Bourges depuis 1870
possède une industrie essentiellement orientée
vers l'armement. Ce sera la fabrique de canons, puis les centre
d'Etudes appelé aujourd'hui ETBS. Mais à partir
de 1928, l'industrie aéronautique militaire arrive à
Bourges et dans les années 1950, c'est Michelin qui s'implante
à Bourges (Saint Doulchard). Ainsi, la mono industrie
est prépondérante.
Mais, lorsque les crises
arrivent, les responsables locaux et nationaux cherchent à
reconvertir et à diversifier ces industries. Nous sommes
aujourd'hui à la troisième reconversion, il y eu
1918, 1945, 1990, et à chaque fois la diversification
fut un échec.
LA DIFFICILE RECONVERSION DE L'APRES-GUERRE
1914 - 1918
L'activité industrielle principale
de Bourges avait été consacrée depuis 4
ans à une intensive production de guerre. Mais comme il
s'agissait de la "der des der", il n'était plus
nécessaire de "sortir" des munitions et autres
canons. La reconversion de milliers de travailleurs devenait
nécessaire.
Dès la fin des hostilités, les syndicats se mirent
en avant pour empêcher les licenciements. Ils demandèrent
la transformation immédiate des Etablissements Militaires
en Office Industriel. L'idée qui prévaut est alors
de mettre 3000 ouvriers à l'entretien des machines et
bâtiments ; quant aux autres, la fabrication de matériel
de chemin de fer et de machines agricoles pourrait occuper 12000
personnes.
A partir de janvier 1919, la tension commence à monter.
Toute la population est inquiète, les ouvriers bien sûr,
mais aussi les commerçants qui voient avec frayeur la
baisse de leur chiffre d'affaire. Au cours d'une grande réunion
syndicale rassemblant plus de 8000 personnes, il est demandé
:
"Qu'au travail de guerre pour lequel
ils ont été créés, succède
immédiatement le travail de paix dans ces établissements
supérieurement agencés et outillés pour
toutes sortes de production... Ils réclament avec énergie
la continuation de leur exploitation par l'Etat".
Lorsque des visites de responsables de l'industrie privée
comme Citroën ou Schneider, viennent en mission afin d'examiner
le parc machines qu'ils pourraient acheter, c'est la révolte
à la fois des syndicats et des hommes politiques. Laudier
et Hervier vont se dépenser sans compter pour qu'aucune
machine ne soit démontée et envoyée sous
d'autres cieux.
Les marchés des Etablissements Militaires
vont comporter quelques éléments de wagons et de
matériel agricole, mais cela ne donnait plus du travail
pour des milliers d'ouvriers. Le ministre de la Reconstruction
industrielle recevra les désidérata des syndicats
et de la population de Bourges, mais il ne voit une solution
que dans l'activation des affaires civiles, qui sont lentes à
mettre en oeuvre, il écrira :
"la congestion de certains centres qui, dans l'état
de production de guerre, avaient dû recevoir une population
tout à fait hors de proportion avec celle qu'ils pouvaient
normalement absorber, je cite, par exemple, la ville de Bourges".
La Pyrotechnie se mit
à réparer un millier de wagons, alors que l'Atelier
de Construction "végète dans un marasme à
peu près complet" dira Gignoux, seront produits environ
1500 chariots de culture en 1920.
Cette situation ne pouvait pas continuer ainsi ; Laudier, en
bon gestionnaire qu'il devenait, trouvait que "la principale
difficulté que rencontraient les établissements
d'Etat pour s'adapter à la vie industrielle moderne provenait
de la sujétion administrative à laquelle ils sont
soumis".
Dans un projet de loi en date du 26 mai
1921, portant le numéro 2-683, Laudier soumet à
la Chambre des Députés un texte pour placer la
gestion "des établissements constructeurs de l'artillerie"
à un Conseil Central composé par tiers de représentants
de la production dont la moitié serait désignée
par le personnel. Un second tiers rassemblerait les représentants
des consommateurs ; enfin, le dernier tiers serait formé
des représentants des Pouvoirs Publics. C'est ce Conseil
qui nommerait les dirigeants de l'entreprise. L'Office aurait
un budget autonome et pourrait faire des bénéfices,
lesquels seraient distribués à l'Etat et aux oeuvres
sociales de l'Etablissement. En cas de déficit, c'est
l'Etat qui couvrirait les pertes dans l'éventualité
d'un fond de réserve insuffisant. C'est sans doute dans
cette hypothèse que le projet a quelques failles.....
Enfin, l'Office pourrait se procurer des capitaux par l'emprunt
à court terme.
Ce projet d'essence très moderniste
"bouleverse tous les errements suivis jusqu'à ce
jour en France dans les industries d'Etat" selon l'opinion
de Gignoux, est accepté par tous les partis. C'est le
moyen de sauver l'emploi et d'utiliser les machines-outils, il
y a quelque mille tours de toutes dimensions à la fonderie
de Bourges.
Mais il est très difficile de reconvertir
une industrie de guerre dans les activités civiles. Peu
à peu, les effectifs des Etablissements Militaires vont
se réduire pour revenir à un chiffre d'environ
3 500 employés, à peine plus important qu'avant-guerre.
La population de Bourges revenant pour sa part à une valeur
de 45 942 habitants au recensement de 1921, soit 207 de plus
qu'en 1911.
La ville de Bourges sort de quatre ans
d'épreuve dans un état identique à celui
d'avant-guerre, avec toutefois 1475 tués à l'ennemi.
La ville n'a pas changé, les foules ouvrières ont
quitté les rues sans laisser de trace. La cité
ouvrière, une des plus grande de France, est un lointain
souvenir ; Bourges n'a pas pu ou su profiter de l'apport industriel
de ces années. Elle pourrait retourner à un engourdissement
qui lui va assez bien. Un homme va réveiller cette torpeur,
c'est son maire : Laudier. Dans des années agitées
sur le plan politique, il va transformer la ville.
RECONVERSION APRES LA GUERRE DE 1939
- 1945
Il s'agit, après avoir remis en
marche l'ensemble des rouages qui permettent un bon fonctionnement
de l'administration, de faire redémarrer la vie économique
de Bourges. Des nuages apparaissent, il s'agit des charges de
travail de la SNCAC.
Du côté de l'usine de fabrication
d'avions de la SNCAC, la situation n'est guère brillante.
A la sortie de la guerre, la reprise est difficile. Les bureaux
et ateliers ont été dispersés dans tout
Bourges, et il y a 2678 personnes qui sont employées dans
l'usine.
La réorganisation prend plusieurs voies, sur le plan national,
c'est le communiste Charles Tillon qui devient responsable du
secteur aéronautique, alors que l'usine de Bourges se
donne comme directeur : monsieur Girard, dans des circonstances
rocambolesques. Les productions reprennent, et comme il n'y a
pas d'avions à construire..... autres que les Siebel allemands,
ce sont ces derniers avions qui sortent alors des chaînes,
situées à la Halle au Blé.
Pour oublier la triste période, les Siebel subiront
quelques modifications et changeront de nom : on les appellera
des "Martinets". Et ne même temps, les ingénieurs
berruyers, sous la conduite de Montlaur étudieront des
avions nouveaux comme le NC 820 et 840.
La période
qui suit va être un véritable feuilleton qui se
terminera par la faillite de l'usine de la rue Le Brix. C'est
d'abord la diversification des fabrications. A partir de 1946,
alors que l'A.B.S. Atelier de Construction de Bourges construit
des machines à coudre, à la place des canons, et
que la Pyrotechnie fabrique des "bancs de jardin",
la S.N.C.A.C. se tourne vers les accessoires de la cuisine, c'est
à dire des casseroles, buffets métalliques et autres
écumoires.
Plus sérieuse, une chaîne de trolleybus est mise
en oeuvre, mais toutes ces productions ne permettent pas d'occuper
des milliers de personnes. Alors, très vite, on parle
de la fermeture de la S.N.C.A.C.
En 1948, les bureaux d'études conçoivent un avion
extraordinaire, un avion-cargo, le plus gros du monde, et les
assemblages de fuselages de ces monstres commencent à
Bourges. Malheureusement, le 20 juillet 1948, lors de son premier
vol vers Toussus-le-Noble, l'avion, alors à une altitude
de 150 mètres pique du nez et s'écrase, il y a
5 morts, tout l'équipage dont le pilote berruyer Louis
Bertrand
Cet accident, et les tergiversations du gouvernement sur la politique
en matière d'aviation vont précipiter la fin de
la S.N.C.A.C.
Les premiers licenciements se produiront
en 1949 et l'été s'annonce dramatique. Lorsqu'une
délégation de syndicalistes se présente
à l'Hôtel de Ville dans la première semaine
de juillet 1949, pour trouver des solutions, le maire, André
Cothenet est absent.... Il distribue les prix au lycée
de jeunes filles. La délégation est reçue
par un adjoint.
Les meetings se succèdent devant l'usine, avec la présence
des députés communistes Lozeray et Cherrier. Rien
n'y fait, et c'est la liquidation de la société.
Le départ en vacances des employés au mois d'août
est un point de non-retour. L'aventure de l'aéronautique
à Bourges semble bien être terminée en cette
fin de décennie.
Les actions de reconversion du milieu
industriel
Ayant comme beaucoup de décideurs
du département observé la baisse des activités
d'armement, les responsables municipaux recherchent des solutions,
car cette fois, la mono industrie, qui a fait l'économie
locale à un haut niveau est bien condamnée.
Les solutions ne sont pas simples, la première solution
des élus de la Ville, c'est la " Diversification
". Il faut remplacer les productions militaires dans les
différentes usine locales, par des fabrications civiles.
Une fois encore, comme en 1918 et en 1945, la diversification
pour produire des objets civils est un échec. Pourtant
Aérospatiale, avec la forte personnalité de son
directeur Daniel Dubreuil développe un secteur "diversification"
appelé " affaires nouvelles" qui met au point
plusieurs équipements, mais la réussite n'est pas,
une fois encore au rendez-vous.
Jean Claude Sandrier, avec beaucoup
de persévérance, va inciter toutes les actions
d'études, de réflexion, de création d'associations,
au niveau local, ou avec d'autres villes en Europe, comme La
Spézia ou Palencia, mais ces structures souvent d'origine
étatique ou publiques n'attirent pas les industriels,
seuls capables de créer de vrais emplois.
De Décide en Sécure en passant par le Critt et
le Siritt, beaucoup d'énergie et de bonne volonté,
mais peu de résultat tangible. Seule la prise en compte
d'un sujet par un industriel, comme le pôle capteur par
la société Auxitrol, ou des laboratoires liés
à l'ENSIB ouvrent des pistes. Le reste est fait de beaux
discours et de belles parlotes.
à suivre