Marcel Haegelen franc-maçon
Lorsque l'avenue Marcel Haegelen fut inaugurée,
la presse fit état de la présence officielle d'une
délégation de la loge maçonnique de Bourges
" Travail et Fraternité ". Il est assez rare
pour ne pas dire exceptionnel qu'une loge de province se montre
ainsi de manière officielle au grand public.
Or, dans les recherches, le nom de Marcel Haegelen
n'apparaissait pas dans les tableaux de cette loge. par contre
un nom était présent, c'était celui du frère
Boury, qui était le père de la femme qu'Haegelen
avait épousé. Or, il est fréquent dans le
milieu des francs-maçons, que le système de cooptation
soit très présent.
Emile François Boury était
né, comme Haegelen à Belfort le 12 novembre 1874,
il est ajusteur, sans doute à la pyrotechnie. Il habitait
rue Charlet et entra dans une loge maçonnique " La
Solidarité " à Poitiers, avant de rejoindre
Bourges et de s'affilier à la seule loge de l'époque
" Travail et Fraternité ". C'était le
13 janvier 1910. Il restera un des piliers de la loge, devenant
honoraire en 1938, ayant assuré pendant une quinzaine
d'années la fonction de " Maître des banquets
".
Emile Haegelen, le fils de Marcel, a le
souvenir que sa mère lui a aussi parlé de son oncle
maternel qui était donc un " Boury " lui aussi,
comme son père franc-maçon mais à Paris.
Pour Madame Dumaillet, le père Boury " s'entendait
bien avec son gendre, Marcel Haegelen, en particulier, ils étaient
Alsaciens et franc- maçons tous les deux ".
Marcel Haegelen franc-maçon, c'est certain, le frère
de Georgette, Emile, était lui-même franc-maçon
à Paris ainsi que le grand père Boury, nous y reviendrons
dans un paragraphe à venir.
Dans les jours qui ont suivi la mort de
Marcel Haegelen, une batterie de deuil sera tiré à
l'occasion d'une tenue de la loge " Travail et Fraternité
", et il était bien indiqué " à
la mort de notre frère Haegelen ". Or ce document
qui est un livre d'architecture qui avait été vu
il y a une vingtaine d'années a disparu : en 2010, il
est introuvable malgré les recherches de plusieurs membre
de cette loge " Travail et Fraternité " qui
existe toujours à Bourges. Il y a comme une sorte de malédiction
sur cette appartenance !
Après de nombreuses recherches,
qui ont duré plus d'un an, nous avons reçu de la
part des Archives et du musée du Grand Orient de France
à Paris des documents importants. Il ne s'agit pas d'un
tableau de loge, mais des fiches faites par le service des sociétés
secrètes du gouvernement de Vichy qui avait donc en charge
sous Pétain de répertorier et de mettre en fiche
tous les francs-maçons de France : Haegelen a la fiche
N° 71 411.
Les renseignements sont particulièrement
riches, et tout ce qui concerne son état civil, sa profession,
son adresse ...etc sont parfaitement exacts.
On apprend que Haegelen était franc-maçon,
il fut initié le 20 mars 1935 à Paris, et ce n'était
pas dans une loge du Grand Orient de France, comme cela aurait
pu être, mais à la Grande Loge de France, seconde
obédience française de cette époque.
La loge s'appelle " L'Alliance ",
avec le numéro 70, elle est à Paris, et sur les
activités et autre affiliations, le document nous apprend
qu'au mois de novembre 1936, c'est à dire six mois après
son initiation, il désirait suivre les travaux d'une loge
de Bourges. Or il s'averre qu'à cette époque de
l'avant-guerre, il n'y avait qu'une seule loge à Bourges
depuis 1903. Il s'agit de " Travail et Fraternité
" qui datait de 1903 et qui était du Grand Orient
de France, l'autre obédience française masculine.
Ce document demandait au fonctionnaire
de Vichy chargé de remplir cette fiche, de connaître
la religion, mais surtout de savoir si la personne était
de religion juive ou pas, ainsi que les activités politiques,
et dans le cas présent, rien n'est indiqué.
Sur une autre ligne de cette fiche, on
note aussi qu'il avait fait une demande d'initiation dans une
loge marquée " 359 Maurice Monier ", et c'était
en 1927.
On peut donc penser qu'Haegelen était
très attiré par la franc-maçonnerie, dès
1927, sans doute par la proximité d'amis de travail ou
de relations, car c'est généralement comme cela
qu'un postulant entre dans cette société.
Et c'est ainsi que l'on remarque qu'Haegelen
a été franc-maçon bien avant de connaître
M. Boury son futur beau-père, mais que par la suite, c'est
à dire à partir de 1936, il était vraiment
dans un milieu très maçonnique, du côté
de la famille de son épouse.
Louis Devallerie apportera son témoignage
sur les francs-maçons de la firme Hanriot dans les années
1935 / 1940. Il parlera en particulier de Paul Soubret qui était
son camarade de promotion des Arts et Métiers , et qui
fut initié en 1933, recevant son tablier de maçon,
provenant de son grand père.
Il évoque Fleury qui était
aussi chez Hanriot et franc-maçon.
Louis Devallerie en 2009 écrira
:
"
J'avais ma planche à
dessin et rédigeais le compte-rendu de la réunion
tous les matins à 9 h avec les contrôleurs y compris
Hermitte, extrêmement sympathique qui vérifiait
l'avion avant le premier vol de réception avec Haegelen
".
Il poursuit :
" Quand j'ai pris mon travail à
l'usine, en mai 1935, Haegelen avait la veille fait effectué
le premier vol du Bloch 200 de la série en cours, devant
tout le personnel réuni. Je n'y ai donc pas assisté.
Haegelen était pilote d'essai chez Hanriot depuis 1923
et peut être avant. Héros de la guerre 14/18, entouré
d'une certaine aura que je lui attribuais , il était d'allure
sportive, calme et équilibré et d'une grande simplicité.
Je n'ai jamais eu l'occasion de lui adresser la parole, j'ai
su plus tard qu'il était franc-maçon.
Je me trouvais un jour en compagnie de Soubret, notre ancien
d'Angers 1878, vénérable de la loge " Travail
et Fraternité ", et du " père Galopin,
auquel il s'adressa : Dis donc, tu n'as pas la haut un nommé
Haegelen, et bien tu peux y aller ".
Cela signifiait que la qualité de franc-maçon d'Haegelen
était connue de " ses frères " de l'usine,
même si ils n'appartenaient pas à la même
obédience.
Louis Devallerie poursuit dans ce courrier
du 2 mai 2009 :
" J'étais en excellentes relations
avec Hermitte, contrôleur et mécanicien d'essais
en vol. Il jetait un dernier coup d'il avant le vol de
réception, il me disait : " Haegelen connaît
tellement bien la France qu'il emporte en guise de carte, l'indicateur
des chemins de fer. Une fois égaré, il se repéra
sur la forêt d'Allogny. Avec Favardin, mon copain de promo
" Chalons 1930 ", qui était au mieux avec un
ami d'Haegelen, j'ai su qu'il avait un caractère qui n'engendrait
pas la mélancolie
Cet article est issu d'un ouivrage de
PABB sur Marcel Haegelen.".
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