Serge Lepeltier - legion d'honneur - Bourges encyclopédie -

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LES DISCOURS DE LA REMISE DE LA LEGION D'HONNEUR A M. SERGE LEPELTIER, MAIRE DE BOURGES
Par Roland NARBOUX

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RETOUR LEPELTIER

Voici les deux discours prononcées par Yvon Mautret le 11 mlars 2006, lors de la remise de la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur à Serge Lepeltier, ancien ministre de l'écologie et maire de Bourges.

Discours de M. Yvon Mautret ( voir la réponse de M Serge Lepeltier en cliquant ici

Remise de l'insigne de Chevalier de la Légion d'Honneur à Mr Serge LEPELTIER, ancien Ministre, Maire de Bourges,
Président de Bourges Plus.

Monsieur le Ministre, Monsieur le Maire, Monsieur le Président.

Si vous me le permettez je m'adresserai à vous en votre qualité de Maire puisque nous sommes ici dans votre Mairie.

Monsieur le Maire je veux tout d'abord vous remercier d'avoir choisi ce lieu pour recevoir votre distinction, en présence de nombreux berruyers, alors que vous auriez pu, légitimement, être reçu dans votre grade au sein des Palais parisiens.
Cette décision marque l'attachement, j'allais dire l'affection, que vous portez à votre ville et à ses habitants.
Je voudrais également vous remercier d'avoir demandé à l'un des membres de votre conseil municipal d'officier pour cette cérémonie.
Au-delà de l'honneur personnel que vous me faites et de l'amitié que vous me témoignez, c'est à votre équipe municipale que vous marquez votre reconnaissance pour avoir, à vos côtés, partagé une partie de l'action qui concourre à la distinction que vous recevez aujourd'hui.
Monsieur le Maire l'insigne que vous allez recevoir dans quelques instants est le premier degré de la plus haute distinction que l'Etat français attribue à celles et ceux qui ont acquis des mérites éminents au service de la Nation à titre civil ou militaire.
 
L'Ordre National de la Légion d'Honneur a été créé sous BONAPARTE par la loi du 29 Floréal de l'AN X -
Soit le 19 mai 1802.
 
Elle fut promulguée 2 ans plus tard - le 11 juillet 1804 - après que BONAPARTE fût devenu NAPOLEON.
Les premières remises eurent lieu le 15 juillet 1804 en l'église des Invalides où l'Empereur remit la croix blanche à cinq branches sur ruban rouge à quelques…. 1600 récipiendaires.

L'Ordre comporte Cinq degrés constitués de trois grades et de deux dignités.

Cinq, un nombre qui vous plait bien et sur lequel je reviendrai.

C'est le décret du 31 décembre 2005 qui, sur proposition du Président de la République, vous nomme au titre du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable au grade de Chevalier pour, je cite, " 27 ans de services civils, d'activités professionnelles et de fonctions électives. "

Cette formule lapidaire cache des mérites qui furent justement appréciés par le Conseil de l'Ordre.

Aussi convient-il, Monsieur le Maire, dans le cadre de cette cérémonie de les porter à la connaissance de l'assemblée et de dévoiler quelques aspects de votre parcours.

Vous êtes né le 12 octobre 1953 au VEURDRE charmant village situé aux confins des départements du Cher et de l'Allier au bord du " fleuve ".

Car pour vous le débat est tranché, l'Allier c'est le fleuve.
Mieux que les géographes, les saumons qui comme chacun sait remontent les fleuves, l'ont désigné en prenant à droite au Bec d'Allier.
Bec d'Allier que quelques décennies plus tard, devenu Ministre, vous classiez en zone naturelle pour en préserver l'extraordinaire patrimoine.
Ainsi le " fleuve " allait rythmer votre prime enfance car tout naturellement il attirait les jeunes du village. Vous y passerez des journées entières à en découvrir tous les secrets et les dangers. C'est là, avec les copains, que vous apprenez à nager.
Au risque de goûter aux pièges qu'il cache.
Que de souvenirs vous gardez des journées, des pique-niques au bord de l'eau.
Qui voudrait croire qu'il n'y a pas là, la source de responsabilités futures et le germe d'une passion qui vous conduira plus tard à la découverte des fonds marins de la planète.
Mais à cette époque vous avez également un autre lieu d'intérêt, l'école.
C'est certainement ce qui a le plus marqué vos proches. L'énergie que vous déployiez à apprendre leur a laissé l'image d'un garçon studieux, volontaire et au caractère bien trempé.
Pour pas dire rebelle.
A quatre ans, vous quittez sur votre petit vélo la ferme de votre grand'mère, où vous passiez vos vacances, pour vous rendre, par un chemin interdit car semé d'embûches, à la cabine téléphonique du village voisin et demander que l'on prévienne votre maman car vous voulez rentrer à la maison. Non mais !
Mais revenons à l'école.
Votre maîtresse d'école, Madame BOUTET, conserve de vous le souvenir d'un élève décidé manifestant une permanente soif d'apprendre et elle résume " brillant ".
Cette volonté marquée vous amène à solliciter votre départ pour la pension un an avant l'âge requis.
C'est donc dès la 7ème que vous intégrez le pensionnat Saint Gilles à MOULINS.

Après la 3ème c'est le départ pour CLERMONT et le Bac avec mention.

Ainsi armé vous montez à PARIS pour préparer le concours d'entrée à HEC au collège STANISLAS.

Au cours de cette " Prépa " votre goût immodéré pour les mathématiques vous amène à quelquefois passer au tableau pour aider le prof à trouver la solution … voire le corriger.

Et vous marquerez l'histoire du concours en obtenant le premier la note de 20/20 en maths.

En 76 vous sortez en bon rang de HEC dans la promotion MONA LISA.

Pendant cette période vous entreprendrez deux voyages, que vous qualifiez vous-même d'initiatiques, qui vous permettront de rassasier votre curiosité naturelle.
Le premier est collectif et vous mène, vous et vos amis, au CAP NORD et à la découverte des fjords scandinaves.
Outre les paysages grandioses vous découvrez lors de ce voyage le rôle essentiel et capricieux du delco dans le fonctionnement du moteur d'une 4 L.
Le second voyage est solitaire et se déroule à l'issue de votre stage auprès du Bureau de la Planification de l'Etat de l'Equateur.
Pendant deux mois vous parcourez, seul, sac sur le dos, l'Equateur, la Colombie, le Pérou. Vous découvrez les Andes, et ses trains montagnards, l'Amazonie et ses pirogues instables. Mais aussi les interminables trajets en bus que vous mettez à profit pour lire PROUST qui prend toute sa dimension dans ces immenses paysages….
Puis c'est le retour en France pour préparer l'entrée à l'ENA. Trahi par la langue de la perfide Albion vous terminez aux portes de l'institution puisque vous êtes le premier des non admis.
Tout laissait à penser que vous tenteriez à nouveau le concours mais vous préférez répondre à la demande du président du RPR Jacques CHIRAC de vous rendre en Meurthe et Moselle pour vous frotter au combat politique lors des législatives de 1978.
Dans un bastion acquis à la gauche vous réalisez un résultat tout à fait honorable.
En effet dès 1975 vous aviez concrétisé votre engagement au sein du mouvement Gaulliste en adhérant à l'UDR qui deviendra le RPR fin 1976, et participé de façon très active à la campagne municipale de 77 dans le 15ème arrondissement de PARIS.

A l'issue des législatives de 78 vous restez en Lorraine pour y effectuer votre service militaire.

Pendant lequel, pour comme qui dirait conserver la main, vous sollicitez une permission spéciale pour vous présenter à une élection cantonale locale.

C'est à cette même époque que vous rencontrez VIVIANE et décidez de vous lancer dans la vie professionnelle.

Votre premier poste vous le prenez en 79 à ORLEANS où vous assumez la fonction de responsable des achats de la Société QUELLE.

Puis vous partez vers le sud à RASTEAU - Vaucluse - pour prendre de 80 à 86 la direction générale de la coopérative vinicole qui connaît sous votre houlette un développement conséquent car vous parcourez le monde pour vendre son Côte du Rhône Village et son Vin Doux Naturel.
Vous triplez le nombre de bouteilles vendues et réussissez à imposer ses vins à l'exportation.
Puis c'est le retour au pays, ou presque.
En 86 vous êtes appelé par votre oncle, François LEPELTIER, pour prendre auprès de lui la direction générale de son entreprise dont le siège est à Saint-Doulchard.
En 87 vous devenez président du Syndicat des Entrepreneurs de Travaux Publics du Cher.
En 89 votre oncle vend son entreprise au Groupe des Ciments Français qui vous demande d'en conserver la direction générale.
De 91 à 93 vous devenez secrétaire général de l'Union Nationale de la Maçonnerie, l'une des branches de la Fédération Nationale du Bâtiment à PARIS.
Mais ces années n'ont pas été consacrées à vos seules activités professionnelles.

Dès votre arrivée en BERRY vous reprenez du service actif au RPR et figurez sur la liste UDF/RPR que Camille MICHEL conduira aux municipales de 89.

Les résultats ne sont pas à la hauteur de vos espoirs et de votre ambition pour BOURGES. La démission de Camille MICHEL vous fait accéder au rang de Conseiller Municipal d'opposition.

Je me souviens que dès votre arrivée parmi nous vous aviez annoncé clairement vos intentions.

Vous ambitionniez de jouer un rôle important au sein de l'opposition et définissiez votre stratégie de conquête pour enlever la mairie dès 95.

Quelques uns furent surpris voire dubitatifs devant une telle assurance. C'était mal vous connaître….

Vous devenez Secrétaire Départemental du RPR en 90. Conseiller Régional en 92.

Candidat aux législatives de 93 vous enlevez la 3ème circonscription du Cher.
C'est à n'en pas douter une étape importante de votre projet.
En 94 vous faites votre entrée au CONSEIL GENERAL du CHER après avoir conquis le siège du Canton 2 de Bourges.
Mais votre objectif reste les municipales de 95. Vous constituez une équipe RPR/UDF élargie à des personnalités recherchées en dehors des partis et vous devenez MAIRE de Bourges en JUIN 95.
Les choses semblent en ordre de marche pour assumer vos mandats dans la durée. Mais 97 viendra troubler, pour le moins, l'ordre établi.
L'échec de cette seconde campagne législative aurait pu vous marquer durablement. Mais " A vaillants cœurs rien d'impossible " et en attendant vous vous concentrez sur les grands dossiers municipaux tout en prenant le temps d'écrire un livre, " Jacques Cœur, l'Argentier du Roi ".
De ce personnage qui vous fascine par son modernisme, vous dites qu'il fut le précurseur des grands commis de l'Etat.
Mais vous dites également que le maire de Bourges doit détenir un mandat national afin de servir au mieux les intérêts de sa ville.
Vous saisissez l'opportunité des sénatoriales de 1998 et reprenez chaque semaine le chemin de Paris.
Sénateur vous prenez à bras le corps l'important dossier de l'environnement et devenez rapidement le spécialiste de l'effet de serre en rédigeant un rapport qui fera date. Puis vous élargissez vos compétences à tous les aspects du développement durable et de la mondialisation allant, jusqu'à vous intéresser aux nuisances environnementales de l'automobile, aux effets de la canicule….et plus récemment aux canons à neige….
Vous serez de tous les rendez-vous planétaires qui traiteront de ces sujets.

Puis arrive le second examen de passage municipal. Epreuve toujours difficile que vous remportez avec votre équipe dès le premier tour … un certain 11 MARS 2001 … !
Les berruyers ont reconnu le travail accompli au cours de votre premier mandat et vous donne raison à vous qui pensez que " votre travail est votre meilleur discours ".
Ce second mandat municipal verra se développer de nombreux dossiers essentiels pour votre ville.
Vous prendrez de nouvelles responsabilités au sein du RPR.
- secrétaire national à l'environnement,
- secrétaire général auprès de Michèle ALLIOT MARIE.
- puis Président Délégué.

A l'UMP ensuite vous êtes secrétaire général adjoint chargé des fédérations auprès de Alain JUPPE.

Mais pour qui douterait que vous soyez un homme actif. Il faut citer vos autres pôles d'intérêts, pendant cette période vous êtes :
- membre du Conseil National des Villes et du Développement Social Urbain,
- membre du Conseil de l'Observatoire de la Vie Etudiante,
- membre du Conseil National du Bruit,
- membre de l'Observatoire National des Effets du Réchauffement Climatique,
- membre de la Commission des Affaires Culturelles,
- vice-président de la Délégation pour la Planification,
- président de l'Association de la Qualité de l'Air en Région Centre (LIG'AIR)
- membre de la Délégation Aux Droits des Femmes.

Fin 2002, la Communauté d'Agglomération de Bourges est mise en place. Son Conseil Communautaire vous porte à la présidence le 30 novembre.

Commence alors pour vous un important travail de structuration de cette collectivité qui exige de par sa diversité des qualités d'écoute et de conviction dont vous saurez faire preuve.

Le 31 mars 2004, c'est à n'en pas douter votre maîtrise des sujets, nombreux, liés à l'environnement qui conduit le Premier Ministre Jean-Pierre RAFFARIN à vous proposer dans son gouvernement le portefeuille de Ministre de l'Ecologie et du Développement Durable.

Cette fonction, mieux cette mission, vous l'assumez avec la détermination qui vous caractérise. Vous vous libérez de vos mandats de Sénateur et de Maire, et pendant les 14 mois de votre présence au ministère, vous serez sur tous les fronts faisant avancer bien des dossiers, dont certains particulièrement sensibles - comme ceux de l'ours pyrénéen et du loup alpin -

Vous reprendrez également le très délicat dossier de la Loi sur
l'eau.
A la tête d'un Ministère particulièrement exposé vous saurez éviter les pièges d'une fonction très médiatisée.
Aussi est-ce pour nombre de vos amis une réelle surprise lorsqu'ils découvrent que vous ne figurez pas dans le gouvernement De VILLEPIN.
Vous devez à ce moment là, j'en suis sûr, ressentir le goût amer de la tâche inachevée et peut être de l'injustice.
Vous qui avez mis toute votre compétence, votre conviction, votre engagement sans réserve au service de votre Pays.
Cette décision n'a pu à l'évidence sanctionner votre action ministérielle mais seulement répondre à de subtils dosages politiques.
Qu'importe, vous n'abandonnerez pas l'écologie, bien au contraire cette liberté qui vous était ainsi rendue vous permettra, quelques mois plus tard, de créer votre propre mouvement national fondé sur l'Ecologie et l'Environnement.
Que vous nommez " VALEUR ECOLOGIE ".
Reprenant votre fauteuil de Maire que libère votre fidèle compagnon de route, Roland CHAMIOT, vous partez à la reconquête de votre siège de Sénateur libéré par votre suppléant, Georges GINOUX. L'un et l'autre agissant ainsi en toute loyauté à votre égard.
Cette reconquête n'aboutira pas et ne donnera pas au Maire de Bourges ce mandat national si utile à l'exercice de sa fonction.
Nulle vanité dans cette affirmation mais le constat d'une efficacité démontrée dans bien des dossiers.
Je ne prendrai pour exemple que le Plan de Renouvellement Urbain de Bourges. Aurions nous obtenu un tel résultat, même si le dossier était incontestablement de qualité, si le Sénateur puis le Ministre Serge LEPELTIER, ne l'avait pas accompagné ?

Certainement pas !

Qui peut aujourd'hui contester l'impact social et économique de ce projet pour Bourges et le Cher ?

Mais, à vos côtés depuis 1989, j'ai pu observer votre capacité à réagir lorsque survenait l'obstacle.

Je ne sais pas si vous êtes un disciple de SUN TZU ? Mais il y a dans votre façon d'affronter l'adversité un art que ne renierait pas le grand stratège Chinois.

SUN TZU pense en effet que la seule constance face à l'adversité est le changement prenant appui sur la théorie des cinq forces. Thème repris plus tard par MYAMOTO MUSASHI dans son traité des cinq roues.

CINQ un nombre qui vous va bien, vous qui en avez paré votre véhicule. Car il vous attire ce nombre CINQ par son symbolisme.
Somme du premier nombre pair et du premier nombre impair, il est signe d'union. Il est centre….Peut être est-ce pour cela que vous vous en rapprochez en politique en devenant Vice Président du Parti Radical Valoisien ?
Mais CINQ est aussi, et surtout pour vous, symbole de l'Homme et de l'Univers. De l'Ordre et de la Perfection… …votre goût pour les mathématiques certainement.
Nul doute que vous puisiez là votre réflexion.
Pour moi l'action que vous avez engagée ces derniers mois témoigne de cette référence.
Mais comprendre cette symbolique c'est aussi mieux vous connaître, découvrir ce que l'homme public dissimule de l'homme que vous êtes réellement.
Car vous ne vous livrez pas beaucoup Monsieur le Maire. Vous manifestez une grande discrétion sur vous-même, une réserve que certains qualifient de distante, ce qui n'est en réalité que pudeur à vous mettre en avant, à parler de vous.
De fait vous attendez que l'on vous découvre, et alors vous ne fuyez pas la question posée.
Je peux également témoigner d'une autre de vos qualités humaines, la fidélité en amitié. A vos côtés depuis 17 ans je ne vous ai jamais pris en défaut de non respect de la parole donnée ni des principes qui fondent votre action.
Monsieur le Maire, le parcours que je viens brièvement de retracer repose sur trois valeurs qui ont guidé votre vie :
- le travail, la compétence, l'efficacité.
Que ce soit dans votre activité professionnelle ou dans votre engagement politique vous avez toujours agi de la sorte, considérant que pesait sur vous une obligation de résultat.
C'est là, Monsieur le Maire, une qualité qui n'est pas si courante de nos jours notamment dans le monde politique où semble prévaloir l'obligation de moyens si ce n'est celle de l'intention.
 
Ce sont donc, Monsieur le Maire, vos qualités et vos résultats qui ont été appréciés, tant dans la gestion des affaires de votre ville, que dans vos fonctions parlementaires et ministérielles,
Et ont conduit

Monsieur le Président de la République à vous attribuer la distinction que je vais vous remettre en son nom.


Yvon MAUTRET
Bourges le 11 mars 2006.


Allocution de Serge LEPELTIER
A l'occasion de la remise de son Insigne de Chevalier de la Légion d'Honneur

Samedi 11 mars 2006
17 heures 30
Salons d'Honneur

Monsieur le Préfet,
Mes Chers Amis,

Merci à toi Yvon, de tous ces mots, et de toute cette, je dirais rétrospective. On a presque l'impression de voir toute sa vie défiler en quelques minutes.

C'est vrai je n'hésite pas à le dire que, lorsque le 1er janvier, j'ai reçu un SMS de ma directrice, de mon ancienne directrice de cabinet au ministère de l'écologie me félicitant de cette légion d'honneur, je l'ai donc appris par ce SMS, pourquoi ne pas le dire, j'ai été heureux et je me suis dit que ça n'était peut-être pas totalement mérité, parce que ça ne l'est jamais totalement, mais que ça l'était sûrement un peu.

Et bien sûr, à ce moment là, défilent beaucoup, beaucoup de choses dans votre tête et c'est peut être anodin de le dire mais aussitôt on pense à ses grands parents, grands parents qui ne sont plus là mais je sais que de là où ils sont, ils sont heureux, ils sont contents, ils sont fiers.

On pense à ses parents et on pense, à tout au fond, ce qui vous a fait, vous a construit.

J'ai été heureux pour deux ou plutôt trois raisons :

D'abord parce que la légion d'honneur c'est une reconnaissance de la Nation et je suis profondément attaché à la Nation, à la Nation française dans ce qu'elle représente, c'est-à-dire un ensemble de valeurs dans lesquelles nous nous reconnaissons.

Ensuite parce que cette reconnaissance de la Nation, elle a été créée par Bonaparte, par Napoléon. Je dis Napoléon parce que pour moi, l'un ne va pas sans l'autre et je ne fais pas, comme beaucoup, de distinction ; et mon gaullisme est très proche du bonapartisme et au fond je suis dans mon fonctionnement politique bonapartiste même si bien sûr aujourd'hui ça voudrait dire tout autre chose.

Et enfin parce que c'est Jacques Chirac qui personnellement a souhaité m'attribuer cette distinction ; et que tout mon engagement politique depuis 1975 où je suis rentré à l'UDR lorsqu'il venait de prendre la présidence ou le secrétariat général plutôt de l' UDR ; toute ma vie politique a été derrière lui et plus récemment évidemment auprès de lui.

Et j'ai eu cette chance formidable de le côtoyer ; et je dis souvent que les Français ne connaissent pas leur Président de la République.

Puisque j'ai eu cette chance de passer plusieurs fois, plusieurs heures 8/9 Heures, dans l'avion présidentiel en face de lui venant d'Afrique, parlant d'Afrique qu'il connaît mieux que tout le monde, parlant de la communauté la plus éloignée de la forêt africaine, parlant de tel ou tel pays. J'ai pu parler avec lui de l'Asie, du Proche et Moyen Orient, de la Russie. Et sa culture, sa connaissance est immense et ça toujours été un plaisir extraordinaire et je le dis une chance.

Alors on se dit, après avoir entendu défilé le passé dans la bouche d'Yvon, Pourquoi et comment ?

Pourquoi d'abord ? Pourquoi ? Je crois qu'il y a deux motivations qui en sont à la source. Je n'ai jamais envisagé ma vie sans politique ou en tous cas si je n'avais pas été engagé en politique j'aurais, à la fin de ma vie, considéré que j'étais passé à coté de ma vie. C'est donc deux éléments :

Le premier c'est de Gaulle, c'est profondément de Gaulle, le comportement , le fonctionnement, la science du pouvoir, ce lien à la France, cette façon de dépasser ce qu'on appellerait aujourd'hui les sondages et l'opinion publique, cette manière d'être souvent décalé par rapport à ce que les médias disaient, par rapport à ce que l'on voulait bien faire dire à l'opinion publique à l'époque, cette façon de prendre des décisions pour notre pays sur le long terme même si elles étaient impopulaires. C'est donc d'abord de Gaulle.

 

Et puis le deuxième élément c'est… on dira beaucoup, c'est vrai, que quand on fait de la politique on a l'amour du pouvoir, on a de l'ambition. C'est vrai et d'ailleurs je considère que l'ambition c'est, on ne devient pas Maire de Bourges, Parlementaire, Ministre sans avoir de l'ambition et je pense que c'est porteur, que c'est un élément moteur. Mais le deuxième élément c'est encore plus chez moi la curiosité, la curiosité pour savoir comment ça fonctionne.

Et c'est vrai que d'avoir eu la chance d'être membre du gouvernement, c'est-à-dire au cœur du pouvoir, c'est-à-dire là où les choses se décident, là où les choses se mettent en place, a été pour moi comme une sorte d'accomplissement.

Mais après le pourquoi, le comment ? Alors comment, comment tout cela ?

Il y a en premier et c'est essentiel l'éducation et la formation. L'éducation et la formation. L'éducation on l'a d'abord dans la famille. Et ma famille, mes parents, mes frère et sœur, que j'ai dû quelquefois supporter, m'ont apporté au milieu d'une ambiance familiale un peu mouvementée, m'ont apporté l'affection et l'amour et c'est déterminant. Il y a eu aussi dans notre éducation donnée par ma mère et mon père deux choses très marquantes :

D'abord le respect, la politesse, le respect des autres. Dans la politesse, il y a ce respect des autres et c'est pour moi une inquiétude profonde que l'éducation aujourd'hui ne donne plus ce respect nécessaire, indispensable, la politesse, la façon de s'exprimer.

Deuxième chose, et je ne sais pas si je l'ai dit un jour à mon père, mais c'est aujourd'hui l'occasion de tout se dire, c'est la valeur des mots. A la maison nous n'avions pas le droit de dire des gros mots et je n'en ai jamais beaucoup entendu à la maison. Et là aussi c'est quelque chose d'essentiel parce que cela donne une marque, une limite. Et lorsque j'entends à la télévision certains mots, je suis choqué et je me rappelle quelques réactions parfois violentes, ça lui arrivait, de notre père.

Ceci m'a donné pour la suite l'importance, l'essentiel de la langue française, cette langue qui nous unit tous au sein de notre pays. Et nous l'oublions quelquefois, et aujourd'hui c'est aussi un drame pour notre pays de voir que nous ne parlons pas de la même façon, nous n'employons quasiment plus la même langue selon les quartiers, selon les milieux où nous vivons. Et que le français qui est au fond la matrice de ce que nous sommes soit si profondément abîmé. Et bien c'est une source d'affaiblissement de notre unité nationale.

Et, naturellement, au-delà de l'Education il y a la Formation.

Je dis ma conviction que le plus bel héritage que l'on puisse avoir, c'est l'Education et la Formation. J'ai eu cette chance de faire ce qu'on appelle les grandes écoles. C'est vrai, c'est beaucoup de travail, beaucoup de volonté, beaucoup quelquefois d'abnégation. Pendant les moments où nous passons les concours et où nous travaillons ; mais c'est pour la suite quelque chose que nous avons, que nous intégrons totalement en nous et je ne remercierai jamais assez mes parents de m'avoir permis de faire ces études.

Ce qui m'a permis de, d'être sensible au-delà des maths à une certaine culture d'ailleurs profondément liée à notre langue.

Yvon le disait tout à l'heure, Marcel Proust est pour moi quelqu'un de majeur dans la façon dont il exprime la langue française et l'atmosphère de notre pays. Mais ça été aussi grâce à un professeur qui faisait partie des nouveaux philosophes, qui est décédé maintenant, et qui s'appelait Jean Marie Benoist, l'accès au structuralisme avec en particulier Roland Barthes , le degré zéro de l'écriture, qui fait passer l'importance du mot au dessus de tout.

Et aujourd'hui si je lis beaucoup moins, je lis tout de même un peu pendant les vacances, mes amis le savent puisque quand nous partons en plongée sous marine, lorsque nous sommes sur le bateau, en dehors des apéritifs qui prennent, c'est vrai, beaucoup de temps, j'ai le plus souvent un livre à la main. Aujourd'hui pour leur façon très pure de travailler la langue française, même si nous ne sommes pas dans le même registre, ce sont des auteurs comme Eric Orsenna, Jean Raspail ou Jean d'Ormesson mais aussi Fernand Braudel qui présente si bien ce qu'est la France.

Cette formation, cet acquis est quelque chose de tout à fait fondamental.

Alors comment ? bien sûr avec cette formation mais aussi avec le courage, avec la volonté il en faut beaucoup en politique. C'est pourquoi, j'ai beaucoup de respect pour le militantisme de toute nature, qu'il soit associatif ou politique, qu'il soit dans mon parti mais aussi dans les autres. J'ai beaucoup de respect pour les militants communistes ou les militants socialistes parce que ce qui est l'essentiel en fait, c'est de croire à quelque chose.

Je suis aussi très attaché et donc inquiet pour notre pays sur la valeur travail. Le travail est une façon de se construire personnellement et si nous n'avons pas au cours de notre vie eu du bonheur dans notre travail, si nous n'avons pas pu avancer dans notre travail, je crois vraiment qu'on passe largement à coté de sa propre vie.

Et puis il y a évidemment les objectifs que l'on se donne au fur et à mesure et l'attachement que l'on a pour certaines causes ou pour certains éléments de ce qui constitue notre vie.

Il y en a pour moi deux qui m'ont et me font avancer :

D'abord Bourges. D'abord Bourges notre ville et les berruyers. Bourges notre ville avec laquelle j'ai eu, je me les rappelle, deux chocs où j'ai pris conscience de ce qu'était Bourges.

Nous étions, nous, à la limite du Cher et de l'Allier et nous passions très souvent à Bourges en nous rendant à Quincy et on passait à l'époque, il n'y avait pas de boulevard de l'avenir, donc on passait soit par la rue moyenne soit par la maison de la culture et la rampe Marceau.

Et il m'est arrivé une fois, lorsque j'étais tout à fait adolescent de, on devait vraisemblablement faire des courses et on a dû, nous sommes passés place Gordaine et rue Mirebeau, on y passait en voiture à l'époque et j'avais été littéralement pris à la gorge par la beauté des maisons à pan de bois et de ces rues du vieux Bourges qu'à l'époque je connaissais peu parce que tout simplement on passait le plus souvent par la rue Moyenne.

Et deuxième chose: un moment de communion solennelle dans la cathédrale où, vraiment écrasé par le mystère de ce monument, son caractère mystique, je crois en avoir tiré la source de la suite.

Et puis évidemment la deuxième chose qui s'est inscrite progressivement en moi c'est l'écologie ; tout simplement parce qu'en travaillant sur ce thème j'ai compris combien l'homme dans son progrès, et pourtant je suis très attaché au progrès, combien l'homme pouvait ne pas réaliser tout ce qu'il entraîne comme détériorations.

Et au-delà bien sûr d'autres thèmes. Quand on fait de la politique, on a bien d'autres préoccupations, je parlais du travail, de la valeur travail et aussi du respect de la personne, de la diversité, de la tolérance. Tout cela est chez moi très important mais cette valeur écologie sera de toute façon dans le futur au cœur de mes combats.

On sait mon combat contre le changement climatique mais dans mes fonctions ministérielles j'ai aussi compris ce que voulait dire la défense de la faune sauvage : le loup, l'ours qui sont au cœur de ce lien entre l'homme et la nature.

Je ne suis pas sûr que la population, que nous ayons tous compris l'importance de ce lien mais ce sera pour l'avenir, lorsque je vois, aujourd'hui, ce que font les Japonais avec les baleines, l'horreur des images que nous voyons quelquefois, je me dis qu'il faut absolument que nous fassions beaucoup de pédagogie. Car comment pourrions nous demander aux Japonais de préserver les baleines si nous ne préservons pas nos ours et nos loups.

 

Vous dire aussi que tout au long de ce qu'a été et est ma carrière politique, ce qui est essentiel pour moi c'est que, dans notre façon de fonctionner, dans ce que nous sommes, nous soyons des hommes et des femmes de convictions et surtout pas des hommes et des femmes de certitudes. Et je crois que la politique, et d'autres secteurs aussi, mais la politique en particulier souffre trop de personnes qui ont justement des certitudes, peut-être des convictions, en tous cas on peut l'espérer, mais qui font passer les certitudes avant les convictions.

Il ne faut pas avoir de certitudes, il faut avoir des convictions.

Je souhaite enfin vous remercier tous ; remercier toutes celles et tous ceux qui m'ont accompagné, qui ont été d'une fidélité exemplaire, d'une loyauté exemplaire ; celles et ceux qui m'ont accueilli au RPR lorsque je suis revenu à Bourges en 1986 et il n'y avait pas tellement de raison à l'époque de croire en moi ; toutes celles et tous ceux qui m'ont accompagné au conseil municipal depuis maintenant plus de dix ans.

C'est pourquoi je souhaitais beaucoup que ce soit toi, Yvon, qui me remette cette décoration puisque nous restons les deux seuls au conseil municipal de la période où nous étions dans l'opposition ; et ton amitié et ta loyauté ont toujours été là ; et à travers toi, c'est le lien avec Bourges, le lien avec le conseil municipal, avec les services de la ville que je souhaitais marquer.

Merci à toutes celles et tous ceux qui m'accompagnent aujourd'hui à l'agglomération ; toutes celles et tous ceux qui m'ont accompagné dans mes fonctions parlementaires, dans mes fonctions ministérielles ; j'ai eu là beaucoup, beaucoup de bonheur ; j'ai eu la chance d'avoir des collaborateurs de très, très grande qualité, avec beaucoup d'intelligence et surtout beaucoup d'amour de notre pays et de notre mission.

Donc vous remercier tous, Sachez que si vous êtes là c'est parce que je souhaitais vous dire un grand, grand merci.

Vous savez, on me présente souvent, mes concurrents le font en tous cas, et pas seulement mes concurrents, souvent on dit que je suis froid, distant ; alors évidemment mes amis disent dans ce cas là que je suis réservé, que je suis travailleur, qu'il ne faut pas l'oublier. Mais je voudrais vous dire que j'ai bien conscience de cela, mais que c'est d'abord de la pudeur.

Et ce n'est pas de la pudeur pour moi. Quand on fait de la politique, il faut très vite oublier sa propre pudeur, on dit tellement de choses sur nous, les hommes politiques que l'on aurait vite fait de perdre pied. Mais c'est de la pudeur pour les autres. Moi, je veux simplement vous dire que j'aime les autres, j'aime les personnes, j'aime les individus pour ce qu'ils sont dans leur identité. Dans chaque regard il y a de la lumière. Je les aime profondément. Sinon je ne ferais pas de politique.

J'aime les échanges, j'aime les contacts avec chacune et chacun, j'aime les débats, les discussions et souvent d'ailleurs avec des personnes qui ne sont pas du même bord politique que moi parce que cet échange est pour moi essentiel.

Cette pudeur, elle est pour les autres, parce que j'ai souvent considéré que le coté embrassade, le coté tape dans le dos, pouvait être au fond, parce que c'est tellement souvent oublié dans la minute qui suit, était une violation des autres. C'est souvent un irrespect des autres et ça je n'ai jamais pu, même si à quelques moments, je me suis un peu forcé. Mes amis le savent.

Mais je n'ai jamais pu m'enlever cette idée que c'était souvent rabaisser les autres que d'avoir par trop ce comportement, souvent avant tout démagogique. Soyez donc persuadé que ce n'est pas de la froideur, que ce n'est pas de la distance, que ce n'est pas de la fierté mal placée même si je suis souvent fier de ce que j'ai pu faire, mais que c'est tout simplement au sens vrai du terme de l'amour des autres.

Je voudrais enfin, après vous avoir dit ce grand merci à vous tous, mais aussi à ma famille qui est autour de moi aujourd'hui, je n'oublie pas mon oncle qui m'a fait confiance en m'appelant auprès de lui.

Je voudrais, puisqu'Yvon a dit que j'étais attaché au nombre cinq ; je ne suis pas habitué, vous le savez à truffer mes discours de citations, mais je voudrais, peut-être pas que de citations, je voudrais vous citer cinq devises ou citations :

La première, c'est la devise de mon école HEC à laquelle je suis très attaché et que j'ai eu le bonheur de faire c'est " Apprendre à oser ". Dans la vie il faut apprendre à oser, il faut apprendre à se dépasser et c'est un vrai moteur.

La deuxième c'est une citation de Jean Yanne et c'est " Tout le monde veut sauver la planète, mais personne ne veut descendre la poubelle ".

La troisième, c'est une citation de Simone Weil la philosophe qui dit " Ce n'est pas le chemin qui est difficile, c'est le difficile qui est le chemin ".

La quatrième c'est une citation de Saint Augustin qui correspond à ce que je crois aujourd'hui de l'écologie. Cette citation c'est " Rien n'est jamais perdu tant qu'il reste l'inquiétude ". Et je suis, quant à moi profondément inquiet pour notre planète, mais je crois aussi que cette inquiétude peut être génératrice d'optimisme pour l'avenir. " Rien n'est jamais perdu tant qu'il reste l'inquiétude ".

Et puis vous donner en cinquième ma devise personnelle, celle au fond que je considère comme essentielle, qui est le fil conducteur de ma vie et de mon comportement à la fois dans ma vie personnelle mais aussi en politique " Chaque matin, pouvoir se regarder dans la glace "

Merci à tous.

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