Selon Emile Meslé, Louis Bourdaloue
est issu d'une vieille famille de Vierzon, ils étaient
dès le XV e siècle des artisans et des marchands,
puis assez vite, ils font parti des notables du Berry. Parmi
les ancêtres de Bourdaloue le prédicateur objet
de cet article, figure une lignée d'avocats à Bourges.
Louis Bourdaloue est né à
Bourges le 28 août 1632 et
entre chez les Jésuites dès l'âge de 16 ans,
il devient un élève très brillant. Il devient
à la suite, prêtre et commence alors à prêcher
en province, où il devient assez vite célèbre.
Ce premier succès le fait connaître
par la capitale et il est appelé à Paris où
il occupe une place de choix dans le milieu puissant de la prédication,
aux côtés de Bossuet.

C'est l'époque des belles choses,
de l'amour des lettres et du bien parler et il devient pour la
classe politique d'alors un grand de ce monde. Il fut un grand
prédicateur, parlant d'une voix harmonieuse, mais au débit
rapide et animé. C'était un homme simple et modeste
bien que fréquentant les "grands". On disait
de lui qu'il respirait la bonté et l'indulgence.
Sur le plan des idées, il insistait
beaucoup sur les recommandations de la foi chrétienne
et sur le perfectionnement moral et le soin qu'il fallait y apporter.
Photo G. Frat, musée
du Berry
François de Lamoignon a écrit
de lui :
"Il retrancha
dans ses sermons ces longues dissertations de théologie
qui ennuient les auditeurs et qui ne servent qu'à remplir
le vide des sermons. Il établit des vérités
de la religion solidement, et jamais personne n'a su, comme lui
tirer des vérités les conséquences utiles
aux auditeurs".
Louis Bourdaloue meurt en 1704.
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Et puis, il est le double "inventeur",
d'une part d'un chapeau pour homme à ruban, un "Bourdaloue",
ainsi que d'un vase de nuit appelé lui aussi un "Bourdaloue".
Ce petit vase de nuit était utilisé par les dames
de l'époque qui assistaient à un sermon de Bourdaloue,
et comme ce type de discours durait plusieurs heures, il n'était
pas possible pour ce dames de manquer un mot d'un tel sermon,
et en cas de petit "besoin" pressant, les belles dames
glissaient sous leur ample robe, en plein sermon, ce petit vase......
et ce petit vase devint un "Bourdaloue". |
Son nom n'est pas seulement attaché
à un chapeau à ruban ou au célèbre
vase de nuit, mais aussi, et cela est moins connu, à une
tarte aux poires à la frangipane. Cette tarte Bourdaloue
tiendrait son nom , non pas qu'il était cuisinier, mais
d'une rue qui portait son nom. Car rue Bourdaloue à Paris,il
y avait un fameux pâtissier...
Quelques citations
de Louis Bourdaloue
Souvenez-vous de ces deux
maximes, qui sont d'une éternelle vérité,
et sur lesquelles doit rouler toute votre conduite : l'une, que
le chemin du ciel est étroit, et l'autre, qu'un chemin
étroit ne peut jamais avoir de proportion avec une conscience
large.
Dieu a établi les pauvres
dans le monde pour recueillir ses droits en sa place.
Sermons, Sur les
richesses.
Parcourez les maisons et les
familles distinguées par les richesses et par l'abondance
des biens ; je dis celles qui se piquent le plus d'être
honorablement établies (...) ; si vous remontez jusqu'à
la source d'où cette opulence est venue, à peine
en trouverez-vous où l'on ne découvre, dans l'origine
et dans le principe, des choses qui font trembler.
Sermons, sur l'impureté.
Les ténèbres
d'une aveugle concupiscence sont des ténèbres renfermées
et pour ainsi dire concentrées dans l'homme, et aussi
intimes à l'homme que l'homme l'est à lui-même.
Le désordre de l'impureté
dans l'homme a des excès où la sensualité
même des bêtes ne se porte pas.
Le monde est plein de réprouvés,
puisqu'il est plein de voluptueux et d'impudiques.
Sermons, Sur
l'amour de Dieu.
C'est le propre de Dieu de
renfermer dans l'unité de son être la multiplicité
de tous les êtres ; et c'est le propre de la charité
divine de réduire à l'amitié d'un seul précepte
tous les préceptes (...) qui sont compris dans la loi
de Dieu.
Ce jour présent est
le seul point de l'éternité auquel vous ayez droit.
Extrait d'un sermon de Bourdaloue : de la religion et de la probité.
voici un étrange combat
que l'évangile nous représente entre Jésus-Christ
et le démon ; voici la consommation de la rage de cet
ennemi commun du genre humain qui, non content de s'être
mille fois attaqué à l'image de Dieu, a l'insolence
de s'en prendre à Dieu même. Mais voici en même
temps sa honteuse défaite, le triomphe le plus beau et
la victoire la plus mémorable que Jésus-Christ
ait jamais remportée sur ce prince des ténèbres.
Je ne m'y arrête pas cependant. Mais me conformant à
la pensée de Saint Grégoire De Nazianze qui dit
que Jésus-Christ n'a triomphé du démon que
par la force du nom de Dieu, ou plutôt qu'il nous a donné
le moyen de vaincre cet ennemi par la réflexion que nous
devons faire sur les devoirs de notre religion quand nous sommes
tentés, me conformant, dis-je, à cette pensée,
je veux vous traiter aujourd'hui un point de morale qui est de
la dernière importance.
En effet, entre tous les moyens que l'évangile nous fournit
pour résister à la tentation, je n'en trouve point
de plus admirable et qui fasse paraître davantage la sagesse
de Dieu et sa toute puissance que celui-ci. Le démon livre
trois attaques au sauveur du monde : celle de la présomption,
celle de l'ambition et celle de l'intérêt de sa
propre vie. Il l'attaque par une pensée de présomption
en l'élevant au pinacle du temple, et en lui persuadant
de se précipiter du haut en bas et faire voir qu'il est
Dieu. Il l'attaque par une pensée d'ambition en lui montrant
tous les royaumes et en lui disant : je te donnerai tout cela
si tu m'adores. Enfin, il le tente par l'intérêt
de sa propre vie : il y a quarante jours et quarante nuits qu'il
n'a mangé prends ces pierres, et si tu es le fils de Dieu,
elles se convertiront en pain pour te nourrir. à tout
cela, que répond le fils de Dieu ? Il y résiste
en plusieurs manières. Mais enfin, ce qui le rend victorieux,
c'est ce grand motif de religion : Scriptum Est Enim etc. il
est écrit : vous adorerez votre Dieu et vous ne reconnaîtrez
que lui.
Car, à ces paroles, le démon est obligé
de se retirer, et quand on lui propose ce puissant argument,
il avoue que tous ses efforts sont inutiles.
Voilà, chrétiens, ce que j'entreprends aujourd'hui
de vous expliquer, après que j'aurai demandé l'assistance
du Saint-Esprit, par l'entremise de Marie : ave Maria, etc.
A considérer la religion et la probité selon le
monde, on trouvera que ce sont deux choses très opposées,
soit qu'on les regarde ou par rapport à leur principe,
ou par rapport à leurs objets, ou par rapport à
leurs fins : par rapport à leur principe d'un bon naturel,
au lieu que la religion est un présent de la grâce
; par rapport à leur objet : car la probité selon
le monde est bornée aux devoirs de la société,
au lieu que la religion regarde le culte de Dieu ; par rapport
à leur fin : parce que la probité ne se propose
rien que de temporel, et que la religion élève
ses espérances et ses prétentions jusque dans le
ciel.
Quelque opposition cependant qu'il paraisse y avoir entre ces
deux choses, je ne laisse pas de dire qu'elles sont très
étroitement unies, et que même, pour avoir toute
leur perfection, elles dépendent les unes des autres et
sont absolument inséparables, pourquoi ? Parce qu'il est
impossible qu'un homme qui n'a point de religion ait une véritable
probité, et que véritablement il est impossible
qu'un homme qui n'a pas une véritable probité ait
une véritable religion. Voilà deux propositions
qui ont besoin d'un grand éclaircissement. Mais cet éclaircissement
est ce qui en fera la preuve. La première vous convaincra
de la nécessité de la religion par rapport aux
devoirs du monde. La seconde vous montrera la nécessité
de la probité par rapport aux obligations de la religion.
L'une établira le principe de la religion dans l'esprit
de l'homme qui n'en a pas encore l'idée. L'autre réformera
les devoirs de la société par rapport à
la véritable religion.
Et toutes deux, bien conçues, feront ce que nous appelons
homme de bien, qui est ce que Dieu attend de nous dans la condition
à laquelle il nous a appelés. Voilà tout
le partage de ce discours.
Il est donc vrai, et il faut
que les libertins le reconnaissent malgré eux, que sans
religion il n'y a point de véritable probité parmi
les hommes.
Quoique tout homme de bon sens demeure d'accord de cette vérité,
voici cependant les raisons sur lesquelles je la fonde.
Premièrement, c'est parce qu'il n'y a que la religion
qui soit une règle véritable, un principe universel
et un fondement inébranlable des devoirs dans lesquels
la probité consiste.
Secondement, parce que tout autre motif que celui de la religion
n'est pas à l'épreuve de certaines tentations délicates
auxquelles les devoirs de probité se trouvent à
tous moments exposés.
Et enfin parce que, quand on n'a point de religion, on se licencie
aisément, et on n'a pas de peine à renverser toutes
les lois qui rendent une vie exacte et irréprochable.
Je dis que la religion est le seul principe sur lequel sont fondés
tous les devoirs dans lesquels la véritable probité
consiste. C'est la doctrine de Saint Thomas dans sa seconde,
question 82.
La religion, dit-il, dans la rigueur même de son terme,
n'est autre chose qu'un lien qui attache l'homme à Dieu
en qualité de premier être. Or, dans Dieu considéré
de la sorte, ajoute-t-il, sont réunis tous les devoirs
de la société, comme dans leur centre, et toutes
les obligations qui engagent les hommes entre eux. Par conséquent,
conclut-il, il est impossible d'être à Dieu par
un principe de religion, sans être au prochain par l'équité
de la bonne foi.
Ainsi quand Dieu nous commande aujourd'hui de l'adorer : Dominum
etc., bien loin qu'il exclue aucun devoir de la vie civile, il
les embrasse tous fortifie un appui et un fondement inébranlable.
Car, en vertu de cette loi qui m'attache à Dieu, je rends
à un chacun ce qui lui appartient : l'honneur à
celui à qui je le dois, le secours à celui qui
en a besoin, la justice à tout le monde. Je suis fidèle
à mon roi, modeste envers mes égaux, respectueux
envers les grands, traitable envers mes inférieurs, charitable
envers les pauvres, scrupuleux et exact à conserver les
droits et les intérêts d'un chacun. Pourquoi ? Parce
que, dans ma religion, je trouve toutes ces obligations d'une
manière qui ne se peut rencontrer que dans Dieu ; je les
regarde comme autant de dépendances de ce culte suprême,
et le respect que je lui dois est la grande règle qui
fait que je m'y soumets et me captive à tous ces devoirs.
Voilà l'excellente raison de laquelle Tertullien se servait
autrefois pour effacer de l'esprit des païens les mauvaises
impressions qu'ils avaient conçues contre les chrétiens,
en les faisant passer pour des scélérats et des
gens de mauvaise foi, à cause du Dieu qu'ils adoraient.
Tant s'en faut, leur disait-il, que notre religion préjudicie
aux devoirs de la société, que c'est elle, au contraire,
qui nous y engage le plus puissamment. C'est par ce principe
seul que nous menons une vie exempte de reproches. C'est parce
que nous nous attachons au culte du véritable Dieu que
nous ne devons pas vous être suspects. C'est par ce motif
que nous prions pour vos empereurs, pour les ministres de leur
état, pour les grands et les puissants du siècle,
pour la paix et la tranquillité des royaumes. Oramus etc.
C'est parce que nous sommes chrétiens et religieux observateurs
de la loi que nous faisons toutes ces choses.
Vous vous plaignez que nous vous trompons mais quand nous sommes-nous
assemblés pour conspirer la perte de qui que ce fût
? Nous n'avons blessé, nous n'avons affligé, nous
n'avons jamais nui à aucun. In Cujus etc.
Notre secte nous rend bienfaisants et libéraux jusque
à vos dieux. Lorsque vous nous demandez l'aumône
pour eux, nous vous faisons plus de bien que vous ne leur en
faites. Quand votre Jupiter nous tendrait la main, quelque abominable
qu'il fût, nous ne lui refuserions pas notre secours. Vous
avouez vous-mêmes que dans vos armées vous n'avez
pas de meilleurs soldats ni plus courageux que les chrétiens.
C'est notre religion qui nous fait payer à César
le tribut plus exactement que vous ne faites, et, comme nous
avons, par la maxime de notre créance, cette grande vérité
qu'il ne faut faire tort à personne, nous payons aux empereurs
ce qui leur est dû, pendant que vous commettez mille injustices.
Non Sufficimus etc.
C'est encore par là qu'entre les différentes sectes
de la religion chrétienne, le parti des catholiques, qui
est celui de la vérité, s'est toujours distingué
du parti de l'erreur. Car, pourquoi les hérétiques,
dans tous les siècles, ont-ils formé des partis
et suscité des séditions contre les puissances
légitimes, sinon parce qu'il est impossible d'abandonner
la véritable religion sans renoncer à la probité
et au respect ?
Il faut donc regarder la religion dans le coeur de l'homme comme
le premier mobile dans l'univers. Ce premier mobile a une influence
si forte qu'il entraîne tout après soi et qu'il
se fait suivre des autres cieux ; son mouvement est si universel
et si rapide, que si ce premier ciel venait à interrompre
son cours, tout l'ordre de la nature serait renversé :
les éléments seraient dans le trouble, et tous
les êtres dans une générale confusion.
Or, c'est ce que la religion fait, non seulement à l'égard
du monde chrétien, mais même à l'égard
du monde politique et moral. Quand cette religion vient une fois
à être ruinée, il ne faut plus chercher d'ordre
ni de probité. Car sur quoi serait-elle fondée
? Serait-ce sur le seul principe de la raison ? Ah ! La nature,
dans l'état de corruption où le péché
l'a laissée, est incapable de faire faire à un
homme la moindre démarche pour la vertu la nature aveuglée
par les passions n'a que des lumières sombres et défectueuses.
Vous avez, messieurs, trop de pénétration pour
ne pas voir les désordres qui arriveraient si chacun voulait
se conduire par les lumières de la raison, s'il se faisait
l'arbitre de ce qui lui appartient, s'il était juge dans
sa cause et qu'il se fît le maître de ses intérêts.
En sorte que la raison tenant le premier rang, si cette raison
se considérait maîtresse absolue sans dépendre
de Dieu, combien de faux prétextes ne trouverait-elle
pas pour justifier ses dérèglements ! à
combien de péchés ne donnerait-elle pas le nom
de vertu !
C'est pour cela, dit Saint Chrysostome, que dans les choses les
plus importantes, dans les traités de paix, dans les investitures
des charges, dans la célébration des contrats de
mariage, on exige le serment, qui est comme un acte et une protestation
de religion. Pourquoi ? Parce que, sans la religion, on ne peut
s'assurer de la raison, parce que, sans cette assurance où
l'on prend Dieu pour garant de sa parole, les hommes se défieraient
les uns des autres, et qu'il y aurait de continuels désordres
dans la politique et dans la société s'il n'y avait
cette garantie. Car, qu'est-ce que le serment, sinon une espèce
de caution que la religion fournit à la raison, et un
gage qu'elle lui donne de sa probité future par ce motif
supérieur.
Or, cela s'est fait chez toutes les nations : il n'y en a point
eu de si barbares, point de si peu civilisées, chez qui
ces sentiments n'aient été en usage et où,
par conséquent, la religion n'ait été tout
le fondement de la probité selon le monde.
Ajoutez à cela une autre preuve du même Saint Jean
Chrysostome. Y en aurait-il aucun, dit-il, qui pourrait jamais
vivre en repos, s'il savait que sa vie fût entre les mains
d'un homme qui n'eût point de religion ?
Du moment qu'il sait qu'il ne reconnaît point de Dieu,
il a tous les sujets raisonnables de se défier de lui
et de s'estimer malheureux de tomber entre ses mains. Au contraire,
il n'a jamais plus de joie que quand il sait que c'est un homme
qui vit selon Dieu ; et quand il s'agit de son bien ou de sa
vie, s'il avait la liberté de se choisir un juge, il prendrait
celui qu'il croirait avoir plus de religion. Marque évidente,
dit Saint Chrysostome, que c'est cette religion qui est le fondement
de toute la probité selon le monde.
Vous me direz : indépendamment de toute religion, il y
a des personnes justes et sincères à qui la nature
et la raison ont donné tout ce qui est capable de faire
un honnête homme. Je sais que c'est un prétexte
dont les libertins se servent pour garder une certaine bienséance.
Mais c'est un prétexte qui est combattu par l'expérience
de tous les siècles.
Je vous demande : s'il n'y avait point de religion, où
trouverait-on un homme qui se piquât d'un grand zèle
de rendre la justice aux autres ? Un avare, un ambitieux, un
vindicatif, un homme passionné pour la gloire ou pour
l'argent ne pousserait-il pas toutes ses passions jusqu'aux derniers
excès, s'il savait qu'il n'y eût point de Dieu ?
Oui, s'il était persuadé qu'il n'y en eût
point, il se regarderait comme sa dernière fin ; il rapporterait
toutes ces choses à lui-même, il serait sa divinité
; il se sacrifierait et l'honneur et les biens et la vie de ses
frères. Pourquoi ? Parce qu'il ne verrait rien au-dessus
de lui qui fût meilleur que lui, qu'il n'espérerait
en l'autre vie aucune récompense de ses vertus, non plus
qu'il n'appréhenderait aucun châtiment de ses crimes.
Or, le moyen qu'étant prévenu de ces détestables
opinions, il vécût en honnête homme !
J'ai dit en, second lieu, que sans le motif de religion, il était
impossible de résister à certaines tentations délicates
auxquelles notre devoir se trouve fort souvent exposé.
J'appelle tentations délicates celles qui, sous une belle
apparence, peuvent couvrir un crime inconnu. J'appelle tentations
délicates quand il faut résister au torrent du
crédit et de la faveur pour rendre bonne justice ; quand
on a entre les mains un avantage considérable, et qu'en
lui donnant une fausse couleur, on peut se le procurer ; quand,
aux dépens d'un misérable, on peut servir un ami
quand on est en état de faire du mal sans en recevoir
; quand on peut se rendre coupable et porter le manteau de l'innocence,
ravir comme un loup le bien d'autrui et paraître doux comme
un agneau ; tomber dans toutes sortes de désordres, sans
être blâmé ni repris des hommes.
Or, je dis qu'il est impossible de résister à ces
sortes de tentations délicates, si on n'y oppose le motif
de la religion. De là vient qu'on ne s'étonne plus
si un juge se laisse gagner par argent, qu'il vend au poids de
l'or ses arrêts, qu'il donne mille faux détours
à une affaire, et que, pour obliger un parent ou un ami,
il opprime la veuve et l'orphelin. De là vient qu'on ne
s'étonne plus que, parmi les femmes mêmes de condition
et d'honneur, il y ait des commerces si honteux, qu'elles se
prostituent aisément quand elles s'imaginent qu'elles
ne seront pas découvertes, et qu'elles se soucient peu
de violer la foi qu'elles doivent à Dieu et à leurs
maris, pour peu qu'elles gardent quelque belle apparence.
Pourquoi cela ? C'est parce qu'à peine y a-t-il de la
religion dans le monde. Et si toutes ces gens n'en ont point,
comment voulez-vous qu'ils aient une vertu à l'épreuve
qui résiste à toutes ces tentations délicates
?
Voyez ce qui se passe dans notre évangile. Le démon
transporte le fils de Dieu ; il lui montre tous les royaumes
de la terre avec ce qu'ils ont en apparence de charmant et de
beau ; et il lui assure qu'il lui donnera tous ces grands empires
qu'il voit, pourvu qu'il fasse une seule chose, qui est de fléchir
les genoux devant lui. Mais que fait le sauveur ? Il s'arme du
motif de la religion, et avec cette seule réponse : Dominum
Deum etc., il renverse ce tentateur et il résiste à
ses attaques.
Tout ceci se passe pour notre instruction, dit Saint Jean Chrysostome.
L'esprit de Jésus-Christ était immuablement appliqué
à Dieu ; il n'était venu sur la terre que pour
honorer son père par un culte public et exemplaire. Ainsi,
il n'avait que faire pour lui-même de se proposer ce motif
qui lui était toujours nécessairement présent.
Il le faisait donc pour notre instruction et pour nous dire qu'avec
le seul motif de la religion, il n'y a point de tentation que
nous ne surmontions, ni d'intérêt auquel nous ne
résistions, au lieu que, quand nous l'avons une fois effacé
de notre esprit, que nous n'avons plus de respect ni de soumission
pour elle, nous renversons aisément toutes les lois qui
peuvent rendre une vie exacte et irréprochable.
C'est ma troisième raison, qui montre la nécessité
de la religion par rapport à la probité selon le
monde ; en sorte que quand on n'en a pas, on se licencie sans
peine à toutes sortes de désordres : on manque
de bonne foi à ses égaux, de modération
envers ses inférieurs, de respect même et de fidélité
envers ses supérieurs. Ce fut le jugement qu'en porta
autrefois le père du grand
Constantin. Ce prince était païen ; mais parmi ses
officiers il en avait quelques-uns de chrétiens. Un jour,
les ayant assemblés, il leur commanda d'adorer ses idoles.
Quelques-uns, de crainte de perdre ses bonnes grâces et
leurs charges, le firent ment, aimant mieux se voir dépouillés
de toutes choses que de la foi. De tous temps, les chrétiens
ont été partagés de la sorte : il y en a
eu de zélés pour Dieu, mais il y a eu aussi des
apostats et des lâches, et Dieu veuille que dans le siècle
où nous vivons le nombre des uns ne l'emporte sur celui
des autres. Mais voici ce que fit Constantin. Il retint à
son service ceux qui, pour n'avoir pas voulu adorer ses idoles,
avaient montré qu'ils étaient constants dans leur
religion. Mais, pour ceux qui, par intérêt ou par
crainte, avaient lâchement trahi leur devoir, il les cassa,
protestant qu'il n'avait rien à attendre d'un homme qui
n'a point de religion, et qu'après avoir renié
son Dieu, il ne peut être fidèle à son prince.
Cela devrait vous instruire, messieurs et mesdames, à
ne garder auprès de vous que des domestiques craignant
Dieu et de chasser tous ces libertins qui n'en connaissent point
et qui vivent sans religion.
Mais, qui que nous soyons, attachons-nous à ce principe,
et puisque la considération de l'honneur est le motif
dont nous sommes le plus sensiblement touchés, servons-nous
de ce motif ; faisons-nous honneur de notre religion et ne rougissons
pas de la professer non seulement par nos paroles, mais par nos
actions et d'en faire une profession publique jusqu'à
nous priver de ce qu'elle défend, à lui sacrifier
tous nos intérêts et retrancher tout ce qui lui
est opposé.
Tant que l'estime de cette religion subsistera dans notre esprit,
nous nous acquitterons inviolablement de notre devoir, au lieu
que si elle en est bannie, nous sommes réprouvés
dès ce monde, parce que, comme il n'y a point de probité
sans religion, il n'y a point de religion sans une véritable
probité. C'est mon second point.