L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES
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MAI 68 A BOURGES ....
Par Roland NARBOUX

Curieux mois de mai à Bourges en 1968, loin de Paris et du quartier Latin. La vie calme dans une petite ville de province ... Même durant une "mini-révolution".

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Version 2009

 

Les événements de mai 68, pas plus à Bourges que dans tout le pays, n'ont été prévus. Si Pierre Viansson-Ponté, dans le journal "Le Monde", écrit que "La France s'ennuie", ce n'est pas le signal automatique d'une petite révolution.

Début mai 1968 à Bourges, le préfet du Cher, Jean Escande, inaugure une manifestation du centenaire de la race ovine, et le projecteur est braqué sur "la Berrichonne du Cher". Assistent à cette journée, M. Jamain, Président du Conseil général du Cher, ainsi que le sénateur Durand.
Dans le Cher, Jacques Mitterrand, ancien conseiller municipal de Bourges, vient parler de la franc-maçonnerie au Mac-Nab de Vierzon, les journaux parlent de cet éternel opposant à la Ve République, comme du "nouveau Jaurès" berrichon.
Plus loin, à Paris, des Américains et des Nord-Vietnamiens se rencontrent et discutent pour une paix en Indochine. Il y a de l'effervescence à Paris dans le milieu des étudiants, mais cela ne fait pas encore les titres de la presse locale.

L'actualité locale est aussi industrielle avec l'inauguration d'une nouvelle unité de l'usine Rosières, laquelle s'implante à Saint-Doulchard. C'est Georges Touraud, le Président de la société, et Louis Magdelenat qui accueillent leurs invités le 8 mai. Rosières devient le troisième fabriquant d'appareils de cuisine. Après une courte visite de l'ancienne usine sur le site de Rosières avec la fonderie, la chaîne de montage, de rivetage et d'émaillage, c'est le déplacement vers la nouvelle unité de Saint-Doulchard.
Sur 18 500 mètres carrés, il y a déjà 140 personnes et l'effectif doit augmenter dans les semaines à venir. Chacun admire la chaîne d'assemblage avec des fours de cuisson qui développent une puissance de 500 kW.

Ce même 8 mai, alors qu'une manifestation du souvenir est organisée de manière très traditionnelle, la Maison de la Culture propose Antigone par le Living Theater et les cinémas jouent "Le passage du Rhin" avec Aznavour, ou "A coeur joie", un film avec notre BB nationale.

La presse quotidienne du Berry est donc essentiellement consacrée aux faits courants de l'actualité locale, et ce n'est que le 10 mai 68 qu'un communiqué du Parti Communiste appelle les Berrichons à la vigilance.
A Paris, les étudiants de Nanterre ou de la Sorbone, avec le trio Geismar, Sauvageot et Cohn Bendit commencent "leur révolution", celle des fils de bourgeois, comme le commenteront certains journalistes ou hommes politiques.

 

Le Berry se veut solidaire de ces étudiants qui ont manifesté la nuit du 10 au 11 mai, ils ont brûlé des voitures rue Gay-Lussac et reçu quelques grenades lacrymogènes et autres coups de matraques. A l'appel de la C.G.T., de la C.F.D.T., de F.O., de la F.E.N., ils sont près de 3000 à se rendre au Monument aux Morts de la Résistance. Les orateurs se succèdent : Mrs Pillet, Faucard, et Renaudat alors que M. Chauvaux, pour l'U.N.E.F., c'est-à-dire l'Union Nationale des Etudiants de France qui est à la tête du mouvement parisien, s'exprime en dénonçant "l'attitude inqualifiable des forces de l'ordre". Mais ce n'est pas encore la vraie révolution, puisque l'orateur d'un jour, s'il rend hommage aux "étudiants qui ont fait face avec courage aux forces de l'ordre", termine son propos en "demandant qu'un dialogue soit ouvert".

Les étudiants de Paris manifestent, occupent les facultés, et bientôt, ils sont rejoints par l'ensemble du monde du travail. La révolte des salariés, avec grèves et occupation d'usine, commence dans l'usine de Sud-Aviation à Nantes, et se propage en quelques jours dans tout le pays.
A Bourges, Nord-Aviation est en grève. Elle est suivie par 60% des employés, alors qu'EDF l'est à 90%. Quant aux Etablissement Militaires, ils ne sont que 50 % à entrer dans le conflit. Le 20 mai, c'est la grève générale. Lorsque Jean Patant anime ses jeux aux Nouvelles Galeries, en distribuant du haut de son podium, plus de 2000 francs de cadeaux, le personnel vote la grève à une large majorité de plus de 75%.

Les élèves des lycées de Bourges veulent se retrouver aux premières loges du conflit et se découvrent de nombreuses revendications. A la Maison de la Culture, c'est l'effervescence. Tous les élèves des établissements secondaires veulent faire comme "les grands du quartier latin". C'est un joyeux tumulte. Les interventions sont nombreuses et parfois curieuses, c'est le "je boycotte le bac et je fais grève" dira une élève de terminale, alors que d'autres ne veulent "pas de politique". Le Berry Républicain parlera dans ses colonnes d'un match de catch, avec ce commentaire plein de bon sens : "que c'est dur l'apprentissage de la liberté". Parmi les éléments "moteurs", les étudiants de l'Ecole des Beaux-Arts auront aussi un rôle important, pour mobilier et organiser les manifestations.

 

Phénomène plus sérieux, les entreprises du département, une à une, se mettent en grève, c'est l'E.F.A.B. qui s'arrête de travailler le 23 mai, suivi de l'E.T.B.S., puis des Grands magasins de Bourges. Sur le front des grèves, titre le Berry Républicain, avec la grande manifestation du 27 mai qui réunit, dans le calme, plus de 3000 personnes.
A Bourges, le député-maire n'est guère visible, il est continuellement entre Paris et la capitale du Berry. Une confidence d'Alfred Depège signalait qu'il ne restait pas un seul adjoint ou conseiller municipal en poste à l'Hôtel de Ville. Les accords de Grenelle, au plan local, ont été négociés entre M. Chouard et les syndicats de la ville.
Tout basculera en quelques heures, avec le départ du général de Gaulle qui "disparaît" chez Massu en Allemagne pour une demi-journée, avant de reprendre en main le pays par un de ses discours radiodiffusés dont il avait le secret.
Le soir même, à Paris, une manifestation gaulliste, emmenée par Malraux et Debré, les fidèles parmi les fidèles, réunit près de 1 million de personnes, elles sont venus soutenir de Gaulle, et arrêter en quelque sorte.... leurs propres enfants.

La reprise de l'activité commence à partir du 6 juin.

Certaines entreprises comme Nord-Aviation qui s'était mise en grève un peu plus tard que d'autres, poursuit le conflit qui devient assez dur, jusqu'au 16 juin, date à laquelle la chaîne des Transall, toute nouvelle, se remet en route.

Quelques semaines plus tard, les 24 et 31 juin 1968, les "élections de la peur" vont envoyer à la Chambre des Députés une majorité écrasante de gaullistes. C'est ainsi que le département du Cher aura pour député Raymond Boisdé, pour Bourges, Boinvilliers pour Vierzon et Maurice Papon pour Saint-Amand. Les Français peuvent à nouveau penser à leurs vacances.

Tout redevint normal en Berry et à Bourges, et en cette fin juin, André Chanson inaugure les Archives Départementales, lesquelles sont situées rue Fernault. Mais le nouveau local s'avérera encore trop petit, et elles déménageront quelques années plus tard vers le Val d'Auron..

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