Avec les Diseurs du Berry et l'aide de
Bruno Lageline, j'ai écrit de manière synthétique
l'Histoire de cet Hôtel de Panette.
" Si Panette m'était
conté "
Le trésorier
de la Sainte Chapelle
Tout commence avec la construction de la
Sainte Chapelle par le duc Jean de Berry, cela permet aux visiteurs
de converser avec Arnoul Belin, le Trésorier du chapitre
de la Sainte Chapelle, lequel rencontre une jeune fille, Macée
de Léodepart, dont le père est un homme qui compte
dans le Bourges de la finance en ces années 1400. Elle
est accompagné d'un jeune garçon, dénommé
Jacques, dont le père Pierre Cur est un commerçant
qui est en affaire avec la cour du duc Jean.
Et c'est cet homme, Arnoul Belin qui fait édifier une
belle demeure dont il ne reste aujourd'hui que le portail, c'est
l'entrée du domaine de Panette.
La famille du marquis de
Tristan
La visite se poursuit, le portail classé
franchi, avec la rencontre par les visiteurs, de la famille du
marquis de Tristan, nous sommes au XVII ième siècle.
La vie de Pierre Jean l'Evangéliste Marie de Tristan est
conté à travers son existence fertile en évènements,
mousquetaire de la garde royale à l'âge de 16 ans,
il devient un des fondateurs de la première loge maçonnique
de Bourges, appelée Sainte Solange avant de s'affilier
à la nouvelle loge Minerve formée de l'aristocratie
locale, avec des noms connus, de Bigny, de Bengy, de Préville,
de Puyvallée, de Villeneuve et du maire de Bourges de
l'époque, Clément de Beauvoir.
Cette scène permet de saisir ce qu'étaient les
habits du franc-maçon des années 1780, avec les
gants blancs, le sautoir, le tablier, le tricorne et l'épée
symbole de l'égalité.
En outre, c'est le marquis de Tristan qui faite construire l'Hôtel
classique actuel à la place de l'ancienne maison du Trésorier
de la Sainte Chapelle dont nous ne savons rien.
Monsieur de Panette l'ingénieur
C'est ensuite l'entrée dans le XIX ième siècle
avec le personnage qui a donné son nom à ce lieu
monsieur Gabriel de Panette, marquis lui aussi, et qui acheta
la demeure telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Cet homme fut d'une importance considérable pour notre
ville de Bourges puisque c'est lui qui réalisa le célèbre
plan de Panette. Ingénieur, il va, assisté de quelques
géomètres, tracer avec une grande précision
dans les années 1810 le plan cadastral donnant la la limite
de chaque parcelle
afin de constituer la base de la perception
des impôts.
Il aura un fils, Alphonse, amateur éclairé de musique
dont il jouait fort bien, et qui va acquérir un violon,
non pas un Stradivarius, mais un Guarnerius qui fut l'instrument
d'Issac Stern et qui est actuellement entre les mains de Renaud
Capuçon.
C'est Gabriel de Panette qui va louer à la demande du
roi des français Louis-Philippe son domaine afin d'accueillir
en en exil le " roi " d'Espagne Don Carlos.
L'Exil de Don Carlos, roi
d'Espagne
Et pendant plus de 5 ans, Panette sera au centre de l'Europe,
avec des rencontres, des intrigues, des complots entre les carlistes
de Don Carlos et les partisans de la reine d'Espagne.
Il est pour beaucoup " sa majesté Charles V d'Espagne
" il se nomme Charles de Bourbon, et en cette année
1840, il a 52 ans, et il rejette et dénonce la modification
de l'ordre de succession au trône d'Espagne.
Il est roi des " Espagnes " sous le nom de Charles
V depuis 1833 à la mort de Ferdinand VII son frère
qui n'a pas eu d'enfant après 3 mariages. Mais le roi
Ferdinand VII épouse en quatrième noces sa nièce
Marie Christine des Deux Siciles, qui lui donne deux filles et
s'appuyant sur un édit datant de 1789, Ferdinand VII,
par un décret, abolit la loi salique, laquelle avait exclu
les femmes du trône. Et ledit trône s'en va à
la fille de Ferdinand.
Il est aidé à Bourges, par son épouse Marie
Thérèse de Bragance, qui fut infante du Portugal,
elle est la princesse de Beira, comtesse de Molina, reine consort
d'Espagne.
C'est l'occasion de retrouver des personnages locaux comme monsieur
le marquis Pons-Louis-François de Villeneuve qui fut préfet
du Cher, en 1816. Il est de retour à Bourges. C'est un
légitimiste, il est souvent accompagné de Monseigneur
de Villèle, l'Archevêque du diocèse de Bourges.
Au bout de 5 ans passés à Bourges, un quinquennat
en quelque sorte, Don Carlos va finalement abdiqué en
faveur de mon fils aîné, le 18 mai 1845 et il prit
le titre de " comte de Molina " et à partir
de là il fut appelé " roi père "
par ses partisans, les carlistes.
Don Carlos mourut à Trieste dix ans plus tard, le 10 mars
1855.
Quant à son fils, Carlos Luis, prince des Asturies, né
à Madrid en 1818, et qui devait être roi, en succédant
à son père Don Carlos. Il se retrouve à
Bourges et rester à Panette, en exil après le départ
de son père, c'était en quelque sorte un otage
et il prit le titre de Charles VI ou Carlos VI. C'est le nouveau
prétendant carliste au trône d'Espagne et curieusement,
il prend le titre de courtoisie de comte de Montemolín
après une fuite rocambolesque de Bourges vers l'Angleterre.
L'Hôtel de Panette
passe de main en main
Après cet épisode historique peu connu des Berruyers,
en 1863, Gabriel Vincent de Panette meurt et le domaine est partagé
entre son épouse Mélanie de Marcillac, et son fils
Alphonse Vincent de Panette.
A partir de la fin du XIX ième siècle, plusieurs
changements de propriétaires, comme en 1879 avec la vente
de l'hôtel de Panette aux époux Pilté-Jouslin.
La vente porte sur " un hôtel sis à Bourges,
1 rue du Vieux-Poirier, comprenant 2 corps de bâtiments
d'habitation, communs, cour d'honneur ouvrant sur la rue du Vieux-Poirier
par une grande porte et une petite porte.
C'est mon mari, il est né l'année de la bataille
de Leipzig, c'était en 1813. Nous nous sommes mariés
en 1846 et nous avons habités loin du Berry, dans un château
à Gargenville où naitront deux filles, Jeanne en
1851 et Marie-Charlotte l'année suivante, cette dernière
sera la future marquise de Bélâbre. Je vous la présente.
La marquise de Bélâbre est la fille d'Alphonse de
Panette, ce musicien qui aurait du faire une grande carrière,
c'était un amateur éclairé de musique, et
fou du violon qu'il jouait fort bien. Un instrument uvre
du grand luthier crémonais Guarnerius del Gesù
En novembre 1946 la descendante de la famille de Panette, Madame
de La Chaussée par un acte étudié, et devant
l'étude de Maître Devaux et Brochard léga
cet hôtel de Panette à l'Association Diocésaine
de Bourges qui était alors représentée par
Mgr Joseph Lefèvre, archevêque du diocèse
de Bourges et futur cardinal de notre diocèse.
Mais ce legs était conditionné, comme souvent à
Bourges, avec cette clause :
" consent cette attribution sous cette condition expresse
et spéciale que l'immeuble ci-dessus désigné
ne pourra être occupé que par des ministres de l'église
catholique, apostolique et romaine, en communion avec notre Saint
Père le Pape, et que cet immeuble soit affecté
à l'usage du Culte, et spécialement comme annexe
de l'Archevêché ". Il est précisé
que " si cette condition n'était pas respectée,
l'immeuble lui fasse retour, à elle ou ses ayants droit,
sans aucune indemnité pour les améliorations qui
auraient été apportées ".
L'hôtel de Panette est alors transformé en bureaux,
appartements, et il devient le siège d'un journal catholique,
ainsi que de la direction de l'école catholique
Pendant des années, personne ne pouvait voir ce qui se
passait dans cet ancien hôtel de Panette. En marchant sur
le trottoir de la rue Henri Ducrot, chacun se demandait ce que
cachaient ces immenses murs, et ce portail toujours fermé.
Par manque d'entretien, le bâtiment est alors dans un triste
état, mais il ne demande qu'à ressusciter, il est
mis en vente après la recherche des héritiers de
madame de la Chaussée.
Et vinrent Bruno Lageline
et Laurence Javal
C'était hier, Bruno et Laurence pénètrent
dans la cour de l'hôtel particulier le vendredi 3 septembre
2010. C'est un véritable choc émotionnel. Ils ne
savent rien de l'endroit, ni son nom, ni son histoire.
J'étais, je suis toujours, ajoute Bruno Lageline agent
immobilier, et je tombe amoureux de ce lieu, vite suivi par mon
épouse journaliste, nous sommes bien décidés
à avancer dans un projet fou : acquérir ce lieu
et le réhabiliter.
Je fédère une partie de la famille, des associés
agents immobiliers, et j'obtiens le soutien et l'accompagnement
du directeur de l'Office du Tourisme et de quelques amis. Après
de multiples péripéties et des dossiers de prêt
refusés, l'acte d'achat enfin passe le 28 décembre
2011.
La partie sur jardin est à usage d'habitation avec des
chambres d'hôtes, une partie sur rue à usage de
bureaux, et d'hébergements touristiques. Les dépendances,
à usage d'hébergement touristique.
Malgré des moyens limités, les associés
confient la décoration à Jean Luc Charpagne.
Les portes de l'hôtel de Panette ont été
ouvertes à tous le 16 septembre 2012, lors des journées
du patrimoine.
L'objectif aujourd'hui, c'est la réfection du portail
d'entrée, celui d'Arnoul Belin,
Ainsi se termine cette évocation de l'Hôtel de Panette,
sachant qu'il reste encore beaucoup d'autres faits historiques,
car c'est ici par exemple que fut caché après l'insurrection
dite de la Vendée sancerroise, Phélippeaux dit
Passaplan.
A suivre