Le premier événement connu de l'histoire
de Bourges est sans aucun doute la bataille d'Avaricum, (Bourges)
et le siège mené par Jules César. Dans sa
" Guerre des Gaules " le grand Jules évoque
longuement la ville et la bataille qui fut terrible.
Depuis ces temps lointains, les historiens ont cherché
à rassembler davantage d'éléments sur cette
terrible bataille, sans trop de succès, et pour tout Berrichon,
la parole de César vaut de l'or. Et si tout ceci était
de la pure invention ? Telle est la question posée aujourd'hui
par des archéologues sérieux. Les grandes opérations
de fouilles réalisées ces 15 dernières années
sur l'Oppidum donnent une image du site gaulois qui ne correspond
pas aux écrits de César. Si l'on ajoute les difficultés
pour situer le camp de Vercingétorix au large de Bourges,
chacun peut voir l'ampleur des remises en cause de " notre
" histoire.
Après une première partie,
assez générale, les théories sur le positionnement
d'Avaricum sont proposées dans le second article A
LA RECHERCHE D'AVARICUM.
LE CONTEXTE DE L'EPOQUE
Nous sommes en 58 av JC, et Caïus
Julius César a la quarantaine. C'est déjà
un grand homme pour qui l'action est une seconde nature. C'est
un chef d'armée et de parti, bon vivant, un peu démagogue.
Il fait ses premières armes en Espagne et passe pour un
homme particulièrement cruel dans la répression.
Il devient proconsul et s'engage à faire des conquêtes
à l'ouest. A partir des bases gallo-romaines, Jules César
tente l'aventure et c'est le récit de cette guerre "
Bellum Gallicum " qui représente la plus
ancienne trace écrite sur ce que nous étions en
France à cette époque. Pendant 8 ans, César
et ses troupes vont parcourir la Gaule et noter pas à
pas dans un livre tout ce qui concerne les batailles, mais aussi
la géographie, la sociologie et la technique.
Bourges a pour nom Avaricum capital des Bituriges.
QUE DIT CESAR ?
Lorsque César est devant la ville
d'Avaricum, il en parle d'une façon admirative : "
Une ville qui est, ou peu s'en faut la plus belle de toute la
Gaule, qui est la force et l'ornement de leur pays ". Elle
était en outre dans une région très prospère.
S'il s'emparait de la place, il soumettrait l'ensemble du pays
biturige et sans doute la Gaule toute entière.
Pourtant, les archéologues n'ont jamais trouvé
de trace du forum ni des places. La ville selon César
aurait eu 40 000 combattants auxquels il faut ajouter les femmes
et les enfants qui seraient tous à l'intérieur
des remparts gaulois. Les traces retrouvées sont modestes,
et rien ne reflète un habitat princier. De plus, la densité
des vestiges est faible, et le mot " Urbs "
utilisé par César signifie une ville comme Rome.
Visiblement nous en serions loin.
L'autre question qui se pose concerne Vercingétorix, le
fameux chef gaulois qui va épargner Avaricum et ne pas
détruire la ville avant l'arrivée de César,
mais il ne va pas la défendre non plus.
VERCINGETORIX
" Vercingétorix est le
fils de Celtillos, un Arverne parmi les plus puissants du pays
dont le père avait eu l'empire de la Gaule et avait été
tué par ses compatriotes parce qu'il aspirait à
la royauté " nous
dit César.
Le chef gaulois est chassé de Gergovie par son oncle,
mais il ne renonce pas et rassemble autour de lui de grandes
forces pour la liberté, bientôt ses partisans le
proclament roi.
Devant Avaricum, Vercingétorix convoque
un conseil de guerre, il faut couper les vivres de romains, et
le chef gaulois va plus loin, il faut aussi incendier les villages
et fermes partout où les romains peuvent trouver du fourrage.
Et puis il fait aussi incendier les villes que leurs murailles
et leur position ne mettent pas à l'abri de tout danger.
C'est la politique de la terre brûlée et en une
journée, plus de 20 villes bituriges sont incendiées.
" C'était une grande douleur "
nous dit César.....
LA BATAILLE D'AVARICUM
Que faire pour Avaricum dans cette situation
dramatique ? Un conseil de guerre se réunit, on délibère
sur le thème : faut-il brûler ou défendre
la ville ? " Les Bituriges se jettent aux pieds des chefs
des divers nations " pour que la ville soit épargnée,
d'autant plus qu'elle est facile à défendre. Vercingétorix
se laisse fléchir, ému dit-on par les suppliques
des habitants.
Avaricum sera défendu. Le siège va durer 27 jours.
A la fin, il y aura un véritable massacre, les légions
romaines compteront les rescapés, seuls 800 combattants
restent en vie sur les 40 000.
DES DOUTES
Pour les archéologues actuels, "
la réalité décrite par le général
romain recouvre en fait " des réalités "
d'une nature différente, que " l'auteur utilise pour
construire un récit dont le but est moins de rendre compte
des événements que de faire valoir à Rome,
l'action qu'il mène ".
Les
doutes apparaissent lorsque l'on fait le point et la synthèse
des dernières fouilles réalisées à
Bourges. En premier lieu, les fortifications gauloises ont sans
doute existé, mais aucun vestige de ce type n'a été
mis en évidence. La construction du parking Cujas en plein
centre de la ville, avec un passage souterrain à travers
le mur gaulois aurait permis de lever le doute. De même,
l'arrêt des fouilles autour de la cathédrale, le
long du mur gallo-romain n'a pas permis de voir l'existence de
cette fortification gauloise.
Sur le massacre, là encore, les
vestiges retrouvés ne montrent pas de dévastation
massive, en tout cas dans ce qui a été découvert
à ce jour. Au contraire semble-t-il. En effet, dans une
nécropole qui a pour origine l'époque gauloise
à la fin du second siècle avant JC, située
à Lazenay sur 15000 mètres carrés, on trouve
une parfaite " continuité de l'espace funéraire
de la période gauloise à la période romaine
", affirment les archéologues.
Dernier élément de doute,
les fouilles faites de 1985 à 1988 à l'emplacement
actuel de l'Hôtel de Ville ont montré qu'il y avait
bien un fossé de défense gaulois de 25 mètres
et profond de 10 mètres, orienté est-ouest, c'était
la première ligne défensive. Il était situé
devant le rempart, dont on n'a trouvé aucune trace. Or,
si l'armée romaine s'est déployée comme
le dit César, ce fossé aurait été
comblé à ce moment là pour permettre le
passage des légions lors de l'assaut. Or, ce fossé
était encore ouvert bien après le passage de César.
On a retrouvé des objets dans son comblement définitif
vers 20 ans après JC, puisque des objets de cette époque
y ont été trouvés.
Pour terminer et d'une manière plus politique, une fois
la guerre terminée, Avaricum obtient un statut très
particulier, c'est celui d'une ville libre, " exemptée
de tribut ". Or, si la ville avait été entièrement
détruite, et si les Bituriges avaient résisté
à l'envahisseur, compte tenu des moeurs de l'époque,
rien ne justifiait cette attention particulièrement bienveillante
pour un tel peuple.
OU ETAIT VERCINGETORIX
?
Comme pour la bataille légendaire
et la réalité du rempart gaulois, les érudits
se concertent pour situer avec précision le lieu du camp
de Vercingétorix. On sait qu'il s'agit d'un espace situé
vers Moulins sur Yèvre, sans doute sur le domaine de Chou,
c'est la version la plus communément admise.
Le " camp de Chou " est composé d'une allée
de 300 mètres doublée d'un fossé. Pendant
longtemps, on pensa que ce lieu avait été construit
par Vercingétorix et son armée gauloise, alors
que César faisait le siège d'Avaricum. Depuis,
il semble que ces travaux défensifs soient beaucoup plus
anciens, sans doute de 4000 ans avant JC, ce qui donne un ouvrage
néolithique très rare et encore mal étudié.
Depuis deux siècles, les spécialistes
se passionnent pour savoir où se trouve réellement
le camp de Vercingétorix, qui ne fut en fait, qu'un campement
provisoire. Cet enjeu, au demeurant modeste, passionne toujours
les Berrichons ! Déjà Louis de Raynal, en 1845
contestait dans son Histoire du Berry, les " traditions
locales " qui faisaient de Chou le camp du chef gaulois,
et situait le lieu près de Baugy, sur une colline entourée
de marais, ce qui est assez commun dans la région......
Buhot de Kersers est séduit par l'hypothèse de
Chou. En 1933, Dubois de La Sablonnière dans son "
mémoire pour le camp de Chou " déplace le
camp de Vercingétorix de Choux à la commune des
Aix d'Angillon.
Ce lieu pourrait devenir un centre de recherche important car
les études des années passées, depuis 1968
et récemment en 1991 n'ont pas permis de percer le mystère
du " camp de Chou ".
CONCLUSIONS ......
PROVISOIRE
Depuis toujours, on savait que Jules César
disposait d'un bon service de communication, mais avec la bataille
d'Avaricum, peut-être que ce Jules romain est allé
un peu loin dans l'exagération.
Ainsi son récit de la bataille d'Avaricum serait largement
romancée et la ville, comme en 1940 face aux Allemands,
a été déclarée ville ouverte.....
en faisant jurer aux habitants de n'en rien dire à la
presse locale de l'an 52 av JC !
Ceci jusqu'au jour où de nouvelles recherches archéologiques
montreront peut-être que les Gaulois s'étaient réfugiés
dans des souterrains comme ils savaient les faire et que cette
bataille fut effectivement atroce, un charnier de milliers de
soldats étant alors découvert au fond des marais
de l'Yèvre. L'avenir nous le dira dans dix ou cent ans.
NOTA :
Cet article a été possible à la suite d'une
maquette du siège d'Avaricum réalisé en
1998 par l'association " de l'escargot rouge " dans
le cadre d'une importante animation à Bourges appelée
" Bourges Simulation ". Une exposition intitulée
" le siège d'Avaricum a-t-il eu lieu ? " a été
conçue par le service archéologique de la ville
dirigé par Jacques Troadec. Cette maquette et l'exposition
sont visibles en permanence à l'Hôtel de Ville de
Bourges.
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