Parmi les
grands sculpteurs qui ont travaillé à Bourges,
comme Popineau ou Thébault, se trouve un personnel attachant,
venu de Belgique et à qui la ville de Bourges doit beaucoup,
il s'agit de Claude Alard.
Claude Alard est né à Fleurus
en Belgique, le 8 juin 1939. Son père, courtier en assurance,
fut un grand résistant, et comme souvent, il haïssait
la guerre. Il envoie son fils en France chez ses grands-parents,
fermiers à Vouzeron, à la limite de la Sologne
et du Berry.
Très jeune, le petit Claude voulait
devenir aviateur, son père n'étant pas d'accord
le retire de l'école, et le futur artiste se retrouve
à Vouzeron avec un métier : celui de serrurier.
Alard est un autodidacte, dans son enfance,
il passait ses loisirs à travailler le plâtre. Il
vend aussi des petits objets en plâtre ou en bois.
A ses débuts comme serrurier, il fait la connaissance
du travail du métal et comme artiste, ce sera son matériau
de prédilection. Il ne connait rien à l'art, il
n'a pas de technique, mais il apprend sur le tas. C'est un artisan
qui devient peu à peu, avec fougue et persévérance,
un artiste.
La forge et la soudure deviennent son quotidien, il sculpte le
métal, et c'est avec des barres creuses qu'il trouve enfin
un moyen de réaliser ce qu'il a dans la tête. Les
barres sont soudées à la baguette, puis l'oeuvre
est réchauffée et retravaillée à
la forge : la technique d'Alard est au point.
Les
premières oeuvres, alors que l'artiste habite à
Brouillamnon dans le Cher, concernent les décors "métalliques"
d'une pièce de Shakespeare jouée à la Maison
de la Culture de Bourges.
A partir de 1972, il commence à vivre de son art, il réalise
des sculptures en acier le plus souvent dans le cadre du 1% des
constructions scolaires. Ce sera "la mère et l'enfant"
pour le groupe scolaire des Barbottes, puis "le Patriarche"
à Gionne. Il touche aussi à la peinture, avec une
fresque intitulée "les oiseaux exotiques", elle
est à Vierzon.
Alard est remarqué avec, en 1976,
une sculpture en acier de 3 mètres d'envergure pour le
lycée Marguerite de Navarre: "Oiseaux". Alard
est alors de plus en plus fasciné par la ciel et le feu.
La représentation de cet Aigle pris dans la tourmente,
c'est à la fois la puissance et la légèreté.
C'est à cette époque qu'il réalise la grille
du Parc Saint Paul à Bourges, juste à l'entrée
de la foire. Elle cercle "la baigneuse" en pierre de
Cacheux. Cette grille est longue de 35 mètres pour une
hauteur de 3,5 mètres. Plus curieuse est la maquette de
la Ville de Bourges que l'on peut admirer à l'entrée
de l'Hôtel de Ville de Bourges, à quelques mètres
d'une fresque d'Emile Popineau.
Avec l'année 1977, c'est la consécration
avec la flamme, et puis au début des années 1980,
Alard devient émotion, sa sculpture se personnalise, elle
apparaît plus intimiste. Le travail de l'acier permet de
traduire les situations les plus dramatiques. Il réalise
des oeuvres très fortes comme "dernier espoir"
ou encore en 1982, "Tragique Destinée" qui est
un chef d'oeuvre récompensé par le Prix Rubens.
Alard poursuit sa carrière d'artiste,
avec " l'huître" de la Trésorerie
Générale, et en 1983, il créer le Centre
Régional des Métiers d'Arts dont il devient le
Directeur, ce lieu est à Mehun sur Yèvre, au pied
du château de Charles VII.
LA FLAMME
SUR LA BUTTE D'ARCHELET
C'est en 1977 que fut érigée
sur la Butte d'Archelet, une sculpture monumentale en acier noir
appelée La Flamme. Elle est l'oeuvre d'un des grands sculpteurs
locaux des années 1960 et 70 : Claude Alard.
Cette flamme est placée juste avant
le passage Saint Privé. Elle symbolise l'entrée
dans la Ville de Bourges, en venant de Paris. L'automobiliste
la voit avec, en arrière plan la Cathédrale Saint
Etienne. Que peut-elle signifier cette flamme ? Le feu intérieur
des berruyers ou le rappel du grand incendie de la Madeleine
de 1487 ? Nul ne peut le dire.
C'est en tout cas une oeuvre qui manie
à la fois l'ancien: le feu n'est-il pas le 4° élément
des alchimistes de l'Hôtel Lallemant, et le moderne par
le choix des matériaux utilisés par Alard.
La
flamme d'Alard sur la butte d'Archelet
La réalité quant à
la décision de placer là une sculpture monumentale,
est plus simple. Il s'agissait pour la Municipalité de
Raymond Boisdé, de concrétiser la fin des travaux
de Bourges Nord, une ville nouvelle de plus de 20 000 habitants,
et de la réunir avec la Ville ancienne, celle du Bourges
intra muros. Aujourd'hui encore sur cette butte qui est un tumulus
gaulois, la statue d'Alard est fort contestée, elle cacherait
dit-on la Cathédrale au regard.
Claude Alard va utiliser 6 tonnes de métal
pour la réaliser dans son atelier de Brouillamnon, elle
est en acier soudable, haute de 8 mètres, il a fallu plus
de 40000 mètres de soudure pour donner les formes harmonieuses
représentées.
Cette sculpture fera encore parler d'elle
en 1989, car la protection et la peinture noire se dégradaient.
Il a été nécessaire, pendant plusieurs mois
de ravaler la flamme. Ces travaux lui ont donné le bel
aspect du neuf, et les berruyers se sont remis à la regarder.