les industries d'armement a Bourges - Roland Narboux - Encyclopédie

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LES INDUSTRIES D'ARMEMENT A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Les industries d'armement, pendant 150 ans ont porté Bourges et sa région. Ce fut une grande époque et une image forte.

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Version 2009

 

Les industrie d'armement datent de la seconde moitié du XIX e siècle. En fait, c'est Napoléon III qui est à l'origine de ces industries qui vont faire la fortune de Bourges et de sa région pendant environ un siècle, puisque la baisse de ces industrie commence en 1990.

L'origine de ces industries d'armement fait l'objet d'un article spécial intitulé les Etablissements militaires : (cliquer ici)

 

LES ANNEES 1970 - 1990 : L'EFAB L'ETBS ET LA SNIAS AU PLUS HAUT

A la fin de la décennie 60, Bourges compte 76 000 habitants, le taux d'accroissement est de 2,6% par an. Les spécialistes affirment que ce taux devrait se maintenir pendant une quinzaine d'années. Effectivement, entre 1962 et 1968, la population s'est accrue de 16,7%, passant de 65 184 à 76 088, alors que dans la même période, Châteauroux, la voisine berrichonne, n'augmentait que de 5%, mais que Tours avait un taux d'expansion record de plus de 22%.

Le milieu industriel est très important puisque trois ensembles dépassent les 3000 salariés, ce qui est exceptionnel dans la région.
Les Etablissements militaires font travailler plus de 4000 personnes, avec l'EFAB ( devenue GIAT ) et l'ETBS. Ces activités sont encore viables, car plusieurs arsenaux ont été fermés ou restreints, comme à Limoges, Tulle ou Châtellerault. D'autre part, l'ERGMA, qui est un vaste entrepôt et un centre de réparation du matériel d'artillerie, est un complément local intéressant pour cette activité.
L'ESAM (Ecole Supérieure d'Application du Matériel), déplacée de Fontainebleau à Bourges en 1965, utilise près de 900 personnes et forme chaque année 500 officiers et 2000 sous-officiers.

Depuis 1967, l'EFAB a été découpé en trois secteurs : les études, la fabrication et la formation. Les études représentent 25% de la main-d'oeuvre de l'établissement berruyer, pour un chiffre d'affaires de 40 millions de francs, alors que le secteur fabrication en réalise plus de 200 millions. Sur le plan des activités techniques et des produits, on trouve l'artillerie, la grande spécialité locale, mais aussi la pyrotechnie et l'armement de moyen calibre, lequel était auparavant situé à Mulhouse.

L'artillerie est l'élément principal de cette production et Bourges est le seul établissement de ce type, les calibres peuvent aller jusqu'à 155 mm. Il faut aussi signaler que si l'activité pyrotechnique dans cette période est assez réduite, les responsables sont très fiers d'une nouvelle unité de décolletage.

L'EFAB est la seconde entreprise du département par l'importance de ses effectifs, qui se montent à environ 2500 personnes dans les années 1970, sur une superficie de 200 hectares. Lors d'une visite de personnalités, l'Ingénieur Général Lévy, directeur de l'Etablissement, évoquera le parc des machines-outils, elles sont 250 au total, dont une quinzaine à commande numérique, l'ensemble de ces investissements représentant 26 millions de francs sur un total de 66 pour l'ensemble du site. L'atelier des grosses machines de fabrication d'éléments mécaniques est assez spectaculaire.

Etablissement d'Etat, l'EFAB de Bourges n'emploie que 4% de militaires, c'est en tout cas un des messages que fait passer régulièrement l'Ingénieur en chef d'armement, qui occupe la fonction de directeur-adjoint.

Sur un plan plus technique, c'est le début de la gestion par des ordinateurs puissants, et l'implantation de différents éléments, comme un laboratoire de métallurgie de pointe, ou une station d'autofrettage pour exécuter certains types de tubes de bouches à feu. Il est d'ailleurs indiqué que 7000 tubes ont été auto frettés à des pressions de 4500 à 8000 bars.

 

A quelques pas de l'EFAB, le second établissement travaillant pour l'armement, l'ETBS, investit de manière considérable pour répondre aux essais des nouveaux produits que sont les missiles.
La recette des missiles, avec des essais complexes d'environnements, nécessite, pour des aspects liés à la sécurité, des installations plus performantes. En 1962, les premiers équipements destinés au missile ENTAC sont implantés dans la zone pyrotechnique. En 1970, on entreprit la construction d'un centre d'environnement, avec des chambres climatiques pour des véhicules ou matériels de grandes dimensions.
Des organismes d'essais, situés en région parisienne, comme à Versailles, sont rapatriés à partir de 1959, et 5 ans plus tard, c'est l'activité "propulsion" qui est décentralisée à Bourges.

En 1963, nouvelle étape avec la mise en place d'un service d'études de décontamination et de protection nucléaire dépendant de la Section Technique de l'Armée. Il fut installé entre les points 1000 et 2000 de l'ancien champ de tir.

Compte tenu de la croissance rapide de l'ETBS, les bureaux installés près de la Direction, dans l'immeuble de la Place Malus devenaient trop étroits. Un regroupement de différents services fut décidé, et, en 1969, la construction du nouveau bâtiment fut entreprise, il sera inauguré à l'occasion du Centenaire (1972).

les avions militaires

L'autre grande entreprise du département est la S.N.C.A.N., que l'on appelle alors Nord-Aviation. C'est un établissement qui se lance, dans les années 1960, dans la grande aventure franco-allemande, avec la fabrication d'un avion réalisé en coopération avec deux firmes d'outre-Rhin : VFW et HFB. C'est une suite logique de la grande réconciliation voulue par de Gaulle et Adenauer.

Bourges va donc tout mettre en place pour construire cet avion, un cargo appelé Transall, ce qui signifiait "Transporteur-Alliance". Un bâtiment pour le montage sera construit en une année et le 25 février 1965 le premier Transall, piloté par Lanvario, avec à ses côtés Morville, atterrit pour la première fois à Bourges. Un an plus tard, le premier avion sorti des chaînes berruyères effectue son premier vol. Cette activité, outre son intérêt sur le plan technique, aura une influence énorme sur le comportement des employés qui apprendront, souvent avant les autres, à coopérer avec l'Allemagne sur de grands projets industriels.
Au total, il sera construit 56 avions complets et 169 voilures pour la série, il faut noter que Bourges n'était qu'une des trois chaînes existantes, les deux autres étant en Allemagne. Le dernier Transall sera livré le 12 janvier 1973.

Cette période a aussi un aspect très révolutionnaire, avec le développement des missiles à Bourges. Dans les premières années qui suivirent la fin de la seconde guerre mondiale, une équipe réduite, emmenée par un ingénieur de génie, Emile Stauff, va étudier pour le compte de l'Arsenal de l'Aéronautique à Châtillon-sous-Bagneux, ce que chacun appelait alors des "engins spéciaux".
Ces armes vont se développer et la SNCAN de Bourges récupérera la fabrication de ces "engins" qui étaient des fusées guidées, destinées à détruire des chars, des avions ou des navires. C'est en 1958 que Bourges fabrique pour la première fois un missile, baptisé SS10. Pour ce faire, une usine est sortie de terre et ce ne fut pas sans mal. En plein conseil municipal, les passions vont s'exacerber. Le débat entre le maire Louis Mallet et son opposant communiste, Robert Chaton, ne sera pas toujours très tendre. En 1957, alors qu'il s'agit de délibérer sur cette usine "rangée en première classe des établissements dangereux", M. Chaton s'exprime ainsi :

"Nous ne sommes absolument pas convaincus que l'installation de cette usine ne présente aucun danger, c'est un établissement classé dans une catégorie dangereuse qui sera installé, non pas à proximité de la ville, mais pas tellement loin tout de même".

Malgré le doute de certains, le conseil municipal accepte cette usine, M. They ayant eu quelques dernières inquiétudes qui montrent que la communication entre les entreprises et les autorités locales était assez défaillante, le conseiller municipal dira ainsi sur ce sujet :
"....On a parlé d'engins explosifs ; je crois savoir que ce sont des engins téléguidés inertes, qu'ils ne sont pas munis d'explosifs, encore moins d'appareils atomiques. De toute façon, ce ne sont pas des engins nucléaires".

Dans les années 1960, l'établissement berruyer va littéralement "éclater", avec une activité double : des avions, Transall et Nord 262, et des missiles dont le plus célèbre s'appelle le SS11. Ce missile, dit de "première génération", est un antichar parmi les plus efficaces au monde, mais la gamme des productions ne s'arrête pas là, il y a aussi des AS 30, AS 20 et autres ENTAC.

Comme l'écrit un spécialiste du domaine industriel dans "Zones industrielles de France", la SNCAN devenue SNIAS, avec ses 3000 employés,

"a eu une expansion remarquable au cours de ces dix dernières années avec le renouvellement de l'usine d'avions, aux ateliers entièrement modernisés, et à l'implantation d'une usine d'engins".


Et l'expansion n'est pas terminée puisque 200 hectares de bois sont en cours d'aménagement au début des années 70, au lieu-dit "Le Subdray", pour en faire un centre d'essai, "avec 400 ingénieurs et techniciens venus de la région parisienne".

 

1990 : Le mur de Berlin tombe, Bourges tremble

La fin de l'année 1989 marque un tournant dans le monde avec l'éclatement de l'URSS. Le symbole le plus visible est la chute du mur de Berlin, le 10 novembre 1989. C'est un bouleversement géo politique que peu de gens ont prévu, et nul ne mesure les conséquences pour la vie de tous les jours dans nos pays démocratiques.
Plus tard les Berruyers comprendront l'influence de la fin de la guerre froide sur l'économie locale. La mono-industrie de l'agglomération berruyère avait donné du travail pendant 120 ans à des familles qui entraient, de père en fils dans les "Etablissements Militaires", c'est à dire, l'EFAB, l'ETBS, Luchaire, le MCRO ou l'Aérospatiale.
La chute du mur, avec la fin de la guerre froide débouche sur un bouleversement radical du marché de l'armement. Les fabricants de chars d'assaut ou de missiles perdent une grande partie de leurs clients. Progressivement, les Russes "bradent" pour des pays d'Afrique ou d'Asie, les matériels de guerre qu'ils avaient en surplus.
Mais ces industries étatiques avaient "les reins solides", et chacun pense que rien ne se passera de négatif.
Sur le plan politique, lorsque l'on demande aux Berruyers, à l'automne 1991 : "compte tenu de l'effondrement du système communiste dans les pays de l'Est, votre opinion sur M. Jacques Rimbault, maire communiste de Bourges, s'est-elle plutôt améliorée ou plutôt dégradée ?", la réponse est sans ambiguïté, 17% répondent que leur opinion s'est améliorée, 14 % dégradée et 69% déclarent que rien n'a changé.

A la mi-1990, c'est à dire six mois après la chute du mur, un autre événement, loin de Bourges porte le glas de nos industries triomphantes. Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït, son voisin. L'occupation du Koweït et de son pétrole peut mettre en danger l'économie mondiale. Sous le couvert de l'ONU, une réplique est organisée par les Etats Unis, avec l'assistance des pays de l'Europe dont la France.
Cette crise majeure, avec toutes les rumeurs sur la guerre chimique ou bactériologique touche la population. Ainsi, parmi les otages, prisonniers à Bagdad, figurent plusieurs technicien de l'Aérospatiale de Bourges. Ils seront relâchés par Saddam Hussein à l'automne.
Beaucoup, à Bourges, connaissent bien l'Irak et le Koweït, ce sont " nos meilleurs clients ". Saddam Hussein a beaucoup acheté : des canons, des camions et surtout des missiles. L'Irak possède des "Milan", des "Gazelle" équipées du missile Hot, mais aussi des systèmes d'armes "Roland" depuis la guerre Iran - Irak, et enfin, des Exocet et des AS30. L'Irak fait vivre la division missiles d'Aérospatiale depuis une dizaine d'années, et les bénéfices réalisés ont permis de développer et de fabriquer à Toulouse….. Les Airbus !

La guerre du Golfe se termine au début de 1991 par les bombardements massifs de l'Irak. Les conséquences pour les industries d'armement de Bourges sont redoutables. La France perd "son client", quant aux américains, ils ont gagné la guerre et restent sur place pour faire du commerce. Après le temps de la guerre, c'est celui du business, ils vendent leurs matériels de guerre à bas prix…. Et la France ne vend plus grand chose.

Les industries d'armement locales souffrent, c'est la perte des emplois et les plans sociaux qui se succèdent. Ainsi Aérospatiale passe à Bourges, en 10 ans de 3000 à moins de 2000 employés. Le refus pour cette firme de poursuivre et accentuer la fabrication de sous-ensembles d'avions est alors une erreur grave. Sur le plan syndical et politique, c'est le temps des motions, des interventions, des défilés, mais rien de très efficace.

Le mirage de la diversification qui a de nombreux partisans du côté de la municipalité de gauche est un leurre. Les chariots élévateurs du GIAT ne sont pas concurrentiels. La ville de Bourges s'enfonce dans la crise, avec le départ des jeunes qui ne trouvent plus d'emplois sur place.
Il faut attendre 1995 pour que les Berrichons prennent conscience que les industries d'armement n'ont plus d'avenir, il sera possible d'en conserver une partie, car il y a des moyens, des bâtiments et des compétences, mais un développement est désormais exclu. En attendant, la municipalité de Jacques Rimbault, reste sur le petit nuage du résultat des élections municipales de 1989 et JR est au sommet.


Les difficultés des industries d'armement

Le 17 décembre 1992, les industries d'armement de Bourges souffrent. J. Rimbault fait un peu d'humour sur ce sujet difficile : " Si je comprends bien, il faudrait que la ville achète l'Aérospatiale pour résoudre les problèmes d'emplois ?". Christine Branchu répond sur : "les larmes de crocodile du ministre de la Défense sur les problèmes d'emplois militaires".
C'est dans ces circonstances que l'ETBS, fête le 12 septembre 1992, l'anniversaire de ses 120 ans, avec des visites, des tirs de 155 TR, de 90 de Bange et de 75/97. GIAT de son côté, signale que 5000 blindés estampillés Giat Industrie sont en service dans le monde. Les grands programmes sont alors, le char Leclerc, appelé le " premier char de combat de la 3e génération ", alors que l'AMX 10 RC doté d'un canon de 105 est un véhicule blindé léger qui s'exporte bien.
Dans ce contexte, la municipalité acquiert sur le site de Lahitolle, 2,5 hectares afin de mettre en place l'Ecole d'Ingénieurs. Sur ce site, l'activité industrielle d'armement se réduit, et la direction des Services Fiscaux s'installe sur ce lieu.
Enfin avec les firmes comme Groupama ou TDF, "une montée en puissance du PIPACT se poursuit à un rythme supérieur à nos prévisions" déclare alors le maire de Bourges.

Deux années plus tard, Patrick Martinat signe un article du Monde du 11 avril 1994 intitulé "le Cher en état de choc", chacun prend conscience de la crise des industries d'armement. Après avoir souligné qu'un emploi sur 5 à Bourges dépend des industries d'armement il note que les entreprises comme Giat industrie ou Aérospatiale multiplient les "plans sociaux" et les "départs" affectant plusieurs centaines de salariés. Le journal insiste sur le dilemme des dirigeants communistes locaux qui "veulent défendre les emplois de l'armement et s'élèvent contre l'emploi des armes". En juillet 1993, le maire Jean Claude Sandrier constatait déjà " que la coupe était largement pleine, il qu'il fallait arrêter ce massacre de l'emploi à Bourges et dans le Cher", tout comme Jean François Deniau qui bloquant les institutions de l'Assemblée départementale dont il était président voulait "obtenir des assurances de la part du gouvernement".
Les revendications passent par la demande d'une diversification, et d'une délocalisation.

Du côté d'Aérospatiale, l'activité des missiles a faibli à partir de 1985, mais l'arrivée de charges avions et hélicoptère à un niveau de transfert très élevé a laissé à penser " qu'il ne serait pas nécessaire de procéder à des adaptations douloureuses d'effectifs" pour reprendre la formule du directeur de Bourges de l'époque Philippe Le Corviger.

L'espoir demeure, il vient de la mise en œuvre de techniques de production nouvelles avec des ateliers automatisés flexibles et une bonne approche de l'informatique, à travers le projet européen intitulé Paradi. Et puis, chacun attend la "fusion" entre les usines de missiles de Bourges et celle de Dasa à Nabern en Allemagne. Un fol espoir déçu, la haute technologie et la compétence des équipes ne suffiront pas. Dans toute entreprise il faut un réel engagement des directions, en particulier parisiennes, il n'existera pas !

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