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Les
animaux insolites de la ville
de Bourges, c'est à
la base, un article paru dans le magazine La Bouinotte, il a
été écrit avec l'aide très précieuse
de Laurent Arthur et Michèle Lemaire du Muséum
de Bourges.
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- Les animaux qui font
la " une " de l'actualité a Bourges, aujourd'hui
et de manière massive sont généralement
des chiens et des chats. Ce sont les premiers qui font le plus
parler
ou jaser. Il ne s'écoule pas une réunion
publique de quartier sans que la population se lamente sur les
déjections canines qui " inondent nos trottoirs,
mon pauvre monsieur " et de poursuivre avec le célèbre
: " et que fait le maire ? ", alors qu'une vielle dame
au fond de la salle ajoute d'un forte voix : " mais que
fait la police municipale ? ".
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- Pourtant ce ne sont pas de ces charmants
animaux, chiens et chats, que la Bouinotte a décidé
aujourd'hui de vous entretenir. Ce sont des animaux plus insolites
que chacun peut observer dans la ville de Bourges.
Autrefois, et ce n'était pas aux temps lointains de Jacques
Cur, les loups entraient dans la ville, la chronique locale
affirme qu'il y en a eu encore beaucoup en Berry au milieu du
XIX e siècle. Aujourd'hui, les loups ont disparu de Bourges
et périodiquement, ce sont des biches et des cerfs qui
font la " une " des journaux locaux.
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- Il existe en effet, jouxtant la ville,
à l'Est, un immense terrain qui s'appelle le polygone
de tir, d'une longueur de près de 35 kilomètres
et large de 4 à 6 kilomètres et sur cette terre,
outre les essais de canons et de missiles, les cervidés
de toute taille et de toute espèce pullulent et se reproduisent
à grande cadence, sourds aux bruits des tirs
. Et
le comble, c'est que le seul prédateur du cerf, à
l'exception de l'homme, c'est le loup. Et le loup a quitté
Bourges depuis des lustres.
Alors de temps à autre, un grand cerf, tout bois dehors
vient faire un tour en ville, par le quartier de Pignoux et s'enfonce
dans les jardins privés, ameutant les chiens et courant
à travers les rues, jusqu'à ce que la maréchaussée
viennent le tirer de là, où le tire tout court.
- Plus tard, à partir des années
1930, les zoos et autres présentations d'animaux connaissent
un intérêt certain et à Bourges, le nouveau
Muséum donna une place importante à des singes,
palmipèdes, mais aussi à des lions et des tigres.
Les éléphants et autres bisons, étant pour
leur part " empaillés ".
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- Depuis 1987, les animaux exotiques du
Muséum de Bourges sont partis vers d'autres cieux, il
restait quelques émeus et une couvée de canards.
Le Muséum, avec sa conservatrice Michèle Lemaire
s'est recentré sur une scénographie plus moderne,
avec très peu d'espèces vivantes. Il reste encore
une mygale, un python, des fourmis et bien entendu des phasmes,
une tradition remontant à monseigneur Foucher qui aimait
étudier le sexe de ces petites bêtes.
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- Pour les berrichons, le muséum
reste le lieu où tout ce qui touche l'animal peut être
traité. Et dans ce cadre, Michèle Lemaire et Laurent
Arthur, conservateurs au Muséum de Bourges se sont attelés
à cette tâche. Ils se sont spécialisés
dans l'étude et la protection des chauves souris et
.
A tous les animaux de notre Berry.
- Les animaux que " traite " Laurent
Arthur sont de tout poil, ils ont deux ou 4 pattes, des ailes
ou une fourrure
. Bref, il se dit lui-même "
le dépanneur de faune ", recevant toute espèce
vivante, il les soigne ou donne des conseils.
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- Les chauves souris, maîtresses
de la Ville
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- Une récente étude a montré
qu'à Paris, il ne restait qu'une seule espèce de
chauves souris, ce qui attriste nombre de passionnés de
ces chiroptères. Et à Bourges, ce sont pas moins
de 19 espèces qui vivent paisiblement sur la commune.
Laurent Arthur donne des précisions sur les espèces
qu'il a pu observer. Ainsi, " une Barbastelle a t-elle été
vue sur la mairie de Bourges " ce qui est très rare.
Elle ne venait pas chercher une carte d'identité, mais
elle s'était égarée dans le bâtiment
dédié aux places et enquêtes. Une autre fois,
un petit Rhinolophe s'est invité au service des sports,
alors que des Oreillards visitaient les services techniques situés
dans l'ancien palais des Archevêques.
Et puis nous disent les deux spécialistes du Muséum,
les pipistrelles sont là par centaines
. Ou presque.
" On en a compté plus de 400 dans la seule cathédrale
", ajoute Michèle Lemaire.
- A l'automne dernier, en fermant un peu
brusquement la porte de la cathédrale du côté
du parvis, des touristes ont vu des pipistrelles par dizaine
tombées sur le sol, se demandant ce qui leur arrivait.
- L'explication de Laurent Arthur sur ces
présences massives et inhabituelles est simple, pour les
oiseaux ou chauves souris, la cathédrale par exemple,
c'est une magnifique falaise, et les jardin qui sont autour,
comme ils ne sont pas ou très peu " traités
", offrent une aire de vie exceptionnelle aux insectes et
par conséquence à leurs prédateurs.
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- Les oiseaux de la cathédrale
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- La cathédrale Saint Etienne, cette
" grande falaise pour oiseaux ", est un petit paradis
pour la gente à plumes. On trouve le faucon crécerelle
qui est en difficulté, trouvant de moins en moins de gîtes
sur l'édifice. Mais aussi le choucas, cet oiseau qui ressemble
à un petit corbeau et qui habite toutes les vielles tours
de la ville et des églises.
Mais " la star de la cathédrale ", pour Laurent
Arthur, c'est incontestablement le Tichodrome Echelette, un petit
oiseau qui vient hiverner à Bourges, et c'est l'hôte
régulier des cathédrales. " Il est grand comme
la main et vole comme un colibri, sa couleur rose violacée
en font un être très sympathique.
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- A proximité de la cathédrale,
la chouette hulotte habitait le secteur et on l'entendait beaucoup
dans le jardin de l'archevêché. " Elle diminue
en population, on l'entend beaucoup moins qu'autrefois, on doit
se faire du soucis pour cette espèce à Bourges
". On trouve aussi la chouette effraie et le moyen duc,
ce qui est logique dans le pays de Jean de Berry !
- Un des oiseaux parmi les plus beaux que
l'on puisse observer à Bourges est sans contexte le jaseur
boréal. Il vient du grand Nord ou de l'est, et "
il squatte tous les pommiers situés sur le boulevard Chanzy
à la limite des marais ". Il opère une véritable
razzia des petits fruits de cette espèce d'arbre et il
repart lorsqu'il ne reste plus rien à déguster.
On peut les voir en janvier ou février au grand dam des
riverains qui trouvent que les fruits qui tombent abîment
leur voiture et que la fiente des oiseaux dans ces périodes
est une calamité
..
- L'épervier n'est pas absent de
la ville, trouvant dans le pigeon un met appréciable et
le dégustant dans un jardin, à l'abri des regards
ou presque.
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- Fouines et blaireaux dans
les rues pavées
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- Mais les rues pavées de la cité
médiévale qu'est Bourges permet à celui
qui sait observer les animaux, ceux que l'on s'attend à
voir en Forêt d'Allogny ou en Brenne et non en centre-ville.
C'est le cas de ce blaireau " tapé par une voiture,
tout à côté du cimetière de Pignoux,
semble-t-il selon le rapport de la police municipale. Il y a
quelques années, des blaireaux vivaient en toute sécurité
dans le quartier de La Rotée, avec de nombreux terriers
" actifs ".
- Autre petit animal, la fouine, qui vit
habituellement dans les vieilles fermes à la recherche
de rongeurs s'est installée avec toute sa petite famille,
dans plusieurs maisons du centre-ville, " où leur
bruit, un tape-tape-tape fort bruyant dans les greniers des maisons
anciennes mais habitées surprend parfois le nouvel occupant
". La fouine est un bon prédateur du pigeon elle
en mange plusieurs dizaines par an et cela régule un tout
petit peu la population des ces oiseaux en centre-ville.
- Pourtant, il est assez rare que des personnes
se rendent compte de la richesse de cette faune. C'est d'abord
parce que la vie un peu folle d'aujourd'hui ne prédispose
plus à l'observation, et puis, beaucoup " voient
passer des bêtes qu'ils ne connaissent pas, confondant
un écureuil et une belette ".
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- Vous avez dit insolites
?
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- Le centre ville de Bourges comprend aussi
des animaux pour le moins insolites, c'est le cas du scorpion,
une petite bête inoffensive, sans doute ramenée
du Midi dans le sac d'une vieille dame et qui, si c'était
une femelle avec des oeufs, s'est installée et a proliféré.
C'est un peu comme la cigogne qui vient se poser sur le château
d'eau ou le martin pêcheur qui s'aventure en ville, délaissant
pour quelques temps ses marais.
Quant à l'écureuil, on le retrouve dans mille et
un jardins de la ville, mangeant des noix et même des fraises
à la belle saison. Et puis, il y a le mystère du
Loir, ce petit rongeur, que beaucoup pensent avoir dans leur
grenier. Laurent Arthur est intraitable, " le loir à
Bourges, c'est en fait, un léreau, petit animal bruyant
dont la tête est bien spéciale et qui s'installe
dans les greniers à proximité d'un verger, avec
toute sa famille ".
- Enfin, même si cela fait souvent
peur, la présence de reptiles n'est pas rare, c'est le
cas de la couleuvre d'esculape, observée dans les carrières
du Château ou encore une couleuvre à collier, la
Coronelis, un serpent rare que l'on a encore récemment
retrouvé le long de la voie ferrée, juste en face
des marais.
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- En conclusion, pour Laurent Arthur et Michèle Lemaire,
la présence de cette faune à Bourges est un véritable
bonheur qu'il faut préserver et pour cela, il est nécessaire
que chacun utilise peu ou pas de pesticides, que l'on ne mette
pas d'engrais dans les cultures des marais et qu'on ,laisse les
gîtes ouverts, ainsi dans une récente restauration
de la cathédrale, les " trous " de boulindrins
ont été rebouchés empêchant plusieurs
espèces d'oiseaux de venir nicher. Et puis, il "
faut apprendre à observer "
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