élections municipales de 1995 à Bourges - par Roland Narboux - Bourges encyclopédie

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LES MUNICIPALES DE 1995 A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, après l'article sur les municipales de 1977 et la victoire de Jacques Rimbault, c'est cette fois l'article sur les municipales de 1995 et la victoire de Serge Lepeltier.

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Version 2009

 

Les municipales à Bourges font toujours l'objet de profonds déchirements, d'autant que Raymond Boisdé est élu maire en 1959 pour 18 ans, Jacques Rimbault lui aussi fera trois mandat, terrassé par la maladie deux ans avant les 18 ans, et en 1995, c'est à nouveau une lutte gauche-droite.

Municipale de 95 : droite et gauche sur des stratégies opposées

La mort de Jacques Rimbault a plus que fortement déstabilisé la gauche municipale. La stratégie était depuis le début des années 1980 basée sur le charisme du maire. "JR" était devenu incontournable, c'était "le patron" incontesté, menant depuis 1978 élection après élection ses troupes à la victoire. Les socialistes, malgré quelques velléités étaient deux rangs derrière, bien au garde à vous.
La disparition de J. Rimbault, et sans doute, quelques querelles internes, n'ont pas facilité la constitution de la liste pour les municipales de juin 95. Jean Claude Sandrier devient le nouveau leader, alors que s'efface la fidèle Marguerite Renaudat, pour cause d'âge, alors que Gilbert Camuzat commence à prendre quelque distance avec le local. Le Parti Socialiste est redevenu très faible. La presse rapporte le 5 octobre 1994 que le chef de file des socialistes au Conseil municipal, Jean Pierre Saulnier "décroche et ne se représente pas". Dans ces conditions, Pierre Houques revient, lui qui avait été "évincé" par Olivier Thiais en octobre 1993…… Quant à Alain Calmat, il a eu un temps des visées sur la Ville de Bourges, mais il retourne en région parisienne, après 7 années passées en Berry.


Comme il le dira souvent, Jean Claude Sandrier a manqué de temps. Deux ans pour s'affirmer après 16 années de J. Rimbault, c'est trop peu. Sa stratégie vis à vis des Berruyers sera basée uniquement "sur le souvenir du père", c'est à dire sur Jacques Rimbault, avec des symboles très forts. Le nom de la rue de la mairie ou le stade des Grosses Plantes, la référence continue à JR, joue sur l'émotion, c'est bien vis à vis des fidèles, mais cela n'entraîne pas de troupes nouvelles.
A droite, la stratégie est inverse. Il y a toujours Jean François Deniau, député, Président du Conseil général, homme de grande stature, présent sur de nombreux pays de par le monde. Les Berruyers le voient souvent à la télévision, plus rarement de leur point de vue à Bourges.
La classe politique locale est à la recherche d'un vrai leader capable "de reprendre la ville aux communistes". Elle trouve en la personne de Serge Lepeltier une possible opportunité. Les notables "bourgeois" de la cité de Jacques Cœur ont beaucoup souffert de l'absence de leader à droite dans les précédentes consultations. Cette fois ils ont le choix entre Franck Thomas Richard, le représentant de l'UDF, qui joue la convivialité et la tape amicale sur l'épaule, et Serge Lepeltier, un pur produit RPR, plus froid, mais qui fait sérieux et déterminé.

Il y a chez les Berruyers, une volonté de changement, comme cela s'est fait dans les années 1975 avec la fin de Raymond Boisdé. Trois fois 6 ans, avec la même équipe, c'est beaucoup. Il y a une panne d'idées originales et un trop faible renouvellement des personnels politiques.
Beaucoup de Berruyers n'assistent plus aux "Assises pour Bourges", car " ce sont toujours les mêmes têtes et le même discours". Il y a une certaine lassitude….. Et Jacques Rimbault, avec son charisme n'est plus là.
Mais passer de gauche à droite n'est pas évident pour les Berruyers. Ils restent légalistes et fidèles. Les gens en place, bénéficient d'un préjugé favorable. La droite devra se battre et surtout proposer un vrai projet pour les 6 ans à venir. C'est ainsi que les équipes de Lepeltier, "Bourges Projet " et celles de Thomas Richard "Atout Cœur" se mettent au travail, avant de se retrouver dans un même combat avec la liste "Bourges plus fort".

Les élections municipales sont prévues par le calendrier électorale en juin 1995.

Les Etats majors se mettent en ordre de marche de manière assez différente. A gauche, c'est le temps des inaugurations, du bilan, de l'action passée et du succès de l'équipe de Jacques Rimbault. A droite, dès 1994, les militants sont sollicités pour réfléchir au projet pour Bourges. Puis c'est l'automne, les négociations entre partis politiques sont délicates, pour constituer la liste. Chacun veut en être. Serge Lepeltier fixe, en organisateur hors pair, les règles du jeu, il y aura un tiers de RPR, un tiers d'UDF et un tiers pour des personnes venant "de la société civile", sans appartenance politique.
La campagne se déroule sans anicroche particulière entre les différentes listes. Des réunion publiques, des distributions de tracts, un débat sur une radio locale entre les deux têtes de listes….. et l'attente du résultat des élections présidentielles qui auront sans aucun doute une influence sur le scrutin local.

Présidentielles et municipales

Les élections présidentielles prévues fin avril et début mai 1995 font la "une" des journaux, locaux comme nationaux. Les candidats s'affrontent pour succéder à François Mitterrand. Ce dernier, n'a pas prévu, comme souvent les grands hommes, un successeur. Il a rejeté Rocard, Bérégovoy s'est donné la mort, et il est en froid avec Jospin….. Les "Affaires" après 14 ans "de règne" ont miné le régime. Les français recherchent un président très différent. A gauche Jospin entre en lisse. Il a le caractère austère du milieu protestant, mais chacun a le sentiment, qu'il est un homme politique irréprochable. A droite, c'est une bataille "au couteau" entre Balladur et Chirac, "les amis de 30 ans".

Chirac est en Berry pour le Printemps de Bourges. Ce 19e Printemps, est très coloré avec "l'autruche au tambour" qui succède au pingouin de l'année précédente comme image fétiche. Le programme est attrayant, sont présents, Bashung, Souchon, Simple Minds, le fidèle Thiéfaine et surprise, les Chippendales à la Maison de la Culture, les berruyères vont, avant beaucoup d'autres, découvrir ces "beaux mâles" dont on a beaucoup parlé depuis. Autre grand moment, la présence dans la cathédrale, un peu froide, de Julia Megenes le mercredi 26 avril, un concert inoubliable.

Jacques Chirac va-t-il apprécier la programmation ? Rien n'est moins sûr. Il est en campagne et les jeunes ne sont pas très sensibles à ce type de présence. Le maire de Paris lorsqu'il fait le tour des salles de spectacle est parfois sifflé, c'est dans l'ordre des choses.
Mais devant la Maison de la Culture, il est tout simplement bousculé. Il "ne doit son salut qu'à une porte dérobée située dans le bâtiment", la pomme ayant été son emblème pendant la campagne, les jeunes gauchistes de Bourges bien organisés et le service d'ordre du Printemps complètement dépassé lui envoient ces fruits en quantité non négligeable.
Un mauvais moment à passer. Serge Lepeltier, député et candidat à la mairie, accompagne Jacques Chirac, il sort de la bousculade avec une aggravation d'une hernie discale qui le conduit dans les jours suivants à la clinique Guillaume de Varye pour subir une opération qui ne fut pas anodine. Et ceci en pleine campagne électorale !
La campagne des Présidentielles se poursuit, mais la vie municipale aussi. Lors de ce qui sera la dernière réunion du Conseil municipal de l'équipe en place, le 30 mars 1995, il est question des taux qui sont augmentés de 1,9% par rapport à l'année précédente, puis du Centre de Secours, c'est à dire la nouvelle caserne des pompiers. Le Conseil municipal approuve le programme de Jean Claude Sandrier pour le lancement du concours d'architectes. Cette opération importante est faite avec précipitation une veille d'élection, disent ses adversaires, alors que le maire joue la continuité, persuadé d'être élu.

Enfin, le maire évoque les réflexions en cours avec La Spézia et Palencia sur la diversification, la création d'un pôle européen sur la formation au risque industriel, l'école d'ingénieur…..

Des élections aux scores serrés

Alors que se poursuivent les réunions des listes Bourges Plus Fort d'un côté et Bourges Union de l'autre, avec distribution de tracts sur les marchés ou devant les super et hypermarchés, les tracts dans les boîtes aux lettres, c'est la Présidentielle qui occupe la scène au plan national. La gauche ne semble pas avoir beaucoup de chances, et Lionel Jospin, fait l'effet d'un "revenant", l'équipe Mitterrand est au plus bas.
A droite, Edouard Balladur doit l'emporter, c'est un premier ministre apprécié, et Jacques Chirac semble un peu "dépassé". Mais une campagne électorale, c'est aussi une grande bagarre et sur ce terrain, le Maire de Paris est au mieux.
Les résultats du premier tour surprennent, Jospin fait un excellent score : 23,7% des suffrages, il est en tête des candidats et certains pensent qu'il va même l'emporter. A droite, Chirac est à 20,4 % ce qui est décevant, Balladur le suivant de prêt, avec 19,1%. Chirac, mathématiquement a de bonnes chance de devenir président.
Le second tour se fait sans trop de passion, le débat télévisé tant attendu est frustrant et Jacques Chirac passe de la Mairie à l'Elysée ….. avec pour la ville de Bourges un score de 52,6 pour Chirac et 47,4 pour Jospin.

A Bourges, ces résultats sont épluchés à la loupe par les Etats Majors des candidats aux municipales prévues dans 2 mois. La gauche est en bonne position pour gagner, alors que Serge Lepeltier pense que " les résultats de Bourges sont de bon augure".
L'équipe de Jean Claude Sandrier multiplie les "effets bilans" et les inaugurations. Serge Lepeltier calcule. Il trouve que la droite "classique" ne lui permettra pas de l'emporter, c'est trop juste, il faut élargir la liste, non pas sur l'extrême droite, il a le parti et les idées de Jean Marie Le Pen en horreur, mais au contraire vers la frange écologique. Il prend rapidement contact avec Alain Philippe qui est marqué par "Bourges Démocratie", mais aussi par Génération Ecologie. Après un dîner chez Patrick Dorie entre Serge Lepeltier et Alain Philippe, il réussit à convaincre ce dernier de figurer en bonne place sur la liste.

 

Le premier tour des municipales du 11 juin, est serré, la liste Lepeltier est en tête avec 45,45% des suffrages, mais le maire de Bourges, Jean Claude Sandrier est à quelques voix derrière, il obtient 45,17%.
Le Front National n'obtient que 5,8% et l'extrême gauche 1,8%.

Les huit jours entre les deux tours sont tendus, mais d'une extrême correction de part et d'autre. Le sommet est un débat organisé par le Berry Républicain et retransmis sur les ondes d'Europe 2 le 14 juin 1995. Pour les militants de "Bourges Plus Fort", " Serge Lepeltier était plus à l'aise", alors que les partisans du maire de Bourges répliquent : " Jean Claude Sandrier prend le dessus".
Second tour, un 18 juin, les résultats arrivent dans les permanences, bureau par bureau. Les uns favorables à la gauche, les autres à la droite, c'est très indécis. La défaite se déplace d'un camp à l'autre en quelques minutes : alternativement, c'est l'abattement et la joie.

Et puis c'est le résultat, la droite l'emporte que quelques centaines de voix, très exactement 869 voix d'avance pour " Bourges Plus fort ", 51,36% contre 48,64%, et Serge Lepeltier sera élu dans quelques jours maire de Bourges.

Jean Claude Sandrier, sans tristesse excessive est déçu, il analyse à chaud sa défaite, " Un contexte particulièrement difficile, juste après la présidentielle, la présence sur la liste adverse de deux députés de droite et la femme du troisième, et le fait que je ne sois pas vraiment un maire sortant".

 

Battu, Jean Claude Sandrier sera conseiller municipal, et il reste conseiller général.
Dans l'autre camp, la victoire à l'arraché, est d'autant plus appréciée. La nouvelle majorité comprend 37 élus contre 12 à l'Opposition.
Serge Lepeltier à la permanence de la rue Jean Jaurès est pressé par les siens. On note la présence de Jean François Deniau, Serge Vinçon et " d'un Jean Rousseau radieux aux côtés de Frank Thomas Richard " note un journaliste. Le prochain maire de Bourges a du mal à s'exprimer dans le brouhaha, " Bourges a changé de majorité, Merci au 38ième de notre liste qui n'est pas élu…. Je dédie cette victoire à mon petit fils" et Serge Lepeltier montre cet enfant, Romain, symbole de l'avenir de Bourges.
Quelques instants plus tard, il déclare que " c'est un très grand honneur de devenir maire. J'y mettrai toute mon énergie.". Il a quelques mots pour son adversaire :
" Je comprends la déception de Jean Claude Sandrier…. S'il vous plait ….. je vais vous demander de rester digne et sérieux et ne pas aller insulter les perdants comme on l'a vu en 1977. Je veux dire qu'il ne s'est pas agi pour moi de renier le passé de la ville, mais d'écrire une nouvelle page de son histoire".
La Nouvelle République titre au lendemain de ce 18 juin :

" une victoire célébrée sans débordements ".

Serge Lepeltier a alors 42 ans, il est né au Veurdre, dans l'Allier, à la limite du Cher le 12 octobre 1953. Ses études le conduisent à Moulins au pensionnat Saint Gilles, puis à Clermont Ferrand et enfin au collège Stanislas à Paris. Diplômé de HEC, les Hautes Etudes Commerciale, il ne parvient pas à franchir les portes de l'ENA, trahi au concours par la langue de Shakespeare.
Il commence une carrière professionnelle dans le commerce, chez Quelle en 1979, puis dans une coopérative de vignerons, à Rasteau dans le Vaucluse, il en est le directeur général de 1980 à 1986. C'est à cette époque qu'il revient en Berry dans l'entreprise familiale de travaux publics François Lepeltier, son oncle.

Gaulliste de toujours, c'est en 1975 qu'il entre à l'UDR, le futur RPR de Jacques Chirac à qui il sera fidèle en toute circonstance. En 1978, il s'essaie aux législatives en Moselle, est battu, mais rencontre son épouse Viviane.
Sur d'autres plan, le maire de Bourges est passionné de plongée sous-marine, et chaque année, il s'en va visiter les eaux profondes de notre globe.
Dans le Cher, il brigue tous les mandats qui s'offrent, conseiller régional, conseiller général, député du Cher, il est vainqueur à chaque élection, et cela continuera, avec pour seul faux pas, les législatives à venir de 1997.
C'est un peu avec de la chance qu'il devient conseiller municipal de l'opposition en 1989, à la suite de la défaite puis de la démission de Camille Michel.

Son parcourt, pour l'historien est voisin de celui de Henri Laudier avant guerre, et il est à classer dans les " grands maires " de Bourges au même titre que Raymond Boisdé et Jacques Rimbault. Seul l'avenir……..

l'équipe arrive au "pouvoir municipal"

L'équipe qui arrive au pouvoir municipal semble cohérente. Entre les leaders des formations de droite, il n'y a pas à proprement parler de concurrence. Frank Thomas Richard est député et ses fonctions dans le domaine social lui vont comme un gant. Frédérique Deniau est très à l'aise dans les dossiers difficiles de l'enseignement supérieur. Sa connaissance du milieu parisien et la présence de Jean François Deniau à la tête du département sont des atouts non négligeables.
Beaucoup des adjoints comme Roland Chamiot, Josette Csorgei ou Philippe Gitton sont des fidèles envers leur maire et travaillent beaucoup avec d'application.
D'autres cherchent leur marque, c'est le cas d'Alain Philippe et sa rigueur souvent critiquée, c'est Laurent Van Damme qui veut "rentrer dans le lard de l'opposition en permanence", quant à Jean Marie Nunez, c'est un théoricien, il voudrait pouvoir posséder un plan global du Bourges futur, en particulier sur le plan de l'urbanisme.
Il faut dire que les premiers dossiers portent sur des thèmes qui découlent de la campagne électorale. C'est ainsi que le manque de sécurité nécessite l'étude délicate de l'installation d'une police municipale. C'est aussi les soubresauts des industries d'armement et les pertes d'emploi continues. Enfin des questions plus philosophiques et plus difficiles font les joies des premières réunions baptisées "Bourges plus fort" avec l'ensemble des personnes de la liste qui avait remporté les élections.
La gauche est sonnée, Jean Claude Sandrier, avec beaucoup de détermination prend en main la nouvelle opposition municipale. Habitué aux dossiers, il argumente face aux tergiversations de la majorité, marquant des points dans les premiers mois. A ses côtés, Pierre Houques, Philippe Goldman, et Yann Galut, pas encore très à l'aise.

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