Avaricum et Bourges - Roland Narboux - Bourges Encyclopédie

L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES

A LA RECHERCHE D'AVARICUM A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Avaricum, devenue Bourges, est-elle une cité située à l'emplacement actuel de la capitale du Berry, ou ailleurs ? Nul ne sait .

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Version 2009

En 1998, je m'étais interrogé dans une publication locale, La Bouinotte, sur la réalité de la bataille d'Avaricum. Cela faisait la suite à une exposition réalisée par Jacques Troadec, distingué archéologue de Bourges et unanimement reconnu pour le sérieux de ses recherches. J'avais mis en cause ce fait, c'est à dire cette bataille décrite par César dans la Guerre des Gaules, me permettant même de mettre en doute les paroles du "grand Jules".
Le courrier que je reçu m'impressionna, car plusieurs personnes trouvèrent qu'il n'était pas possible de "jouer ainsi avec les mots de César", et qu'il s'agissait d'un texte d'une totale véracité. Si rien n'avait été trouvé de cette bataille sur l'oppidum d'Avaricum, c'est tout simplement parce que la ville n'était pas là à cette époque…. Et donc elle était ailleurs.

Alésia, Avaricum, même combat

Dans un premier temps, je reçus des courriers divers, jusqu'à celui de messieurs Berger et Berthier qui se proposèrent d'étudier le dossier par la méthode du "portrait robot" : moyen qui leur avait permis de trouver le lieu exact et sans contestation de la ville d'Alésia. Alésia n'est pas en Côte d'Or, à Alise Sainte Reine, mais dans le Jura, à la Chaux de Crotenay : tout concorde, Alésia enfin retrouvée, reste Avaricum à remettre au bon endroit.

Munis de cartes, de photographies et surtout des écrits de César, Jacques Berger vint à Bourges à plusieurs reprises, et avec quelques amis dont François Sallé de Choux, il étudia avec beaucoup de persévérance le lieu où devait se situer cette ville gauloise, une des plus belle de toute la Gaule.

Il réfuta l'oppidum traditionnel d'Avaricum, situé à l'emplacement actuel de la cathédrale, et chercha un autre lieu dans la région de Bourges. Les éléments en "défaveur du site de la ville actuelle" portent sur sa petitesse, 40 000 combattants dans un tel périmètre, ce n'est pas possible. Mais la recherche s'effectua aussi pour retrouver l'emplacement du camp de César qui aurait une superficie de 48 hectares au sud-est de la ville, un camp lui aussi trop petit pour accueillir les 8 légions romaines.
Enfin, César parle "d'une rivière et des marais" or, il y a deux rivières, (l'Yèvre et l'Auron) et des marais. Si César avait voulu évoquer deux rivières, il aurait dit 2 et pas 1 !

 

Le portrait robot d'Avaricum

La méthode du portrait robot est intéressante, elle reprend mot à mot, les propos de la Guerre des Gaules et calque sur une carte actuelle la traduction. Si César évoque une colline, il faut trouver la colline, s'il dit traverser une rivière il faut situer la rivière, s'il dit que 40 000 combattants étaient dans Avaricum, il faut trouver une surface pouvant les accueillir.
C'est ainsi que les deux chercheurs firent plusieurs hypothèses. Ils restèrent autour de Bourges, prenant pour point focal les marais puisque Avaricum était entourée de marais. Il était assez simple d'éliminer plusieurs autres lieux. Les études se focalisèrent ensuite sur le long de l'Yèvre, puis au lieu dit "le Palus", mais à chaque fois, une phrase de César "ne collait pas avec la réalité du terrain", même si la typologie des lieux avait quelque peu bougée. En particulier le niveaux des eaux des différents cours d'eau. L'étude se poursuivit enfin, toujours sur les marais de Bourges mais en direction de la commune de Saint Germain du Puy.


Il fallait trouver "un fleuve et un marais", ainsi qu'un passage étroit, qui permit aux légions romaines de prendre la ville.
Après plusieurs mois, et ayant affiné leur recherche, la sentence des spécialistes tomba : Avaricum était situé à Port Sec, une surface mal connue des berruyers, car totalement investie par les industries d'armement depuis un siècle, et entourée de grands murs.
De part et d'autre de la route de La Charité, qui rejoint Bourges et Saint Germain du Puy au-delà d'une barrière d'enseignes commerciales, deux zones d'entrepôts militaires sont cachées à la vue par de murs et de quelques miradors. Ces surfaces de plusieurs dizaines d'hectares ont été appelées Port-Sec Nord et Port-Sec Sud, les constructions datent des années de guerre, c'est à dire vers 1915.
Ainsi, Avaricum se trouverait sur ces surfaces, à deux pas de l'Hypermarché Carrefour, à la fois sur les communes de Bourges et de Saint-Germain du Puy.
Les premières informations sur ce nouvel Avaricum "qui glisse à l'est" furent diffusées par des journaux spécialisés et par la presse locale. Ce sera pendant plusieurs mois, un des sujets de conversation des berruyers, "ils nous ont changé Avaricum de place" !

C'est alors que cette recherche de la ville perdue d'Avaricum prit un aspect de compétition. D'autres personnes dans d'autres villes se mirent sur les rangs, et en particulier Vierzon, seconde ville du Cher, située à 35 kilomètres de Bourges qui avait aussi retrouvé Avaricum.

Et Vierzon ?

C'est Mme Sybille Merlin, qui ressorti une ancienne légende faisant de Vierzon, l'Avaricum envahie et détruite par César. Dans les années 1940, un archéologue amateur, Joseph Sabourin avait effectué de nombreuses fouilles au Vieux Domaine ainsi qu'au Bois d'Yèvre, mettant à jour quelques troncs d'arbres à plus de trois mètres de profondeur. Mais il fallait des preuves plus scientifiques, et le dossier fut… enterré.
Sybille Merlin ressort ces mois derniers les documents de son père, le docteur Tixidre qui avait trouvé, lui aussi, il y a une cinquantaine d'années, des troncs d'arbres coudés sur une longueur de 700 mètres correspondant au "murus gallicus". Mme Merlin est formelle, "tout s'accorde géographiquement. Avaricum était situé entre l'Yèvre et des marécages qui ont existé à Vierzon".
Mais cette thèse de l'oppidum gaulois à Vierzon au Bois d'Yèvre est réfutée par les archéologues, pour eux, les Gaulois n'auraient pas construit un oppidum sur un terrain inondable ! Alors tout serait-il perdu ? Non car les recherches à Vierzon pourraient se poursuivre après le rachat par la SEM-Vie de la ferme du Vieux Domaine.

Les preuves de la localisation d'Avaricum ?

Chaque fois que Jacques Berger évoque la position d'Avaricum à Port Sec, il ajoute toujours avec sa formation de scientifique : " ce n'est qu'une hypothèse, mais il nous faut maintenant trouver des preuves". Car c'est tout le problème actuel.
Une présentation de ces hypothèses se fit, devant toutes les autorités de l'archéologie à Bourges en janvier de l'an 2000 et si Vierzon fut totalement réfutée par les spécialistes officiels, on sentit que l'hypothèse d'Avaricum à Port Sec était une éventualité qui ne pouvait pas être à priori rejetée.

Afin de poursuivre dans l'étude, il fallait situer le camp de César et celui de Vercingétorix. Pour le premier, pas de problème, c'est au nord, à proximité de la voix romaine, construite sur une voix déjà existante. Il y avait de la place pour mettre autant de légions.
Pour le camp de Vercingétorix, il pourrait être situé près de Saint Eloy de Gy, car il y a une colline au lieu dit "la ferme du Crêton" qui domine, non pas la ville de Bourges …. Mais la zone industrielle de Saint Germain du Puy, c'est à dire Avaricum. En allant sur place et en ramenant des photographies, Jacques Berger montra que la vue de ce lieu-dit était parfaite pour qui voulait observer Avaricum / Port Sec.
La boucle est bouclée, on a enfin retrouvé Avaricum !

Un autre spécialiste, Jacques Houssain, intéressé par ces pré-études viendra aussi à Bourges et sera conquis par la théorie nouvelle. Dans un rapport de juin 2000, il travaille sur les superficies, le centre historique de Bourges avec ses 26 hectares ne peut absorber 40 000 combattants, alors que le plateau entouré de marais de Port Sec comprend 250 hectares, ce qui est plus plausible. Il travaille aussi sur les camps de César, situé au Nord et sur celui de Vercingétorix situé à Saint Eloy de Gy. Il est en plein accord avec Mrs Berger et Berthier.
Il faut maintenant apporter des preuves. Elles peuvent venir des nombreuses fouilles qui sont régulièrement faites à Bourges et dans sa région, et un jour, ce peut être la révélation.
Mais la vraie preuve serait de trouver une partie du "murus gallicus", ce mur gaulois si caractéristique, fait de rondins et de pierre, que César lui même trouvait esthétique et fonctionnel.

D'autres éléments prêchent pour ce nouveau lieu avec la ligne de chemin de fer de Bourges à Saincaize, qui suit une courbe alors quelle aurait pu être construite en ligne droite, elle serait sur la muraille gauloise, mais les archives de construction de cette voix ferrée ne sont pas faciles à obtenir.
Dernier élément, il est dit que les gaulois étaient de fameux "sapeurs", ils avaient creusé des galeries pour harceler les romains, et dans lesquelles ils devaient entreposer leurs victuailles, or, des riverains de la voie ferrée affirment qu'il y a des souterrains dans cette zone, mais comme il s'agit d'un terrain militaire, nul ne s'aventure….

La ville de Bourges dans le cadre du développement économique a racheté ces mois derniers une petite partie de Port Sec, et des fouilles ont été réalisées de manière très officielle sur 11 hectares, c'est à la fois peu et beaucoup. Ce qui semble assez intéressant, c'est la présence d'un habitat sur ces terrains en des temps très reculés, c'est à dire vers 5 siècles avant J C, puis dans la période gallo- romaine. Ce n'est donc pas une zone perdue et inhabitée, au contraire. Par contre, ces premières fouilles si encourageantes soient-elles ne donnent aucun élément sur un habitat gaulois à l'époque d'Avaricum.

Conclusion provisoire

Lorsque l'on est au milieu de cette zone de Port Sec, on est effectivement sur un éperon très large et les descriptions de César s'appliquent parfaitement, le plateau est situé à 139 mètres d'altitude, et les marais sont à 128 mètres, mais c'est encore très subjectif.
Ce dossier passionne beaucoup de Berrichons, avec parfois des aspects irrationnels, "il n'est pas possible qu'Avaricum ne soit pas sur la commune de Bourges", diront certains, alors que pour d'autres, c'est à Vierzon que l'on a trouvé un mur gaulois et pas à Bourges.
Enfin, les "tenants" de l'Avaricum à l'emplacement du Bourges actuel sont encore les plus nombreux, et il faut se souvenir que les archéologues régionaux, lors du projet de construction d'un parking souterrain place Cujas, avaient signalé que l'entrée prévue, sous la rue Mirebeau, allait traverser le "murus gallicus" d'Avaricum, et que l'on aurait enfin la preuve que Bourges et Avaricum sont superposables.
La suite de l'aventure, c'est pour la semaine prochaine ou pour l'année prochaine ou dans le courant du siècle prochain…. C'est à dire lorsque des fouilles seront effectuées sur l'un ou l'autre des lieux potentiels. Quoiqu'il en soit, nul ne peut répondre à la question : "Mais où est donc Avaricum ?".

 

Depuis cette époque, il n'a pas été possible de poursuivre les fouilles, en particulier sur la zone dite de Port-Sec Sud (Esprit2). C'est sans aucun doute un élément majeur dans les futures recherches.

Mais il faut attendre encore quelques années..... pour savoir.

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