L'HOTEL
DIEU DE BOURGES est un des plus beaux monuments de la Ville,
il est assez proche des édifices de Beaune et d'Issoudun.
Il est, depuis 2000, en restauration après le départ
de l'Hôpital de Bourges route de Nevers en 1994.
Son histoire a été racontée
par René Durand et Henri Olivier Michel, aidé par
l'Association des "Amis de l'Hôtel Dieu". Il
en est sorti un excellent ouvrage intitulé " L'Ancien
Hôtel-Dieu de Bourges au XVI e et XVII e siècle.
Cet article est issu de cet ouvrage.
Les prémisses
Le premier établissement hospitalier
de Bourges était à l'origine contre le chevet de
la cathédrale. Ce devait être vers l'an 580 sous
l'archevêque Saint Sulpice Sévère, évêque
de Bourges. Il a pour nom "Domus Dei, Sancti Hursini"
en 1198, puis "Domus Infirmorum Bituricensis" en 1218
et plus tard "Grand Hôtel Dieu" en 1484.
Cet hôpital dépendait de la paroisse Saint Ursin.
La gestion est confiée à des "hommes probes,
idoines, de bonne réputation", lors du Concile de
Latran en 1215, ces institutions devaient appliquer "les
règles des ordres religieux". Les trois vux,
que sont la chasteté, la pauvreté et l'obéissance
sont alors obligatoires.
Cet espace a été cédé au XVI siècle
à l'Université de Bourges alors que se construisait
l'Hôtel Dieu dans un autre quartier de la ville près
de l'Yèvrette.
On peut penser aussi que le grand incendie de 1487 ait joué
un rôle dans le déménagement, en occasionnant
des dégâts importants, même si l'on sait que
la cathédrale n'a pas été touchée.
C'est donc sur l'emplacement de l'hôpital
que sera édifiée la faculté de droit, celle
de théologie et de médecine.
Le nouvel
Hôtel-Dieu
C'est sur le domaine de la paroisse Saint
Médard qu'est édifié le nouvel Hôtel
Dieu, à noter que le quartier situé à proximité
de la rue des Trois pommes, lieu où commence l'incendie
de 1487 qui détruisit une partie de la ville de Bourges.
C'est l'archevêque de Bourges, Guillaume
de Cambrai mort en 1505, procède à l'achat des
terrains situés le long de la rue Gambon qui s'appelait
rue Saint Sulpice puis rue royale et par laquelle certains rois,
comme Louis XII entrait dans la ville.
Le quartier est très actif avec
des commerces qui utilisent l'eau de l'Yévrette. On est
donc en dehors du rempart gallo-romain mais à l'intérieur
de la seconde enceinte, celle de Philippe Auguste, le rempart,
aujourd'hui boulevard Gambetta s'appelait le rempart des pauvres,
face à la tour Saint Clément, toujours visible.
Parmi
les constructeurs ou "maîtres d'ouvrage" se trouve
Antoine Boyer, cardinal et archevêque de Bourges entre
1515 et 1519. A cette époque, la ville a pour "gouverneur",
la seconde duchesse de Berry, Marguerite d'Angoulême, sur
de François 1er.
Le site du nouvel Hôtel-Dieu est
le suivant :
- rue des Poulies, appelée rue du fagot.
- rempart des pauvres
- rue Saint Sulpice devenue rue Gambon
- la rue du Pont Merlan qui n'a jamais changé de nom.
Vue du pignon de la chapelle rue Gambon
RETOUR
HAUT DE PAGE
A quoi
sert un Hôtel-Dieu ?
Un Hôtel Dieu peut avoir plusieurs
fonctions, comme l'asile pour les pèlerins, l'accueil
des pauvres et le soin des malades.
Progressivement l'accueil des pèlerins
est confié à des confréries alors que les
pauvres et les malades restent dans les Hôtels-Dieu.
A cette époque, les Etablissement
Hospitaliers sont divisés en cinq catégories, qui
sont :
- les hospices pour les pèlerins
et les voyageurs.
- les hôpitaux pour les malades, ce sont les Hôtels-Dieu.
- les infirmeries pour les monastères
- les maladreries pour les lépreux
- les lazarets, généralement temporaires et mis
en dehors de la ville pour les épidémies, nombreuses
à ces époques.
Les Hôtels Dieu de cette époque
ne sont pas très nombreux, on signale bien entendu celui
de Beaune, le plus célèbre, construit vers 1440,
et celui d'Issoudun, proche de Bourges et construit sensiblement
à la même époque.
Composition
de l'Hôtel-Dieu de Bourges
Pour commencer, un hôtel-dieu comme
celui de Bourges construit entre 1510 et 1526, est édifié
au bord d'une rivière, l'Yèvrette, cela permettait
de rejeter les eaux des cuisines et celles des latrines dans
la rivière.
Ensuite, une chapelle immense, et une salle des malades. A noter
que la salle des malades, comprenant 28 lits s'ouvre directement
sur la chapelle. Ainsi, les malades peuvent assister directement
de leur lit aux offices religieux. Le volume de cette salle,
pour des problèmes de quantité d'air, est très
important, avec de grandes et larges fenêtres.
Une grande cheminée est utilisée pour chauffer
l'ensemble des pièces. Quant au sol, il est couvert de
grandes dalles en pierre.
Enfin, quelques bâtiments annexes pour les cuisines
.
Et un cimetière à proximité.
Pouvant vivre en autarcie, un grand jardin
permettait la culture des légumes.
En résumé, en cette fin de
Moyen Age, l'architecture de l'Hôtel Dieu, sans doute une
des dernières et des plus affirmées de l'époque
comprend :
- une chapelle avec pignon construite sur un rectangle
de 21 mètres de long et 10 mètres de large. La
hauteur est impressionnante à 28 mètres de hauteur.
Le pignon est le plus haut de tout ce qui existe à Bourges.
- une salle des malades de 10 mètres
de large sur 30 mètres de long, prévue à
l'origine pour 14 lits. A cette époque, chaque lit peut
comporter plusieurs malades, jusqu'à 3 ou 4. Il faut rappeler
que Beaune avait une capacité de 28 lits !
Elle est composée de grandes fenêtres en arcs brisé
au nombre de 7.
- une cuisine, située perpendiculairement
à la salle des malades.
La construction
d'origine
Comme pour la cathédrale de Bourges
on ne connaît pas le nom de l'architecte de l'Hôtel
Dieu. Dans ces années, la ville de Bourges reconstruit
et de nombreux hôtels sont édifiés, comme
l'Hôtel Cujas, Lallemant, l'église Saint Bonnet
et en plus, un important chantier de reconstruction de la tour
nord de la cathédrale est en cours à partir de
1508 sous l'impulsion de deux architectes, Colin Byard et Guillaume
Pelvoysin.
Dès le mois d'avril 1510, on procède
aux démolitions des bâtiments encore présents.
C'est ensuite le début de la construction, typique du
début du XVI e siècle. On retient dans ces moments
les noms des peintres comme Dallida, ou Darida et le sculpteur
Marsault Paule bien connu pour des sculptures de la cathédrale
de Bourges.
La charpente pour la chambre des malades est mise en place en
1516, et celle de la chapelle en 1522.
Les travaux de maçonnerie s'effectuent jusque vers 1520.
Il y avait un clocher qui a été détruit
par les éléments à une date qui reste à
retrouver.
Pour l'intérieur, comprenant les plafonds de la salle
des malades, le voutement intérieur de la chapelle et
les finitions vont se faire dans les années 1524 à
1526.
Les pierres utilisées sont assez
bien connues par les travaux de J.M. Jenn, elles viennent de
Morthomiers et Dun le Roy pour les pierres les plus dures, Charly
pour les moulures. Par contre, on note des pierres de "Bourges"
des carrières des Averdines et d'autres de Marmagne.
On remarque encore aujourd'hui sur la façade de la rue
Gambon, les pierres rouge en provenance de Dun, qui apparaissent
sous forme de grands blocs.
Le bois est livré par M Fontaine.
La couverture d'ardoise provient de Tours, c'est Jean Brouillon
qui assure la livraison par le transport des matériaux
par la Loire jusqu'au port de Saint Thibaut. On évoque
alors la quantité d'ardoises qui est de 50 000 pièces.
RETOUR
HAUT DE PAGE
Les ajouts
de l'époque classique
L'Hôtel Dieu de Bourges, même
si il y avait plusieurs personnes par lit, ne pouvait pas accueillir
beaucoup de malades.
Dans le même esprit, il y avait beaucoup de personnels
soignants, religieuses, servantes, valets,
. Et ce personnel
était à l'étroit dans les murs d'origine.
Lorsque la grande peste de 1628 se déclara,
c'en était trop l'Hôtel Dieu s'avérait beaucoup
trop petite.
C'est ainsi qu'il fut décidé d'agrandir les lieux
et un chanoine, en 1629 fit un don de 5000 livres afin de construire
un nouveau bâtiment qui s'appellera "le bâtiment
des femmes fiévreuses".
Le nouveau chantier fut confié à un jeune architecte
local Jean Lejuge qui avait réalisé une partie
de l'agrandissement de l'Hôtel des Echevins.
On construisit un premier bâtiment, perpendiculaire à
la salle des malades, "de 10 toises de longueur et 28 pieds
de largeur". Il est affecté pour être une nouvelle
salle des malades.
Un peu plus tard, en 1637, une nouvelle aile est réalisée
directement sur la rue Saint Sulpice, financée par des
donateurs, comme le curé de Saint Outrillet. Comme en
1628, elle est confié à l'architecte Jean Lejuge.
Les hôpitaux
de Bourges
Il existe dans les temps anciens d'autres
hôpitaux, comme :
- l'hôpital Saint Lazare :
Il est à l'emplacement actuel du cimetière Saint
Lazare, au-delà de la voix ferrée. C'était
alors la route de Saint Michel, il est connu dès 1172
et se trouve en dehors de l'enceinte de Philippe Auguste. Il
s'agit à cette époque d'isoler les lépreux
du reste de la population. Il possède essentiellement
une chapelle et un bâtiment pour les lépreux.
Cette maladrerie a disparue avec la fin de la peste, et a laissé
la place au cimetière et à des maisons d'habitation.
- L'Hôpital Général
:
C'est encore pour la peste et d'autres épidémies
du même genre qu'est édifié dans le faubourg
Taillerain un lazaret, que l'on va appeler "Sanitat",
"santé" mais aussi refuge pour pestiférés.
L'ensemble est géré par des "moutonniers"
qui sont dirions-nous aujourd'hui des employés municipaux.
Ils seront en première ligne lors de la grande peste de
1628.
- L'Hôpital Saint-Julien :
C'est un établissement qui existe avant 1216, et il est
situé au bord de la Voiselle à côté
de la rue appelée aujourd'hui Edouard Vaillant.
C'était un petit établissement pouvant accueillir
environ 30 malades, ce qui est fort peu.
C'est à partir du XVII e siècle qu'il est intégré
aux autres structures médicales et est géré
par l'Hôtel Dieu de Bourges.
L'accueil
dans l'Hôtel Dieu
Dans ce qui se fait, il faut noter plusieurs
missions qui ont évolué au cours du temps. En premier
lieu, c'est le soin aux malades, qui sont des soins d'abord très
spirituels, on accompagne les malades vers la mort. Puis au fil
du temps les soins vont devenir plus sérieux, et on va
commencer à soigner et sans doute à sauver quelques
malades. La technique prend le dessus sur la prière.
Autre activité intéressante,
c'est le recueil des enfants abandonnés. Il y a en effet
à l'entrée de l'Hôtel Dieu et on en voit
encore les marques.
C'est ce qui s'appelait le berceau de pierre ou le Tour. Il s'agissait
d'un système tournant permettant de mettre le bébé
abandonné dans une sorte de berceau qui tournait sur un
axe vertical. On faisait tourner le dispositif et le bébé
se retrouvait de l'autre côté pour être pris
en charge par les surs de l'Hôtel Dieu.
Il daterait de 1600.
L'Hôtel Dieu accueillait aussi les enfants de 7 ans et
plus qui erraient dans les rues de Bourges. Ils n'étaient
alors plus pris en charge par leur nourrices.
Il faut noter qu'il y avait plusieurs nourrices affectées
à l'Hôtel Dieu pour les bébés abandonnés.
Le tour sera supprimé en 1830.
Sculptures
et décors :
Même pour un édifice devant
servir avant tout à soigner les malades, en cette époque
de la Renaissance, les sculptures gothiques sont présentes,
et à l'Hôtel Dieu, ce que l'on en connaît,
elles sont remarquable à l'extérieur.
On est dans du gothique flamboyant comme on peut en trouver dans
les chapelles de la cathédrale ou dans les hôtels
Lallemant ou des Echevins.
Le mur pignon qui sépare la chapelle
de la salle des malades comprend des uvres d'animaux fantastiques
:
- les lions
- les chevaux ailés
- les salamandres
- les aigles
- les anges phylactères
La porte cochère :
Cette porte donne sur la rue Gambon, autrefois
rue Saint Sulpice, et elle daterait de 1511.
Elle est formée d'une grande arcade en plein cintre appuyée
sur des pilastres de style ionique.
Sur ces pilastres ont été sculptés, un peu
comme à l'Hôtel Lallemant des motifs avec à
droite :
- les instruments de la passion, on remarque le clou, la lance,
les dés, la verge, l'éponge, la colonne
.
- à gauche, ce sont d'autres symboles comme la croix,
l'échelle, les deniers, le marteau, la robe, la couronne
d'épines, le sabre
.
Ces sculptures seraient l'ouvre de Marseault Paule.
Quant aux vitraux, ils ont disparu, et
auraient été l'uvre de Jean Lécuyer
peintre verrier. Ce devaient être des scènes du
Nouveau testament local.
Ces vitraux seraient enfouis sous la cour de l'Hôtel Dieu.
La fin
de l'Hôtel-Dieu
L'Hôtel Dieu apparaît dans
les monuments historiques avec le portail en 1926, alors que
l'ensemble du XVI e siècle attendra 1946.
Enfin, le secteur sauvegardé de Bourges est institué
en 1965 et comprend cette partie.
C'est en 1994 que l'Hôtel Dieu, dans
son ensemble termine son existence comme Hôpital pour aller
route de Nevers dans un hôpital moderne appelé aujourd'hui
Jacques Cur.
L'Hôtel
Dieu en 1995
C'est René Durant, médecin,
conseiller municipal et Président de l'Association des
Amis de l'Hôtel Dieu qui va beaucoup faire pour que cet
édifice soit connu. Il écrit un livre sur le sujet
et fait visiter avec d'autres bénévoles de l'Association,
ce site prestigieux, en particulier la chapelle et la salle des
malades.
La campagne électorale de 1995 avait porté sur
le devenir du site de l'Hôtel Dieu, avec plusieurs projets
concurrents. La gauche proposait la nouvelle Ecole de musique,
des dépôts archéologiques, des logements
et une zone de forte densité en construction. A droite,
c'était essentiellement l'implantation de la patinoire.
Les études pour une patinoire commencent à Bourges
par une étude archéologique
.. Jacques Troadec
et d'autres archéologues se mettent au travail et communiquent
leur rapport, le site de l'Hôtel Dieu n'a jamais été
fouillé et les recherches devraient être passionnantes.
Il s'agit d'un site majeur.
Vue de la salle des malades
Après mûre réflexion,
le maire abandonne la patinoire en ce lieu, conscient que l'on
part dans un chantier de fouilles de plusieurs années
que la ville ne pourra plus maîtriser
.. et la patinoire
attendue attendrait encore.
Le projet se restructure avec l'utilisation de tous les étages
du "bâtiment de briques rouges" comment disent
les Berruyers, puis la conservation de l'ancienne chapelle et
de la salle des malades. Le reste serait démoli pour faire
place à un parking paysager et des espaces de verdure.
Le nouveau projet, avec une Maison des Associations et des logements
pour étudiants devenait réaliste et pouvait s'effectuer
en quelques mois.
Première tâche : acquérir le site appartenant
à l'Hôpital. C'est acté le 22 septembre 1996,
pour un coût de 20 MF, la signature se déroule dans
la cour entre Christiane Coudrier, directrice du Centre Hospitalier,
et Serge Lepeltier, maire de Bourges. Puis sont lancés
les travaux pour démolir les bâtiments à
faible valeur patrimoniale, avec l'épisode des bâtiments
dits "Cambournac" que les Monuments Historiques veulent
conserver. Finalement le préfet, Bernard Tomasini, prend
le dossier en mains, et, avec beaucoup de bon sens et de persuasion
permet la destruction demandée par la ville.
Le parking voit le jour assez vite, il
est de bonne qualité, avec beaucoup d'arbres. Les Berruyers
mettent du temps pour se l'approprier. Les travaux consacrés
à la Maison des Associations, sur 4 étages, commencent,
le coût est estimé à 12 millions de francs.
Enfin, les logements du "CROUS" sont bientôt
occupés par les premiers étudiants, alors que les
étages pour les réserves des Musées sont
étudiés et les exécutions budgétisées
pour les premières années du troisième millénaire.
Ce lieu historique, et les premières réalisations
comprenant la réhabilitation de la chapelle du XVe siècle
sont largement plébiscitées par la population qui
redécouvre ce monument du patrimoine local.
En savoir plus dans l'ouvrage de René
Durand et Henri Olivier Michel
En 2003 une partie de l'édifice
est transformée, d'un côté la Maison des
Associations, avec des bureaux et des salles de réunion
pour les associations de Bourges et de l'autre le CROUS, c'est
à dire des logements pour étudiants.
En 2005, la partie centrale est réhabilitée
et ce sont 64 logements sociaux qui sont proposés en priorité
aux personnes habitant dans la quartier Avaricum.
Il existe une vidéo de Benoit
Quatre sur l'hôtel Dieu :
vidéo >>>cliquer