Jean Boucher peintre par Roland Narboux - Bourges Encyclopédie

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JEAN BOUCHER: UN AUTHENTIQUE PEINTRE BERRUYER 
Par Roland NARBOUX

Jean Boucher, le grand peintre de Bourges au XVII e siècle. Peu connu en dehors du Berry, un magnifique triptyque vient d'être reconstitué, il est visible au musée du Berry et une "Madeleine" magnifiquement restaurée.

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Version 2009

 

Bourges redécouvre ce grand peintre, un des meilleurs de son temps : Jean Boucher. Les musées de la ville commencent à sortir de leurs réserves des oeuvres de cet artiste afin de les présenter au public.

JEAN BOUCHER: UN AUTHENTIQUE BERRUYER,

C'est en pleine période trouble, due aux guerres de religion, que naît Jean Boucher au mois d'août 1575, il est d'une famille aisée, dans laquelle le milieu de la peinture n'est pas étranger, un " Pierre Bouchier, maître peinte" est signalé dans les Archives du Cher à la date de 1598.
Bourges à cette époque est encore resplendissante, c'est le lieu de rencontre des artistes, même si le souvenir des fastes du Duc de Berry appartiennent alors à un passé révolu.
Nul ne sait comment le jeune homme a fait son apprentissage de peintre, il semble toutefois qu'il fera des séjours à Rome et à Florence. Il y découvrira le milieu des artistes et sera influencé par le "maniérisme". Vers 1600, il revient à Bourges et semble se fixer de manière définitive dans sa ville natale.

 

Pour vivre de son art, à cette époque, il fallait obtenir des commandes, lesquelles n'étaient pas simples à obtenir. C'est ainsi que la Ville de Bourges lui commande en 1605 une série de portraits du Roi Henri IV et de ses proches, car Bourges attend le "Bon Roi Henri". Malheureusement, le roi se décommande et la fête n'aura pas lieu. Boucher sera payé pour ces portraits et aussitôt il se met à la décoration du château de Montrond. Il réalise un décor aujourd'hui disparu dans plusieurs pièces du château.

Jean Boucher vit bien, il achète une maison bourgeoise, située à quelques pas de la Cathédrale: la Maison de la Tournelle. Aujourd'hui, cette bâtisse, acquise par Noël Cassard, pour en faire un "bistrot" est toujours aussi exquise.

Cliquer sur la photo ci-dessous, représentant Jean Boucher pour avoir le tableau en complet

LA PEINTURE DE BOUCHER

Les peintures et tableaux de cette époque sont généralement orientées sur des sujets à caractère religieux. Hormis les Princes, les Rois et autres Evêques, il n'y avait que les gens fortunés pour s'offrir des toiles importantes comme aimaient à les peindre Jean Boucher.
Ainsi seront commandées des peintures comme "Sainte Anne avec la Vierge et Saint Joachim", une "adoration des mages" ou encore une "résurrection du Christ", ce sont là des thèmes oh combien classiques.

Dans la Nativité, le peintre s'est représenté, il porte une belle barbe dans une toile de près de 2 mètres par 1,5 mètres, avec une bonne douzaine de personnages. C'est sans doute une des plus belles toiles de Jean Boucher, elle date de 1610, cette Nativité peut toujours être admirée dans une des chapelles de la Cathédrale de Bourges, même si l'on peut regretter qu'elle ne soit pas mise en valeur.....

Pendant plusieurs années, après avoir réalisée cette peinture, Jean Boucher disparaît. Certaines personnes pensent qu'il voyageait, ou qu'il se reposait. En tout état de cause, il n'y a aucune oeuvre connue de notre berruyer de peintre de cette époque.

A partir de 1616, Boucher reprend son art, et les tableaux se succèdent. On raconte qu'il avait installé son atelier dans une pièce de l'arc-boutant qui soutient la tour Sud de la Cathédrale. Dans une immense pièce, très lumineuse, il peignait ses toiles, mais les dimensions ne lui permettaient pas de les sortir ainsi, en l'état. Alors, Jean Boucher démontait la toile de son cadre en bois, il la roulait, puis descendait l'étroit escalier, comme pour une vulgaire moquette. En bas, il remontait sa toile sur l'entourage et livrait le tout à son client. C'était astucieux et peu pratique, mais est-ce une légende ?

C'est vers 1624 que Boucher reçoit un élève d'une douzaine d'années, Pierre Mignard, il enseignera la peinture à celui qui deviendra un des plus grands peintres du XVII° siècle.

Jean Boucher, dans les dernières années de sa vie a une activité débordante, il enchaîne tableau sur tableau, certains ont des dimensions impressionnantes, comme ce Christ en Croix, qui mesure 4 mètres sur 2,5 mètres, il est visible à Mehun sur Yèvre.

Boucher a beaucoup peint, et pourtant nous ne connaissons qu'une cinquantaine de ses peintures, il a essentiellement travaillé sur des tableaux à caractère religieux, on pourrait penser à un certain conformisme, il n'en est rien, dans les visages, dans les attitudes, on retrouve un réalisme intéressant. Enfin, dans ses dessins, Boucher ne néglige pas le nu, mais à cette époque, ce n'était guère rémunérateur.

 

Boucher meurt en 1632, sans doute de maladie, sa dernière année est pauvre en toile, on note "un amour vainqueur", une petite oeuvre actuellement au Musée de Bourges.

La Ville de Bourges conserve diverses peintures de Jean Boucher :
- à l’église Saint-Bonnet,
- deux à la cathédrale (deux Adorations des Mages, dont l’une déposée par le musée)
et au musée du Berry : deux panneaux (l’Amour ; Saint Sébastien),
- une peinture sur toile (Nathanaël présenté au Christ par Saint Philippe)
- le triptyque (deux volets bois, un centre peint sur toile : Saint Jean-Baptiste entre Jean Boucher et sa mère).

Jean Boucher a fait l’objet d’une importante exposition en 1988 au musée du Berry et au musée des Beaux-Arts d’Angers. Ce peintre, qui signait le plus souvent ses œuvres, a été actif pendant le premier tiers du XVIIe siècle à Bourges ; il est surtout connu par ses peintures religieuses, car il a reçu de nombreuses commandes des communautés ecclésiastiques de l’époque.
 

Le triptyque de Bourges

En 2007, l'adjoint au maire de Bourges, Philippe Gitton voulant montrer les oeuvres des musées de Bourges enfouies dans les caves et autres sous-sols, découvrit que la ville possédait de nombreuses oeuvres du peintre Jean Boucher.

Dans un premier temps, plusieurs dessins et peintures furent présentées dans une salle du musée du Berry. De plus, deux battants d'un triptyque de ce peintre, après avoir séjourné à l'Eglise Saint Bonnet furent mis en valeur et présentés dans une salle basse de l'Hôtel Lallemant.

Ces deux battants représentaient sur l'un le peintre qui s'était, comme souvent mis "en peinture et en scène", et sur l'autre battant, sa mère puisque Boucher n'était pas marié. mais il manquait le milieu, pour faire un triptyque. Et ce milieu était un tableau représentant Saint Jean Baptiste et un agneau, c'était une toile, mais sans doute une réplique de la même oeuvre sur bois.

Ce Saint Jean Baptiste était sur un des murs d'une chapelle de la cathédrale Saint Etienne de Bourges. Après un an d'âpres négociations avec l'Etat, propriétaire et le clergé, affectataire, finalement le troisième morceau fut remis en prêt à la ville qui fit des restaurations et le 4 juillet 2008, M Serge Lepeltier, maire de Bourges accompagné de M Philippe Gitton, adjoint et de M Yves Jonchère président des Amis des musées de Bourges découvrirent dans une des salles du Musée du Berry ce triptyque.

Il semble que ce triptyque avait été peint par Jean Boucher pour sa chapelle funéraire et il avait obtenu d'être enterré dans l'Eglise Saint Bonnet.

Il a sans doute été démembré à la Révolution de 1789.

Quelques éléments du triptyque :
sur le volet gauche extérieur, dans une superbe peinture un peu abîmée par les ans, c'est Salomé qui tient le plat du supplice de Saint Jean Baptiste.
Toujours à l'extérieur, volet droit, on voit Saint Jean Baptiste qui va être tué, la tête tranchée.
Les dimensions sont de 1,83 m par 0,68 m pour chaque volet
la partie centrale faisant 1,68 m par 1,23.
En bas une inscription et de même des quatrains au bas des volets.
Il a été restauré à Versailles.
 
Chronologie de la vie de Jean BOUCHER (1575-1632)

20 août 1575 : en pleine période trouble, due aux guerres de religion, naît Jean Boucher. Il est issu d'une famille aisée, dans laquelle le milieu de la peinture n'est pas étranger.
1596 : Jean Boucher est à Rome, il va chercher dans la Ville Éternelle le modèle de l’antiquité et le contact avec les maîtres italiens. Il fera plusieurs séjours à Rome.
1602 : A Fontainebleau, il dessine d’après Raphaël.
1604 : il est installé dans sa ville natale, Bourges.
1605 : la Ville lui commande des décors à l’occasion de l’entrée solennelle d’Henri IV. De même, il réalise des projets dessinés pour les entrées du Prince de Condé en 1621 et celle du jeune Louis XIII en 1622.
1606 : il reçoit sa première grande commande, le décor de sept pièces du château de Montrond, aujourd’hui disparu. Il recevra les années suivantes, de nombreuses autres commandes l’amenant à travailler pour des établissements religieux.
1617 : jouissant d’une grande renommée, il vend ses œuvres 300 livres, ce qui est une somme considérable. L’existence d’un atelier est avérée en 1621. Tout laisse à croire qu’il a des élèves, parmi lesquels Pierre Mignard, futur peintre de Louis XIV, qui l’aident dans ses réalisations.
1628 : l’artiste acquiert une concession à l’Église St Bonnet pour y installer sa chapelle funéraire.
1632 : il rédige son testament et décède quelques temps après.




Histoire d’une restauration, celle de "La Madeleine"
L’Hôtel Lallemant présente en septembre 2009 une exposition "la Madeleine" de Jean Boucher, histoire d’une restauration. Visible jusqu’au 10 janvier 2010, cette exposition met en lumière le tableau du peintre berruyer Jean Boucher « la Madeleine en extase » restauré entre mars 2007 et mars 2009, au centre de conservation et de restauration des musées de France, à Versailles.
Cette huile sur toile d’1,29 mètre x 1,01 mètre a été achetée au couvent des Bénédictines de Saint-Laurent de Bourges, par le musée, en 1894.
 
 
Ce tableau de Jean Boucher, daté de 1604, présente Sainte Madeleine agenouillée qui regarde vers le ciel. Elle est l’une des plus anciennes œuvres connues de Jean Boucher. A cette époque, la dévotion à la Madeleine est très forte, le sujet est courant. Par contre, l’artiste prend le thème plus rare de l’illumination (et non celui de la méditation ou la pénitence).
Le tableau avait déjà été restauré après son acquisition par la Ville de Bourges, par Alfred Deballe, professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Bourges, qui faisait office de restaurateur pour les œuvres du musée jusqu’à sa mort en 1904. Dans une note adressée à Daniel Mater, Président de la commission du musée, il décrit minutieusement l’état du tableau, mentionnant les larges repeints recouvrant la couche picturale d’origine et le cerne noir autour du corps de la Sainte, qui détruisait la perspective.
En novembre 2006, le Centre de Recherche et de Restauration des Musées Nationaux a dressé un nouveau constat d’état. Le tableau est peint sur une toile assez fine ; la couche picturale est peu épaisse et présente des zones d’usure importantes, ainsi que des repeints anciens, désaccordés et visibles. L’adhérence de la couche picturale au support est mauvaise, avec de nombreux soulèvements. Le vernis est encrassé et partiellement opacifié.
Il convient donc de procéder à une nouvelle restauration. L’intervention a consisté à traiter le support et la couche picturale, avec deux restaurateurs différents, Virginie Trotignon pour la couche picturale et Emmanuel Joyerot pour le support.
Dans un premier temps, le restaurateur de couche picturale procède au refixage des surfaces en cours de soulèvement. Après quelques tests pour connaître l’état de la couche picturale, les repeints ont été enlevés.
Puis, le restaurateur de support la décloue du châssis, dépoussière le revers, pose un vernis de protection et colle un cartonnage papier de chanvre sur la surface de la peinture de façon à lui assurer cohésion et solidité. Alors, il enlève la toile collée au dos de la toile originelle et élimine la colle. Le restaurateur de couche picturale intervient à nouveau pour éliminer les repeints avant que son collègue colle une nouvelle toile, après avoir intercalé entre les deux toiles une feuille d’intissé autorisant la réversibilité de la restauration. Après le rentoilage et la remise sur un châssis à clefs, la réintégration a eu lieu : un vernis est passé sur la surface du tableau, puis intervient le masticage des lacunes, puis la retouche elle-même, qui remet en couleurs les zones lacunaires. Enfin, après l’harmonisation d’ensemble, l’œuvre est revernie.

Le coût de cette opération minutieuse est de 11 504 €TTC.
 
 

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