municipales. Alors que les berruyers s'intéresse
à l'équipe qui va à nouveau gérer
leur ville, une information dramatique arrive dans les rédactions
des journaux locaux. Un terrible accident vient de se produire
dans le polygone d'artillerie.Malgré les précautions
prises, un obus de 320, au lieu-dit "le point 700"
a explosé à 14 H 30. Il y a quatre morts. Les circonstances
de l'accident sont encore mystérieuses, il apparaît
que des ouvriers travaillaient à la réfection d'un
obus de 320, et ils se disposaient à le sortir de l'abri
souterrain leur servant d'atelier quand une formidable explosion
retentit. Quand les collègues de travail accoururent sur
les lieux, le spectacle était désolant : les restes
déchiquetés des quatre victimes gisaient sur le
sol, "Ici un membre, là une partie du tronc, plus
loin une tête mutilée.... " telle fut le compte
rendu de La Dépêche du Berry.
Le général Maurin, Ministre de la guerre ordonna
une enquète, mais cet accident démontrait une fois
encore que la pyrotechnie dans un Etablissement Militaire peut
tuer à tout moment.
C'est dans cette atmosphère triste
que se déroula la campagne électorale. Cinq listes
se présentèrent aux suffrages des 12 520 électeurs
inscrits :
- L'Union Républicaine et Socialiste avec Laudier et son
équipe
- La liste de Concentration Républicaine avec Charles
Sainmont
- La liste Socialiste et de Défense Républicaine
emmenée par Charles Cochet et représentant les
Socialistes de type S.F.I.O.
- La liste Communiste avec Louis Gatignon, Albert Keyser et Marcel
Cherrier.
- La liste radicale socialiste avec Louis Alfroi.
Malgré le fait que Laudier ne soit
plus socialiste, qu'il ait en face de lui ses anciens amis de
la S.F.I.O., il arrive en tête au premier tour, le 5 mai
1935. Il devance la droite de 1500 voix, , les socialistes de
1600 et les communistes de 2000 voix.
Au second tour, le scénario est le même qu'en 1925
et 1929, la liste Laudier est élué en entier saul
un siège qui va au socialiste Cochet, lequel deviendra
"l'ennemi intime" de Laudier jusqu'à la guerre
de 39/40. Les passes d'arme entre Laudier et Cocher au Conseil
Municipal feront la joie des gazettes. Les résultats pour
la première fois à Bourges sont connus par "une
émission diffusée par haut-parleur" en direct
de La Dépêche du Berry", rue des Arènes
à partir de 20 heures, l'installation étant faite
par la maison Billaudeau. Les radios locales n'étaient
pas présentes à Bourges.
Laudier a donc parfaitement en main les
destinées de la Ville de Bourges, son parcours politique,
pour le moins sinueux ne joue pas sur les électeurs qui
reconnaissent la valeur de l'administrateur.
LE FRONT POPULAIRE A BOURGES
Outre la crise économique qui se
développe en France, le malaise politique s'accroît,
les scandales financiers, la "valse des ministères",
la compromission d'hommes politiques, tout ceci aboutit en 1934,
à une vague d'antiparlementarisme, bien relayée
par les ligues de droite et d'extrême droite. Les émeutes
du 6 février 1934 voient la République vasciller.
L'Affaire Stavisky prive le radical Daladier de la Présidence
du Conseil, et c'est un gouvernement modéré allant
de Tardieu à Herriot qui tient le pouvoir sous l'autorité
de Gaston Doumergue. Ce gouvernement qui "penche bien à
droite" ne réussit pas à résoudre la
crise économique.
Parmi les scandales et autres "affaires",
il y eut l'assassinat du Conseiller Prince. Cette mort est toujours
en 1993, un mystère. Quelle relation entre cette mort
et celle de Stavisky ? Nul ne sait. La mort d'Albert Prince est
douloureusement ressentie en Berry. Cet homme de qualité
avait en effet passé une partie de sa vie à Saint-Amand,
comme juge, puis à Bourges dans les années 1910.
Au Palais de Justice de Bourges, chacun gardait le meilleur souvenir
de ce conseiller à la Cour d'Appel de Paris : il était
un excellent magistrat.. C'est aussi à Bourges que Prince
se maria.....
A Bourges, les évènements
de 1934 se traduisent par plusieurs manifestations. Le 9 février
1934, à l'appel des syndicats et partis de gauche, une
manifestation est organisée Salle des Syndicats. A 17
H 30, ils sont 1 500 à lerver le point en l'air. Il y
a en tête du cortège, Gatignon et Buvat. Le défilé
passe devant la mairie, où Laudier est conspué,
alors que les dirigeants s'en vont en face de la caserne Condé.
A Bourges, depuis quelques jours, la mort de 6 soldats a été
annoncée à l'hôpital militaire. Les causes
ne sont pas très bien connues, chacun murmure qu'il s'agit
de jeunes gens mal soignés et mal nourris, c'est un scandale
pour les berruyers, dont l'amalgame est fait avec les évènements
politiques.
Quelques jours plus tard, un important meeting se tient le 13
février, alors que la grève décidée
par les syndicats n'est que partiellement suivie. Elles seront
4000 personnes à se rendre à la Halle au Blé,
à l'appel de l'Union Départementale des Syndicats
confédérés, avec la participation des organisations
de gauche. Plusieurs parlementaires sont présents : Cochet,
Castagnez, Breton, ainsi que Georges Lamy, l'adjoint au maire
de Bourges.
Ce sont les responsables syndicaux qui vont prendre la parole.
Buvat, au nom de la C.G.T.U. préconise "l'Union dans
l'action enrergique à mener contre le fascisme et la réaction"
Il termine son propos en attaquant violemment " les parlementaires
dont les fautes ont ouvert la route au fascisme".
Puis ce sera le tour de Kayser pour l'Union des Syndicats unitaires
qui regretta qu'un orateur représentant le parti radical-socialiste
puisse prendre la parole à ce meeting "car ce parti
à beaucoup à se reprocher". Devant les huées
et les sifflets, le radical-socialiste ne monta pas à
la tribune.
A partir de 1934, et jusqu'aux élections qui amèneront
au pouvoir le Font Populaire en juin 1936, ce sera une longue
marche vers l'Unité des partis de gauche. A Bourges, c'est
au cours de la journée du 14 juillet 1935 qu'un comité
se forme pour promouvoir un Front Populaire. Un important cortège
quitte la gare vers 15 heures 30 pour se diriger vers le centre
ville. En tête, des drapeaux, rouges et tricolores, puis
les dirigeants des 26 groupements représentés,
on remarquait le député Charles Cochet. Des jeunes
filles vendaient des cartes postales ou des églantines
rouges, au passage devant le monument aux morts, Gatignon et
Keyser déposèrent une gerbe sur laquelle on pouvait
lire :
Le front populaire aux victimes du capitalisme, pour la paix
et le désarmement.
Le cortège se dirigera vers la Préfecture
où huit orateurs prendront la parole, après avoir
remis une motion au Préfet M. Moulonguet. La dislocation
eut lieu vers 17 heures, dans le calme : à Bourges, le
Front Populaire était lancé.
De son côté, Henri Laudier
organisa une journée "des Municipalités républicaines
et socialistes" le 8 octobre 1935 à Bourges dans
sa Mairie. Ils venaient de Mehun, Vierzon, Rians, Baugy ... etc.
Il s'agissait de se rassembler pour montrer "leur attachement
à un idéal qu'ils ont toujours fidèlement
servi et leur ferme volonté de ne pas suivre les factieux
ou les illuminés sur les chemins dangereux de l'aventure".
Entouré de 170 convives, le repas au Parc Saint Paul sera
servi, et se terminera par du Chavignol " qui remplit nos
verres de sa chaleur vermeille et à porter un toast à
la démocratie et aux municipalités républicaines
et socialistes de notre Berry". En fait, Laudier ne se sent
pas à l'aise dans cette gauche qu'il trouve extrêmiste.
Il se retrouve avec les plus modérés des socialistes.
Et en 1936, ce sont les élections
qui amèneront le Front Populaire au pouvoir. A Bourges,
dans la première circonscription, se présentent
:
- Charles Cochet pour la S.F.I.O. il est député
sortant élu en 1932, puis - Jean Autrand, toujours Pasteur
et homme politique de premier plan.
- Maurice Boin qui est un néo-socialiste, exclu du Parti
Communiste, et soutenu par Henri Laudier,
- Massé est présent dans cette course importante
- Gatignon le communiste a une véritable chance de l'emporter.
Autant la campagne de 1932 du Parti Communiste
avait été terne, autant celle-ci, en 36 est dynamique.
Le 25 mars, à 20 H 30, 700 personnes sont rassemblées
pour écouter les orateurs du P.C. dont Gosnat, un adjoint
au Maire d'Ivry, ancien ouvrier révoqué des Etablissements
Militaires de Bourges. Le rapport de Police, écrit à
la suite de ce meeting, notera : " Le Parti veut une France
libre, heureuse et forte, pouvant seul, éviter une guerre
avec l'Allemagne..... Au cours de cette réunion, il n'y
eut aucun contradicteur, et aucun incident".
Au soir du premier tour, les résultats font l'effet d'une
bombe. Le député sortant Charles Cochet est "sorti",
il se retrouve avec 4 193 voix, 95 de moins que le Communiste
Louis Gatignon, de son côté, Massé obtient
3 838 voix. Et Cochet doit se désister pour le communiste,
il écrira :
" Tous s'inspireront de l'appel
lancé par les trois partis: radicaux et radicaux socialistes,
communistes et socialistes afin que la victoire du rassemblement
populaire soit plus complète.
Vive le rassemblement populaire".
Le second tour oppose Massé à Gatignon, ce dernier,
malgré la vague de gauche est battu de 300 voix. Le P.C.
prendra sa revanche dans la seconde circonscription de Bourges
avec Cornavin qui sera élu très largement.
Gaston Cornavin est un berruyer né en 1894. Ce fut, d'après
Pennetier, "le militant communiste le plus important du
Cher pendant l'entre-deux-guerres". Issu d'une famille de
militants, il quitte l'école après avoir obtenu
le brevet élémentaire. En 1910, il entre comme
apprenti aux Etablissements Militaires, "à la Pyro",
pour reprendre le langage d'alors. Il fait du syndicalisme avant
et pendant la Grande Guerre, puis en 1920, devient membre de
la majorité socialiste et deveient communiste. Cornavin
se révèle un très grand orateur et aux législatives
de mai 1924, Cornavin est propulsé, à la surprise
générale à la Chambre des Députés.
Cornavin deviendra après l'exclusion de Boin, et la dérive
de Laudier, le grand homme de la gauche dans le département
du Cher.
A Saint Amand et Sancerre, ce sont deux socialistes S.F.I.O.
qui s'en vont siéger au Palais Bourbon : Lazurick et Castagnez.
Laudier à ce moment est dans une
situation délicate. Il soutient "son poulain Maurice
Boin", mais il n'est pas d'accord pour que le Parti Socialiste
se mette "à la remorque du parti de Moscou",
aussi la profession de foi de Boin comportera cette phrase :
"... Après la scandaleuse exclusion du citoyen
Laudier du parti S.F.I.O., qu'il avait crée dans notre
département.... ".
Laudier se trouve très marginalisé dans sa propre
ville.
Au mois de juin 1936, le premier gouvernement
du Front Populaire est formé avec des Socialistes et des
Radicaux. Les Communistes soutiennent ce gouvernement, "sans
participation". Léon Blum devient Président
du Conseil. C'est un immense espoir pour les ouvriers.
De manière plus concrète,
dès les premiers jours de juin 1936, c'est le début
des grèves dans l'ensemble de l'industrie et donc à
Bourges. Les Etablissements Hanriot ont cessé le travail,
les ouvriers ont été reçus par M. Huguet,
Directeur Général, et le 5 juin, on "attend
une réponse de la direction pour mettre fin au conflit".
A Métal-Centre, un cahier de revendications a été
transmis à la Direction. Le Directeur, M. Robelin a reçu
une délégation, puis est parti pour Paris pour
y prendre des initiatives : il est en effet Président
du Syndicat Patronal des Fermetures. Les ouvriers, en attendant
son retour... ont repris le travail. A Rosières, les ouvriers
ont occupé l'usine, le Maire de Saint Florent, M. Martin
est venu apporter son soutien aux grévistes, et "les
a invité à poursuivre le mouvement". Chez
Billant à Bourges, c'est encore le calme, mais ça
ne durera pas, deux jours plus tard, l'usine est totalement occupée.
Devant la position intransigeante de la Direction, Henri Laudier
intervient, il obtient que le Directeur reçoive quelques
représentants ouvriers. L'accord est imminent, chacun
espère qu'il sera aussi le même pour le personnel
de Morthommier.
La grève est donc variable en durée
et en intensité, comme le caractère berrichon,
chacun reste calme et à sa place, sans excès ni
débordement. En fait, tout se passe à Paris. Pendant
tout le mois de juin, secteur par secteur, c'est tantôt
la grève, tantôt la reprise. Ainsi, le 30 juin,
on apprend que les coiffeurs, après avoir cessé
le travail pendant une semaine, ont repris leurs ciseaux. Ce
même jour, la grève dans le bâtiment n'est
pas achevée, les discussions continuent.
Le commerce commence à souffrir, on achète moins,
par exemple au marché du samedi.
La mise en oeuvre des grandes réformes
sociales, à l'issue des accords de Matignon du 7 juin
1936, c'est à dire la revalorisation des salaires, les
40 heures, le droit aux congés payés, la liberté
syndicale, "cette victoire de la classe ouvrière",
pour reprendre le vocabulaire de l'époque, tout ceci va
contribuer à apaiser les tensions... et ce seront les
légendaires départs en tandem pour la mer avec
les congés payés de juillet.
Un des grands symboles du Front Populaire se nommait Roger Salengro.
Il s'est suicidé lui, le Ministre de L'Intérieur
et Henri Laudier lui rendra un hommage émouvant et sincère
:
"..... La calomnie l'a tué. Je m'incline respectueusement
devant la tragique fin de Roger Salengro et je pense être
l'interprète de l'Assemblée communale en l'invitant
à partager ce sentiment. .... L'arme perfide et nocive
au premier chef que constitue la calomnie a, certes, été
de tous les âges, mais jamais elle n'avait encore atteint
ce degré de raffinement et de cruauté".
Le Front Populaire ne durera pas, dans
les premiers mois de 1937, Blum devra laisser le pouvoir à
Daladier, avec l'amertume de toute la gauche.
CHRONIQUES LOCALES DES
ANNEES 1930
Les milles et un faits de Bourges concernent
tous les secteurs de l'activité, et en octobre 1935 se
déroulent les journées berruyères des fleurs
et des fruits. Il s'agissait de la seconde Exposition de ce type.
Le cadre en fut le Parc Saint Paul. Pendant 48 heures, ils seront
15000 à venir visiter les stands de légumes, de
fleurs et de fruits. Les visiteurs auront du mérite, car
les embouteillages autour des stands seront mémorables.
On distribuera des médailles, et, en présence d'Henri
Laudier, un jury communiquera le palmarès. Nous retiendrons
un Emile Rivière à Saint Martin d'Auxigny pour
une médaille d'or grand module dans la catégorie
négociants récoltants pour les fruits, puis une
médaille de vermeil à M. Lambert-Labat de Préveranges.
Mais les stands les plus en vue seront ceux des horticulteurs,
comme la Maison E. Linard ou celle de Félix Cassier, des
noms encore bien connus des berruyers.
Les faits divers font
toujours quelques lignes dans les journaux locaux. Ce jour de
1935, rue de Juranville, un cycliste, M. Decorme, conducteur
à la compagnie des cars Citroën, circulait à
bicyclette, et son véhicule était dépourvu
d'éclairage. Il débouchait du petit chemin du Champ
de Foire et rejoignait la rue de Juranville, lorsqu'il se trouva
en présence d'une automobile conduite par M. Pir, lequel
se dirigeait vers le Moulin-Rouge. Malgré le coup de volant
donné par l'automobile, M. Decorme, fut violemment projeté
sur la chaussée, où il demeura inanimé.
Il fut transporté à l'Hôtel-Dieu, mais succomba
à deux heures du matin. Ainsi, la route tuait, ce sera
une constante pendant tout le XXe siècle, à Bourges
comme ailleurs.
Il y a aussi des accidents plus cocasses,
et tout de même moins dramatiques. Ainsi, le gardien du
Muséum, M. Apied, alors âgé de 61 ans habitait
avec sa famille, dans l'enceinte même du Muséum.
Un après-midi, vers 14 H 45, un cerf de cinq ans vivant
en semi-liberté avec une biche et un faon, sans que celà
ne puisse s'expliquer par un geste du gardien qui pénétrait
souvent dans l'enceinte, ce cerf se jeta sur M. Apied, et pendant
quelques minutes, ce fut un véritable corps à corps
entre la bête et l'homme, alors que ce dernier appelait
à l'aide de toutes ses forces. Le gardien fut blessé
à la cuisse, à la tête et à la poitrine.
Il fut conduit à l'hôpital, alors que venait sur
les lieux Mgr Foucher, le Directeur du Muséum.
Tous les journaux de l'époque font
état de la météo. La station météorologique
est située dans le jardin de l'Archevêché,
on donne ainsi, chaque jour :
- la hauteur barométrique à
13 h 761,6
- La température la plus basse de la veille + 15,6
- Température nuit (la plus basse) + 5,2
- Direction du vent SE
Prévision pour demain mardi : beau à nuageux par
hausse barométrique, température douce dans la
journée, mais toujours fraîche la nuit.
Et c'était signé de l'Abbé Th. MOREUX, Chanoine
honoraire, Directeur de l'Observatoire.
La météo intéresse
toujours les berruyers.... et les autres.
Côté culturel, en Mai 1936, alors que chacun
suit la campagne électorale pour les élections
législatives, une conférence est donnée
à la salle des Adjudications, prêtée par
la Municipalité. Le thème est le suivant : "L'Art
du Moyen-Age à la Cathédrale de Bourges".
La conférencière est Mlle Maillard, elle parle
pendant une heure et demi de la cathédrale Saint Etienne.
Son propos concerne aussi bien l'histoire, de Gausselin à
Henri de Sully, que l'architecture et l'explication des plans
successifs. Mlle Maillard, nous rapporte la presse, "regrette
que la galerie du triforium, maintenue malgré l'absence
de tribunes, s'ouvre sur une série de 21 petits arcs n'ayant
pas la même ouverture que ceux du dessus des voûtes
latérales".
Au cinéma, le Grand Palais propose
"Liliom", de Fritz Lang avec Charles Boyer, tandis
que l'Alhambra joue "Antonia", "encore un bon
spectacle à l'actif de ce cinéma" écrit
la publicité.
C'est aussi une Exposition Philatélique,
qui est inaugurée au cours de ce même mois de mai
1936 dans l'Ecole des Arts Appliqués à l'Industrie.
On y voit les timbres-postes de 1849 à nos jours, des
marques postales du temps de Louis XV, des lettres de grognards
de Napoléon, ainsi que des travaux décoratifs exécutés
par des enfants avec des timbres-postes. C'est un véritable
Musée du Timbre qui fait l'objet d'une large publicité.
Enfin, plus cocasses sont les histoires
sur les Maisons de Tolérance de Bourges. Jean François
Donny en a écrit un livre entier sur le sujet. Il faut
savoir que "les bordels" étaient autorisés,
ils rapportaient même de l'argent à l'Etat. Il fallait
pourtant obtenir un accord de la part de la Municipalité.
Ainsi, dans le Bulletin Municipal Officiel de la Ville de Bourges,
on trouve à intervalle régulier des demandes d'ouverture
ou de changement de propriétaires de ce type de "Maisons".
Par Arrêté du 12 mai 1936, "Nous, Maire de
Bourges, vu la loi du 5 avril 1884, vu l'arrêté
du 15 octobre 1907 sur la prostitution... etc arrêtons
que Mlle Roquette Marie-Eugène est autorisée à
tenir la maison de tolérance sise rue Sous-les-Ceps, N°1,
en remplacement de Mme Laure Georgette". Dans l'article
2, il est indiqué que cette demoiselle connaît la
règlementation de la prostitution à Bourges. Et
tout ceci était signé Laudier ou Lamy son premier
adjoint.
Ainsi se terminent les années grises
de l'avant-guerre. A partir de 1938, c'est pour chaque français
et chaque berrichon, la lente mais sûre marche vers la
guerre qui paraît inéluctable. Pourtant ce ne sera
pas la "croisade" de l'été 14, mais une
fatalité de plus, avec, cette fois, une haine des hommes
politiques et une grande distance vis-à-vis de tout ce
qui est politique.
LE PERSONNAGE LAUDIER
C'est au travers du précieux témoignage
de M. Robert Verglas que se dessine le personnage complexe d'Henri
Laudier.
Robert Verglas entrera dans l'administration municipale en 1937
et prendra ensuite la succession d'Edmond Jongleux au poste important
de Secrétaire Général de la Mairie de Bourges.
Robert Verglas était avocat de formation, il rejoindra
Bourges et avouera 50 ans plus tard :
" Je n'ai pas connu beaucoup d'hommes qui soient admirables,
ce n'est pas mon genre, j'ai jugé Henri Laudier le jour
où je suis venu le voir après mon entrée
à la Mairie. J'avais fait du droit, je m'aperçois
au bout d'un mois que je ne connaissais rien, alors, je vais
voir Laudier.
- Monsieur le Maire, je viens vous voir car je m'aperçois
que je ne connais rien au fonctionnement d'une Mairie. Alors,
ou bien vous me mettez dehors, ou bien vous m'autorisez à
circuler dans les services pendant quelques mois pour me former.
Laudier m'a regardé, et me répondra :
- Vous me faites un grand plaisir, bien sûr, il faut que
vous passiez dans tous les services de la mairie. Je vous fais
mes compliments".
Laudier voulait avoir des cadres supérieurs
de haute qualité, de bons techniciens, pas des "politiques".
Chacun devait être à sa place d'une manière
incontestable. Ses Chefs de Service étaient de grands
Ingénieurs ou de grands architectes, on peut citer les
noms de Pinon, de Margueritat, de Mgs Foucher mis à la
tête des Musées de Bourges.
Henri Laudier connaissait parfaitement
tous ses dossiers, c'était pour lui la première
des tâches. Il disait : "Il faut connaître
tous les dossiers qui passent, être capable de répondre
à toute intervention qui pourrait être faite."
Laudier allait sur les chantiers, il avait une voiture municipale
car il marchait assez mal. Il discutait avec les entrepreneurs,
"ça bardait sur les chantiers " se souvient
M. Verglas.
Il y avait deux hommes en Laudier, l'homme privé, qui
aimait rire avec ses copains, on sentait un grand humaniste.
"C'était un brave type, un homme chic, il aimait
se réunir avec ses amis, par exemple au Grand café".
Par contre, l'homme public était différent, il
y avait toujours une sorte de dureté dans le visage, une
grande fermeté. Il était aussi très sensible
au désavoeux, c'était un grand sensible, et cette
fermeté sur son visage devait lui rappeler qu'il ne fallait
pas se laisser aller aux sentiments. Il savait élever
la voix, c'était un tribun. Bien que libre-penseur, Laudier
avait des relations très correctes avec l'Archevêque.
Pourtant la presse locale ne le ménageait
pas. Il recevait des coups aussi bien de la gauche communiste
que de la droite. Ainsi, le "Républicain du Cher"
écrivait le 6 juillet 1934 :
"Tout le monde sait que M. Laudier a des habitudes. Elles
lui viennent de son passé, de sa formation et de son caractère.
A la tête de son Conseil Municipal, il a toujours fait
ce qu'il a voulu, et il le fait encore. Si on lui oppose une
toute petite représentation, il se fâche tout rouge.
Il n'aime pas les collaborateurs qui résistent et qui
pourraient l'éclairer utilement. Il préfère
ceux qui ont les tendances de domesticité..."
Sans la personnalité de son épouse
Marceline, Laudier aurait sans doute été Ministre.
Mais Marceline était une femme explosive. C'était,
nous rappelle R. Verglas, "une sacré bonne femme,
elle avait sa réputation, elle avait du nez, un pif extraordinaire
pour déceler le tocard. Ses yeux, c'étaient comme
des mitraillettes. Jeune, elle devait être une très
belle femme. Elle ne craignait pas le scandale, et Laudier est
beaucoup moins sorti après son mariage.... "
Cet article est issu d'un livre de Roland
Narboux l'Histoire de Bourges au XX ième siècle,
1900 - 1940 (Tome 1)
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