LES BERRUYERS A LA BELLE EPOQUE, ce
sont quelques chiffres relatifs à la ville de Bourges
dans ces années permettent de comprendre les problèmes
de cette époque. La population en 1921 est de 45 942,
un chiffre strictement identique à celui de 1911. Cette
même année, en mai 1921, il y a eu 6 mariages à
Bourges, contre 30 l'année précédente, mais
aussi 6 divorces, ce qui donne un "solde nul". Les
naissances sont de 72, elles sont dites "légitimes"
dans les comptes de l'administration contre 13 dites "illégitimes".....
A cette époque, les enfants naissaient chez eux, le chiffre
est de 66 dans les maisons particulières contre 19 à
la maternité, les décès enfin sont de 85,
il y a donc là encore une balance nulle entre naissances
et décès.
C'est aussi le temps des guinguettes
avec les bals dans les Marais de Bourges. Les vieux Berruyers
se souviennent avec une larme de nostalgie la belle époque
où chacun allait le dimanche après-midi au coeur
de Bourges dans ces marais mystérieux. Les guinguettes
refusaient du monde, la Courcillière, le Caraqui ou le
Moulin-Bastard, c'était le lieu rêvé pour
la jeunesse berruyère de "s'éclater"
comme on le dirait aujourd'hui. Les orchestres simples, comme
"Caks'ton Jazz" ou plus complexes tel "The Hot
Boy's Orchestra and P'tit Louy's Jazz" jouaient rue de Babylone
ou au "Bon Accueil" de Fenestrelay.
En 1906, fut créé par Monsieur Renard un lieu original
: Robinson. Entre l'Auron et le canal, au milieu des arbres
et de la pelouse, furent édifiées des tonnelles,
où chacun pouvait consommer et aussi danser. Mais le propriétaire
était imaginatif. Il fit construire un bassin, et l'emplit
de poissons, ainsi, ceux qui ne voulaient pas danser pouvaient...
pêcher, et même consommer sur place la friture.
La danse est une des grandes activités de cette
époque, il n'y avait pas de télévision,
et les Berruyers "sortaient" de chez eux. Les bals,
à la mauvaise saison se déroulaient au Palmarium,
qui était véritablement la salle "à
tout faire", alors que "Le Salon de la Victoire",
près de la place de la Nation, très récemment
rénové, attirait les danseurs qui s'en allaient
"chez Lesage" comme chacun se le disait.....
Les loisirs, c'est aussi le cinéma,
et parmi les grands films qu'il est possible de voir en Berry
figure "Pêcheur d'Islande", d'après l'oeuvre
de Pierre Loti. Le Grand Palais à Bourges donne aussi
dans les soirées de gala avec en mai 1925, "La Course
Infernale" interprétée par Réginald
Denny, alors que l'entracte est occupée par une attraction
: les "Edouard's" qui sont des acrobates. Les Berruyers
reçoivent aussi les tournées, et le premier comique
du théâtre de Cluny, à Paris se nomme Léo-Rivière,
il est en terre berrichonne dans une pièce intitulée
"Nous avons tous fait ça...". Le public se bouscule
à ces spectacles.
Le sport à Bourges, c'est le rugby et le football, mais les Berruyers
vont souvent, le dimanche, acclamer "au Tivoli" les
coureurs cyclistes. Sur la célèbre piste de ciment,
un des "as" de l'époque, Choury, va être
opposé aux frères Narcy, les gloires locales dans
le domaine du vélo. C'est en effet dans ces années
que les 6 jours de Paris deviennent la grande manifestation sportive
du pays. Choury arrive de ces 6 jours, "et ce sera une grande
bataille.... elle se déroulera dans une américaine
de 80 kilomètres, reste à savoir si les coriaces
frangins se laisseront faire sans murmurer, on peut bien dire
que non". Tels sont les commentaires de la presse locale,
qui est assez peu sportive, si l'on considère la place
consacrée au sport local ou national.
Le XXe siècle sera sans aucun doute
celui de l'automobile. A Bourges, dès le début
des années 1920, la question de la vitesse de ce véhicule
est à l'ordre du jour du Conseil Municipal. Un conseiller
s'exprime par l'invective : "Il faut prendre un arrêté
sur la vitesse excessive". Et de proposer quelques solutions.
Le Maire répond calmement, il est impuissant car, dit-il
: "Il n'est pas possible de mettre partout des agents de
police pour stopper les automobiles, mais on pourrait peut-être
verbaliser ! " Et chacun, de donner son avis sur ce problème
avec maints détails. Ainsi, il apparaît que sur
la partie goudronnée de la rue Barbès, où
ça roule très bien, les voitures font du 80 à
100 à l'heure, il faut limiter la vitesse à 25
ou 40 à l'heure, car "aujourd'hui, ce sont les chiens
et les chats que l'on écrase", signale un conseiller,
"après ce sera le tour des enfants, car les rues
des faubourgs sont très populeuses", et il n'est
pas question de doubler le nombre d'agents.
En fait, la vitesse réglementaire, vers 1920 est de 14
kilomètres à l'heure, et nul n'applique une telle
vitesse. Pourtant la voiture est de plus en plus présente
dans les conversations des Berruyers.
A Bourges, il était donc possible de se distraire, sans
que cela ne coûta trop cher, alors que la municipalité
commençait à organiser des loisirs à grande
échelle. Ce sera l'étude des dossiers sur la Foire
Exposition. Pour la première fois, une foire aux automobiles
est organisée à la Halle, entre le 3 et le 6 juillet
1920.