élections municipales de 1977 a Bourges - Roland Narboux

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LES ELECTIONS MUNICIPALES DE 1977 A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Avec les élections municipales de 1977, c'est un véritable cyclone qui arrive à Bourges, la droite majoritaire mais divisée est battue par une alliance communistes-socialiste et un homme de valeur : Jacques Rimbault.

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Version 2009

 

La campagne électorale des Municipales de mars 1977

Le mois de février est fertile en rebondissements politiques à Bourges. C'est l'apparition d'une troisième "grande liste" pour les municipales avec le "cercle Cujas", animé par Maître Corneloup, et comprenant Jean-Marie Nunez, Pierre Catinaud, Yvon Mautret et quelques autres. Ils font une liste à part dans laquelle entrent d'anciens socialistes comme René Henry, cette liste "Bourges-Espoir" est un coup de pied à Boisdé.


Le 19 février, à seulement un mois à peine des élections, un communiqué de Bourges-Espoir est publié, c'est une explication dans lesquels ces dirigeants "veulent éviter la division en deux blocs de la société berruyère". Ces nouveaux venus ne sollicitent aucune investiture politique, ils se veulent le rassemblement de candidats venant de tous les horizons politiques.

Le 23 février, la liste de Bourges-Espoir est dévoilée. Le chirurgien Pierre Lebrun est tête de liste, suivent, par ordre alphabétique, Michel André, cadre commercial, René Aubrun, directeur d'école, Robert Brisse, agent de maîtrise, Pierre Catinaud, libraire, Jean Chéritat technicien, René Henry, technicien, Jean-Pierre Morel, charcutier, Yvon Mautret, cadre en assurance, Jean-Marie Nunez, architecte, Jacques-Louis Tabare commerçant… etc.

Cette liste "pour une relève à droite" comprend des personnalités locales issues du "cercle Cujas", formé 18 mois auparavant. C'était un groupe de réflexion sur les problèmes locaux. L'objectif municipal étant de ne pas laisser face à face la gauche et la droite, mais de proposer une "troisième voie" aux Berruyers.
Dans cette structure collégiale, il n'est pas facile de mettre un nom du futur Maire en cas de victoire. Ce flou portera sans aucun doute préjudice à la liste en cause. La presse s'interroge et dans une première approche, si la tête de liste est le docteur Lebrun, le candidat maire sera sans aucun doute M. Mautret. Quelques jours plus tard, certaines confidences laissent entendre que le docteur Lebrun, ayant réussi à concilier sa vie professionnelle et une possible activité de maire, pourrait être le prochain maire de Bourges. Il faut attendre le 9 mars, à une semaine du premier tour, pour que Maître Corneloup dévoile le nom du futur maire en cas de victoire : ce sera..... René Henry, et le docteur Lebrun occupera, lui, le poste de premier adjoint.

Christian Gérondeau, renonce face "à un parti qui se voulait dominateur", et voyant cette curée, il ne figure pas sur la liste de Raymond Boisdé. Dans un court communiqué, il indique "qu'il est possible que les circonstances ne me permettent pas d'y participer directement", puis il ajoutet qu'il va lutter contre la liste de gauche, et se sent disponible pour l'avenir. En fait, ce brillant fonctionnaire, devant cette incohérence berruyère, na' pas réussi à s'imposer. Il fait ses valises et quitte le Berry, laissant trois listes principales en présence, dont deux pour la sensibilité de droite.

René Henry l'ancien socialiste, adjoint au maire en 1965, se retrouve en première ligne, il est attaqué par la gauche et par l'équipe Boisdé. Il publie un communiqué pour affirmer qu'il a bien été socialiste, et ceci depuis 1945, à l'époque des Jeunesses Socialistes. Par la suite, il fut secrétaire de la fédération du Cher de la S.F.I.O., entre 1952 et 1970, et "refusa la filiation du nouveau P.S. avec le Parti Communiste". Il déclarera, entre les deux tours, qu'il combat autant la droite périmée que le Parti Communiste.

A gauche, une liste dite "d'union de la gauche" est emmenée par un communiste, Jacques Rimbault, Conseiller général de Bourges-Nord et ancien de l'équipe vierzonnaise de Léo Mérigot. Entourant ce communiste, quelques socialistes, dont Jean Roger, et des personnalités tel Edmé Boiché, un gaulliste de gauche. Face à la puissance de la droite, sur une ville comme Bourges, J. Rimbault et ses amis n'ont pas beaucoup de chance. En privé, ils ne se font beaucoup d'illusions sur l'issue du scrutin.

Pourtant, lorsque le 2 février 1977, a lieu la présentation publique au Parc Saint-Paul de la liste d'Union de la Gauche et des Démocrates, on ne trouve pas de femmes et d'hommes battus d'avance. Au contraire, l'affiche annonce pour ce meeting :

 

Pour une nouvelle gestion sociale Démocratique et Humaine de la ville de Bourges
avec les allocutions de :
Marguerite Renaudat - Jean Roger
Edmé Boiché - Jacques Rimbault

 

Ils sont 37 candidats présentés par Marguerite Renaudat, alors que la liste se décline dans l'ordre suivant : Jacques Rimbault Conseiller Général de Bourges, Jean Roger, Directeur honoraire des cours professionnels municipaux, Edmé Boiché, Agriculteur. Suivaient alors 34 noms avec : Marguerite Renaudat, professeur de mathématiques, Robert Guérin, chirurgien dentiste, Gilbert Camuzat, Charles Parnet etc.
On dénombre 17 communistes, 14 socialistes et 6 républicains de progrès : une liste unitaire qui doit plaire à l'ensemble de l'électorat de gauche de Bourges.

Parmi les discours des chefs de file, Jean Roger signale que les socialistes ont accepté que la tête de liste soit un membre du Parti Communiste, tandis qu'Edmé Boiché parle de son mouvement des "gaullistes de gauche" a été fondé l'année précédente par Jean Charbonnel, et il explique sa présence sur une telle liste. M. Boiché se félicite que le P.C.F. ait renoncé à la "dictature du prolétariat" et que le P.S. se soit rénové. Il lance un appel à ses amis, leur demandant de surmonter "leurs états d'âme".
C'est Jacques Rimbault qui termine le meeting, insistant sur sa liste qui représente "les forces vives de la nation", et il engage les Berruyers à entrer dans une nouvelle période avec une "vaste concertation de la population".

Par la suite, les réunions, les meetings, la présence incessante sur le terrain montrent des candidats résolus et actifs. Ainsi, une des dernières réunions se déroule au parc Saint-Paul, le 7 mars avec "les Assises pour Bourges", une manière de consultation permanente qui sera reprise plus tard.

Quant à Raymond Boisdé, c'est le 25 février qu'il présente sa liste, intitulée Bourges-Union. Elle ne comprend que 3 membres de l'équipe sortante, sur 37 candidats, Alfred Depège n'est pas là, pas plus que Christian Gérondeau.

Il ne reste que Gérigny et Roy, ce dernier, se situant "dans la mouvance" Gérondeau. Peu de personnalités sont connues, si l'on excepte Josette Csorgei, Paul Farenc, et Alain Villard. Par contre, il y a 9 dames, et dans la photo de présentation, Boisdé est à table, entouré de ces 9 femmes ! La liste comprend toutes les catégories professionnelles, tous les quartiers de Bourges, toutes les associations. Une liste dont on dirait aujourd'hui qu'elle est sortie d'un ordinateur.
La plupart des candidats ne sont pas engagés politiquement, et Boisdé affirme "qu'il ne s'agit pas d'une liste partisane, comme celle de l'union des forces collectivistes", il veut des femmes et des hommes pour "la concorde nationale et la liberté".
Boisdé compte sur cette liste de personnes vierges en politique pour l'emporter, et il inaugure à tour de bras. A la veille du premier tour, est baptisée la place André Malraux. La semaine précédente, la dernière œuvre de Boisdé avait été le lac d'Auron.

"Le drapeau rouge flotte sur la Mairie"

La fin de la campagne est très dure à Bourges, à l'approche du 13 mars, date du premier tour. Au Parc Saint-Paul, ils sont 1500 à écouter les leaders de la gauche locale. Jacques Rimbault, observant les divisions de la droite, sent la victoire possible. Il s'exprime ainsi : "l'espoir et l'union sont à notre côté", alors que Charles Parnet donne une idée très critique de ce que furent les réalisations de Boisdé. Boiché parle de son cas, lui, le gaulliste de gauche, qui n'est "l'otage de personne".
Le premier tour est une surprise à Bourges. Si Papon est réélu à Saint-Amand et Léo Mérigot à Vierzon, le résultat de Bourges ne permet pas de se prononcer.

La liste de gauche de Rimbault arrive largement en tête avec 14 246 voix, suivie des deux listes "de droite", celle de Boisdé avec 7792 suffrages bat de 300 voix celle de Bourges-Espoir qui obtient un très bon score avec 7497 suffrages. La liste de Lutte Ouvrière fait un bon résultat avec 1478 voix. Les abstentions ont été importantes, avec un taux de 27%.

Il y avait 43 293 inscrits et 31 625 votants.
Les suffrages exprimés étaient de 31 013.


Les premiers commentaires et analyses portent sur la chute de Boisdé. Lui, qui fut élu au premier tour en 1965, avec 65% des suffrages et près de 60% en 1971, se retrouve avec un score de 25%. C'est un rejet de l'homme et de sa liste. Au soir de ce premier tour, René Henry affirme vouloir se maintenir, car seule sa liste peut battre celle de M. Rimbault. De son côté, Raymond Boisdé dit la même chose, il se trouve "désigné naturellement" car il est arrivé en tête des deux listes de droite... Il n'a pas compris le vœu des électeurs : le désire d'un réel changement.

Les résultats du second tour des élections à Bourges font l'effet d'une bombe pour tous les Berruyers qui n'étaient pas familiers avec la politique locale. La liste emmenée par Jacques Rimbault l'emporte très largement avec près de 56% des suffrages, très exactement 55,91%, et Raymond Boisdé a perdu, il est loin derrière, à 4000 voix de son vainqueur de gauche.
On note peu d'abstentions, puisque le taux n'a été que de 20%. Comme Boisdé a obtenu 55 voix de moins que la somme des listes de Bourges-Union et de Bourges-Espoir, cela signifie qu'il n'a pas fait le plein des voix de droite, et de nombreux abstentionnistes du premier tour n'ont pas voté pour lui.


C'est une défaite sévère, mais ce qui est encore plus difficile, ce n'est pas d'avoir été battu par ses adversaires, mais par ses amis. Il ne fait aucun doute que la perspective de remettre à la première place de la ville une équipe ancienne et usée, a amené beaucoup de rancœur dans les rangs de la droite locale.

Beaucoup de femmes et d'hommes n'ont pas compris que Raymond Boisdé n'ait pas laissé la place à l'équipe de Bourges-Espoir, qui pouvait être une alternative intéressante. Alors, de nombreux Berruyers, pas plus communistes que socialistes, ont avant tout voté contre l'équipe du maire sortant, en voulant lui faire comprendre qu'il devait laisser la place. Ils ne supportaient plus que leur maire soit continuellement entre Paris et la Côte d'Azur, où il séjournait longuement pour des raisons de santé, et que la gestion municipale soit assurée par "l'entourage" du maire.

Raymond Boisdé part, sans doute avec beaucoup d'amertume et d'incompréhension. Il laisse flotter sur la mairie "le drapeau rouge", pour reprendre l'expression de plusieurs de ses amis au soir de la défaite, ils sont "sonnés" et se laissent aller à beaucoup de fantasmes, ne comprenant pas ce qui leur arrive.
Jacques Rimbault est un inconnu pour la majorité des Berruyers. La plupart ne retiennent que son étiquette. Il est né en 1929 d'une vieille famille berrichonne. Il fait ses classes dans les maquis de la Résistance avant de suivre les écoles traditionnelles du "Parti".
Ajusteur de métier, il travailla à la pyrotechnie, puis à la SNCAC.
La politique prend vite le devant parmi ses activités et il est élu Conseiller Municipal de Vierzon en 1953, puis Maire-adjoint de Vierzon lors du scrutin de 1959, il est le troisième sur la liste, le maire étant Léo Mérigot.
Le Parti reconnaît sa valeur et il entre au Comité Central du Parti Communiste en 1964. Il passe progressivement de Vierzon à Bourges, en étant d'abord élu conseiller général du Cher en 1973, puis maire de Bourges à la suite des élections de mars 77.
En 1977, il passe pour un militant convaincu et sans faille du Parti Communiste, il sait s'entourer d'une bonne équipe, et connaît la faiblesse de ses partenaires socialistes pour éviter toute crise grave. On le dit "persévérant, réfléchi, un aspect(faussement) débonnaire, un petit côté fouineur", c'est la description qu'en fait Pierre Favre qui le connaîtra lors des Printemps de Bourges.

Jacques Rimbault, quelques semaines avant sa disparition, à qui j'avais demandé une photographie symbolisant pour lui la victoire de 1977, m'avait fait parvenir un document où il apparaît entouré de son équipe:

 

La liste des 37 élus du nouveau Conseil municipal :

Il n'y a pas à cette époque d'Opposition et les 37 élus sont tous de la même liste, celle de Jacques Rimbault.

- Jacques Rimbault, conseiller général

- Jean Roger, directeur honoraire des Cours municipaux.

- Edme Boiché, agriculteur

- Marguerite Renaudat conseiller général

- Robert Guérin, chirurgien dentiste

- Gilbert Camuzat, spécialiste de laboratoire

- Charles Parnet, Instituteur

- Pierre Ferdonnet, cheminot

- Lucette Eberhard, commerçante

- Michel Picard, géographe

- Claude Joly, infirmier

- Nicole Gaspon, conseillère d'orientation

- Yvon Perruchot, professeur

- Rémy Perrot, ajusteur

- Paul Ganes, professeur d'enseignement général

- Joël Chavanaz, dessinateur à l'EFAB

- Olivier Vignolet, technicien

- Bernadette Gimonet, secrétaire d'entreprise artisanale

- Daniel Robin, ouvrier aux Ets Militaires

- Bernard Gourdon, directeur d'école

- Marie-Paule Prot, psychologue

- Jean-Michel Auger, contrôleur

- André Lafond ouvrier spécialisé

- Pierre Houques, animateur d'éducation populaire

- Monique Verdier, médecin psychiatre

- Jack Baboulène, employé

- Jacques Gonzalès, professeur d'éducation physique et sportive

- Pierre Effa, Inspecteur principal des PTT.

- Alain Méchin, infirmier

- Annie Frison, enseignante,

- Jean Paul Clavier, préparateur en informatique à la SNIAS

- Clément Jegou, instituteur

- Michel Quérault, chirurgien-dentiste

- Micheline Sandrier, infirmière au Centre Hospitalier

- Michel Berthot, artisan carrossier

- Joël Couturier, éducateur enfance inadaptée

- Alain Gauvin, employé PTT.

Il faut remarque que cette liste est basée sur des enseignants, des employés à la SNIAS et Ets militaires.
(pour la SNIAS, ils sont 4 alors que un seul est marqué SNIAS)
Peu de femmes, 7 sur 37 comme sur toutes les listes de l'époque.
 
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