Vaillandet, maire de bourges - Roland Narboux - Bourges Encyclopédie

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VAILLANDET, MAIRE DE BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges a connu peu de maires au XX e siècle, aussi le sort de Vaillandet est particulièrement intéressant. Un maire pas comme les autres.

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Version 2009

 

Alfred-Charles Vaillandet est né le 13 janvier 1865 dans la Haute-Saône. C'est en janvier 1898 que le congrès socialiste d'Epernay lui propose de se présenter aux législatives dans une circonscription de la Marne qualifiée de "très à gauche". Vaillandet refuse, il n'est pas un "arriviste". Depuis la rentrée d'octobre 1897, il est à Bourges comme professeur d'histoire. C'est un socialiste antimilitariste et extrémiste. Pour ces élections, dans un premier temps, on avait beaucoup intrigué pour que Lamy reprenne le fauteuil de maire. Mais ce dernier ne voulait que le poste d'adjoint. De même, Cougny ne désirait pas la place, il souhaitait - disait-on chez ses amis - "devenir Conseiller à la cour d'Appel", ce qui n'avait rien à voir ! Enfin Vaillandet tergiversa, il acceptait un jour, se récusait le lendemain. En réalité, une réunion des élus socialistes se déroula avant la convocation du conseil municipal et Vaillandet recueillit 12 voix contre 8 à Lamy. C'était un signe.

 

Le 21 mai 1900, dans une salle très populaire formée, selon le "Journal du Cher", de "collectivistes militants", l'élection du maire se déroule sans surprise. Vaillandet obtient 25 voix sur 30 votants.
Après une phase musicale par la fanfare de la Bourse du Travail, le nouveau Maire prononce le discours d'usage :
" Si les désirs personnels étaient entrés en ligne de compte, je ne vous cache pas que j'aurais hésité à accepter ce périlleux honneur.... Mais j'estime que nul n'a le droit de s'esquiver...."

Il termine de manière très conventionnelle à gauche par un "Vive la République démocratique et sociale".
La séance est levée, alors que dehors les chants se font entendre, c'est La Carmagnole puis l'Internationale. Bourges s'est dotée d'un maire socialiste.

VAILLANDET, LE MAIRE SUR UN SIEGE EJECTABLE

Depuis ce 20 mai 1900 Alfred-Charles Vaillandet occupe le fauteuil de premier magistrat de la cité. Pourtant, il ne va pas rester en place très longtemps, c'est un épisode à la fois surprenant et symptomatique des moeurs de ce début de siècle. Tout se concrétise cinq mois après l'élection du maire, lorsque paraît un arrêté signé du préfet du Cher, suspendant Vaillandet de son mandat de maire.
Dans ce cas, selon les termes de la loi de 1884, il ne restait qu'une solution : que Bourges se dote d'un autre maire. Mais qu'avait donc fait le maire pour mériter une telle réaction de la part du préfet du Cher, d'autant plus que Vaillandet sera révoqué par un décret du Ministre de l'Intérieur en date du 12 novembre 1901 ?

On en saura plus à la séance du conseil municipal du 20 novembre, lorsque le coupable va chercher à se justifier devant ses collègues. Il sera soutenu dans cette épreuve difficile par le conseiller Rougeron, lequel propose une motion approuvant la conduite de son maire. Cougny s'oppose au vote, car affirme-t-il, "Vaillandet a divisé le Parti Socialiste". Finalement, la motion Rougeron est adoptée par 16 voix contre 10 et il y a eu 2 abstentions. Ceci démontre que l'ex-maire avait la confiance de ses collègues du conseil municipal.
La politique de la gauche française d'alors n'est guère simple. En effet, une scission s'est faite, à la suite de l'entrée dans un ministère de Défense Républicaine du socialiste Millerand, car, dans ce même gouvernement, le socialiste côtoie Gallifet, le "Tueur de la Commune". Cougny à Bourges et Breton à Vierzon sont des partisans de Millerand, ils s'opposent à la nouvelle vague des socialistes purs et durs, emmenés par Vaillant : Vaillandet, Mauger et Laudier. Finalement, Cougny est exclu du Parti Socialiste. Alors, entre les anciens amis, ce sera la haine, et Vaillandet va payer.
Les reproches du préfet à Vaillandet portent sur deux points essentiels. Le premier tient au fonctionnement administratif de la mairie. Un brigadier d'octroi nommé Renouard était proche de la retraite. Il semble que Vaillandet ait voulu le précipiter un peu plus vite dehors, en tout cas, sans son consentement. Il y eut un conflit entre les deux hommes, d'autant que Renouard avait des amitiés avec Cougny. Lorsque Renouard sanctionna pour faute trois de ses subordonnés, le maire le désavoua et leva les sanctions ainsi infligées. Pour le préfet, cela se traduira par un encouragement "du maire à l'indiscipline". C'était le premier motif pour écarter Vaillandet.

Le second motif est plus grave et plus politique. Vaillandet touchait à l'armée, à son moral, à sa tradition, et l'on était en pleine affaire Dreyfus.....
Premier incident entre Vaillandet et l'autorité militaire locale, à l'occasion du 14 juillet. Comme il était de tradition, la Ville mettait à la disposition de la population pour suivre le défilé des troupes, une estrade et des chaises place Séraucourt. Deux mois après son élection, et selon ses principes antimilitaristes, Vaillandet refusa cette aide logistique aux autorités militaires, c'était une position insoutenable et impopulaire. Comme le rappelle "l'Indépendant du Cher", la municipalité refusa de participer au défilé du 14 juillet qu'elle remplaça par une marche de jeunes socialistes chantant l'Internationale et criant des "Vive la Sociale, A bas l'armée" et "A bas la calotte". Il y avait de quoi émouvoir la population berruyère même la moins conservatrice. Mais le plus dramatique ne va pas tarder à se produire.

En effet, Vaillandet, s'associa à une manifestation "poussant les jeunes soldats à la désobéissance". Il est vrai qu'il avait participé à une réunion publique, et lorsqu'il a pris la parole, certaines phrases étaient très politiques, ainsi il dira : "En cas de conflit armé, le soldat doit se rappeler les principes de l'Evangile, tu ne tueras point".

Sur un des tracts distribués au cours de cette réunion, on pourra aussi lire :
"Tu vas troquer la blouse contre la capote, n'oublie pas que tu es prolétaire, la mascarade n'aura qu'un temps".

En 1901, on ne badinait pas avec l'armée. Il était acquis que "chaque fois que l'armée serait attaquée, le coupable serait frappé". Et c'est ce qui se passera.

Vaillandet, en conformité avec ses idées, et selon les voeux de la majorité des militants socialistes et syndicaux, ne fera aucune concession. Pour lui, la municipalité ne devait être gérée que pour le service exclusif de la classe ouvrière.

Malgré l'argumentation d'Edouard Vaillant face au Ministre de l'Intérieur Waldeck-Rousseau, signalant "que le Préfet a cherché à se débarrasser d'un maire fidèle à son parti et bon administrateur... que le préfet a été maladroit et violent", rien n'y fera, c'était un vrai conflit politique, d'autant qu'à Bourges, la droite reprenait espoir ; un journal local modéré écrira "On va changer de maire, et aller à la conquête de cette citadelle collectiviste qu'est devenue la mairie de Bourges... et maintenant Bourges va faire de la bonne besogne."

En fait, le successeur de Vaillandet sera un de ses amis, Joseph Lebrun. Pendant plusieurs jours, à Bourges, chacun avait pensé que la dissolution du conseil municipal était inéluctable, "de l'avis général, elle serait bien accueillie", mais il n'en fut rien, il fallait changer simplement de maire. Le plus cocasse, c'est que Vaillandet restera conseiller municipal pendant encore un certain temps. L'élection de Lebrun ne manquera pas de piquant, il y avait 29 votants, on compta 30 bulletins dans l'urne... on recommença, il y avait une belle ambiance. Fort heureusement, le siège de premier magistrat de Bourges est rarement éjectable !

Vaillandet qui n'a donné son nom à une rue de Bourges que très récemment, quittera la ville, ayant été nommé professeur dans une cité du midi. Il mourra à Vesoul en 1940.

Alors que se déroulaient à Bourges ces événements, dans la ville voisine de Vierzon, commençait la carrière d'un autre homme politique socialiste : Henri Laudier.

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