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L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES
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LES RECONVERSIONS INDUSTRIELLES DE BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, avec ses industries d'armement a souvent eu la volonté de reconvertir ses industries , en particulier au lendemain des guerre.

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Version 2009

 

Bourges depuis 1870 possède une industrie essentiellement orientée vers l'armement. Ce sera la fabrique de canons, puis les centre d'Etudes appelé aujourd'hui ETBS. Mais à partir de 1928, l'industrie aéronautique militaire arrive à Bourges et dans les années 1950, c'est Michelin qui s'implante à Bourges (Saint Doulchard). Ainsi, la mono industrie est prépondérante.

Mais, lorsque les crises arrivent, les responsables locaux et nationaux cherchent à reconvertir et à diversifier ces industries. Nous sommes aujourd'hui à la troisième reconversion, il y eu 1918, 1945, 1990, et à chaque fois la diversification fut un échec.

LA DIFFICILE RECONVERSION DE L'APRES-GUERRE 1914 - 1918

L'activité industrielle principale de Bourges avait été consacrée depuis 4 ans à une intensive production de guerre. Mais comme il s'agissait de la "der des der", il n'était plus nécessaire de "sortir" des munitions et autres canons. La reconversion de milliers de travailleurs devenait nécessaire.
Dès la fin des hostilités, les syndicats se mirent en avant pour empêcher les licenciements. Ils demandèrent la transformation immédiate des Etablissements Militaires en Office Industriel. L'idée qui prévaut est alors de mettre 3000 ouvriers à l'entretien des machines et bâtiments ; quant aux autres, la fabrication de matériel de chemin de fer et de machines agricoles pourrait occuper 12000 personnes.
A partir de janvier 1919, la tension commence à monter. Toute la population est inquiète, les ouvriers bien sûr, mais aussi les commerçants qui voient avec frayeur la baisse de leur chiffre d'affaire. Au cours d'une grande réunion syndicale rassemblant plus de 8000 personnes, il est demandé :

"Qu'au travail de guerre pour lequel ils ont été créés, succède immédiatement le travail de paix dans ces établissements supérieurement agencés et outillés pour toutes sortes de production... Ils réclament avec énergie la continuation de leur exploitation par l'Etat".
Lorsque des visites de responsables de l'industrie privée comme Citroën ou Schneider, viennent en mission afin d'examiner le parc machines qu'ils pourraient acheter, c'est la révolte à la fois des syndicats et des hommes politiques. Laudier et Hervier vont se dépenser sans compter pour qu'aucune machine ne soit démontée et envoyée sous d'autres cieux.

Les marchés des Etablissements Militaires vont comporter quelques éléments de wagons et de matériel agricole, mais cela ne donnait plus du travail pour des milliers d'ouvriers. Le ministre de la Reconstruction industrielle recevra les désidérata des syndicats et de la population de Bourges, mais il ne voit une solution que dans l'activation des affaires civiles, qui sont lentes à mettre en oeuvre, il écrira :
"la congestion de certains centres qui, dans l'état de production de guerre, avaient dû recevoir une population tout à fait hors de proportion avec celle qu'ils pouvaient normalement absorber, je cite, par exemple, la ville de Bourges".

La Pyrotechnie se mit à réparer un millier de wagons, alors que l'Atelier de Construction "végète dans un marasme à peu près complet" dira Gignoux, seront produits environ 1500 chariots de culture en 1920.
Cette situation ne pouvait pas continuer ainsi ; Laudier, en bon gestionnaire qu'il devenait, trouvait que "la principale difficulté que rencontraient les établissements d'Etat pour s'adapter à la vie industrielle moderne provenait de la sujétion administrative à laquelle ils sont soumis".

Dans un projet de loi en date du 26 mai 1921, portant le numéro 2-683, Laudier soumet à la Chambre des Députés un texte pour placer la gestion "des établissements constructeurs de l'artillerie" à un Conseil Central composé par tiers de représentants de la production dont la moitié serait désignée par le personnel. Un second tiers rassemblerait les représentants des consommateurs ; enfin, le dernier tiers serait formé des représentants des Pouvoirs Publics. C'est ce Conseil qui nommerait les dirigeants de l'entreprise. L'Office aurait un budget autonome et pourrait faire des bénéfices, lesquels seraient distribués à l'Etat et aux oeuvres sociales de l'Etablissement. En cas de déficit, c'est l'Etat qui couvrirait les pertes dans l'éventualité d'un fond de réserve insuffisant. C'est sans doute dans cette hypothèse que le projet a quelques failles..... Enfin, l'Office pourrait se procurer des capitaux par l'emprunt à court terme.

Ce projet d'essence très moderniste "bouleverse tous les errements suivis jusqu'à ce jour en France dans les industries d'Etat" selon l'opinion de Gignoux, est accepté par tous les partis. C'est le moyen de sauver l'emploi et d'utiliser les machines-outils, il y a quelque mille tours de toutes dimensions à la fonderie de Bourges.

Mais il est très difficile de reconvertir une industrie de guerre dans les activités civiles. Peu à peu, les effectifs des Etablissements Militaires vont se réduire pour revenir à un chiffre d'environ 3 500 employés, à peine plus important qu'avant-guerre. La population de Bourges revenant pour sa part à une valeur de 45 942 habitants au recensement de 1921, soit 207 de plus qu'en 1911.

La ville de Bourges sort de quatre ans d'épreuve dans un état identique à celui d'avant-guerre, avec toutefois 1475 tués à l'ennemi. La ville n'a pas changé, les foules ouvrières ont quitté les rues sans laisser de trace. La cité ouvrière, une des plus grande de France, est un lointain souvenir ; Bourges n'a pas pu ou su profiter de l'apport industriel de ces années. Elle pourrait retourner à un engourdissement qui lui va assez bien. Un homme va réveiller cette torpeur, c'est son maire : Laudier. Dans des années agitées sur le plan politique, il va transformer la ville.

RECONVERSION APRES LA GUERRE DE 1939 - 1945

Il s'agit, après avoir remis en marche l'ensemble des rouages qui permettent un bon fonctionnement de l'administration, de faire redémarrer la vie économique de Bourges. Des nuages apparaissent, il s'agit des charges de travail de la SNCAC.

Du côté de l'usine de fabrication d'avions de la SNCAC, la situation n'est guère brillante.
A la sortie de la guerre, la reprise est difficile. Les bureaux et ateliers ont été dispersés dans tout Bourges, et il y a 2678 personnes qui sont employées dans l'usine.
La réorganisation prend plusieurs voies, sur le plan national, c'est le communiste Charles Tillon qui devient responsable du secteur aéronautique, alors que l'usine de Bourges se donne comme directeur : monsieur Girard, dans des circonstances rocambolesques. Les productions reprennent, et comme il n'y a pas d'avions à construire..... autres que les Siebel allemands, ce sont ces derniers avions qui sortent alors des chaînes, situées à la Halle au Blé.
Pour oublier la triste période, les Siebel subiront quelques modifications et changeront de nom : on les appellera des "Martinets". Et ne même temps, les ingénieurs berruyers, sous la conduite de Montlaur étudieront des avions nouveaux comme le NC 820 et 840.


La période qui suit va être un véritable feuilleton qui se terminera par la faillite de l'usine de la rue Le Brix. C'est d'abord la diversification des fabrications. A partir de 1946, alors que l'A.B.S. Atelier de Construction de Bourges construit des machines à coudre, à la place des canons, et que la Pyrotechnie fabrique des "bancs de jardin", la S.N.C.A.C. se tourne vers les accessoires de la cuisine, c'est à dire des casseroles, buffets métalliques et autres écumoires.
Plus sérieuse, une chaîne de trolleybus est mise en oeuvre, mais toutes ces productions ne permettent pas d'occuper des milliers de personnes. Alors, très vite, on parle de la fermeture de la S.N.C.A.C.


En 1948, les bureaux d'études conçoivent un avion extraordinaire, un avion-cargo, le plus gros du monde, et les assemblages de fuselages de ces monstres commencent à Bourges. Malheureusement, le 20 juillet 1948, lors de son premier vol vers Toussus-le-Noble, l'avion, alors à une altitude de 150 mètres pique du nez et s'écrase, il y a 5 morts, tout l'équipage dont le pilote berruyer Louis Bertrand
Cet accident, et les tergiversations du gouvernement sur la politique en matière d'aviation vont précipiter la fin de la S.N.C.A.C.

Les premiers licenciements se produiront en 1949 et l'été s'annonce dramatique. Lorsqu'une délégation de syndicalistes se présente à l'Hôtel de Ville dans la première semaine de juillet 1949, pour trouver des solutions, le maire, André Cothenet est absent.... Il distribue les prix au lycée de jeunes filles. La délégation est reçue par un adjoint.
Les meetings se succèdent devant l'usine, avec la présence des députés communistes Lozeray et Cherrier. Rien n'y fait, et c'est la liquidation de la société. Le départ en vacances des employés au mois d'août est un point de non-retour. L'aventure de l'aéronautique à Bourges semble bien être terminée en cette fin de décennie.

Les actions de reconversion du milieu industriel

Ayant comme beaucoup de décideurs du département observé la baisse des activités d'armement, les responsables municipaux recherchent des solutions, car cette fois, la mono industrie, qui a fait l'économie locale à un haut niveau est bien condamnée.
Les solutions ne sont pas simples, la première solution des élus de la Ville, c'est la " Diversification ". Il faut remplacer les productions militaires dans les différentes usine locales, par des fabrications civiles. Une fois encore, comme en 1918 et en 1945, la diversification pour produire des objets civils est un échec. Pourtant Aérospatiale, avec la forte personnalité de son directeur Daniel Dubreuil développe un secteur "diversification" appelé " affaires nouvelles" qui met au point plusieurs équipements, mais la réussite n'est pas, une fois encore au rendez-vous.
Jean Claude Sandrier,
avec beaucoup de persévérance, va inciter toutes les actions d'études, de réflexion, de création d'associations, au niveau local, ou avec d'autres villes en Europe, comme La Spézia ou Palencia, mais ces structures souvent d'origine étatique ou publiques n'attirent pas les industriels, seuls capables de créer de vrais emplois.
De Décide en Sécure en passant par le Critt et le Siritt, beaucoup d'énergie et de bonne volonté, mais peu de résultat tangible. Seule la prise en compte d'un sujet par un industriel, comme le pôle capteur par la société Auxitrol, ou des laboratoires liés à l'ENSIB ouvrent des pistes. Le reste est fait de beaux discours et de belles parlotes.

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