Jean Baffier par Roland Narboux - Bourges Encyclopédie -

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JEAN BAFFIER SCULPTEUR DE BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, a de nombreuses sculptures que l'on ne remarque plus, voici le Louis XI de Jean Baffier, une occasion de découvrir un sculpteur controversé. photos : >>>cliquer

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Version 2016

 

Jean Baffier est un "pur produit" berrichon, il est né à Neuvy le Barrois le 18 novembre 1851, son père était un ouvrier vigneron. Le petit Jean ira peu à l'école.

Sa vie prend une autre dimension lorsqu'en 1864, il se rend dans la ville de Nevers. Là, il voit la Cathédrale et...il est totalement séduit et envoûté : sa décision est prise, il sera sculpteur!


C'est à Paris qu'il apprend les rudiments du métier de sculpteur chez Gauvain, puis, il retourne à Nevers, pour travailler justement sur le chantier de réfection de la Cathédrale. Ce n'est qu'en 1875 qu'il commence à réaliser ses premières ébauches de statues.


En Berry, Jean Baffier devient un personnage important, il s'active entre la sculpture et la sauvegarde du patrimoine local. Il devient un grand régionaliste.

Il meurt à Paris le 19 avril 1920

Il prend part à un courant très fort à l'époque qui se définit comme régionaliste mais qui porte assez vite vers le nationalisme et l'antisémitisme. Grand sculpteur, ce n'est sans doute pas un personnage très fréquentable sur le plan humain. Mais cette époque de seconde moitié de XIX siècle est très renfermée, et cela ira d'abord jusqu'à l'Affaire Dreyfuss, puis 40 ans après vers la guerre et la collaboration.

En juin 2006, Jean Baffier et l'Homme Taureau feront l'objet d'une nouvelle polémique, de jeunes gens découvrant que ce personnage était très sulfureux !


Ce sculpteur typiquement Berrichon a réalisé plusieurs personnages historiques, de Marat à Saint Just, en passant par les bustes de Jean Jacques Rousseau et Michel Servet. On lui doit aussi l'Homme Taureau, en haut de la rampe Saint Paul.

Son Louis XI est aussi un hommage à ce Roi né à Bourges.

La statue du roi Louis XI


Louis XI à Bourges par Jean BaffierCette oeuvre est en bronze, c'est à dire qu'elle est...vide. Les déplacements successifs de la Place Berry au Musée du Berry, ou encore en bordure de la rue Moyenne, se sont faits sans beaucoup de difficultés techniques de transport.

En 1891, la statue est placée dans la cour de l'entrée du Musée du Berry, rue des Arènes, par la suite, cette statue a été placée devant la Poste dès 1926 lors de la construction de l'édifice. Quelques années plus tard, elle est installée dans le nouveau square de cette Poste, c'était en 1909, mais Place Berry là où se trouvait à cette époque la Poste.

 

 

la statue de Louis XI en septembre 2006

L'emplacement précis actuel, au centre du jardin de l'Hôtel de la Poste ne date que du mois de janvier 1981. C'est le 18, dans le froid que les personnalités locales viennent une nouvelle fois inaugurer la célèbre statue, remise en place après la réhabilitation du square, une opération qui avait coûté la somme de 80 000 francs. Quelques années plus tard, elle est placée sur un bord de cette place afin de permettre à une pizzeria (?) d'occuper l'ensemble du lieu sans être gêné par la statue. Et aujourd'hui en septembre 2006, elle revient au centre de la place, car la pizzeria a disparu !!!!!!

Voilà une statue qui a beaucoup voyagé à l'intérieur de la Ville de Bourges, depuis que le sculpteur Jean Baffier l'a fait réaliser à la fin du XIX° siècle.

 

Ce Louis XI date en effet de 1884, il a été fondu par les frères Thébaut, les maîtres de cet art à l'époque. il fut exposé au salon de la sculpture de 1884, et le grand journal local, le Messager du Cher en parle en ces termes:


" Louis XI nous donne une idée de la royauté, non pas telle que nous la comprenions avec François 1°, Henry IV ou Louis XIV, mais telle qu'elle était probablement nécessaire qu'elle fut pour constituer l'unité française, tantôt par la force, tantôt par la ruse et l'adresse".

En 2006, le 9 mai, cette sculpture quitte une fois encore le jardin de la Poste pour aller chez Antoine Amarger, l'atelier du restaurateur tourangeau. Le restaurateur note que la statue a été réalisée en 8 parties distinctes. Dans son travail Amarger a changé toutes les tiges de maintien situées à l'intérieur, elles étaient rouillées, et une boulonnerie entièrement neuve, en acier inoxydable lui a été substituées.

Elle revient à Bourges fin juin pour être installée cette fois au centre de ce même jardin devant une Poste remise à neuf et dont les sculptures sont dues au ciseau de Louis Thébault.

Pour Béatrice de Chancel, conservatrice des Musées de Bourges, "Sous un aspect comploteur, Louis XI représente la jeunesse, l'âge tyrannique".

L'inauguration de la poste et donc du Louis XI se déroule le lundi 11 septembre 2006 en présence de M le préfet Kupfer, de Serge Lepeltier, maire et de Jean Pierre Saulnier pour le Conseil général.

Outre cette statue de Louis XI, Jean Baffier est aussi l'auteur d'un buste de ce même Roi, en bronze, il est aux Archives départementales .......des Ardennes. Il est régulièrement question que cette oeuvre déposée à Charleville, puisse être de retour à Bourges, en effet, ce Louis XI donné en terre Ardenoise devait être en permanence exposé aux yeux du public, ce qui n'est pas le cas. En conséquence, la donation devient caduque, ce buste, ainsi que deux autres sculptures de Baffier, "Le gars Bernard" et "La femme au gui" pourraient revenir en Berry.

 Louis XI, son histoire est connue de tous. Il est né à Bourges en 1423, il était le fils de Charles VII, appelé "le Petit Roi de Bourges", et durant la première partie de son existence, il cherchera à prendre le pouvoir....à son père. La guérilla avec son père l'enverra en Dauphiné durant une vingtaine d'années. Roi en 1461, il sera le constructeur du Royaume de France , il va combattre cette fois, la noblesse, les princes étrangers, et faire de la France, un Etat moderne. On lui doit la Poste, c'est peut être la raison de la présence de sa statue dans le square du même nom.
De Bourges, Louis XI ne conservera pas un grand souvenir, il réhabilite Jacques Coeur, injustement condamné par son père, il fait lever un impôt dit "de pavage" dont le refus des berruyers occasionne une sanglante répression. Seul point favorable pour le Berry, il permet la mise en place de l'Université.
 

     
    Complément sur Jean Baffier
     
    A l'occasion d'une exposition d'octobre 2009 à avril 2010 au Musée du Berry.
     
    ( à partir des écrits réalisés par les services des Musées, sous la direction de Madame Béatrice de Chancel-Bardelot.)

    Jean Baffier reçoit une formation pratique, en taille de pierre, et artistique, auprès d’artistes nivernais, avant de s’installer à Paris, d’abord comme aide de sculpteurs établis, puis en ouvrant son atelier, en 1877.
    Ses premières œuvres sont des sculptures à caractère historique (Louis XI, Marat), des portraits, des évocations de la vie rurale.
    En 1886, il fait une tentative d’assassinat sur le député Germain Casse, pour dénoncer la corruption de la IIIe République. Il est acquitté au procès d’assises qui s’en suit et en retire une certaine célébrité.
     
    A partir des années 1890, il mène de front ses travaux de sculpteur et une activité intermittente, dans des associations comme les Gâs du Berry, et plus tard la Fédération régionaliste française, ou dans des débats idéologiques, voire politiques.
     
    En 1902, il se présente aux élections législatives dans la circonscription de Saint-Amand, sous l’étiquette de la Ligue de la patrie française, un mouvement anti-dreyfusard.
     
    En 1908, il est candidat à un siège de conseiller municipal dans le 14e arrondissement de Paris. Son activité de polémiste l’amène à participer à diverses publications, dont le périodique Le Réveil de la Gaule, qu'il anime de 1889 à 1912.
     
    Personnage paradoxal, républicain et régionaliste, mais prônant un pouvoir fort, opposé à l’académisme, aux influences latines et méditerranéennes, à la modernisation, source d’uniformité, et même à l’instruction publique, militant pour le corporatisme, pour le maintien des particularismes régionaux et des traditions rurales, agricoles, familiales, Jean Baffier a beaucoup écrit et manifesté un talent incontestable pour l’organisation d’événements et l’animation de réseaux.
     
    Admirateur de Rodin, pour qui il a un peu travaillé, Jean Baffier se lie avec des intellectuels et des hommes politiques comme Georges Ducrocq, auteur d’un livre sur la Corée, Louis Marin, homme politique lorrain, intéressé par l’ethnographie, Adrien Mithouard, qui a été président du Conseil de la Seine, Albert Chapon, secrétaire de rédaction de la revue L’Occident. A Bourges, il compte parmi ses amis Emile Martial, rédacteur en chef du Journal du Cher, et à Châteauroux l’industriel Edmond Augras.
     
    Portraitiste sensible, volontiers perfectionniste, Jean Baffier s’est plu à représenter de jeunes berrichonnes avec leurs coiffes traditionnelles ; mais c’est dans la description de visages marqués par les ans (ses parents ; la grand-mère de Georges Ducrocq) qu’il rencontre ses réussites les plus incontestables. Précurseur de Dalou par ses figures de paysans, il a réalisé quelques sculptures monumentales, à caractère historique, pour les villes de Paris et de Bourges.
    Comme Rodin ou Carriès, il a poursuivi un grand projet: une « salle à manger » pour un palais du peuple, avec une cheminée monumentale et surtout une grande table paysagère, décorée de pièces en étain, qui sont la partie de son œuvre la plus proche de l’art nouveau.
     
    A sa mort en 1920, il laissait également inachevé un problématique monument aux morts de la guerre de 1914-1918, commandé par la Ville de Bourges.


    Dans sa ville d'origine, à Neuvy-le-Barrois dans le Cher, un médaillon a été posé sur sa maison natale. Mais il est aussi attaché à la ville de Sancoins (Cher), où est aujourd’hui installé le Centre artistique Jean Baffier. Son atelier de la Croix-Renaud se situe non loin de de Sancoins, sur le territoire communal, et à proximité de la ferme où ses parents se sont retirés après la crise du phylloxéra. Jean Baffier a fait de Sancoins la ville d’origine du géant Gargantua, reprenant et modifiant l’œuvre célèbre de Rabelais.
     
    Nevers est une ville importante pour Jean Baffier. Il s’y forme et y compte des amis. Le musée de Nevers conserve une série nombreuse d’œuvres de Jean Baffier, dont certaines sont mises en dépôt au Centre artistique Jean Baffier de Sancoins.
     
    Jean Baffier chante à diverses reprises son amour pour Bourges, ville de tradition celtique ; il dessine certaines stèles gallo-romaines du musée, qui l’inspirent. La cheminée du palais Jacques Cœur est l’un des modèles de sa cheminée « pour la tradition celtique ». Il est très lié avec Émile Martial, rédacteur en chef du Journal du Cher, qui soutient ses différentes entreprises dans le département.
     
    Dès 1886, il offre au musée de Bourges une de ses œuvres, et à la fin de sa vie, il parvient à faire donner au Musée de Bourges un petit ensemble d’œuvres représentatives de son art (mobilier, sculptures, étains). Surtout, la Ville de Bourges est toujours ornée de deux sculptures en bronze de Jean Baffier : le Louis XI assis, dans le square de la Poste, rue Moyenne, et l’ « homme du pays », statue de paysan qui orne le monument aux enfants du Cher, morts pour la patrie en 1870, en haut de la rampe Marceau, cette sculpture est appelée "l'Homme Taureau"..
     
    Pourtant, les rapports du sculpteur avec les élites berruyères n’ont pas été sans heurts, et Jean Baffier a par exemple refusé d’assister à l’inauguration du monument de la guerre de 1870.
    Jean Baffier a passé de longues années de sa vie, à Paris, dans le 14e arrondissement, rue Lebouis, où il avait son domicile et son atelier. Un immeuble moderne en a pris la place. Il a obtenu à plusieurs reprises des achats de la ville de Paris ; tout d’abord celui d’une statue de Marat, qui a orné successivement le parc Montsouris, puis le parc des Buttes-Chaumont (statue détruite pendant la seconde guerre mondiale), puis la commande d’un monument à Michel Servet, exécuté en marbre et placé face à la mairie du 14e arrondissement, place Ferdinand-Brunot. Le musée d’Orsay expose les bustes en bronze du père et de la mère Baffier, tandis que les collections de la Ville de Paris abritent plusieurs étains. De grands vases sont présentés au musée du Petit-Palais.
     
    L’œuvre de Jean Baffier est en partie visible aussi dans des cimetières, en particulier au cimetière de Sancoins, où l’artiste repose, mais aussi dans les
    cimetières de Nevers et de Gien.
     

     
    Le courrier des Internautes
    Bonjour,
    Jean Baffier a notamment sculpté "la jeannette", mon arrière grand-mère.
    Auriez-vous une idée de l'endroit où se trouve cette statue?
    Merci de votre réponse. Bien cordialement.
    Didier M.
     
    La réponse de Mme Béatrice de Chancel-Bardelot
    Conservateur en chef des musées de Bourges
     
    Bonjour,
    Pour répondre à une question de votre site, un exemplaire du buste de la Jeannette se trouve dans les collections de la Ville de Paris ; d’après des dossiers que j’avais consultés au printemps dernier, ce buste se trouverait en dépôt dans une mairie.
    Ceci n’est sûrement pas exclusif, car il a pu exister aussi d’autres exemplaires, éventuellement en plâtre, ou en pierre, ou en terre cuite. A titre d’exemple, je connais au moins sept « Angèles », en marbre, plâtre ou terre cuite.

 

 

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