histoire de bourges 1977 - 2000 par roland narboux - Bourges encyclopédie

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L'HISTOIRE DE BOURGES 1977 - 2000
Par Roland NARBOUX

Bourges, et la fin de son Histoire au XX e siècle, c'est une période passionnante pour la ville.

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1978, la France de Giscard est au pouvoir depuis quatre ans, Raymond Barre est premier ministre. Après la récente défaite de la droite aux municipales, chacun se tourne vers les législatives qui doivent, en mars, permettre à la gauche de gouverner. Pourtant, la victoire de 1977 n'est pas suffisante pour assurer la cohésion du Programme commun de gouvernement et des fissures apparaissent dans l'Union de la Gauche.
A Bourges, la ville respire enfin. "Le violeur de Bourges" est sous les verrous, un jeune électricien de 23 ans a été arrêté, il est l'auteur d'une quinzaine d'agressions sur des femmes, dans plusieurs quartiers de la ville. Il sera condamné à 20 ans de réclusions criminelles.

Sur le plan politique, les vainqueurs des élections municipales de 1977 sont aux commandes, une équipe de gauche, avec un maire communiste commence à se faire connaître, elle prend en mains ses premiers dossiers.


L'héritage à gérer

Chaque fois qu'une nouvelle équipe arrive " aux affaires ", il faut trouver ses marques et après 18 ans de gestion par Raymond Boisdé, la municipalité communiste et socialiste se met en place. L'enthousiasme de l'équipe fait contrepoids à la faible expérience.

Dans son premier discours, le 27 mars 1977, le tout nouveau maire de Bourges s'exprime ainsi :
" Nous essaierons de donner le meilleur de nous-mêmes aux belles et nobles causes de la Justice, de la Liberté, du respect de la Dignité de chaque homme.
Nous sommes prêts à faire face à nos responsabilités, parce que nous sommes au service du peuple, au service du bien public, parce que nous avons le sens de l'intérêt général, et que nous bénéficierons de la participation active de milliers de citoyens.
Tout confirme que rien d'important ne peut-être fait sans l'instauration de la démocratie, sans la participation de tous dans la vie de la cité. Nous ne voulons écarter personne, car tout esprit mesquin de revanche nous est profondément étranger. Nous refusons tout esprit partisan étroit. La mairie de Bourges est ouverte à tous."

Le premier acte de la nouvelle municipalité est le vote du budget .... 1977, le chiffre des augmentations est repris de celui prévu par la municipalité précédente, c'est à dire 13,5%. C'était l'époque, pour la France, d'une inflation à deux chiffres.
Après inventaire, le maire, ce 9 juin 1977 lors du Conseil municipal emploie les mots suivants :


" Un bilan que nous continuerons à approfondir, car nous devons à la vérité de dire que chaque semaine, chaque jour, nous découvrons une situation qui pose problème".
Quelques exemples sont développés comme celui du manque de prospectives dans le domaine scolaire, alors qu'il y a encore 50 classes préfabriquées.


Dans le domaine médical c'est l'absence d'un plan directeur pour l'extension du Centre Hospitalier ou l'entretien de la voirie communale " laissée à l'encan ".
Sur le plan financier la nouvelle équipe se plaint de travaux importants réalisés ou en cours, sans prévision budgétaire. C'est le cas du financement de la seconde tranche du chemin de Villeneuve, des travaux de l'Eglise Notre Dame, de la construction du bureau PTT de l'Aéroport ou encore de l'acquisition de parc-mètres pour la place Saint Fulgent.
Après le budget d'investissement, celui de fonctionnement ne semble pas plus clair :
" Nous avons constaté des dépenses disproportionnées avec les moyens de la Ville. Un service de chauffeurs en missions spéciales permanentes auprès du cabinet, qui a coûté en salaire et charges sociales 26 MF d'AF en 1976 ".

En conclusion, après avoir multiplié les exemples, le maire affirme et ces phrases sont soulignées dans le compte rendu du Conseil municipal :
" La nouvelle Municipalité n'entend pas porter la responsabilité de la gestion antérieure, et à plus forte raison la faire supporter à la population berruyère ".

Mais les problèmes financiers, s'ils sont majeurs ne détournent pas la nouvelle municipalité de ses promesses en terme d'explication et de dialogue avec la population.

Le maire parle beaucoup de la nouvelle gestion démocratique qu'il instaure avec :

- Un travail collectif de l'équipe municipale, le Bureau municipal se réunit chaque semaine. Les conseillers municipaux sont tenus informés du contenu de ces réunions.
- Un service d'information existe dorénavant à la mairie et des rencontres régulières avec la presse sont organisées.
- Le pavillon de la ville est consacré à l'urbanisme et présent à la Foire-Exposition
- Avant la construction d'une école, avant l'aménagement d'un carrefour... etc des réunions de concertation seront tenues.
Il y a une volonté de se démarquer des méthodes que l'on attribuait alors à la municipalité précédente et qui étaient de tout faire " dans les bureaux " sans concertation avec la population.

Avec le scrutin de cette époque, les conseillers municipaux étaient élus sur une liste complète, et il n'y avait pas d'opposition au Conseil municipal. L'équipe en place élue sur un même programme sans être identique était très homogène.

Jacques Rimbault et son équipe

Autour du maire de Bourges, l'équipe s'affirme et apprend à se connaître. Les communistes tiennent les manettes, avec G. Camuzat, M. Renaudat et M. Picard, les socialistes sont présents avec Jean Roger leur leader, mais la présence de C. Parnet et J. Chavannaz est forte, alors que les gaullistes de gauche sont représentés par E. Boiché.

Au cours du Conseil Municipal du 13 octobre 1977 alors qu'il faut voter le compte administratif de l'exercice 76, après avoir rappelé le chiffre des déficits, le maire s'alarme de la situation financière : "Et nous disons très haut que Bourges ne pourra s'acquitter de telles dettes que si elle bénéficie d'aides accrues, si elle obtient de longs délais de paiement..... Il faut le dire, en juin, nous n'avions pas une vue complète de la situation. En octobre, elle nous paraît encore plus grave que nous l'avions imaginée."
A la fin de l'année 1977, se place le premier acte important de la nouvelle équipe avec le vote le 15 décembre du budget primitif 1978. Ce premier budget, tel qu'il est commenté par le maire, prend en compte plusieurs soucis comme :
" Le respect des engagements pris devant la population, c'est à dire gérer de la manière la plus démocratique, en favorisant le social en faveur des plus défavorisés, et en gérant non pas en gestionnaire de la crise, mais en combattant de façon permanente, pour obtenir les moyens du pouvoir de satisfaire le maximum de besoins".

Ce budget, pour Jacques Rimbault : " souffre encore de l'héritage financier trouvé à notre arrivée " et de donner des exemples, sur les travaux en cours, dont l'opération du Val d'Auron "qui pèse et pèsera lourd dans les finances locales encore longtemps".

Au niveau des investissements, l'accent est mis sur la construction de 4 écoles, Nicolas Leblanc, Turly, Mâchereaux et Val d'Auron, sur le CES de Gionne et sur des aménagements pour l'école Nationale des Beaux-Arts.
Pour la circulation, "nous subissons un retard important que nous devons combler", ce sont alors des listes de travaux traditionnels comme l'aménagement du carrefour de l'avenue d'Orléans, ou les travaux du boulevard de l'Industrie. C'est aussi la réfection et l'aménagement de nombreuses voies comme le boulevard Auger, la rue Colbert, le carrefour du Lautier.... etc
Quant aux espaces verts, ils représentent 15% du budget de la section investissement.
En sports et culture, des travaux divers sont prévus comme un abri à bateaux au Val d'Auron, la réfection du clocher de l'Eglise Saint Pierre sans oublier la couverture de l'Hôtel des Echevins.

Au niveau du Fonctionnement, le maire signale d'entrée, le poids de la dette qui représente 20% de cette section. Ensuite, il indique les nombreux postes qui freinent l'activité de la ville par des contingents obligatoires qui devraient être pris en charge totalement par l'Etat. C'est le cas de l'Ecole " Nationale " de Musique financée à 92% par la ville ou celle " Nationale " des Beaux Arts financée à 50% par la ville.

Lorsque le sujet abordé est le montant des emprunts, il y a très vite des aspects de politique nationale qui interviennent. L'Etat pousse, selon le maire, les communes à prendre en charge toujours plus d'équipements et à accroître le seul poste sur lequel elles aient décisions : les impôts locaux, c'est ainsi qu'à Bourges, le nombre de centimes a augmenté de 426% en 11 ans.
" Nous n'avons pas été élus pour gérer la crise, mais pour satisfaire l'intérêt des travailleurs, pour œuvrer en priorité à aider les plus défavorisés ",

......Tel est le leitmotiv de ces années.

Comme l'Opposition municipale n'existe pas, le maire s'en prend aux journaux locaux qui mettent en doute sa " concertation " avec la population.
Et Jacques Rimbault donne sa définition de la concertation :
" C'est ce qui permet aux élus de diriger la Ville, non pas en administrateurs froids et sans connaissance profonde des réalités de la Cité, mais avant tout en responsable soucieux d'utiliser les remarques, les suggestions, les critiques des citoyens pour toujours mieux affiner leur pratique municipale".

Il poursuit quelques instants plus tard :
" Nous considérons que nos concitoyens ne nous ont pas donné carte blanche pour gérer la crise pendant 6 ans. Eh bien nous leur disons, dès maintenant, soutenez vos élus... Il faut que vous soyez partie prenante".

Le maire fait donc appel à la population de manière continue, pour qu'elle soutienne ses élus, pour que l'Etat participe davantage au financement des projets. La crise en France ne doit pas être reprochée à la municipalité mais il convient, au plan national de changer le pouvoir en place, des élections nationales sont prévues à court terme.

La gestion de la ville au fil des jours

En règle générale, l'action municipale passe par les sujets les plus divers. Edmé Boiché expose la rétrocession d'une concession au cimetière Saint Lazare, Marie Paule Prot donne la liste des subventions aux associations à caractère social et familial.
M. Gonzalèz communique le montant des subventions accordées à titre sportif, "en prenant en compte l'aide accordée récemment aux clubs qui peuvent désormais s'entraîner gratuitement dans les installations sportives municipales".
On trouve ainsi, les boulistes qui ont 800 F, l'Association sportive d'Asnières 4300 F, le Cercle Jean Macé 96 000 F, le FCB 330 000F et l'USB 79 000 F.
On dénomme aussi des voies publiques comme l'allée " Louis Armand, Ingénieur, 1905-1972 " ou l'allée " François Arago, Physicien, 1786-1853 ".
Et puis quelques " serpents de mer " comme l'Hôtel de Bourbon ressortent. Il avait été envisagé en 1975 de consolider les vestiges de la chapelle. Cette opération ne s'était pas faite, le sujet revient sur la table trois ans plus tard et l'on vote des crédits pour ces travaux........ qui ne seront pas effectués avant des lustres !
Le 21 septembre, présidé par Jacques Rimbault, le Conseil municipal se réunit en présence du maire de Peterborough, Mr. Franklin. Les circonstances sont difficiles puisque si ce séjour marque les 25 ans du jumelage de Bourges et de Peterborough réalisé sous le mairat de Louis Mallet, un jeune aviateur anglais vient de trouver la mort en planeur en effectuant la liaison entre les deux villes jumelles.

Dans la déclaration du maire, après les mots d'usage compte tenu de la présence des invités d'outre-Manche, c'est un discours sur la crise et ses conséquences : "....Nous désirons limiter le poids déjà insupportable des impôts locaux, nous devons tenir plus que jamais le cap de la démocratie, de la concertation et de l'action".

Sur les grands dossiers de la Ville, le CES " ouvrira bientôt ses portes ", quant aux dossiers sur les écoles de Mâchereaux et du Val d'Auron, les subventions ayant été refusées sur 1978, il faut encore attendre. De même le LEP Vauvert n'est toujours pas programmé.... pas plus qu'un nouveau corps de l'IUT.

Et puis on reparle de l'urgence de l'autoroute A 71 et de la réalisation prioritaire du tronçon Bourges - Vierzon.

En ce qui concerne les Loisirs, le Tourisme et les Festivités, le maire "souhaite une première tranche d'un camping caravaning au Val d'Auron, l'étude d'un spectacle son et lumière à la Cathédrale et la construction d'une Halle des Congrès et des Festivités".... Seul ce dernier projet sera un jour réalisé.

Le 14 décembre 1978, le budget 1979 est étudié puis voté, à la suite de nombreuses déclarations de M. Roger pour le groupe socialiste, M. Camuzat pour le groupe communiste et M. Boiché pour les autres.
Chacun donne son point de vue, positif sur le budget présenté, mais on ne sent pas d'enthousiasme. Jean Roger demande que soit étudiée une méthode qui permette d'alléger la pression fiscale pour les plus pauvres et de l'augmenter pour les plus aisés. Il demande aussi que soit convoquée une " Commission Générale Spéciale " pour fixer les priorités, il faut dit-il "retenir des réalisations susceptibles d'augmenter le dynamisme de la Ville et de vivifier le commerce local".

On sent quelques critiques, que l'orateur perçoit puisqu'il termine son propos avec ces mots : " nos observations sont inspirées non par un esprit de critique négative mais par un souci de collaboration efficace".

Le discours de Gilbert Camuzat est plus politique. Il parle de l'aggravation de la crise qui pèse sur les communes, et ajoute que "nous comprenons l'amertume de tous nos collègues qui doivent renoncer à des réalisations, à des entretiens de bâtiments, à des recrutements nécessaires, nous la partageons pour nous-mêmes, pour la Ville, pour ses habitants, nos concitoyens".
Comme souvent, les finances ne sont pas à la hauteur des projets des élus. Ils découvrent que rien ne va aussi vite que ce qui était prévu.

Le chômage, une ère nouvelle

Le débat, dans ces premiers mois de gestion de la gauche prend souvent un caractère politique, sans trop de relation avec les problèmes locaux de la ville. Le premier exemple c'est le conseil municipal extraordinaire du 28 juin 1977 qui se tient .... au Petit théâtre de la Maison de la Culture. L'ordre du jour porte sur "les problèmes de chômage et de l'emploi posés dans notre ville et au pays tout entier". La municipalité de gauche "ne veut pas rester insensible à ce fléau que représente le chômage et aux drames qu'il engendre". Et le maire de prendre l'exemple d'un jeune chômeur de 25 ans de Saint-Denis qui s'est suicidé après 6 mois sans travail.

Le débat sur ce sujet commence par un long exposé de Gilbert Camuzat :
" les travailleurs en lutte, aux côtés de la population berruyère dans l'action pour refuser austérité et sacrifices et imposer les vraies solutions conformes à ses intérêts et à l'intérêt national".

Il n'y a pas de débat véritable, mais quelques idées générales, sans caractère local, pour résoudre le problème du chômage, c'est l'avancement de l'âge de la retraite, la réduction du temps de travail et l'augmentation des salaires et des pensions.
Pourtant, à Bourges et dans le Cher, la situation n'est pas à la fin des années 1970 et au début des années 1980 aussi critique. Les entreprises locales, dont l'activité est essentiellement tournée vers les fabrications militaires est relativement florissantes. Ainsi le nombre de licenciements pour cause économique diminue entre 1981 et 1980, et le taux de chômage du département du Cher est largement inférieur à celui de la France.

Dans ce même Conseil municipal extraordinaire, on trouve tout de même quelques lignes sur le local, avec des demandes d'action et de mobilisation pour le démarrage des travaux de l'autoroute A71, l'accélération des études pour la grande rocade et la construction de logements sociaux.

La concertation et les Assises pour Bourges

Comme son prédécesseur, le maire de Bourges Jacques Rimbault aime faire en début de Conseil Municipal des déclarations préliminaires. Dans une de ces communications en date du 14 juin 1978, il évoque " une activité intense et multiforme ", et mentionne les " efforts faits dans le sens d'une gestion démocratique, recherchant toujours davantage la participation des Berruyers à la vie et à la gestion de la cité ".
C'est une méthode qu'adoptera M. Rimbault tout au cours de ces années. Il parle de l'information écrite avec la publication du numéro 5 de " Bourges " et d'un numéro spécial " Vieille Ville en fête ". Il insiste sur la concertation dans les dossiers de la liaison avenue de Dun / Val d'Auron et dans les problèmes de circulation.
A chaque Conseil municipal, le maire fait un rappel des travaux effectués. On peut retrouver le même thème sur plusieurs conseils, c'est une impression d'information forte et soutenue, sans cesse répétée. En 1978, M. Rimbault parle des travaux de voirie, mais aussi du démarrage du service municipal de l'enfance, de l'ouverture du lac d'Auron, "remarquable emplacement de loisirs et de sports, poumon vert de l'agglomération berruyère". Même s'il ajoute que les soucis financiers sont présents, il y a un changement d'attitude. La nouvelle municipalité adopte le Val d'Auron !

La pratique du dialogue se développe avec la mise en route systématique par la municipalité de visites dans tous les quartiers de Bourges. Le maire explique que :
" ce type d'activité est finalement très symbolique de notre style de gestion municipale. A l'opposé d'une politique de notables enfermés dans leurs bureau, elle nous confronte sur le terrain avec les difficultés des Berruyers. Elle nous amène à beaucoup mieux cerner les urgences, à beaucoup mieux connaître la réalité de la vie de notre ville".

Même les actions les plus mineures sont mises en avant, c'est le cas d'une foire à la brocante qui se tient le dimanche matin dans le quartier Saint Bonnet, ou le premier corso carnavalesque qui n'est autre que le carnaval cher à l'équipe Boisdé. Enfin, l'accent est mis sur la première grande réalisation originale de la nouvelle municipalité : la "Vieille Ville en Fête". Cette expérience connaît un succès populaire et sera renouvelée en 1979, avec " le concours de tous et de chacun ".

Et puis l'insolite apparaît parfois avec la visite fin juin de Madame Giscard d'Estaing aux serres municipales..... alors que Jacques Rimbault la reçoit :
"les règles de courtoisie que nous pratiquons à cette occasion, ne sauraient se confondre avec un quelconque assentiment de la politique d'austérité menée par le Gouvernement".

Et un long exposé sur la crise, sur les travailleurs, sur le chômage suit cette parenthèse.

C'est à cette date, septembre 1978, que s'ordonne de manière très précise la concertation avec la volonté " d'informer, de consulter, et d'agir ", et le lancement des Assises pour Bourges qui sont définies par Bernadette Gimonet.

Les Assises sont prévues du 13 octobre au 4 novembre 1978. Elles comportent alors essentiellement :

- des présentations et des discussions sur ce que fait la Municipalité, avec les priorités en matière d'enseignement technique à Bourges, la politique culturelle de la cité ou les problèmes du Val d'Auron.
- des visites comme celles des serres municipales ou des Marais de Bourges.
- des expositions concernant la circulation à Bourges.
Les Assises sont donc essentiellement thématiques. Il s'agit pour la municipalité :
"d'expliquer à nos concitoyens les obstacles qui entravent notre volonté de bien gérer la ville, et de débattre avec eux, pour trouver le seul chemin, celui de l'action en direction d'un pouvoir soucieux de se libérer au maximum de ses charges sur le dos des collectivités locales".

Suit alors un discours sur la politique gouvernementale de Giscard et Barre, " dont les maîtres mots sont inflation, austérité chômage...." et le besoin pour unir et rassembler les Berruyers " en vue de l'action pour le devenir de notre ville".

Deux sujets en cet automne à Bourges sont longuement traités. C'est le devenir de l'Enclos des Jacobins, un vieux projet qui revient à la surface et qui consiste à rejoindre la rue d'Auron et la rue Moyenne. Déjà vers 1894, le projet existait...... Le second concerne l'Hôtel de la Boule d'Or et sa transformation sous forme d'hôtel et de centre commercial.

C'est aussi l'époque où la ville organise à l'intérieur du palais Jacques Cœur des animations et en particulier une magnifique exposition de tapisseries intitulées " Matière et couleurs dans la tapisserie contemporaine ". Malheureusement, ce ne sera qu'un feu de paille et le palais du grand Argentier restera un réel problème pour le rendre encore plus attrayant vis à vis des touristes, pendant encore 25 ans.

Dans le même domaine, M. Paul Ganes demande l'acquisition de terrains dans les marais de Bourges afin d'en faire une aire de repos dans " le projet d'aménagement des promenades à l'intérieur des marais ".
Autre thème, celui des espaces verts avec le projet d'un parc paysager à Bourges-Nord.

 

C'est en 1978 que Jean François Deniau arrive en Berry. Il n'est pas très connu localement, et il est parfois confondu avec son frère Xavier, mais il est ministre et sa haute stature ne passe pas inaperçue. Il vient à Bourges à la suite de 1977, de la défaite de son camp, battu dans une ville " ho combien bourgeoise ", il vient relever le défi !
A la question qui lui est posée, plus tard sur cette venue dans le Cher, il répondra ainsi :
" Je ne suis pas originaire du Cher, mais du département voisin. Pour ces élections législatives de 1978, tout le monde donne les élections perdues pour la droite. D'autant que dans la circonscription de Bourges, où le candidat communiste paraissait imbattable, personne ne voulait y aller. J'avais été plusieurs fois ministre sans être élu….. On m'a sollicité. J'ai refusé. C'est alors que j'ai été convié à déjeuner à l'Elysée. Le président Giscard d'Estaing m'a accueilli avec cette phrase " Alors Jean François, on se dégonfle pour la première fois de sa vie ", je me suis présenté sous l'étiquette UDF. Mon suppléant était RPR".

Pour beaucoup, cet homme prend l'exemple de Raymond Boisdé, venu en Berry pour une place de député, et qui est resté député-maire de Bourges pendant 18 ans !
Jean François Deniau veut devenir député, mais est sans aucun doute la mairie dans le collimateur, et, à cette période, Jacques Rimbault, pour beaucoup a été élu maire par hasard, il n'a pas fait ses preuves, et il ne tiendra pas. Dès la prochaine élection, quelle qu'elle soit, il sera battu par ce vieux réflexe anti communiste ……les Berruyers voulant " se racheter de l'erreur de mars 77 ".

Les législatives de 1978, Rimbault battu

Les élections législatives se profilent pour le printemps, elles devraient être difficiles pour la majorité en place, Giscard et Barre sont sur le fil, car les municipales ont été très favorables à la Gauche, et malgré la rupture du Programme commun, le vent souffle à gauche en ce début d'année 1978.

A 54 jours du scrutin, prévu les 12 et 19 mars, les sondages donnent la gauche gagnante avec 51% de voix contre 44 % à la majorité et 5% aux écologistes et divers. Il y a un sentiment de changement dans le pays, et les responsables de gauche, Mitterrand, Marchais et Fabre sont persuadés qu'ils vont gagner. A droite, c'est une bataille perdue, malgré l'engagement de Giscard à Verdun-Sur-le Doubs et l'action de Barre et Chirac qui exhortent les Français à faire " le bon choix ".
Au soir du 19 mars, la majorité l'emporte avec 290 sièges contre 201 à la gauche qui perd pour la troisième fois. C'est " une divine surprise " pour la majorité titrent les journaux.

Dans le Cher, la première circonscription comprend entièrement la commune de Bourges, les cantons des Aix d'Angillon, Charost, Levet, Henrichemont, Lignières et Saint Martin d'Auxigny. C'est dans cette circonscription que Jean François Deniau qui occupe le poste de ministre du Commerce Extérieur dans le gouvernement Barre, vient se battre.
A priori, un an après les municipales gagnées par la gauche, il n'a guère de chance de l'emporter, et le fait d'être ministre n'est qu'un faible avantage. Il est opposé à Jacques Rimbault, pour le P.C., Charles Parnet pour le P.S. et à deux autres candidats.
La campagne est rude, M. Deniau fait appel pour le soutenir à Simone Veil, alors très populaire et ministre de la santé. Elle est à Bourges le 6 mars, à la Salle des Fêtes de la Chancellerie. Devant 1000 personnes, au cours du meeting, elle déclare : "Ceux qui voteront pour le Programme commun savent très bien qu'il ne sera pas appliqué".

Le premier tour du 13 mars donne au plan national une poussée du P.S., mais la majorité résiste bien et rien n'est joué.
A Bourges, M. Deniau fait 43,9% (28610 voix) contre 34,2% (23306 voix) à M. Rimbault et 16,2% (10590 voix) à M. Parnet alors que 3% des électeurs votent à l'extrême gauche. Mathématiquement, pour le second tour, si les voix de gauche se portent bien sur M. Rimbault, le ministre du commerce extérieur sera battu.

Le second tour se déroule le 16 mars, et Jean François Deniau l'emporte par 51,95% (34916 voix) face au maire de Bourges qui n'obtient que 48,05%. (32295 voix) Le coup est sévère, et sur le plan national, F. Mitterrand attribue la responsabilité de la défaite au Parti Communiste. A Bourges, entre le premier et le second tour, il y a eu une défection incontestable des électeurs socialistes le P.C. réagit mal, la municipalité n'a qu'un an d'ancienneté et des inscriptions " démissions " apparaissent sur quelques murs de la ville.

Le maire battu fait une déclaration dans laquelle il souligne :
"le caractère injuste de la loi électorale qui prive 88 000 électeurs de ce département de toute représentation parlementaire. La droite conserve le siège qu'elle avait depuis 1951, mais la campagne a été tapageuse et haineuse, avec la présence de ministres.... et des inscriptions souillant la ville de Bourges avec un anticommunisme plus vil et plus primaire que jamais.
En 1977, lorsque la gauche a eu la mairie, elle n'a pas demandé la démission du député de la circonscription qui venait de réaliser 44%, sachant faire la différence entre élection municipale et législative "

A droite, M. Jean François Deniau remercie ses électeurs et son épouse Frédérique, en signalant que l'Union, en particulier avec le RPR a été payante, il retrouve son poste de ministre, et en conséquence, il doit démissionner comme parlementair. Il laisse sa place de député au docteur Moule, alors qu'un autre député du Cher, M. Papon occupe un poste ministériel au budget.

Après cette défaite, c'est le profil bas pour le maire de Bourges. Il est peu présent dans la presse locale, alors que M. Jean François Deniau donne des conférences, vient parler aux délégués consulaires, bref est très actif dans sa nouvelle circonscription. Il apparaît comme le nouvel homme fort du département et de la ville, succédant ainsi à Raymond Boisdé et se positionnant comme l'homme qui refoulera la gauche et Jacques Rimbault dans l'opposition.
Le 21 Avril 1978, en ouvrant la séance du Conseil municipal, Jacques Rimbault rappelle les phrases prononcée il y a un an lors de l'installation de la nouvelle municipalité :
" En donnant, le 12 Mars, la majorité absolue aux deux candidats de Gauche, Charles Parnet et moi-même, élus de cette Municipalité d'Union, la population berruyère nous a confortés dans notre activité collective à son service....."

Ne signalant pas la victoire de M. Deniau et sa propre défaite.......

Et le maire de faire un premier bilan de l'action municipale, portant plus sur la méthode utilisée que sur les actions réalisées. Ainsi, il est question de " l'humain, du social de la démocratie qui seront demain, encore plus qu'hier, pour nous, des maîtres-mots...."
Ensuite ce sont les grandes idées et son plan d'actions :
- Concertation pour les projets en cours
- Information avec l'édition du bulletin municipal d'informations
- Les Assises 1978 qui se dérouleront à l'automne
- La circulation avec une douzaine de projets plus ou moins importants et bien sûr, l'autoroute A 71 et la grande Rocade.
- Le plan directeur du Centre-Hospitalier
- L'étude du POS et la réhabilitation de HLM.

Pour le sport et la culture, peu de phrases, le Printemps de Bourges est tout juste évoqué avec ces mots :
".... Nous venons de vivre le Printemps de Bourges qui a connu le succès. Nous l'aurions voulu peut-être mieux préparé dans toute la ville, pour une meilleure participation des habitants au Festival".

Après un an aux affaires, la nouvelle municipalité cherche ses marques. Il n'y a aucun projet original ou nouveau, par contre une réelle volonté de développer le dialogue et la concertation avec la population et de répéter, plutôt deux fois qu'une, la liste des projets envisagés sans mettre de délais très précis.

Des élections à Bourges en 1979

C'est encore une année électorale, et à chacun d'affûter ses armes en vue des cantonales de mars. Les cantonales, en règle générale, dans la ville de Bourges n'ont pas toujours beaucoup d'impact, ce sont des élections très locales.
Pourtant en 1979, c'est un test à Bourges puisque dans le canton de Bourges IV, les candidats en lice sont de toute première importance, ainsi face à J. F. Deniau, ministre, qui a la volonté de poursuivre son enracinement local, s'opposent deux maires-adjoints. M. Picard représente le PC et M. Perruchot le PS. Il s'agit pour ces trois candidats principaux de briguer le siège du conseiller général sortant, le docteur Villard. Le contexte est difficile avec la crise de la sidérurgie qui fait la " une " de tous les journaux.
A Bourges, des leaders nationaux viennent soutenir les candidats de leur camp. On voit ainsi Pierre Maurois salle Calvin qui s'en prend au gouvernement de Raymond Barre "qui a allumé les hauts fourneaux de la colère", alors que André Vieuguet pour le PC parle de " l'abandon de l'indépendance nationale qui conduit au déclin".

De son côté Jean François Deniau s'exprime beaucoup et mène une campagne active en reprenant des thèmes forts du département :
"nous devons tirer partie de l'agriculture, de l'industrie et du tourisme. Dans ce cadre, nous devons sauver le canal de Berry…. Bourges mériterait de recevoir beaucoup plus de touristes".

Les résultats du premier tour donnent M. Deniau en tête avec 3467 voix, mais ses deux adversaires totalisent 3384 suffrages, c'est très serré. Le second tour, au plan national, révèle une nette victoire socialiste, la gauche va détenir la moitié des conseils généraux.
Et dans cette vague de gauche, Jean François Deniau, opposé au second tour à Michel Picard l'emporte par 4098 voix contre 3426 à son adversaire du PC. Même si le score n'est pas de l'ampleur du docteur Villard en 1973, la victoire est confortable et le ministre de Giscard de déclarer que nous devons "sortir de la crise". Il devient Vice président du Conseil général du Cher, un poste qui doit logiquement le propulser vers la Présidence qu'il acquiert en 1981… puis vers la mairie aux élections municipales de 1983.

L'ambiance en France et à Bourges ne s'arrange pas, ainsi, le 24 janvier 1980, le Conseil municipal est réunit afin de protester contre " la hausse de l'énergie en France ". Bernard Gourdon pour les socialistes signale qu'il participe à ce Conseil suite à la convocation du maire, mais surtout pas "parce qu'il a été convoqué par le Parti Communiste" alors que Edmé Boiché, se lève et déclare : "En vérité c'est le Parti Communiste, par la voix de Charles Fiterman, qui a invité les élus communistes à élever une protestation sur la hausse du prix de l'énergie". Et de développer ses arguments, en signalant qu'il ne participe pas au débat, car "en francs constants, le pétrole ne vaut pas plus cher qu'en 1974, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'élever contre les bénéfices scandaleux des pétroliers".
Après un débat assez court, et des explications de Jacques Rimbault, une motion est adoptée, pour :

" Refuser l'alibi du Gouvernement tendant à faire croire qu'il s'agit des conséquences inéluctables de la facture pétrolière.
Considérer que cette politique néfaste du gouvernement permet à l'Etat de se procurer de l'argent frais à bon compte…. " .

Les élections présidentielles sont dans un an et demi, et la campagne électorale est lancée !

 

1981 : la rose au poing

Le 13 avril 1981 alors que la campagne électorale bat son plein, le candidat Mitterrand est en Berry sous le chapiteau du Printemps de Bourges, est situé place Séraucourt.

La campagne électorale est très âpre, à cette époque les campagnes d'affichages fleurissent sur les murs, chacun remarque les immenses affiches de Giscard avec ses filles, alors que Mitterrand, sa " force tranquille " et son petit village au loin, fait un tabac.
Le sommet de la campagne se situe à la télévision, le 5 mai avec, pour la première fois un grand débat télévisé entre les deux finalistes.
Comme le titre la Nouvelle République : " 2 Politiques, 2 Langages ".
Le jeudi 7 mai à Bourges, un grand meeting du Parti Communiste se déroule à la Chancellerie, Jean Claude Sandrier secrétaire fédéral prend la parole : "Battre Giscard et la politique des patrons" et ajoute tout de même : "voter Mitterrand mais compter avec les communistes". A droite, d'autres meetings, et des Comités de soutien à Giscard se forment comme le Comité de soutien des professions de santé du Cher.

Le 10 mai à 20 heures, les résultats apparaissent sur toutes les chaînes de télévision : " François Mitterrand est élu Président de la République ", le score ne prête pas à contestation, il obtient 51,75% des suffrages, Giscard, amère est battu.
Dans le Cher, l'écart est un peut plus prononcé, puisque Mitterrand obtient 52,8%. Quant à la ville de Bourges, elles vote de la même manière que le reste du pays, à 51,47%. Les réactions à Bourges sont faibles, les uns exultent, d'autres sont désespérés….. Le maire fait une courte déclaration le 15 mai, "l'espoir est au présent", dit-il, et il fait remarquer en guise de revanche "que Giscard d'Estaing est minoritaire dans le canton de Bourges IV détenu par Jean François Deniau", quant à la droite elle est sonnée et …. muette.
Le 10 mai 1981 marque donc la consécration de François Mitterrand. C'est un peu du Berry et de Bourges qui entre à l'Elysée. L'arrière grand père du président, Charles est en effet né en 1810 en face du Moulin de La Chappe dans le quartier d'Auron, et il se souvenait qu'en 1929 il allait patiner sur le canal gelé, en face de la maison de ses grands parents.
Il écrira dans "ma part de vérité", les mots sur le Berry de sa famille : "Il n'y a de Mitterrand que du Berri. Ce nom de famille est lui-même du terroir. Il signifie pour certains des miens "milieu des terres", et un champs qui se trouve, en effet, au centre géographique de la France…. S'appelle le champs des Mitterrand".
Le Président prendra beaucoup de plaisirs à revenir à Bourges au cours des deux septennats. Les visites seront souvent privées, comme à Ainay-le-viel en 1985 ou l'année suivante à la Maison de la Culture en plein mois d'août pour voir une exposition sur Alain-Fournier. En 1986, il sera cette fois à Epineuil le Fleuriel, écoutant Henri Luillier lui raconter l'histoire du Grand Meaulnes…..
Et puis à quelques jours de la fin de son …. Second mandat, en 1995, il vient à Bourges inaugurer le nouvel Hôpital.

La victoire de mai 81 à Bourges !

Après la victoire de François Mitterrand, deux événements diamétralement opposés se déroulent à Bourges. Le premier, c'est la fête de " la victoire de l'espoir " qui est organisée le 21 mai, le jour de l'investiture du nouveau Président.

Puis ce sont les législatives . Au premier tour, le 14 juin 1981, c'est pourtant Jean François Deniau qui devance largement Jacques Rimbault qui a 28,6% des suffrages (17151) et dépasse d'assez peu Bernard Gourdon le socialiste qui obtient 25,2% (15120) des voix.

Seulement M. Deniau a fait le plein des voix à droite, il a 42,9% des suffrages (25 773).
Au second tour, une semaine plus tard, avec 33440 voix, c'est à dire près de 52%, des suffrages, Jacques Rimbault l'emporte face à Jean François Deniau, il conforte de manière éclatante sa position à Bourges et prend sa revanche sur 1978…….
La séance du conseil municipal du 1er juillet est historique et émouvante, le maire Jacques Rimbault devenu député parle en ces termes :
" Cette séance intervient immédiatement après des évènements de très grande portée, le résultat dans notre ville a confirmé la volonté des Berruyers de placer leur cité dans la majorité nouvelle, avec l'ambition de la faire pleinement participer au changement nécessaire".
Jacques Rimbault a tout lieu d'être satisfait, pour la première fois depuis la Libération, la France va être gouvernée à gauche, avec la présence de 4 ministres communistes, dont Charles Fiterman ministre d'état, ministre des Transport
Puis le député -maire évoque les changements à venir, avec une discussion franche et tranquille avec le pouvoir, car nous étions "harcelés hier et encore aujourd'hui, par une tutelle préfectorale d'un autre temps, en butte hier à l'arrogance d'un pouvoir sectaire….". Il passe en revue les futurs projets de décentralisation, la suppression du contrôle à priori des préfets, les pouvoirs nouveaux accordés aux collectivités.
Le maire attend beaucoup des lois de décentralisation, elles vont en effet modifier de manière très profonde certaines pratiques. C'est à partir de ces lois que la Région devient responsable des Lycées, et le Conseil Général des Collèges, la Ville ne prenant désormais en compte que les écoles primaires et les maternelles.
Mais Jacques Rimbault reste maire, et il rappelle les principaux dossiers en cours. C'est la Cuisine Centrale des Restaurants Scolaires, chemin Tortiot, en construction, elle est prévue pour janvier 1982. Puis il parle de la seconde tranche de l'école primaire des Machereaux, le chantier de l'Enclos des Jacobins, le Hall des Congrès qui devrait commencer à l'automne, le Parc Paysager et Educatif de Bourges Nord avec l'arrivée prochaine d'une subvention.
Enfin les dossiers sur la réalisation de la nouvelle gare routière, du Centre Commercial du Val d'Auron, de la nouvelle avenue de Robinson, et "d'un important programme de travaux d'eau et d'assainissement".

Le 16 septembre 1981, le maire ajoute à ses projets de l'été, la préparation du dossier d'un Centre Hospitalier neuf, ainsi que l'obtention du versement Transport permettant la mise en œuvre d'un réseau de transports urbains digne de ce nom.
Si 1981 marque un important tournant politique, c'est la poursuite des Assises pour Bourges, quatrième édition, avec " le forum des associations " qui doit réunir vers la fin du mois de novembre l'ensemble des associations de Bourges, aussi bien dans le domaine de la culture que du sport ou de l'humanitaire, le tout au Parc Saint Paul.


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1982, dans le monde, c'est la fin de l'ère Brejnev, c'est aussi la guerre des Malouines entre la Grande Bretagne et l'Argentine, avec la présence des armes françaises fabriquées à l'Aérospatiale et qui font connaître Bourges, capitale de "l'Exocet", au monde entier.
Au début de l'année, en France, le gouvernement de Pierre Mauroy approuve l'ordonnance sur la semaine de 39 heures et les 5 semaines de congés payés.
Les ministres communistes sont au travail, c'est Fiterman, Rigout, Ralite et Le Pors, leur présence est très importante pour la vie locale de l'équipe municipale de Jacques Rimbault. Au fil des mois, on les verra tous à Bourges, apporter leur soutien à la municipalité de gauche.
Les problèmes et questions pour Bourges

Jacques Rimbault en 1982 est à un an des prochaines municipales et la visibilité de son bilan n'est pas évidente. Beaucoup de projets, beaucoup de discussions et de concertation, mais peu de réalisation.
En France la situation de l'emploi est préoccupante. A Bourges ce n'est pas le cas, et Jacques Rimbault annonce qu'en février et mars 1982, on enregistre un premier recul du nombre de demandeurs d'emplois. Le maire de Bourges déplore les pré-retraites et les licenciement à la F.A.B, mais note avec satisfaction les 141 embauches de la SNIAS. Il ajoute : "Je crois au plan Rigout sur la formation professionnelle", et note "les premiers résultats positifs de l'action du gouvernement et des forces vives du pays".

Au cours des " Assises pour Bourges " qui se tiennent d'octobre à décembre 1982 la municipalité développe ses principaux thèmes. Les propositions pour la ville sont éternelles : Quelle croissance envisager ? Quels sont les retards à combler ? Quels équipements sont à moderniser et à promouvoir ?
D'autres questions sont posée par Marguerite Renaudat : "comment reconquérir le Centre Ville ?" ou "comment vivre mieux à Bourges Nord" et enfin pour résumer les milles et une autres questions : "comment faire de notre ville une cité dynamique, tout en restant à l'échelle humaine ?"

Mais les problèmes de financement, dans tous les domaines sont de véritables casse-tête. La vie culturelle à Bourges avec la Maison de la Culture et le festival du Printemps sont budgétivores.

La campagne électorale de 1983

Au mois de janvier 1983, Jean François Deniau annonce qu'il ne sera pas candidat pour conduire la liste municipale de l'opposition à Jacques Rimbault. Il évoque une incompatibilité entre le fait d'être Président du Conseil Général du Cher et la fonction de maire d'une grande ville comme Bourges. Il signale en outre qu'il soutient Camille Michel, pour l'UDF, qui devient chef de file de l'Opposition de droite.
Camille Michel est bien connu à Bourges, il fut préfet du Cher de 1978 à 1981 et sa démission alimenta de bien nombreuses conversations.
Il aimait à répéter ce que disait Napoléon 1er qui avait écrit "que les préfets étaient chargés d'assurer le bonheur des Français. C'est ce que j'ai essayé de faire, dans toutes mes fonctions". Il connaît bien Bourges, un physique tout en rondeur, le visage souriant, il est jovial, c'est un débatteur de première. Et les différentes listes électorales apparaissent.
A droite, Camille Michel emmène la liste, il a à ses côté des gaullistes du RPR comme Jean Claude Péan et François Deschamps, à gauche, pas de surprise, les vainqueurs de 77 sont présents, autour de Jacques Rimbault, Gilbert Camuzat, Jean Pierre Saulnier, Marguerite Renaudat et Edmond Boiché mais aussi un nouveau, Jean Claude Sandrier.
Le 23 février 1983, le Conseil Municipal se réunit en pleine campagne électorale à 10 jours du premier tour, Jacques Rimbault en profite pour évoquer les aspects financiers de la ville entre la situation actuelle et ce qu'il a trouvé 6 ans auparavant :
"Je veux rappeler simplement deux éléments de l'héritage trouvé à cette époque. Nous avons trouvé un milliard 737 millions d'AF de travaux ou d'acquisitions ….sans financement. Par ailleurs la situation des opérations confiées par la Ville à la SOBEREM faisait apparaître une déficit de un milliard 517 millions d'AF.
Nous sommes loin de cette mauvaise passe. La situation financière de la Ville est saine et nous maîtrisons une politique budgétaire de croissance et de rigueur….".

Les dossiers qui passent en Conseil Municipal ce jour là sont dans la continuité des travaux des six années passées, c'est la convention avec la SO BER E M pour la réalisation du Centre d'Intérêt Touristique Victor Hugo dont les travaux vont bientôt commencer. Sont évoquées aussi la mise en voie piétonne de la partie haute de la rue d'Auron et l'attribution d'une forte subvention (110 000 F) pour les prochains relais d'athlétisme Jacques Cœur.
A ce dernier Conseil du mandat, pas de remerciements ni d'au-revoir, du maire pour son équipe, comme si les jeux étaient faits et que l'on doive se revoir dans quelques semaines après la victoire de mars…….

La campagne électorale est un duel entre deux hommes. Dans un article du Berry Républicain, du 1er mars 1983, le journal local interroge chacun des candidats.
Jacques Rimbault est confiant, car pour lui, "Bourges n'a jamais répudié un maire qui, avec son Conseil, a fait son travail". Et lorsqu'on lui demande ce qu'il regrette le plus depuis 1977, il répond :"c'est d'avoir subit au cours des 4 premières années de mon mandat, un préfet autoritaire qui nous a fait perdre un temps considérable", il prend pour exemple la mise en cause de la subvention municipale au Comité des Œuvres Sociales de la Ville……et ce préfet avait pour nom Camille Michel.

 

Dans ce premier mandat, il n'y a pas eu de "grands travaux spectaculaires", aussi le maire de Bourges insiste sur les actions en matière piétonnière, avec le Haut de la rue d'Auron et Gordaine qui seront bientôt traités.
Pour les logements, Jacques Rimbault veut " agir au sein de l'Office HLM pour une accélération des travaux d'entretien et de rénovation des logements".
Enfin, devant la grogne et l'inquiétude des commerçants de la rue d'Auron, il réplique de manière assez optimiste, et défend son projet. En conclusion, lorsque qu'est évoqué son adversaire de droite, il utilise cette formule " Tout ce qui est excessif est insignifiant ".

Lorsque le journal se tourne vers le candidat de droite, pour le même type d'interview, c'est un Camille Michel particulièrement offensif et plus anti communiste que jamais qui répond : "Une municipalité communiste n'attire pas les entreprises, si elle ne les fait pas fuir", et il ajoute sur un autre terrain, "et il y a des " ardoises " cachées". Il développe ce thème évoquant une gestion réalisée dans l'intérêt du Parti Communiste, sur le personnel, le choix des entreprises, la subvention aux associations. Et Camille Michel critique "la propagande autour de la plus petite réalisation, même lorsque la municipalité n'y est pour rien".

Il admet comme positif, les rues piétonnes et le boulevard de l'Avenir, mais ajoute "grâce aux subventions que j'ai obtenu lorsque j'étais préfet".
Dans ses nombreuses critiques, le chef de file de la droite demande l'élimination du trafic des poids lourds en ville, la réalisation d'un troisième parking, et il trouve que l'on a acheté des autobus trop grands qui contribuent à ralentir la circulation par des manœuvres difficiles. En conclusion Camille Michel affirme :
"qu'il n'attaque pas Jacques Rimbault personnellement, mais il est membre du Comité Central du Parti Communiste, il applique à Bourges les procédés habituels des communistes, c'est le sommet qui décide, la base discute dans le secret et approuve à l'unanimité, les socialistes l'ont dit à haute voix".

Tel est le style Camille Michel et de la droite de l'époque. Ce discours plaisait à une petite minorité un peu extrémiste et en attente de revanche, mais ne permettait pas de rassembler une forte majorité de la population, surtout en 1983, avec une gauche triomphante et porteuse de beaucoup d'espoirs.

Le triomphe de Rimbault aux municipales

A la veille du scrutin, la confiance règne dans les deux camps. L'équipe de gauche se sent soutenue par ses partisans, et pense que son travail de dialogue et de concertation va " payer ", et entraîner des Berruyers qui votent davantage pour une équipe fut-elle communiste ou socialiste que pour une étiquette. Chacun se dit persuadé que la liste de droite, conduite par un ancien préfet, particulièrement hargneux n'est pas un atout, les Berruyers n'aiment pas ce type d'attitude.
Inversement, chez Camille Michel, beaucoup pensent que 1977 a été un accident, que les Berruyers ont voté contre Boisdé et pas pour des communistes. Les "stratèges" se disent persuadés que "la bourgeoisie du Centre Ville" va revenir au bercail et voter à droite.
Le 6 mars 1983, c'est le premier tour de ces municipales avec trois listes en présence : l'Union pour Bourges de Jacques Rimbault, à droite, Camille Michel, et enfin Colette Cordat est leader de la liste Lutte Ouvrière.
A 19 heures, à la permanence de Camille Michel, rue Messire Jacques, " on y croit ". Le journaliste Alain Fourgeot retrace cette soirée pour le Berry Républicain, il constate que certains les pronostics : une droite à 56%,et pour les plus pessimistes, un score un peu au dessus de 50%!
Vers 19 heures 15, Jean François Deniau rentre sur Paris, afin d'assister à une émission de télévision sur Antenne 2. Il n'a pas les chiffres et dit simplement "je suivrais les résultats à la radio".
A même moment, à gauche, c'est la sérénité. Marguerite Renaudat calcule qu'en Centre Ville c'est le même écart qu'en 1977, c'est bon signe….. Mais à Auron, Camille Michel est en tête…… très vite d'autres chiffres sont donnés. Les militants passent par toutes les couleurs, ils ne se prononcent pas, puis " c'est foutu " dit l'un d'entre eux.
A 20 H 15, les chiffres tombent, la liste de Jacques Rimbault obtient 54% des suffrages, le nom du maire de Bourges est scandé, alors qu'à 21 heures, l'Internationale éclate dans les salons de la Mairie.
Les chiffres précis sont communiqués, ils sont sans bavure :

Rimbault 18 537 voix 54,04%
Cordat 733 voix 2,13%
Michel 15032 voix 43,83%

 

Il y a davantage d'électeurs inscrits, mais globalement, les résultats ce ces élections sont proches de ceux du second tour de 1977.
Jacques Rimbault est heureux et satisfait, et en annonçant le prochain Conseil Municipal pour le dimanche suivant à 11 heures, il poursuit :
" Nous serons à quelques jours de 2 printemps, celui des saisons et celui de la chanson".

Premier Conseil municipal

Le 13 mars 1983, se déroule la première séance du Conseil municipal issu des élections. Pour la première fois depuis des lustres, il y a une opposition suite à la loi électorale de Gaston Deferre et désormais l'ambiance des Conseils municipaux ne sera plus comme auparavant. Le système est relativement simple et sain. Il s'agit d'accorder une place à l'opposition tout en permettant à la majorité de diriger une ville sans problème.
La première séance va rapidement opposer Jacques Rimbault et le leader de l'opposition, Camille Michel. Après l'ouverture de la séance par le doyen d'âge, Bernard Lelarge, c'est l'élection sans surprise de Jacques Rimbault comme maire de la ville par 38 voix face à Camille Michel qui n'en recueille que 11. Les maires-adjoints sont ensuite élus sans surprise : Marguerite Renaudat, Bernard Gourdon, Edmé Boisché, Gibert Camuzat… etc.

Lorsque Jean Claude Péan pour la droite a proposé le nom de Camille Michel, le public a montré une " hargne belliqueuse" comme l'écrit un quotidien qui poursuit " d'habitude, les partisans se battent sur le front de la liberté, pour la tolérance. Mais ceux-ci n'avaient rien à voir avec ceux là : épiciers d'une haine venimeuse qui sent sa petite boutique".
Camille Michel demande la parole, bien que cette déclaration, lui fait remarquer le nouveau maire ne soit pas inscrite à l'ordre du jour. Le chef de file de la nouvelle opposition municipale signale qu'avec ses amis ils ne sont que 11 élus représentant 15000 électeurs ce qui fait 1400 électeurs par élu alors que la majorité n'a obtenu que 18500 électeurs et se retrouve avec 38 élus soit un élu pour 500 électeurs. A cet instant, le ton est donné, et le public réagit à ces propos qui sont d'un goût douteux en un pareil jour. Jacques Rimbault est obligé d'intervenir pour laisser parler l'orateur UDF, qui poursuit :
"Monsieur le maire, il est d'habitude que lorsque l'on parle dans une assemblée démocratique, cette assemblée ne soit pas troublée par le public qui n'a droit ni à la parole, ni à manifester ses sentiments".

Et Jacques Rimbault de répliquer :
"Monsieur Michel, les discours provocateurs n'étaient pas inscrits à l'ordre du jour".
Ce type de relations est désormais la règle pour une opposition très présente, ce qui, le plus souvent met Jacques Rimbault dans un profond agacement..

Et puis c'est le traditionnel discours du maire après sa royale intronisation. Jacques Rimbault, très à l'aise, commence ainsi son propos :
"Soyons dignes de Bourges, de ceux qui l'on construite, de ceux qui la font. C'est à cela que nos concitoyens, non seulement nous jugeront, mais nous donneront la force de continuer, de perfectionner le travail entrepris depuis 6 ans. Dimanche dernier, ils nous ont dit "faites et faites mieux". Nous y sommes prêts avec eux."

Il poursuit d'une manière lyrique :
"Eh bien, à l'œuvre pour faire de Bourges une ville encore plus belle, encore plus digne de la France…. "
et de conclure
" Avec le gouvernement de la France, nous allons faire entrer dans la vie le projet qu'ont approuvé nos concitoyens. Oui cette ville a une âme ! Elle est faite des nôtres".

Ce discours largement applaudi évoque le dynamisme économique, la richesse des idées des uns et des autres, le nécessaire développement de la vie associative… etc . Aucune trace de polémique, le maire de Bourges est "sur un petit nuage".

L'opposition au Conseil Municipal

Après cette séance inaugurale, le travail se poursuit. Le Conseil municipal, c'est toujours un long propos du maire de Bourges. Il fait généralement le point de l'ensemble des dossiers, ainsi que la liste plus qu'exhaustive des actions en cours.

Petit à petit, se mettent en place les modes de fonctionnement entre la majorité et l'opposition. Le député-maire répondant à une question de Camille Michel sur l'information que doivent recevoir les conseillers municipaux conclut ainsi :
"Vous avez soulevé en effet un certain nombre de points de détails. Je crois que la pratique va nous rendre savants : mais ce n'est pas notre faute si nous n'avons pas connu la proportionnelle pour les élections municipales depuis 1959 et évidemment, il y a de nouvelles habitudes à prendre, aussi bien pour la Majorité que pour l'Opposition pour trouver les moyens de "cohabiter" et participer ensemble à la gestion municipale".
Au fil des années, les relations entre Jacques Rimbault et Camille Michel seront en permanence conflictuelles. Ainsi ce dialogue entre les deux hommes, en mars 1984, est symbolique de ce qui se passera jusqu'en 1989 :
Jacques Rimbault :
" Cela m'ennuie de (vous) répondre à chaque fois, mais je ne peux pas laisser dire des choses comme celles-ci. Est-ce que c'est le démon du mensonge qui vous tient ?"
Camille Michel :
" Je vous défends de me traiter de menteur !"
Jacques Rimbault :
" je ne vous ai pas traité de menteur ; je vous ai dit que vous aviez le démon du mensonge en vous".

…. Et ainsi de suite, ce dialogue souvent stérile, permet à Jacques Rimbault, la plupart du temps de répondre, avec beaucoup plus de bon sens que d'éléments techniques, prenant souvent le dessus sur son adversaire, en argumentant sur ce qui est fait à Bourges, pour les Berruyers, et avec toute la concertation voulue.

Dans les propos du maire, au début de chaque Conseil municipal, on trouve pèle mêle des sujets très forts comme la mise en service du groupe scolaire Jean Macé au Val d'Auron, ou le dossier du parking souterrain de Saint Bonnet, et des thèmes de plus faible importance comme la pose de feux au carrefour Félix Chédin / rue Camille Desmoulins, sans oublier la liste des manifestations : la fête foraine de la Chancellerie prévue en mars 1984 ou le salon de l'informatique en mai….

Après la victoire de 1983, Jacques Rimbault étant élu jusqu'en 1989, plusieurs projets sont élaborés pour cette période. Ce "plan" de 5 ans entre 1985 et 1989 comprend : la nouvelle aile de la mairie pour 15 MF, l'achèvement pour 10 MF du parc paysager des Gibjoncs, le complexe sportif des "Grosses Plantes" avec un chiffre annoncé de 8,64 MF qui ne correspond pas à grand chose. L'installation du Musée Estève chiffrée à 9,7 MF et la modernisation du parc Saint Paul à 32 MF.

Pour ce dernier projet, les études et la réalisation vont très vite, c'est la construction à la place des hangars, d'un vaste hall, appelé "Pavillon", comportant sur 4 piliers métalliques dans une architecture moderne et audacieuse un rez-de-chaussée de 2000 M2, un étage de 2500 M2 et une mezzanine de 1900 M2. L'objectif affiché est de "permettre des animations permanentes au parc Saint Paul et notamment la mise en place d'une véritable vitrine technologique et économique, une sorte de SIRITT permanent dont la ville a besoin".
Un parc d'agrément et un paysage rénové accompagneront ce nouvel hall au Hall des Congrès….. En 2001, ce nécessaire paysage est toujours dans les cartons.

Les problèmes d'environnement commencent à intéresser les élus locaux, au premiers rangs desquels, on trouve Edmé Boiché et Paul Ganes, bien qu'il ne s'agisse, à cette époque, que de traiter les espaces verts
En février 1982, Edmé Boiché expose au Conseil municipal le projet d'aménagement d'un parc paysager aux Gibjoncs :
" Ce parc concerne la partie située à proximité du foyer des migrants, route de Saint Michel, et représente une surface de 12 000 mètres carrés", affirme l'adjoint au maire. Mais cette première tranche est encore timide, elle concerne des jeux d'enfants, une pyramide et une aire gravillonnée avec des bancs publics.

Deux ans plus tard, les Berruyers notent la présence de ministres dans le département. Huguette Bouchardeau, ministre de l'Environnement signe le 16 décembre 1984, un protocole d'accord entre la ville et le ministère. Il s'agit de participer à des travaux d'aménagement dans les marais, la trouée verte et le parc paysager des Gibjoncs. Et c'est ainsi que ce dimanche matin de décembre, dans le froid et la pluie, madame le ministre fut entraînée, avec ses petits talons, dans la " gadoue des marais ", suivie par le maire et le préfet, ce dernier, éternuant tous les deux pas.

Bourges, depuis 1982, obtient le trophée des villes fleuries, et le 23 janvier 1985, Paul Ganes et Daniel Lejeune reçoivent des mains du président Alain Poher, au Palais du Luxembourg, le précieux trophée. Les Berruyers sont très fiers des efforts réalisés pour égayer les espaces publics de la ville, avec de véritables créations florales.

Le social, une priorité

C'est au début des années 1980, que la municipalité met les bouchées doubles dans le domaine du " social ", ayant été élus sur ces thèmes de la chance pour tous et de la prise en compte des plus défavorisés. D'un autre côté la crise commence, c'est la fin des " trente glorieuses ", c'est à dire du boum économique de l'après guerre.
La crise du pétrole doublée d'une crise économique accentue le chômage et les personnes en grande difficulté sont de plus en plus nombreuses. Le gouvernement, quant à lui, lance diverses opérations en faveur des personnes âgées, avec en particulier les circulaires de la loi Veil.

A Bourges cette crise économique survient avec un léger décalage, les nouvelles propositions pour des personnes sans emplois s'appelleront au fil du temps, " TUC ", ou " Emploi jeune ".
Diverses structures sont mises en place, et le C.C.A.S., c'est à dire le Centre Communal d'Action Social voit ses prérogatives accrues. En 1983, les effectifs sont doublés compte tenu de l'augmentation de ses activités.
Le C.C.A.S. était situé depuis 1955 rue Mayet Génétry, il emménage au printemps 1982 dans de nouveaux locaux situés à l'Enclos des Jacobins, puis en mai 1995, il prend ses quartiers avenue du 11 Novembre, à l'emplacement des bureaux de la Caisse d'Epargne.

Comme le rappelle Marie Paule Prot, élue de Bourges et responsable de l'action sociale, "le travail du CCAS s'est particulièrement développé en direction du 3e âge, de la petite enfance , des chômeurs et des familles ou personnes seules en difficulté".

C'est ainsi qu'après l'ouverture d'une halte garderie en 1978, rue Paul Duplan, ce sont 2 mini-crèches qui sont créées au val d'Auron. Enfin, en 1985, pour répondre aux besoins du Centre-Ville un équipement polyvalent avec halte garderie et crèche est mise en place au Nouveau Prado.

Entre le Stade Jean Brivot et la rue de Mazières, à la Sente des Carrières, une résidence voit le jour, le 20 septembre 1980, sur un terrain cédé par la ville. Cette structure est chargée d'accueillir des personnes handicapées moteurs souvent gravement atteintes, et qui nécessitent la présence d'une tierce personne dans leur environnement. C'est ainsi que naît Gîte et Amitié. A cette époque, alors que la situation des handicapés n'est pas toujours la priorité des pouvoirs publics, une association sous l'égide des Paralysés de France est constituée avec comme présidente, Geneviève Brunet, assistée de René Robert. Cette réalisation est toute nouvelle, et dans la région Centre, c'est un exemple. Il n'existe alors aucune norme pour ce type d'établissement, et il faut tout créer.
Le 26 avril 1985, son directeur, Pierre Houque fête les 5 ans de l'ouverture de cette résidence qui accueille alors 55 locataires dans 52 logements. C'est une des grandes réalisations de Bourges qui passera le siècle dans les mêmes conditions.

Pour le troisième âge, plusieurs structures sont prévues, ainsi, le 23 février qu'est posée la première pierre du foyer-logement pour les personnes âgées de la rue Gilbert Bailly.
Dans le quartier Saint Bonnet, c'est la construction d'un autre foyer de personnes âgées, l'ouverture est prévue au début de l'année 1983.

Sur un autre plan, une Cuisine Centrale des Restaurants scolaires a été créée et inaugurée au début de cette année 1982 largement consacrée aux aspects sociaux de la ville, et c'est au mois de mars qu'elle commence à fonctionner.

Enfin, en direction des jeunes, l'Association " Loisirs et Plein Air " procède à la mise en place d'un Bureau d'Information Jeunesse, que beaucoup appèleront " le BIJ ", dans un premier temps, au début de l'année 1982, L'Informateur est rémunéré par l'Etat avec une participation de la Ville. Il s'agit d'apporter pour chaque jeune en difficulté ou en simple recherche d'informations les éléments qu'il peine à trouver dans les dédales des administrations.


1986, la France se passionne, s'oppose et s'injurie : pour ou contre les colonnes de Buren dans la cour du Palais-Royal. C'est une querelle qui éclipse la guerre Iran-Irak ou la visite du polonais Jaruzelsky chez François Mitterrand suivie du trouble de Laurent Fabius.
On se querelle sur le futur gouvernement, car les législatives, prévues à la proportionnelle, sont pour mars et si Raymond Barre est contre, Jacques Chirac est pour " la cohabitation ", un mot tout nouveau dans le paysage politique français.
Mais 1986 commence aussi avec la mort de Daniel Balavoine dans un Paris Dakar.

Les élections législatives de mars 1986

Les élections législatives se déroulent le 16 mars 1986 et elles inaugurent une grande première en France, la cohabitation. En effet, François Mitterrand dans son désire de "limiter la casse" lors des législatives selon le mode de scrutin habituel sous la Ve République, qui aboutirait selon les sondages par un raz de marée de la droite, a décidé que le scrutin serait réalisé à la proportionnelle à un tour.

Alain Calmat arrive en Berry pour ces élections législatives avec une étiquette "apparenté PS", c'est un sportif de haut niveau dont la carrière professionnelle fut exemplaire.
Il est entré récemment en politique et occupe la fonction de ministre délégué à la Jeunesse et aux Sports depuis 1984 dans le gouvernement socialiste de Laurent Fabius.
Alain Calmat, en France, est une référence. Il est né en 1940, et a su concilier des études supérieures, il sort médecin de la faculté de Paris, et sportives, il est au plus haut niveau du patinage artistique dans le monde pendant 10 ans, de 1955 à 1965, date à laquelle il quitte la compétition, devenu Champion du Monde de patinage artistique.
C'est un des hommes les plus populaires du pays et son arrivée à Bourges est assez bien perçue car il s'agit d'un personnage sympathique, qui exerce encore la chirurgie au centre hospitalier Pitié-Salpétrière. Pourtant, comme Boisdé ou Deniau, ce " parachutage " en terre berrichonne d'un ministre n'est pas bien perçue par tout le monde…… surtout chez les socialistes locaux. Il était venu au Printemps de Bourges l'année précédente, en 1985, et avait découvert la cité berruyère.

La campagne n'a pas la pugnacité d'autrefois, dans le Cher, les trois leaders des partis politiques, Jean François Deniau, Alain Calmat et Jacques Rimbault sont, par le mode de scrutin, " presque certains d'être élus". C'est ainsi que le 2 février 1986, ils sont présents tous trois à la pose de la première pierre de la " Maison du Baciste ", au stade Jean Brivot, à l'invitation de Jean Michel Récapet, président du BAC, Bourges Athlétique Club, le " club omnisports de l'Aérospatiale ", comme le répètent les Berrichons.
Ainsi, ce dimanche matin, sous une fine pellicule de neige, les trois postulants se trouvent ensemble devant trois pierres, avec truelle et ciment. Et nos trois maçons occasionnels de poser trois premières pierres ce qui est assez exceptionnel !
Ce jour-là, la représentante du préfet est en petite chaussures basse, il s'agit de Marie Hélène Bahisson qui défrayera la chronique nationale dans " l'Affaire du carrefour du Développement ".
Les résultats modifient la couleur de la majorité gouvernementale puisque, la coalition RPR-UDF obtient la majorité absolue avec 291 sièges sur 577. La conséquence immédiate, c'est la nomination de Jacques Chirac comme premier ministre, il s'entoure de Pasqua, Balladur et Léotard……
Dans le Cher, le changement de type de scrutin change peu les élus qui vont aller au parlement. Jacques Rimbault est réélu sans problème, avec 41400 voix, il est accompagné par Jean François Deniau, 64 642 voix et par Alain Calmat, 39700 voix.
Par la victoire de la Droite et de Jacques Chirac, le nouvel élu du Cher, Alain Calmat perd son portefeuille de ministre.

Ainsi, au printemps 1986, le paysage berruyer se recompose. Jacques Rimbault reste en place plus solide que jamais. La victoire nationale de la droite de Jean François Deniau, présent à Bourges depuis une dizaine d'année ouvre des perspectives. Il semble promis à un retour au plus haut niveau, ne parle-t-on pas régulièrement de lui comme d'un possible Premier ministre. Quant à la présence d'Alain Calmat elle pose problème. Le Parti Socialiste rêve de reprendre la ville de Bourges, et une personnalité comme Calmat, c'est l'espoir des socialistes, agacés par l'hégémonie du Parti Communiste dans une ville qui est perçue comme "très bourgeoise".
Alain Calmat sera élu Conseiller régional de la région Centre en 1992, puis quittera Bourges après son échec aux législatives de 1993. Deux ans après il est élu maire de Livry-Gargan puis député de Seine Saint Denis en 1997.

 

Le golf municipal de Bourges

Au cours du Conseil municipal du 23 octobre 1986 le projet de golf municipal à Bourges est exposé devant les élus par Jean Claude Sandrier qui développe son argumentation.
Le secteur du Plan d'eau du Val d'Auron fait l'objet d'une urbanisation sur le " hameau de Lazenay " avec une surface de 120 hectares. Pour maintenir un cadre de vie intéressant, il est apparu que la présence d'un golf serait un élément essentiel. Le maire-adjoint " justifie l'opportunité de la réalisation dans notre ville d'un golf" par plusieurs arguments :

En premier lieu, l'Association sportive de golf est très intéressée, car aucune installation de ce type n'existe dans le Cher, ensuite, l'agglomération comprend 100 000 habitants et le double dans un rayon de 50 kilomètres, enfin, la vocation touristique et culturelle de Bourges représente un attrait pour les golfeurs et leur famille.
La SEMIC a rédigé un programme d'aménagement d'un golf de 18 trous, avec un practice de 240 m par 140 m pour accueillir une quarantaine de personnes. Suit un atelier d'approche, un atelier bunker, un large putting green et trois trous d'entraînement. Enfin, pour la première tranche " une première boucle de 9 trous par 36 d'une longueur sensiblement égale à 300 m chacune".
Dans la suite du programme, une seconde boucle de 9 trous est prévue au delà de la rocade franchie par une passerelle.
Les études et travaux sont chiffrées à 18 millions de francs auxquels il faut ajouter 4 millions de club house et 1,2 millions d'équipements. Le total avoisine les 23 millions de francs, des subventions sont sollicitées de l'Etat, de la Région et du Département.

Le projet surprend à la fois la population et les conseillers municipaux d'opposition. Pour beaucoup, et en particulier pour les plus modestes des Berruyers, le golf est un sport de riches. Créé par une municipalité communiste cela apparaît comme surréaliste.

L'opposition municipale pour sa part est " favorable à la réalisation d'activités sportives et de loisirs", comme l'affirme Yvon Mautret, Conseiller Municipal d'Opposition. Mais il s'interroge sur le lieu, puisque le parcours " sera entouré de fort prés par les 900 pavillons à construire, ce golf sera parcouru par les circuits piétons et par une voie empruntée par les bus, et par la suite, il faudra franchir la rocade".

Et Y. Mautret de " s'interroger sur le danger que peut représenter ces balles qui voyagent à 180, voir 200 kilomètres heure sur un circuit qui va être ouvert à la circulation piétonne…..".
Jacques Rimbault, devant la contestation monte au créneau, il affirme que "nous nous sommes entourés des meilleurs spécialistes du golf. Et quant je parle des meilleurs spécialistes, je ne parle pas de moi, je n'y connais rien".
Et de citer le président de Fédération Française de Golf qui a eu connaissance du dossier, et l'architecte est celui qui travaille pour la Fédération. Enfin, une touche politique à l'encontre de Camille Michel, qui " soutient au Conseil général un projet de golf à Nançay qui n'existe pas, tout cela pour essayer de nuire à l'initiative que Bourges avait".
Mais le projet se concrétise et Bourges aura son golf municipal.

La réalisation va assez vite puisque dès le 2 juillet 1988, les premiers "coups de clubs" sont donnés par les spécialistes avec l'inauguration du practice, et du club house, alors que le parcours comprenant les 9 premiers trous est inauguré en septembre 1988.

Le Nouvel Hôpital de Bourges

Dans le cadre de la construction du nouvel hôpital, une des premières phases est l'acquisition des terrains d'un coût de 1,5 MF, payés avec une subvention de l'Etat et un prêt de la Sécurité Sociale de 450 000 Francs. Le 4 novembre 1983, le Conseil d'administration de l'Hôpital apprend que la Caisse Régionale d'Assurance Maladie se désengage de ce type de participation financière suite à des directives gouvernementales……

Pendant des années, les élus de Bourges se battent contre les administrations pour obtenir les financements. Le coût du projet est considérable, au moins 400 millions de francs.
Le maire de Bourges lance une pétition auprès de la population pour relancer le projet et l'activer. L'arrivée en terre berrichonne d'un ministre, Alain Calmat, chirurgien de surcroît est un espoir pour l'hôpital. Cet homme doit pouvoir ouvrir des portes auprès des ministères et du gouvernement. Il était attendu sur ce projet.

C'est en septembre 1988 que les Berruyers découvrent de manière très précises avec des photos-montages et des plans ce que sera leur futur hôpital. Comme cela est rappelé par le maire, même s'il n'est pas " de responsabilité municipale, le nouvel hôpital intéresse et concerne tous nos concitoyens", aussi l'Avant Projet Sommaire est en cours alors que les crédits pour l'Avant-Projet Détaillé et la construction sont toujours en attente.

A la suite d'un concours d'architectes, c'est le projet de Paul Phelouzat qui est choisi. Le site retenu est situé à " La Folie Bâton ", une entrée de ville sur la route de Nevers à deux pas de l'Yèvre. On définit les différentes parties, dont les département " femme et enfants ", viscéral, moteur et sensoriel, " mère et enfants "… etc.
Il faudra attendre encore quelques années.

1988 : année difficile pour la droite

L'année 1988 ne restera pas un " grand cru " pour les hommes de droite. C'est tout d'abord la Présidentielle tant attendue, et dans laquelle, si François Mitterrand est un candidat hésitant qui se déclare très tard, il fait figure de favori. Car en face, la droite se divise, et Jacques Chirac, Premier ministre n'a pas encore une stature suffisante…..
" Tonton, laisse pas béton ", pour reprendre la formule attribuée au chanteur Renaud fleurit sur les murs des grandes villes, car le Président, on le saura plus tard, souffre d'un cancer de la prostate, et en son for intérieur, il aurait peut être voulu goûter le calme de Latché. Mais le l'appétit du pouvoir est souvent le plus fort que la sagesse.

Au premier tour, les résultats tombent ce dimanche 24 avril 1988 :

Mitterrand = 34 %
Chirac = 20%
Barre = 16,5%
Le Pen = 14%
Lajoinie = 6,8%

C'est une belle victoire de François Mitterrand, alors que Jacques Chirac, déçu déclare que " ce ne sont pas les résultats que j'attendais", quant au Parti Communiste, son score est médiocre, car Le Pen sort vainqueur, aux yeux des médias de ce premier tour.
le traditionnel duel télévisé " d'entre les deux tours " n'est pas un grand moment, c'est la phase terminale de la cohabitation qui vole en éclat.
Au second tour, le 8 mai 1988, Mitterrand l'emporte largement , avec 54% Chirac est à 46%. Il commence son second septennat.
Rocard devient le premier ministre de Mitterrand, et en signant les accords de Matignon pour la paix en Nouvelle Calédonie, il renforce sa popularité. La gauche est bien accrochée au pouvoir. Quant à la droite, elle commence une nouvelle traversée du désert.
Les législatives suivent, comme en 1981, la présidentielle, et après un premier tour à gauche, les électeurs remettent le balancier un peu plus au centre, et Mitterrand n'a qu'une très faible majorité pour commencer le septennat.
La loi électorale a remis en place le scrutin uninominal par circonscriptions à deux tours.

Jean François Deniau est réélu, il bat Jean Pierre Saulnier (27 400 voix contre 25 400). Jacques Rimbault est réélu largement face à Pierre Le Coq (27 200 voix contre 18 200) et Alain Calmat est lui aussi réélu face à Serge Vinçon ( 32 900 voix contre 28900).
Que ce soit en 1986 ou en 1988, rien n'a changé dans le Cher.
Prochain rendez vous législatif : 1993.

A Bourges, vers la fin de l'année 1988, la droite se met en ordre de marche afin de conquérir la Mairie de Bourges. La gauche est en place depuis bientôt une douzaine d'années, et l'alternance doit jouer, c'est le sentiment des équipes de l'UDF et du RPR, respectivement emmenées par Jean François Deniau et François Deschamps.

Pour reprendre la mairie, les " jeunes loups " de l'UDF aimeraient bien changer quelques têtes, et la première au niveau municipal, c'est à dire celle de Camille Michel. Comme en 1983, beaucoup pensent que seul Jean François Deniau en 1989 peut emporter les Municipales face à Jacques Rimbault. Mais le président du Conseil général, une fois encore décline " l'offre de ses amis ", et certains élus de son entourage sont persuadés qu'il y a un " discret contrat " entre J.F. Deniau et le maire de Bourges : le terrain entre les deux hommes est parfaitement délimité, la Ville pour l'un, le département pour l'autre…. une coexistence pacifique. Mais est-ce bien la réalité ? Nul ne le saura jamais.

C'est dans cette ambiance qu'Alain Tanton " monte à Paris " pour dénoncer la défaite programmée de Bourges pour l'UDF, et la nécessité de changer le chef de file. Camille Michel devant cette offensive, décide de se retirer….. et il quitte la ville de Bourges. Les tractations suivent pour choisir entre A. Tanton, Y. Mautret, de son côté, le RPR veut trouver sa place, la première, avec François Deschamps. Cela donne une belle cacophonie et Camille Michel est "rappelé". Il revient pour conduire la liste de droite comme en 83 !

A gauche, c'est plus simple, la prédominance de Jacques Rimbault est telle que les socialistes suivent sans broncher. Leur tentative de "petit putsch" quelques années plus tôt en 1985, à la veille des élections législatives de 1986, où ils refusèrent de voter le budget reste un mauvais souvenir, comme cela est noté dans l'ouvrage sur Jacques Rimbault, "l'incident de 1985 ne se renouvellera pas. L'Union pour Bourges a duré. Elle durera".

Jacques Rimbault, démocratie j'écrits ton nom par J.P. Léonardini et M. Renaudat
Mémorial de notre temps 1988 (Quillet)
Chroniques tragiques

L'année 1986 avait commencé par une vague de froid, et au milieu de l'année, l'été fut chaud. Le 17 août, alors que les orages menaçaient Bourges, comme c'est courant en Berry à cette époque. Mais cet orage se transforme en quelques minutes en tornade. Avec des vents de 200 kilomètres à l'heure et des grêlons dont le poids avoisinait 300 grammes, cette tornade ravage tout sur son passage. Sur une bande de 20 kilomètres, vers Baugy, c'est la désolation, et ce sont plus de 600 habitations qui sont endommagées. A Bourges, des arbres vers le Val d'Auron ont été déracinés, mais les dégâts dans la ville sont faibles, par rapport à la force des éléments.

Dans les faits divers, le Cher et Bourges sont bouleversé en 1988 par la mort de deux jeunes gens tués en Grèce sur le navire "City of Poros", victimes d'une attaque du bateau par des terroristes. Les familles Audejean et Vigneron pleurent leurs enfants.
Et dans les premiers jours de l'année suivante, en janvier 1989, c'est un autre drame qui se déroule à Bourges, dans une tour de la Chancellerie. La petite Céline Millérioux est retrouvée assassinée. Ce meurtre relance les partisans de la peine de mort, mais la dignité de la famille et l'aide de Jacques Rimbault permettent d'éviter les débordements qui suivent ce crime odieux. L'assassin est retrouvé, c'est un voisin, Vincent Kerr. Il sera jugé quelques mois plus tard et sera condamné à 30 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Cher. On reparlera à Bourges de cet individu, lorsqu'il cherchera un jour, en vain, à s'évader du Bordiot.

Le style Jacques Rimbault

En 1988, cela fait 12 ans que Jacques Rimbault est à la tête de la mairie de Bourges. A l'exception de 1978, il traverse les crises et les élections sans aucune difficulté.
Il règne sur Bourges.
Le 15 décembre 1983, alors que l'année a été faste, lors d'un Conseil municipal, c'est l'euphorie pour l'équipe en place et son maire qui déclare :
"Notre cité a encore une fois montré sa grandeur et son originalité. Les temps de l'audace et du dynamisme industriel viennent, les temps viennent où il faut savoir investir, mesurer les enjeux, leur grandeur, leur difficulté…. Tout nous permet de passer à une deuxième phase de notre activité : celle de la percée vers l'avenir".

Dans Bourges, il est incomparable pour parler aux gens, il sait dire les choses simplement, et chacun sent qu'il aime sa ville. Il est de la trempe de Laudier autre Grand Maire qui s'est identifié à "sa" Ville de Bourges. Il est à l'aise dans la rue, sur les marchés et aussi dans les "Assises pour Bourges" où, pendant de nombreuses années, il calme les demandes de chacun, promettant souvent, expliquant parfois, se fâchant rarement.


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1989, au début de cette année, la France entre dans ce que chacun appelle "les Affaires", et pendant plus de dix ans, elles ne quitteront plus la première page des journaux et des magazines. C'est à cette époque, "l'affaire Péchiney" et les délits d'initiés qui ont permis à des proches du pouvoir socialiste d'acquérir à bon prix des actions pour s'enrichir de manière illégale. Roger-Patrice Pelat, un ami de Mitterrand est bientôt inculpé.

Mais chacun attend le verdict des urnes aux municipales qui se dérouleront en France les 12 et 19 mars 1989. A Bourges, la campagne électorale commence en tout début d'année, mais sans véritable enjeux, Jacques Rimbault ne peut pas être battu.

 

La campagne des municipales de mars 1989

Pour les élections municipales de 1989, c'est presque un " remake " de celles de 1983. En effet, si la majorité municipale retourne devant les électeurs avec l'équipe qui fait son succès depuis 12 ans, à droite, " on reprend les mêmes, ou presque et on recommence" …. à perdre.
Surprise toutefois avec l'arrivée de deux autres listes, l'une emmenée par Jacques Grégoire pour les Ecologistes et la quatrième représente le Front National avec Jean d'Ogny. Ce dernier intitule sa liste " Bourges ville française " il affirme : "grâce à la proportionnelle, nous aurons des élus". Camille Michel conduit la liste " Un nouvel essor pour Bourges ", alors que Jacques Rimbault propose la sienne " Bourges union pour notre Ville " .
En préliminaire à la campagne, Camille Michel interpelle le Maire de Bourges sur la fraude électorale et M. Rimbault réplique : " Il n'est pas besoin d'être préfet de police honoraire pour condamner toutes les fraudes électorales d'où qu'elles viennent" et de terminer à l'usage de tous qu'il ne faut pas cultiver la suspicion…..
La Nouvelle République publie dans les jours précédent le scrutin, une série de reportages et d'articles sur les principaux thèmes de la campagne.

Gilles Bigot traite la Culture, titrant sur " la bonne image culturelle de la Ville, avec son Printemps, sa Maison de la Culture, mais certains équipements ont été négligés".
Pour les Berruyers, le point noir, c'est la bibliothèque municipal qui est indigne d'une cité de 80 000 habitants, cette situation apparaît vraiment comme critique. Quant aux locaux pour l'Ecole de musique et de danse, ils sont trop exigus pour les 1200 élèves inscrits. Enfin, le manque de personnel, aussi bien dans les musées que dans les bibliothèque est inquiétant. Pourtant, le pourcentage du budget municipal consacré à la Culture est d'environ 12%, ce qui est considérable. Les succès sont analysés, comme les Echevins, le CRC, le Muséum, et même les Ballades à Bourges, " bien que les succès de ces dernières, de 1988, ont été mitigées".

Le résultat des municipales : Rimbault " facile "

Les derniers jours de la campagne sont consacrés aux grandes réunions publiques, celles de la dernière heure. Au Palais des Congrès, près de 2000 personnes écoutent et applaudissent la liste de gauche.
A 5 jours du scrutin, Jacques Rimbault déclare en conclusion de ce grand meeting :
" Bourges, c'est la cité aux 80 000 acteurs, dimanche, ce sera un grand enjeu, celui de choisir entre le développement économique et social, contre l'austérité et la rigueur".
A droite, devant leurs militants, à la salle des fêtes de La Chancellerie, Christine Branchu monte au créneau, " il faut que Bourges brise son isolement économique" alors que Jean François Deniau veut "mettre fin à la mainmise du Parti Communiste sur Bourges".
Enfin, Camille Michel l'affirme : "Nous sommes partis pour gagner", quant il parle de Jacques Rimbault, il le peint ainsi :
" c'est un homme qui administre Bourges seul, qui décide de tout".

Au soir du premier tour, le 12 mars, les résultats tombent, la surprise est considérable à droite. Si la liste de Jacques Rimbault l'emporte facilement, un peu comme en 1977 et 1983, c'est l'écroulement de la liste de Camille Michel, il n'obtient que 27,9%, c'est à dire 16% de moins que six ans plus tôt. Ce n'est pas une gifle, c'est une correction. Dans un bureau du Centre Ville il n'a recueilli que 260 voix contre 708 en 1983.
Les chiffres sont en effet triomphants pour la gauche et consternants pour la droite :

Jacques Rimbault 15071 voix 54,11% 38 sièges
Camille Michel 7773 voix 27,9% 7 sièges
Jacques Grégoire 2554 voix 9,16% 2 sièges
Jean D'Ogny voix 8,81% 2 sièges

Sur le plan national, c'est le rose et le vert qui l'emportent, le Front National jouant les troubles fêtes en entrant, comme à Bourges dans de nombreux conseils municipaux.

Le nouveau Conseil municipal se réuni comme prévu le 17 mars 1989 à 18 heures. On remarque tout de suite l'absence de Camille Michel, le leader de la liste de droite. Les élections se déroulent sans trop de surprise, Jacques Rimbault est réélu maire, et son premier adjoint, le " dauphin " se nomme Jean Claude Sandrier, alors que beaucoup pronostiquaient Gilbert Camuzat ou Marguerite Renaudat, ils seront respectivement 4e et 6 adjoint. Il faut faire en effet une place aux socialistes, Jean Pierre Saulnier et Bernard Gourdon, ainsi qu'à Edmé Boiché qui devient troisième adjoint.

Le lendemain, Camille Michel réapparaît et s'explique face à la presse :
" Je ne suis pas venu à la séance du Conseil Municipal, car je ne voulais pas être soumis à une séance humiliante comme en 1983",

il poursuit par ce qui est une petite bombe , le leader de la droite locale annonce en effet sa démission :
" Je considère les résultats obtenus par la liste que j'ai conduite comme un désaveu personnel. En démocrate je me retire du combat. La politique menée par le Parti Communiste à Bourges entraîne la ville sur la voie du déclin, comme c'est le cas de Vierzon depuis 30 ans, Bourges sera vierzonnalisée".
Il est aussitôt remplacé par le suivant de la liste, un entrepreneur en travaux public, Serge Lepeltier, peu ou pas connu des Berruyers. Quant au successeur dans le leadership de la droite, C. Michel dit simplement " je ne peux empêcher d'autres de prendre le relève", c'est une question importante que se posent les Etats Major d'une droite encore sonnée.
Lorsque Jacques Rimbault reçoit la lettre de démission, il n'est pas très content, Camille Michel va lui manquer, les joutes oratoires en Conseil municipal étaient de grands moments pour l'un et l'autre. J. Rimbault déclare à ce moment : " Cette démission n'est pas un encouragement pour la démocratie car une semaine après l'élection, on ne doit pas dire à son électorat " débrouillez-vous, je me retire "".
Et puis, Jacques Rimbault s'accommodait fort bien d'un Camille Michel anti communiste souvent primaire, et il devait redouter la relève, et l'arrivée d'un vrai " parachuté ", un ministre ou celle d'un homme plus local mais qui saurait s'imposer avec patience et pugnacité, c'est ce second cas qui se produira avec Serge Lepeltier.
Dans un coin du journal apparaît en effet la photo floue de ce nouveau conseiller municipal, âgé de 35 ans. Il est diplômé de HEC, habite le Val d'Auron et possède l'étiquette RPR.
L'Hôpital: première pierre!

Le 2 novembre 1990 est posée la première pierre du nouvel hôpital de Bourges, afin de remplacer les bâtiments de la rue Gambon. Sont présents, l'architecte Paul Phelouzat, Jacques Rimbault, le préfet Roland Hodel, le député Alain Calmat, et Christiane Coudrier directrice du Centre hospitalier et véritable " maître d'œuvre " de l'opération.
Chacun a conscience du chemin fait, en particulier au niveau des financements, mais il reste encore beaucoup à faire : 5 années de travaux, et quels travaux !

Deux années plus tard, la construction de l'hôpital de Bourges avance. Le préfet Roland Hodel fait une visite de chantier le 10 juin 1992, en compagnie de la directrice Christiane Coudrier. C'est pour le ministère de la santé, le plus gros chantier de France, rappelle le préfet, le gros œuvre à lui seul représente 30 000 M3 de béton. Par contre, la directrice s'inquiète des aspects financiers. M. Hodel est confiant, "Si l'Etat a subventionné les deux phases de la première tranche de 110 MF, il sera au rendez-vous pour la deuxième et troisième tranche qui se termineront en 1994…." Il balaie ainsi les craintes du maire Jacques Rimbault alors que Mme Coudrier demande " d'avoir rapidement l'arrêté de subventionnement afin qu'il n'y ait pas rupture de continuité dans le chantier. La tranche suivante devant débuter en janvier 1993".
L'ensemble du coût de l'hôpital représente la somme astronomique de 500 MF.

 

Le mur de Berlin tombe, Bourges tremble

La fin de l'année 1989 marque un tournant du monde avec l'éclatement de l'URSS. Le symbole le plus visible est la chute du mur de Berlin, le 10 novembre 1989. C'est un bouleversement géo politique que peu de gens ont prévu, et nul ne mesure les conséquences pour la vie de tous les jours dans nos pays démocratiques.
Plus tard les Berruyers comprendront l'influence de la fin de la guerre froide sur l'économie locale. La mono-industrie de l'agglomération berruyère avait donné du travail pendant 120 ans à des familles qui entraient, de père en fils dans les "Etablissements Militaires", c'est à dire, l'EFAB, l'ETBS, EX. Luchaire, le MCRO ou l'Aérospatiale.
La chute du mur, avec la fin de la guerre froide débouche sur un bouleversement radical du marché de l'armement. Les fabricants de chars d'assaut ou de missiles perdent une grande partie de leurs clients. Progressivement, les Russes "bradent" pour des pays d'Afrique ou d'Asie, les matériels de guerre qu'ils avaient en surplus.
Mais ces industries étatiques avaient "les reins solides", et chacun pense que rien ne se passera de négatif.
Sur le plan politique, lorsque l'on demande aux Berruyers, à l'automne 1991 : "compte tenu de l'effondrement du système communiste dans les pays de l'Est, votre opinion sur M. Jacques Rimbault, maire communiste de Bourges, s'est-elle plutôt améliorée ou plutôt dégradée ?", la réponse est sans ambiguïté, 17% répondent que leur opinion s'est améliorée, 14 % dégradée et 69% déclarent que rien n'a changé.

A la mi-1990, c'est à dire six mois après la chute du mur, un autre événement, loin de Bourges porte le glas de nos industries triomphantes. Le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït, son voisin. Pays de pétrole pouvant mettre en danger l'économie mondiale, c'est sous le couvert de l'ONU, une réplique organisée et forte des Etats Unis, avec l'assistance des pays de l'Europe dont la France.
Cette crise majeure, avec toutes les rumeurs sur la guerre chimique ou bactériologique touche la population. Ainsi, parmi les otages, prisonniers à Bagdad, figurent plusieurs technicien de l'Aérospatiale de Bourges. Ils seront relâchés par Saddam Hussein à l'automne.
Beaucoup, à Bourges, connaissent bien l'Irak et la Koweït, ce sont " nos meilleurs clients ". Saddam Hussein a beaucoup acheté : des canons, des camions et surtout des missiles. L'Irak possède des "Milan", des "Gazelle" équipées du missile Hot, mais aussi des systèmes d'armes "Roland" depuis la guerre Iran - Irak, et enfin, des Exocet et des AS30. L'Irak fait vivre la division missiles d'Aérospatiale depuis une dizaine d'années, et les bénéfices réalisés ont permis de développer et de fabriquer à Toulouse….. les Airbus !

La guerre du Golfe se termine au début de 1991 par les bombardements massifs de l'Irak. Les conséquences pour les industries d'armement de Bourges sont redoutables. La France perd un "très bon client", quant aux américains, ils ont gagnés la guerre et restent sur place pour faire du commerce. Après le temps de la guerre, c'est celui du business, ils vendent leurs matériels de guerre à bas prix…. Et la France ne vend plus grand chose.

Les industries d'armement locales souffrent, c'est la perte des emplois et les plans sociaux qui se succèdent. Ainsi Aérospatiale passe à Bourges, en 10 ans de 3000 à moins de 2000 employés. Le refus pour cette firme de poursuivre la construction de sous ensembles d'avions est alors une erreur grave. Sur le plan syndical et politique, c'est le temps des motions, des interventions, des défilés, mais rien de très efficace.

Le mirage de la diversification qui a de nombreux partisans du côté de la municipalité de gauche est un leurre. Les chariots élévateurs du GIAT ne sont pas concurrentiels. La ville s'enfonce dans la crise, avec le départ des jeunes qui ne trouvent plus d'emplois sur place.
Il faut attendre 1995 pour que les Berrichons prennent conscience que les industries d'armement n'ont plus d'avenir, il sera possible d'en conserver une partie, car il y a des moyens, des bâtiments et des compétences, mais un développement est désormais exclus. En attendant, la municipalité de Jacques Rimbault, reste sur le petit nuage du résultat des élections municipales de 1989 et JR est au sommet.

Le 1 er sondage local, J. Rimbault super star

L'année 1991 est particulièrement faste pour le maire de Bourges, le sport, avec le FCB est au sommet, après avoir battu les Girondins de Bordeaux en Coupe de France, le 3 avril, par le score de 1 à 0, le but étant marqué par Meudic. La presse va titrer, " Bourges dans la légende de la Coupe ", et ce sont des milliers de Berruyers qui vont sillonner les rues de Bourges, avec champagne et klaxon, un grand moment de bonheur. les 1/16 ° de finale se déroulent au Parc des Princes où le FCB affronte le Paris Saint Germain, et c'est la fin de la belle aventure. Les Boudouen, Chafretoux, Lestrade et Chavanon ont vécu une belle et superbe année, l'entraîneur Alain Michel est fier de tous ses joueurs. L'inauguration du stade des Grosses plantes prévue quelques semaines plus tard, le 29 juin est un sommet du foot local.

Le mois d'avril 91 est particulièrement chargé en inaugurations avec la bibliothèque du Val d'Auron, l'Hôtel de Bourbon, la base d'aviron sur le lac d'Auron, la Maison pour tous des Pressavois et le 28 avril, l'inauguration du marché couvert de la place St-Bonnet.
C'est dans cette période faste que JR devient " la star de Bourges ", toutes opinions politiques confondues.
Il est assez rare que des sondages locaux soient menés de manière sérieuse, tout simplement parce qu'ils sont très onéreux. Fin octobre 1991, le quotidien "La Nouvelle République" commande à la société ARSH un sondage sur 500 personnes de plus de 18 ans dont la résidence principale est située à Bourges, selon la méthode des quotas.

Les résultats montrent une ville en totale adéquation avec son maire. 61% des réponses affirment qu'ils ont une bonne opinion du maire et 16 % mauvaise, et parmi ceux qui ont voté pour Camille Michel en 1989, ils sont 53% à avoir une bonne opinion de Jacques Rimbault contre 38% plutôt mauvaise. Même à droite, les Berruyers plébiscitent JR !

Sur le plan de la notoriété, Jacques Rimbault arrive largement en tête des hommes politiques locaux les plus cités avec 77% contre seulement 24% à Jean François Deniau et 15% à Alain Calmat. Il bat largement ses alliés et amis puisque Jean Pierre Saulnier ne recueille que 6%, Gilbert Camuzat et Marguerite Renaudat 4%. Cela signifie qu'il n'y a pas grand monde derrière le maire, Jean Claude Sandrier, ne recueille que 2%, le futur chef de file de la gauche locale, et futur maire de Bourges n'est pas encore très connu.
Sur l'action municipale, c'est un sondage instructif, la culture arrive largement en tête de la satisfaction des sondés, puis c'est l'écologie, avec le fleurissement de la ville et l'embellissement du lac d'Auron, en fin de liste et donc au dessous de la moyenne figure la circulation avec 41% et la fiscalité qui obtient 29% ce qui est assez courrant dans ce type de sondage. Chiffre plus surprenant, les 45% obtenu avec le social, c'est "assez consternant pour une municipalité de gauche" note le journaliste dans ses commentaires. C'est sans doute le résultat du contexte économique général qui n'est pas très favorable et de Bourges avec ses industries d'armement.

Populaire, super star, mais sans dauphin proche, Jacques Rimbault est bien le chef incontesté, le patron de Bourges et le titre de la page est évocateur :

Dans ces années 1990, les projets de la municipalité sont nombreux, le succès de 1989 permet toutes les initiatives et les idées fusent. On retrouve ainsi, en vrac des projets qui se réalisent assez vite comme la salle d'escrime du Complexe Sportif ou le projet immobilier de la Place Malus, d'autres qui seront réalisés 10 ans plus tard, par une autre équipe municipale comme l'aménagement de la rue Henri Laudier, ou de la place Etienne Dolet, d'autres qui sont encore dans les cartons, c'est le cas de l'aménagement des entrées de Ville, ou la construction de la nouvelle école de Musique. Enfin des projets qui mourront de leur belle mort comme la réflexion sur la place Cujas avec un projet de parking souterrain ou les Thermes du Val d'Auron…….

 

C'est dans le domaine du développement économique que la municipalité subit le plus de critiques. C'est l'époque, dans les années 1990, où les "grosses entreprises locales" commencent "à dégraisser", c'est à dire à se séparer de leur personnel sans nouvelle embauche. Le maire de Bourges, Jacques Rimbault consacre un numéro de " Bourges notre ville ", dans lequel, il affirme "que le rôle d'une municipalité est forcément limité et qu'elle n'a pas tous les pouvoirs".
Il revient sur les problèmes du moment, à savoir l'implantation à venir d'un hypermarché Mammouth sur la zone du PIPACT, à la fureur des commerçants du Centre Ville. Rimbault s'en prend au Ministère du Commerce "qui accorde à Mammouth le droit de s'implanter au PIPACT avec, certes, une surface beaucoup moins importante que celle prévue au préalable…."….. et la bataille du Mammouth fait rage. Le Maire avance des arguments en répétant "qu'une municipalité ne peut malheureusement pas tout", il répond à ses détracteurs qui affirment qu'une municipalité peut retarder ou empêcher des projets : " c'est faux, dit le maire, à plus forte raison lorsque les règles de l'urbanisme sont respectées". Et de prendre l'exemple de la transformation de Aubrun-Meuble, avenue Henri Laudier en bureaux du secteur tertiaire. Finalement Mammouth s'en ira ailleurs après des recours auprès du ministre et une belle résistance des commerçants du Centre Ville.
Parmi les grands projets de cette époque, figure celui de la réfection de la rue Moyenne, avec pour conséquence un nouveau Plan de circulation. Toucher à ce symbole de la rue Moyenne est toujours un exercice risqué. En 1990, un sondage local montre qu'une faible majorité de la population et des commerçants sont favorables à une rue Moyenne " semi-piétonne à circulation montante ", beaucoup étant partisans d'une rue semi-piétonne, mais à circulation descendante ! Certains étant aussi d'accord pour une rue totalement piétonne, et d'autres enfin, favorables pour " ne rien changer ". Bref, autant d'avis que de Berruyers, et aucun projet ne semble l'emporter à une forte majorité. Il faut donc que la ville tranche, et le projet d'une rue Moyenne semi-piétonne est retenu, avec de larges trottoirs, comportant un axe pour les voitures et les bus, dans le sens de Cujas vers Séraucourt… avec une interruption rue Victor Hugo, c'est à dire ne débouchant pas sur la place André Malraux, ce qui sera une erreur, rattrapée plus tard.

Les travaux se déroulent dans l'été 1991, et c'est particulièrement impressionnant. Pour beaucoup, " c'est Beyrouth au lendemain des bombardements". La gêne est certaine, et comme toujours mal vécue par les commerçants, mais il n'y avait pas d'autres solution, il faut bien que les travaux se fassent, quant à la période d'été, c'était un choix.
Pour le maire " 1992 restera marquée par le chantier du siècle concernant la première rue du département, il fallait tout de même un sacré culot pour entreprendre cette transformation en confort piétonnier", et de s'opposer à Jacques-Louis Tabare qui lance une polémique, au milieu de l'été sur les délais non tenus suite au manque d'approvisionnement en pavés.
L'inauguration se déroule le 3 octobre 1992. Et le résultat est diversement apprécié, le confort piétonnier est unanimement applaudit. Par contre, les matériaux en granit gris donnent une esthétique sombre, peu en rapport avec la ville qui est construite à base de calcaire clair. Le mobilier urbain, avec les candélabres fleuris font généralement l'unanimité. L'absence de piste cyclable est regrettée par les amateurs du vélo en ville.
Paradoxalement c'est le manque de parking en Centre Ville qui reste la préoccupation numéro un des Berruyers. Le parking Mairie à peine terminé, il manque encore du stationnement tant l'accroissement du nombre de voitures est important. L'opposition, et en particulier Serge Lepeltier plaide pour un parking sous la place Cujas. En mars 1991, à la surprise générale, Jacques Rimbault qui évoque de futurs parking à Saint-Bonnet et à Avaricum trouve que faire un parking sous Cujas, " ce n'est pas idiot", et il ajoute "c'est possible surtout quant on est en train de faire le tunnel sous la manche…. Et d'en faire la relation avec Avaricum". Sur cette affaire de Cujas, Gilbert Camuzat est plus prudent que son chef de file, il ajoute à l'attention des commerçants "et je le dis sans animosité, que, s'il y avait un si grand besoin de places de parking en centre-ville, il me semble que les unions commerciales auraient pu utiliser un peu plus d'un point de vue proportionnel, ces 330 possibilités de stationnement".
Parmi les difficultés de l'époque, se situe l'épisode de la construction de l'hôtel de Bourbon. Il s'agissait d'une ruine, régulièrement squattée et qui appartenait à la Ville, laquelle ne savait trop qu'en faire.
Lorsque se précise le projet pour en faire un hôtel, ce fut le scepticisme général, comment tirer quoi que ce soit de ces quelques murs encore en place ? le débat va provoquer une colère de l'adjoint à la Culture, Philippe Goldman qui s'insurge, non pas contre une réhabilitation de l'édifice, étant " très favorable à la réutilisation du bâtiment", mais sur le fait que "le site aurait mérité une fouille archéologique, il contient un substrat de l'époque gauloise. Il a été ensuite occupé par l'abbaye Saint-Ambroix." et comme historien local, il terminera son propos par ces mots sans nuance : "c'est un saccage archéologique et un ratage architectural".

 

La Nouvelle Mairie et les critiques

Dans les grands travaux de Jacques Rimbault figure en bonne place la construction d'une nouvelle mairie, le palais des archevêques étant devenu trop petit. Dans un premier temps, les Berruyers découvrent en guise de mairie, d'impressionnantes fouilles archéologiques. Dans le haut de la rue Moyenne, c'est un trou immense sur les restes de la "Grosse Tour de Bourges", démolie par Louis XIV. Ce chantier dure 2 ans, il est exemplaire par son aspect didactique, des panneaux permettent aux passants de voir l'avancement des fouilles et les premières découvertes archéologiques. Quelques années plus tard, un livre racontera " La vie à l'époque de La Grosse Tour ". Et bientôt les fouilles laissent la place à la construction de cet édifice dont la modernité surprend.
C'est un vendredi 13, au mois de mars 1992 qu'est inaugurée la nouvelle mairie de Bourges. De l'avis du rédacteur d'un journal local, jamais, la rédaction n'avait autant reçu de lettres de lecteurs mécontents de ce nouvel édifice.
Les critiques portent essentiellement sur l'emplacement choisi pour cette bâtisse à l'architecture futuriste dans un environnement proche de la cathédrale. La contestation est générale, les rares partisans admettent que l'architecture en cargo n'est pas laide,… "mais ailleurs, et surtout pas si prêts de la cathédrale".
Deux étages, des formes en lignes courbes, beaucoup de verre, quatre niveaux de parking en sous-sol, un intérieur très volumineux, c'est un ouvrage comme on en voit … à Paris.
Un sondage réalisé montre que 50% des personnes interrogées sont d'accord pour une nouvelle mairie, mais 81% estiment qu'elle n'est pas en harmonie avec le centre-ville et presque autant qu'elle ne s'intègre pas avec le site de la cathédrale.
Quant au bâtiment lui même de l'architecte Claude Vasconi, 53% trouvent l'architecture belle et seulement 20% l'estiment laide. Enfin, 70% des personnes affirment qu'elle donne une allure plus moderne au centre ville.

Le 31 mars 1992, se tient pour la première fois dans le nouvel Hôtel de Ville le Conseil Municipal. Il suit une élection cantonale, c'est l'occasion pour Jacques Rimbault de fustiger ses adversaires, qui doivent " être beaucoup plus en permanence, sur le terrain, et moins ailleurs" , le terrain, c'est sans doute la recette du succès de JR. Il ajoute : " Et puis, Bourges n'est pas une fille de joie que l'on prend. Bourges est une grande dame que l'on respecte et que l'on sert, contrairement à tous ceux qui voudraient s'en servir" .
La Mairie contestée, entre au fil du temps, dans le cadre de vie des Berruyers.

 

Jacques Rimbault malade

En ce début d'année 1992, Bourges va bien, la vie tranquille de tous les jours. C'est alors qu'une information inquiétante traverse la Ville, "JR" est à l'Hôpital.
Le 14 janvier 1992, Jacques Rimbault est hospitalisé dans le service de neuro chirurgie de la Pitié Salpétrière à Paris dans les services du professeur Denis Fohanno. Le 21 janvier, un communiqué précise que "l'état du patient est stable", puis que " les jours de M. Rimbault ne sont pas en danger" et enfin "qu'il n'y a aucune raison de l'alarmer".
C'est en début d'après midi à l'issue d'une réunion de travail que le maire de Bourges, a été victime, dans son bureau, d'un malaise.

Quelques jours plus tard, comme toujours à cette époque avec les hommes politiques malades, c'est le silence, pour ne pas dire plus. Rémy Perrot déclare " Jacques n'est pas en danger… A ce jour, les examens succèdent aux examens. Ils n'ont rien révélé d'alarmant. Le comble depuis qu'il est hospitalisé, c'est qu'il a une légère affection pulmonaire….". Chacun se veut plus rassurant que son voisin, alors que de nombreux élus, de la majorité comme de l'opposition "déplorent le manque d'information sur l'état de santé du maire de Bourges".
Plus tard Jacques Rimbault évoquera les premiers instants de son malaise :
"Une fois sur le brancard, je ne me suis aperçu de rien. Ca a été le trou noir. Je ne me souviens pas de mon transport à l'hôpital de Bourges, du tubage, ni de mon évacuation vers La Pitié-Salpétrière. J'ai repris vraiment connaissance que le dixième jour".

Sur le plan municipal, c'est le premier adjoint qui remplace le maire dans toutes ses fonctions en cas d'empêchement du maire, selon l'article L122 13. Et c'est ainsi que Jean Claude Sandrier prend provisoirement la fonction, en attendant le retour "du patron".

Après des moments difficiles, et contre l'avis de ses médecins, Jacques Rimbault reprend avant l'été 1992 ses activités municipales.
Le samedi 13 juin 1992, c'est l'inauguration de la Foire de Bourges, avec un " échange musclé " entre le maire Jacques Rimbault et le préfet Roland Hodel, ce dernier faisant remarquer qu'il n'avait pas été invité à la manifestation….
Le député-maire, évoque la future médiathèque en chantier en réclamant "des moyens suffisants" pour résoudre la "crise profonde qui marque notre société".

Les législatives de mars 1993

Au niveau national, le Président de la République, François Mitterrand, en "fin de règne", est malade, il souffre d'un cancer de la prostate ce qui fait dire à beaucoup qu'il ne terminera pas son second septennat. Le gouvernement est aussi à bout de course. Pierre Bérégovoy ? s'empêtre, lui aussi, dans des " d'Affaires politico financières "

Le département du Cher est découpé en trois circonscriptions. La ville de Bourges aussi. On a Bourges-Vierzon avec Jacques Rimbault pour député, un tracé sur mesure pour la gauche et le Parti Communiste. Inversement Bourges, le pays Fort et Sancerre, sont tracés pour la droite, c'est le fief de Jean François Deniau que Maxime Camuzat veut conquérir. Enfin, Bourges, le Boischaud et Saint-Amand, est plus indécis. Le siège est détenu par le socialiste Alain Calmat, il est visé par Jean Claude Sandrier pour le Parti Communiste et Serge Lepeltier pour la Droite.

Premier tour, qui se déroule le 21 mars 1993, et première surprise. La NR Titre "Coup de tabac dans la Cher". Le Parti Socialiste s'effondre, avec en premier lieu Alain Calmat qui est dans une situation désespérée avec 20% des suffrages face au RPR Serge Lepeltier qui a 34% des suffrages, quant à Jean Claude Sandrier, il n'obtient que 14%.
Il n'a manqué de 221 voix pour Jean François Deniau afin d'être élu au premier tour, et la grande surprise, c'est le "mano à mano" de Frank Thomas Richard, et de Jacques Rimbault, tous deux à 28% alors que Jean Rousseau, maire de Vierzon ne fait pas 10%.
Le second tour est rude, mais le Cher envoie au Palais Bourbon trois députés de droite, Deniau, Lepeltier et Thomas Richard,

Le pays se retrouve dans les derniers jours de mars 1993 avec un Président de gauche, François Mitterrand, et un gouvernement de droite, le premier ministre étant Edouard Balladur. Parmi les "poids lourds", Juppé, Léotard, Sarkozy et Bayrou. Jean François Deniau n'est pas ministre contrairement aux pronostics… "il a donné, beaucoup donné".

Le premier Conseil municipal qui suit ces élections est intéressant. Jean Claude Sandrier remplace Jacques Rimbault et commence son propos "en saluant, au nom de la Majorité municipale le courage de notre maire, Jacques Rimbault, d'avoir voulu tenir et d'avoir tenu sa place, malgré sa santé, dans une bataille toujours difficile. Les Berruyers sauront, je le sais, apprécier son courage".

Et le premier adjoint de rappeler l'action de député du maire, avec l'autoroute A 71, l'hôpital, une rue Moyenne rénovée, et la poursuite du Printemps de Bourges.
Puis il se tourne vers le nouveau député du Cher, conseiller municipal, Serge Lepeltier :
"Parce que nous devons, plus que jamais faire vivre la tolérance, parce que pour nous la démocratie doit être partout et en tout, j'adresse mes félicitations au nom du Conseil municipal, à notre collègue S. Lepeltier pour son élection".

Et chacun en ce printemps 1993 est à l'affût de l'évolution de la santé de "JR", un œil rivé sur les municipales prévues en 1995.


1993, c'est pour la France une année électorale, avec des législatives qui pourraient marquer le retour à une nouvelle cohabitation. Les temps sont difficiles pour le pouvoir socialiste en perte de vitesse. Les " affaires " se succèdent et la santé du Président Mitterrand n'est pas bonne, il est atteint du cancer et beaucoup pensent qu'il ne terminera pas son septennat.
Dans le monde, Georges Bush est président des Etats Unis et Boris Elstine maître de la Russie. Une opération "mains propres" se développe en Italie et l'Algérie commence une dérive Islamique.

 

La fin de Jacques Rimbault

Depuis plusieurs mois, chacun savait que leur maire ne reviendrait plus aux affaires, mais les progrès de la médecine sont tels que certains pensaient qu'il "s'en sortirait".
La mort de Jacques Rimbault intervient le mercredi 19 mai 1993 à 2 heures du matin, un an et demi après son premier malaise cérébral. L'annonce est ressentie avec peine par la population. L'événement n'est pas une totale surprise, " on s'y attendait " et la majorité des Berruyers ont du chagrin. Ils pleurent leur maire, cet homme était si proche d'eux, si actif, et il avait travaillé jusqu'au bout pour sa cité. Ils sont des milliers à venir se recueillir devant sa dépouille mortelle.

Les obsèques se déroulent le samedi 22 mai 1993, place Etienne Dolet, en face de la mairie. Tout le milieu politique local est présent, le Conseil municipal au grand complet, emmené par Jean Claude Sandrier, Marguerite Renaudat et Gilbert Camuzat, le préfet Victor Convert mais aussi les députés de droite, comme Jean François Deniau, Serge Lepeltier et Frank Thomas-Richard, ainsi que les deux sénateurs, Serge Vinçon et Jacques Genton. Sur le plan national, Georges Marchais représente le Parti Communiste, il est accompagné d'une forte délégation comprenant Robert Hue et Jean Claude Gayssot.

"Des obsèques sobres, dignes et recueillies".

Jean Claude Sandrier élu maire de Bourges

Jean Claude Sandrier se retrouve maire de la ville le 2 juin 1993. Son premier adjoint est Gilbert Camuzat, le second, Jean Pierre Saulnier, puis suivent une dizaine d'adjoints tels Edmé Boiché, Bernard Gourdon, Marguerite Renaudat… etc

Dans une interview donnée à La Nouvelle République, le 30 novembre 1990, à la veille du congrès nationale du Parti Communiste, le maire de Bourges évoque le communisme, son unique voyage à Moscou, et les dogmes qui s'effacent les uns après les autres :
"En 20 ans, on s'est débarrassé de la dictature du prolétariat, aujourd'hui, c'est le centralisme démocratique que l'on efface. La société française a changé et le Parti s'est greffé sur ce tissu en mutation".

Dans ce portrait de Dominique Hérault, Jean Claude Sandrier se confie sur des sujets très personnels, comme la religion, " pour moi, il n'y a rien avant ni après la vie mais je respecte la liberté de penser", et il ajoute comme pour s'excuser : " je possède tout de même une bible ". Dans ce portrait, apparaît Claudette sa compagne, qui est souvent à ses côtés. Il parle de ses loisirs, aime les émissions de variétés à la télévision, et possède une belle collection de disques des Beatles. Sa couleur préférée est le… bleu et il n'aime ni les carottes ni les concombre !
Jean Claude Sandrier discute beaucoup sur le moyen de faire face à la baisse des marchés d'armement. Il suggère en août 1993 que 1% du budget de la Défense soit affecté " à la conversion des sites" et il demande un directeur de projet pour le Centre de sécurité civile.

Lorsqu'il prend les fonctions de premier magistrat de la commune de Bourges, Jean Claude Sandrier commence à être véritablement connu. En homme discret, dans l'ombre de J. Rimbault, il ne s'est jamais mis en avant. Il travaille beaucoup ses dossiers, et comme tout ancien des Etablissements militaires, il en prône la reconversion. Ses interventions concernent souvent le Pôle de la Sécurité civile, Sécure et la diversification.
Pour lui, " Bourges digère mal la délocalisation ratée de l'ONF…. Pas question de se laisser faire ! Il s'agit de récupérer les 250 emplois de l'ONF" . Il propose de délocaliser les services de la Sécurité civile et, " pourquoi pas, la direction de la Musique et de la danse", qui dépend du ministère de la culture.

Jean Claude Sandrier prend les rênes

Dans son premier discours comme maire, Jean Claude Sandrier, évoque la mémoire de son prédécesseur à qui le 22 mai, "la municipalité a prêté un serment : celui d'être fidèle à Jacques Rimbault, à sa ville, à son action comme il voulait que nous le restions……"
Puis le nouveau maire parle de Bourges, de la démocratie, et des projets qui sont en train de se finaliser comme "un nouvel hôpital, une médiathèque moderne, des équipements sportifs et de loisirs performants…. Ces atouts et ce dynamisme confortent la place de notre cité et de son agglomération comme troisième pôle Régional".

Il ajoute :
"Nous continuons sur ce chemin de la démocratie. Pas seulement celle qui donne la parole à chacun d'entre nous une fois tous les 5 ou 6 ans, mais celle plus riche, plus féconde qui donne la parole à chacun tous les jours et sur tout".

Il termine en proposant au Conseil municipal, au nom de la majorité : "de donner au Stade dit "des Grosses Plantes" le nom de Jacques Rimbault, de plus, une artère de Bourges portera le nom de Jacques Rimbault et une autre, celle de Pierre Bérégovoy".
L'opposition, par la voix de Serge Lepeltier signale pour commencer qu'elle ne propose pas de candidat, puis le député et conseiller municipal évoque "la légitimité de Jacques Rimbault qui dépassait largement celle du seul Parti Communiste, uni à ce qui reste du Parti Socialiste. Le maire d'une ville est en quelque sorte le "rassembleur" qui prend en compte l'ensemble des préoccupations des habitants de la ville".
Au fil des mois, Jean Claude Sandrier développe ses projets, et c'est ainsi que le 24 juin 1993, il parle du Plan régional, dans lequel on note " la réalisation dans les 5 ans d'un tronçon autoroutier Bourges- Nevers permettant d'accéder à l'autoroute Auxerre Troyes…." un projet capital pour Bourges, mais en attente …. en 2001 !

Un an après la disparition de son prédécesseur, Jean Claude Sandrier présente à la presse quelques uns des grands dossiers de la ville, la campagne électorale des prochaines municipales de 1995 est lancée.
Dans les projets, le financement à mi-temps d'un Directeur de projet pour Sécure est obtenu. Il s'agit de la reconversion des industries d'armement, avec l'élaboration d'un grand projet sur "la sécurité". Des rencontres, réunions, accords avec des villes européennes sont réalisées, mais cela apparaît pour beaucoup comme un leurre, car il n'y a pas de concrétisation, autres que des emplois et postes de fonctionnaires.
Il évoque aussi le tourisme avec la nomination, pour la première fois à Bourges d'un poste de Directeur du Tourisme. Puis c'est le projet, de la création d'une classe chanson à l'Ecole Nationale de musique, du lancement du musée des Meilleurs Ouvriers de France et de constater que " Malgré les difficultés économiques, le dynamisme de Bourges ne se dément pas".

C'est à cette époque qu'une structure "extra- municipale", "Bourges Démocratie", avec comme leaders Jean Pierre Saulnier et Alain Philippe travaille et réfléchit sur les grands problèmes de la ville. Ce "club de réflexions" comprend des gens du Parti Socialiste, du centre gauche et de " la société civile ". Ils ont la volonté de présenter aux prochaines municipales une liste entre le Parti Communiste et la Droite.
Cette aventure de Bourges Démocratie, c'était la troisième voie, plus conforme selon leurs adhérents aux attentes des Berruyers, las de la politique politicienne et des "affaires".

Ce n'était qu'une vue de l'esprit.

Quant à la Droite locale, lors des Conseils municipaux de 1993 et 1994, elle monte en permanence au créneau et la disparition de Jacques Rimbault change le contexte politique. Les duels entre Jean Claude Sandrier, maire, conseiller général et Serge Lepeltier député et conseiller régionale depuis l992, sont de plus en plus fréquents.

Le 24 juin 1993, les deux hommes s'affrontent sur le Plan régional. Pour le maire de Bourges, "tout est vague et flou", son opposant se dresse comme un défenseur de la politique de la région. Quelques mois plus tard, on retrouve les propos du maire de Bourges fustigeant la politique nationale du gouvernement de droite.

En mars 1994, se déroulent à un an des prochaines échéances municipales, le renouvellement de plusieurs canton du Cher. Se présentent les deux chefs de files du RPR et de l'UDF, tous deux députés, Serge Lepeltier et Frank Thomas Richard. Dans un premier temps, ils sont tous deux candidats sur le même canton, Bourges 2, situé dans la circonscription du député UDF, Jean François Deniau. Face au désordre que ce duel fratricide aurait engendré, Frank Thomas Richard s'en va dans un canton "sans problème", mais loin de Bourges, Lury sur Arnon. Serge Lepeltier quant à lui, ne se présente pas, comme cela semblait logique sur le canton de Bourges 3, tenu par Marguerite Renaudat, ne voulant pas abîmer son image dans un combat plus que difficile.
Serge Lepeltier se présente et l'emporte à Bourges 2, mais à Lury, Frank Thomas Richard se retrouve en face d'un candidat local "sans étiquette", soutenu par le RPR, Rémy Pointereau. Le combat est rude et la faconde du député ne suffit pas à convaincre les électeurs berrichons….. qui envoient à l'Hôtel du département R. Pointereau qui s'est maintenu au second tour, alors qu'il était devancé de 14 voix par Frank Thomas Richard.

A cette époque, à l'automne 1993, Denis Daumin de La Nouvelle République écrit :

" la rumeur attribue à Serge Lepeltier un strapontin ministériel à la faveur d'un prochain remaniement du gouvernement. "

 

L'hôpital de Bourges est inauguré

S'il est une structure intéressant potentiellement tous les Berrichons, et qui était attendu depuis plusieurs décennies, c'est bien le nouvel hôpital de Bourges. Quelques jours avant l'arrivée des premiers malades transférés de l'Hôtel Dieu, un difficile exercice de logistique qui s'étale sur la seconde quinzaine de novembre 1994 se déroule une porte ouverte à laquelle le public est invité en avant-première les 5 et 6 novembre 1994. Ils seront 15000 personnes à faire la visite de la porte ouverte " d'un monument impressionnant ".
Les personnalités locales, avec Jean Claude Sandrier en tête, visite l'édifice durant deux longues heures. Le maire de Bourges déclare :
" …. Je veux rendre hommage à Jacques Rimbault, à sa ténacité passionnée, qui a su vaincre ce qui retenait, qui a su anticiper les décisions à venir. Merci à Alain Calmat qui contribua à obtenir de l'Etat les financements intermédiaires si nécessaires pour la continuité de l'opération ; merci à Paul Phelouzat, aux deux directeurs, au corps médical et au personnel qui ne ménagèrent pas leur soutien".
Parmi les artisans qui ont "faits et construit" ce magnifique édifice, la directrice Christiane Coudrier fut en première ligne. Femme exemplaire et compétente, rigoureuse et humaine, elle marquera de son empreinte jusqu'à la date de son départ de Bourges pour le CHU de Reims en juillet 2000, la ville de Bourges.
Elle parle ainsi de " son " hôpital :
" Les locaux mis en service en novembre 1994 répondent à la volonté de regrouper sur un même site, dans un établissement fonctionnel et esthétique, tous les moyens susceptibles d'améliorer l'accueil des patients et la qualité des soins ainsi que les conditions de travail du personnel. Ils sont par ailleurs conçus de façon suffisamment souple pour garantir l'adaptation du cadre bâti aux évolutions technologiques. Aussi moderne soit-il, un Hôpital vit et se transforme".

Paul Phelouzat a été l'architecte de l'édifice, assisté du cabinet Acanthe, il est largement applaudit, lorsque son nom est prononcé par Jean Claude Sandrier dans son discours, et c'est vrai que le bâtiment est tout à fait remarquable sur le plan de l'esthétique, de la lumière et surtout de la fonctionnalité.
L'hôpital a une capacité globale de 914 lits dont 668 dans le nouvel hôpital, les 246 autres étant à "Taillegrain" pour les personnes âgées dépendantes. Au total, sur 53 000 mètres carrés, les activités sont regroupées en 3 pôles, le hall principal et ses 4 étages, puis l'hôpital de jour, les urgences et les laboratoires, enfin le département Mère et Enfant.
Le financement a été effectué à 40% par l'Etat et les 60 autres % par un emprunt du Centre Hospitalier. Il aura coûté 455 Millions de francs auxquels il faut ajouter 72 MF de matériel, tout n'étant pas récupéré de l'Hôtel Dieu.

L'inauguration très officielle, le vendredi 24 mars 1995, est l'occasion d'un des derniers voyages du président François Mitterrand quelques semaines avant de quitter le pouvoir. Une occasion de revenir au pays d'une partie de sa famille, et de donner sa préférence à Bourges en vue des prochaines échéances électorales.
Le Président arrive vers 11 H 30 en avion, accueilli par le préfet Victor Convert, il rejoint à l'hôtel de ville, le maire Jean Claude Sandrier, les élus et les parlementaires du Cher. Après la signature du livre d'or et la présentation du Conseil municipal, il repart vers le nouvel hôpital de Bourges.
Sur le Livre d'Or

Selon l'avis de toutes les personnes présentes, François Mitterrand parait très fatigué, la maladie le ronge….. il quitte le pouvoir dans quelques jours.
Il est accueilli par Christiane Coudrier, directrice de l'hôpital, et c'est le temps des discours, très courts en la circonstance.
L'hôpital de Bourges qui prendra le nom de Jacques Cœur comprend un effectif de 1600 personnes dont 160 médecins.

Municipale de 95 : droite et gauche sur des stratégies opposées

La mort de Jacques Rimbault a plus que fortement déstabilisé la gauche municipale. La stratégie était depuis le début des années 1980 basée sur le charisme du maire. "JR" était devenu incontournable, c'était "le patron" incontesté, menant depuis 1978 élection après élection ses troupes à la victoire. Les socialistes, malgré quelques velléités étaient deux rangs derrière, bien au garde à vous.
La disparition de J. Rimbault, et sans doute, quelques querelles internes, n'ont pas facilité la constitution de la liste pour les municipales de juin 95. Jean Claude Sandrier devient le nouveau leader, alors que s'efface la fidèle Marguerite Renaudat, pour cause d'âge, alors que Gilbert Camuzat commence à prendre quelque distance avec le local. Le Parti Socialiste est redevenu très faible. La presse rapporte le 5 octobre 1994 que le chef de file des socialistes au Conseil municipal, Jean Pierre Saulnier "décroche et ne se représente pas". Dans ces conditions, Pierre Houques revient, lui qui avait été "évincé" par Olivier Thiais en octobre 1993…… Quant à Alain Calmat, il a eu un temps des visées sur la Ville de Bourges, mais il retourne en région parisienne, après 7 années passées en Berry.
Comme il le dira souvent, Jean Claude Sandrier a manqué de temps. Deux ans pour s'affirmer après 16 années de J. Rimbault, c'est trop peu. Sa stratégie vis à vis des Berruyers sera basée uniquement "sur le souvenir du père", c'est à dire sur Jacques Rimbault, avec des symboles très forts. Le nom de la rue de la mairie ou le stade des Grosses Plantes, la référence continue à JR, joue sur l'émotion, c'est bien vis à vis des fidèles, mais cela n'entraîne pas de troupes nouvelles.
A droite, la stratégie est inverse. Il y a toujours Jean François Deniau, député, Président du Conseil général, homme de grande stature, présent sur de nombreux pays de par le monde. Les Berruyers le voient souvent à la télévision, plus rarement de leur point de vue à Bourges.
La classe politique locale est à la recherche d'un vrai leader capable "de reprendre la ville aux communistes". Elle trouve en la personne de Serge Lepeltier une possible opportunité. Les notables "bourgeois" de la cité de Jacques Cœur ont beaucoup souffert de l'absence de leader à droite dans les précédentes consultations. Cette fois ils ont le choix entre Franck Thomas Richard, le représentant de l'UDF, qui joue la convivialité et la tape amicale sur l'épaule, et Serge Lepeltier, un pur produit RPR, plus froid, mais qui fait sérieux et déterminé.

Il y a chez les Berruyers, une volonté de changement, comme cela s'est fait dans les années 1975 avec la fin de Raymond Boisdé. Trois fois 6 ans, avec la même équipe, c'est beaucoup. Il y a une panne d'idées originales et un trop faible renouvellement des personnels politiques.
Beaucoup de Berruyers n'assistent plus aux "Assises pour Bourges", car " ce sont toujours les mêmes têtes et le même discours". Il y a une certaine lassitude….. Et Jacques Rimbault, avec son charisme n'est plus là.
Mais passer de gauche à droite n'est pas évident pour les Berruyers. Ils restent légalistes et fidèles. Les gens en place, bénéficient d'un préjugé favorable. La droite devra se battre et surtout proposer un vrai projet pour les 6 ans à venir. C'est ainsi que les équipes de Lepeltier, "Bourges Projet " et celles de Thomas Richard "Atout Cœur" se mettent au travail, avant de se retrouver dans un même combat avec la liste "Bourges plus fort".
Jacques Chirac vient soutenir Serge Lepeltier
Article et photo du Berry Républicain

Les élections municipales sont prévues par le calendrier électorale en juin 1995. Les Etats majors se mettent en ordre de marche de manière assez différente. A gauche, c'est le temps des inaugurations, du bilan, de l'action passée et du succès de l'équipe de Jacques Rimbault. A droite, dès 1994, les militants sont sollicités pour réfléchir au projet pour Bourges. Puis c'est l'automne, les négociations entre partis politiques sont délicates, pour constituer la liste. Chacun veut en être. Serge Lepeltier fixe, en organisateur hors pair, les règles du jeu, il y aura un tiers de RPR, un tiers d'UDF et un tiers pour des personnes venant "de la société civile", sans appartenance politique.
La campagne se déroule sans anicroche particulière entre les différentes listes. Des réunion publiques, des distributions de tracts, un débat sur une radio locale entre les deux têtes de listes….. et l'attente du résultat des élections présidentielles qui auront sans aucun doute une influence sur le scrutin local.

Printemps de Bourges, présidentielles et municipales

Les relations entre le Printemps de Bourges et la municipalité ne sont pas toujours au beau fixe, ainsi, le 23 juin 1994, le chef de file des socialistes, Jean Pierre Saulnier signale " qu'il est anormal qu'un Elu soit interdit d'entrer dans les bâtiments publics appartenant à la Ville de Bourges, ces bâtiments n'étant même pas loués mais seulement mis à disposition". Il s'agit d'un rude conflit opposant le directeur du Printemps, Daniel Colling, et le maire adjoint socialiste à la culture.

En relation étroite avec le Printemps de Bourges, c'est la fin d'une structure intéressante, l'Espace Printemps. Dans l'idée des promoteurs du projet, à la tête duquel se trouvait François Deschamps, chef de file du RPR depuis une dizaine d'année, et élu du Conseil Régional, c'était d'avoir un lieu représentatif du Printemps pendant toute l'année. La quincaillerie Chapier située en plein Centre Ville devient disponible et l'Association de l'Espace Printemps, achète le lieu, fait des travaux considérable et ouvre en "grande pompe". Pour certains, comment cette structure portée par des subventions sans recettes propres pourra-t-elle survivre ? C'est un lieu de rencontre autour de la musique et de la chanson, avec vente tout de même de certains objet et gadgets du printemps de Bourges.

Mais l'Espace Printemps trouve difficilement sa cible et à la fin du mois de juin 1994, malgré les essais de sauvetage de la part de la Mairie de Jean Claude Sandrier et les projets de Daniel Colling, François Deschamps dépose le bilan de l'Association.

Les élections présidentielles prévues fin avril et début mai 1995 font la "une" des journaux, locaux comme nationaux. Les candidats s'affrontent pour succéder à François Mitterrand. Ce dernier, n'a pas prévu, comme souvent les grands hommes, un successeur. Il a rejeté Rocard, Bérégovoy s'est donné la mort, et il est en froid avec Jospin….. Les "Affaires" après 14 ans "de règne" ont miné le régime. Les français recherchent un président très différent. A gauche Jospin entre en lisse. Il a le caractère austère du milieu protestant, mais chacun a le sentiment, qu'il est un homme politique irréprochable. A droite, c'est une bataille "au couteau" entre Balladur et Chirac, "les amis de 30 ans".

Chirac est en Berry pour le Printemps de Bourges. Ce 19e Printemps, est très coloré avec "l'autruche au tambour" qui succède au pingouin de l'année précédente comme image fétiche. Le programme est attrayant, sont présents, Bashung, Souchon, Simple Minds, le fidèle Thiéfaine et surprise, les Chippendales à la Maison de la Culture, les berruyères vont, avant beaucoup d'autres, découvrir ces "beaux mâles" dont on a beaucoup parlé depuis. Autre grand moment, la présence dans la cathédrale, un peu froide, de Julia Megenes le mercredi 26 avril, un concert inoubliable.

Jacques Chirac va-t-il apprécier la programmation ? Rien n'est moins sûr. Il est en campagne et les jeunes ne sont pas très sensibles à ce type de présence. Le maire de Paris lorsqu'il fait le tour des salles de spectacle est parfois sifflé, c'est dans l'ordre des choses.
Mais devant la Maison de la Culture, il est tout simplement bousculé. Il "ne doit son salut qu'à une porte dérobée située dans le bâtiment", la pomme ayant été son emblème pendant la campagne, les jeunes gauchistes de Bourges bien organisés et le service d'ordre du Printemps complètement dépassé lui envoient ces fruits en quantité non négligeable.
Un mauvais moment à passer. Serge Lepeltier, député et candidat à la mairie, accompagne Jacques Chirac, il sort de la bousculade avec une aggravation d'une hernie discale qui le conduit dans les jours suivants à la clinique Guillaume de Varye pour subir une opération qui ne fut pas anodine. Et ceci en pleine campagne électorale !
La campagne des Présidentielles se poursuit, mais la vie municipale aussi. Lors de ce qui sera la dernière réunion du Conseil municipal de l'équipe en place, le 30 mars 1995, il est question des taux qui sont augmentés de 1,9% par rapport à l'année précédente, puis du Centre de Secours, c'est à dire la nouvelle caserne des pompiers. Le Conseil municipal approuve le programme de Jean Claude Sandrier pour le lancement du concours d'architectes. Cette opération importante est faite avec précipitation une veille d'élection, disent ses adversaires, alors que le maire joue la continuité, persuadé d'être élu.

Des élections aux scores serrés

Alors que se poursuivent les réunions des listes Bourges Plus Fort d'un côté et Bourges Union de l'autre, avec distribution de tracts sur les marchés ou devant les super et hypermarchés, les tracts dans les boîtes aux lettres, c'est la Présidentielle qui occupe la scène au plan national. La gauche ne semble pas avoir beaucoup de chances, et Lionel Jospin, fait l'effet d'un "revenant", l'équipe Mitterrand est au plus bas.
A droite, Edouard Balladur doit l'emporter, c'est un premier ministre apprécié, et Jacques Chirac semble un peu "dépassé". Mais une campagne électorale, c'est aussi une grande bagarre et sur ce terrain, le Maire de Paris est au mieux.
Les résultats du premier tour surprennent, Jospin fait un excellent score : 23,7% des suffrages, il est en tête des candidats et certains pensent qu'il va même l'emporter. A droite, Chirac est à 20,4 % ce qui est décevant, Balladur le suivant de prêt, avec 19,1%. Chirac, mathématiquement a de bonnes chance de devenir président.
Le second tour se fait sans trop de passion, le débat télévisé tant attendu est frustrant et Jacques Chirac passe de la Mairie à l'Elysée ….. avec pour la ville de Bourges un score de 52,6 pour Chirac et 47,4 pour Jospin.

A Bourges, ces résultats sont épluchés à la loupe par les Etats Majors des candidats aux municipales prévues dans 2 mois. La gauche est en bonne position pour gagner, alors que Serge Lepeltier pense que " les résultats de Bourges sont de bon augure".
L'équipe de Jean Claude Sandrier multiplie les "effets bilans" et les inaugurations. Serge Lepeltier calcule. Il trouve que la droite "classique" ne lui permettra pas de l'emporter, c'est trop juste, il faut élargir la liste, non pas sur l'extrême droite, il a le parti et les idées de Jean Marie Le Pen en horreur, mais au contraire vers la frange écologique. Il prend rapidement contact avec Alain Philippe qui est marqué par "Bourges Démocratie", mais aussi par Génération Ecologie. Après un dîner chez Patrick Dorie entre Serge Lepeltier et Alain Philippe, il réussit à convaincre ce dernier de figurer en bonne place sur la liste.

Le premier tour des municipales du 11 juin, est serré, la liste Lepeltier est en tête avec 45,45% des suffrages, mais le maire de Bourges, Jean Claude Sandrier est à quelques voix derrière, il obtient 45,17%.
Le Front National n'obtient que 5,8% et l'extrême gauche 1,8%.
Les huit jours entre les deux tours sont tendus, mais d'une extrême correction de part et d'autre. Le sommet est un débat organisé par le Berry Républicain et retransmis sur les ondes d'Europe 2 le 14 juin 1995. Pour les militants de "Bourges Plus Fort", " Serge Lepeltier était plus à l'aise", alors que les partisans du maire de Bourges répliquent : " Jean Claude Sandrier prend le dessus".
Second tour, un 18 juin, les résultats arrivent dans les permanences, bureau par bureau. Les uns favorables à la gauche, les autres à la droite, c'est très indécis. La défaite se déplace d'un camp à l'autre en quelques minutes : alternativement, c'est l'abattement et la joie. Et puis c'est le résultat, la droite l'emporte que quelques centaines de voix, très exactement 869 voix d'avance pour " Bourges Plus fort ", 51,36% contre 48,64%, et Serge Lepeltier sera élu dans quelques jours maire de Bourges.

Jean Claude Sandrier, sans tristesse excessive est déçu, il analyse à chaud sa défaite, " Un contexte particulièrement difficile, juste après la présidentielle, la présence sur la liste adverse de deux députés de droite et la femme du troisième, et le fait que je ne sois pas vraiment un maire sortant".

Battu, Jean Claude Sandrier sera conseiller municipal, et il reste conseiller général.
Dans l'autre camp, la victoire à l'arraché, est d'autant plus appréciée. La nouvelle majorité comprend 37 élus contre 12 à l'Opposition.
Serge Lepeltier à la permanence de la rue Jean Jaurès est pressé par les siens. On note la présence de Jean François Deniau, Serge Vinçon et " d'un Jean Rousseau radieux aux côtés de Frank Thomas Richard " note un journaliste. Le prochain maire de Bourges a du mal à s'exprimer dans le brouhaha, " Bourges a changé de majorité, Merci au 38ième de notre liste qui n'est pas élu…. Je dédie cette victoire à mon petit fils" et Serge Lepeltier montre cet enfant, Romain, symbole de l'avenir de Bourges.
Quelques instants plus tard, il déclare que " c'est un très grand honneur de devenir maire. J'y mettrai toute mon énergie.". Il a quelques mots pour son adversaire :
" Je comprends la déception de Jean Claude Sandrier…. S'il vous plait ….. je vais vous demander de rester digne et sérieux et ne pas aller insulter les perdants comme on l'a vu en 1977. Je veux dire qu'il ne s'est pas agi pour moi de renier le passé de la ville, mais d'écrire une nouvelle page de son histoire".
La Nouvelle République titre au lendemain de ce 18 juin :

" une victoire célébrée sans débordements ".

Serge Lepeltier a alors 42 ans, il est né au Veurdre, dans l'Allier, à la limite du Cher le 12 octobre 1953. Ses études le conduisent à Moulins au pensionnat Saint Gilles, puis à Clermont Ferrand et enfin au collège Stanislas à Paris. Diplômé de HEC, les Hautes Etudes Commerciale, il ne parvient pas à franchir les portes de l'ENA, trahi au concours par la langue de Shakespeare.
Il commence une carrière professionnelle dans le commerce, chez Quelle en 1979, puis dans une coopérative de vignerons, à Rasteau dans le Vaucluse, il en est le directeur général de 1980 à 1986. C'est à cette époque qu'il revient en Berry dans l'entreprise familiale de travaux publics François Lepeltier, son oncle.

Gaulliste de toujours, c'est en 1975 qu'il entre à l'UDR, le futur RPR de Jacques Chirac à qui il sera fidèle en toute circonstance. En 1978, il s'essaie aux législatives en Moselle, est battu, mais rencontre son épouse Viviane.
Sur d'autres plan, le maire de Bourges est passionné de plongée sous-marine, et chaque année, il s'en va visiter les eaux profondes de notre globe.
Dans le Cher, il brigue tous les mandats qui s'offrent, conseiller régional, conseiller général, député du Cher, il est vainqueur à chaque élection, et cela continuera, avec pour seul faux pas, les législatives à venir de 1997.
C'est un peu avec de la chance qu'il devient conseiller municipal de l'opposition en 1989, à la suite de la défaite puis de la démission de Camille Michel.

 

Son parcourt, pour l'historien est voisin de celui de Henri Laudier avant guerre, et il est à classer dans les " grands maires " de Bourges au même titre que Raymond Boisdé et Jacques Rimbault. Seul l'avenir……..

Serge Lepeltier et son équipe

L'équipe qui arrive au pouvoir municipal semble cohérente. Entre les leaders des formations de droite, il n'y a pas à proprement parler de concurrence. Frank Thomas Richard est député et ses fonctions dans le domaine social lui vont comme un gant. Frédérique Deniau est très à l'aise dans les dossiers difficiles de l'enseignement supérieur. Sa connaissance du milieu parisien et la présence de Jean François Deniau à la tête du département sont des atouts non négligeables.
Beaucoup des adjoints comme Roland Chamiot, Josette Csorgei ou Philippe Gitton sont des fidèles envers leur maire et travaillent beaucoup avec d'application.
D'autres cherchent leur marque, c'est le cas d'Alain Philippe et sa rigueur souvent critiquée, c'est Laurent Van Damme qui veut "rentrer dans le lard de l'opposition en permanence", quant à Jean Marie Nunez, c'est un théoricien, il voudrait pouvoir posséder un plan global du Bourges futur, en particulier sur le plan de l'urbanisme.
Il faut dire que les premiers dossiers portent sur des thèmes qui découlent de la campagne électorale. C'est ainsi que le manque de sécurité nécessite l'étude délicate de l'installation d'une police municipale. C'est aussi les soubresauts des industries d'armement et les pertes d'emploi continues. Enfin des questions plus philosophiques et plus difficiles font les joies des premières réunions baptisées "Bourges plus fort" avec l'ensemble des personnes de la liste qui avait remporté les élections.
La gauche est sonnée, Jean Claude Sandrier, avec beaucoup de détermination prend en main la nouvelle opposition municipale. Habitué aux dossiers, il argumente face aux tergiversations de la majorité, marquant des points dans les premiers mois. A ses côtés, Pierre Houques, Philippe Goldman, et Yann Galut, pas encore très à l'aise.


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1996, la France est présidée par Jacques Chirac, son Premier ministre, Alain Juppé, malgré son sourire, ne brille pas par sa popularité, il est perçu comme un technocrate "made in ENA", et sa formule " droit dans ses bottes" n'a pas eu un franc succès.
A Bourges, les nouvelles lois sur le cumul des mandats imposent aux hommes politiques des choix. Ainsi, il devient difficile d'avoir plusieurs mandats locaux, et la loi interdit à un conseiller général d'être maire d'une grande ville. Serge Lepeltier quitte le Conseil général le 6 juillet 1995, et son siège d'élu du canton II est remis en jeu. Frank Thomas Richard se présente, est élu, puis, pour une bévue administrative, de non production des comptes de campagne dans les délais, il est invalidé en décembre 1996 et le siège est à nouveau remis en jeu. Jacques Fleury, dynamique président du quartier Emile Martin et conseiller municipal est élu
La prise en charge des premiers dossiers

Après les élections de juin 1995, la mise en place de l'équipe municipale et les relations avec les différents services de la mairie s'opèrent rapidement. Rien n'est simple, seuls Serge Lepeltier et Yvon Mautret ont connu la précédente municipalité dans l'opposition, les autres conseillers et adjoints de la majorité ont tout à apprendre.
Le problème principal est de trouver ses marques. Quelles sont les fonctions et prérogatives des adjoints et conseillers municipaux. Comment se comporter avec les services municipaux ? Le maire donne quelques conseils et en particulier il demande que les adjoints ne se substituent pas aux directeurs ou chefs de service de la mairie.
De plus, après 18 années de gestion par une même équipe, tout changement doit être réalisé avec précautions. Ne pas heurter, mais dire les choses et faire ce qui a été décidé. Le maire Serge Lepeltier agit avec beaucoup de considération pour le personnel municipal au fils des mois, par son attitude très à l'écoute, sans démagogie, et il n'y aura pas plus de problème avec le personnel municipal que lors des 18 précédentes années.

Dans une certaine euphorie, la prise en compte des dossiers commence. Les premières études sont lancées, elles portent la marque de l'équipe précédente. Il y a une prise de connaissance des coûts, des délais, de ce qui est engagé et de ce qui peut être modifié.
Ainsi, le projet Huet sur l'environnement de la cathédrale, après plusieurs réunions avec ce grand architecte se poursuit, par tranche, assez lentement mais sûrement. Parfois parmi des dossiers qui semblent simples, c'est " La " surprise, comme pour l'Office municipal des HLM dont la situation financière est catastrophique, l'Office est tout simplement en faillite.
Quelques projets sont purement et simplement arrêtés, comme les halls du parc Saint Paul qui devaient être réalisés devant le Pavillon. Le coût et le manque de visibilité sur l'avenir du parc et de la Foire Exposition dans les dix ans à venir solde ce sujet.
Deux projets largement promis lors de la campagne électorale prennent beaucoup de temps à l'équipe municipale :
- l'Hôtel Dieu avec la possibilité de réaliser la patinoire
- le parking souterrain sous la place Cujas.

Mais la préoccupation du Maire, qui n'a pas fait HEC pour rien, et connaît la gestion et les chiffres, c'est la situation financière de la Ville. Les emprunts, les dettes, le budget prévisionnel, tout est mis sur la table. Il s'agit de redonner sur le plan financier une marge de manœuvre à la ville. Chacun, dans la nouvelle équipe, s'aperçoit que les investissements posent rarement de problème à une commune raisonnable, mais qu'il est facile de se laisser déborder par les conséquences des investissements en terme de budget de fonctionnement, en particulier en terme de coût de personnel. Les travaux des dernières années, comme la médiathèque, le Grand Stade, le musée des MOF, ont provoqué une augmentation considérable des emprunts et de la dette. L'endettement de la ville, dit le maire le 8 février 1996 " est passé de 555 millions en 1990 à plus de 800 millions en ce début d'année 1996, soit près de 10 000 francs par habitant. Bourges ne peut plus continuer ainsi, la charge de la dette est alors de 134 millions de francs. Il faut réduire les dépenses"…. Et augmenter les impôts de 9,5%, avec promesse de ne plus les augmenter durant les six prochaines années.
Un audit financier commandé, ne révèle aucune anomalie, et en particulier, le vieux reproche d'une pléthore de fonctionnaires travaillant à la Ville, est balayé. A Bourges, les effectifs sont cohérents avec les villes de même importance. Par contre beaucoup de personnes sont en situation précaire.
Les débats entre Serge Lepeltier et Jean Claude Sandrier sur les finances de la ville vont occuper de nombreux moments en Conseil municipal. Au début de 1996, M. Sandrier interpelle le maire sur le budget : " Vous présentez des orientations budgétaires…. Vous ne proposez rien, rien sur l'emploi qui était votre priorité numéro un, rien sur l'action sociale, rien sur la culture, le sport" et d'ajouter que " les raisons d'une dérive des finances des villes est due à une récession économique générale".
Mais Serge Lepeltier ne cherche pas la polémique et s'il argumente un peu, c'est souvent en termes mesurés.
La préoccupation du maire reste l'économique, point faible de l'équipe précédente, et ce fut la création d'une structure "Bourges Développement", constituée par les apports de la CCI, la Ville et l'Etat. Cette unicité d'interlocuteur à Bourges pour un industriel intéressé par une éventuelle implantation est un " plus " considérable.

 

Une mise en jambe difficile, ……et un logo contesté

Parmi les premières décisions et réalisations concrètes, figure le refus du maire Serge Lepeltier de signer les certificats d'hébergement. Lorsqu'un étranger veut venir dans une ville avec un visa, le maire certifie et cautionne sa présence et son départ. Mais il n'avait aucun moyen de s'assurer de ce départ, avec la rigueur qui le dépeint , il refuse de signer des certificats " de complaisance ", Par contre, il signe s'il a toute assurance quant au respect de la loi. Cette décision va déclencher au niveau local comme au niveau national une levée de boucliers de toutes les associations de Droits de l'Homme et de défense des " sans papiers "…. Cette crise aura pour mérite de faire modifier la législation au plan national, même si elle n'aura pas servi l'image de Bourges et de son maire.
Le second " faux pas ", c'est le choix du nouveau logo de la Ville présenté à la population pour les vœux de 1996. Après un appel d'offre et une large consultation des élus, le logo de Bourges est dévoilé, c'est une fleur de lys avec des couleurs " à la Estève ".
Sur le plan de l'image et du tourisme, le logo est remarquable. Il faudra plusieurs années pour habituer les Berrichons à cette " signature de haut niveau ". Par contre, la fleur de lys, symbole de la royauté, ne passe pas dans une partie de la population.

La gauche mettant de l'huile sur le feu, comme le veut la tradition locale entre majorité et opposition. Le directeur d'un quotidien local affirme qu'il n'a jamais reçu autant de courrier des lecteurs, la plupart très négatifs, depuis la construction de la nouvelle aile de la mairie.
Serge Lepeltier n'a pas vu venir cette affaire…… Désormais, il sera plus prudent sur des sujets qui ne sont pas essentiels, mais qui peuvent lui faire beaucoup de mal.

Les grands projets et discussion : multiplex, parking souterrain et trottoirs.

Parmi les nombreux projets de la campagne électorale le parking souterrain de la place Cujas tient la vedette. C'est le premier thème pris en main par Serge Lepeltier, car depuis des années, il est persuadé que rien n'évoluera en Centre-ville sans la présence d'un grand parking. Son expérience d'entrepreneur en BTP lui permet d'envisager l'aspect technique sans trop de problème. un parking sous la place Cujas, c'est un peu comme à Reims devant la cathédrale.
Les études commencent, à la fois sur le plan archéologique et architectural avec les notions de coûts et de planning. La population reste assez partagée, beaucoup craignent la longueur des travaux et le blocage du Centre Ville durant plusieurs années. Quant à l'opposition municipale, elle s'en donne à cœur joie, parlant de la concentration des voitures en Centre-ville, de l'arrivée d'une "équipe municipale de bétonneurs", et des travaux pharaoniques du député-maire.
Plusieurs réunions de concertation se déroulent avec la population et les commerçants, mais les Berruyers, dans l'ensemble attendent pour voir.
Les milieux économiques sont sensibles et favorables à la multiplication des places de parking en Centre Ville.
Les plans sont faits, le planning existe, et le dossier complet des équipes d'archéologue est présenté en septembre 1996 à la population dans l'amphithéâtre de l'Ecole des Beaux Arts.

Cette réunion, pour beaucoup, fait l'effet d'une douche froide. En effet, la DRAC indique que cette partie de la ville est majeure en terme de possibilités de découvertes et qu'il faudra compter au moins 4 ans de fouilles archéologiques, et un coût pour la ville variable, mais de plusieurs dizaines de millions de francs.
C'est fini, à la fin de l'année 1996, avec la diffusion du rapport de la commission nationale d'archéologie, le projet est remis dans les cartons. Ainsi, ce parking, en étages avec Boisdé, souterrain avec Rimbault, ne verra pas le jour avec Lepeltier. Une ville ne peut pas se permettre de laisser un lieu aussi stratégique en travaux pendant plusieurs années.
Un peu dépité, le maire Serge Lepeltier esquisse d'autres solutions pour le Centre Ville, alors que l'opposition pavoise, ayant déclenché une pétition contre le parking envisagé.
La municipalité, avec Paul André Aubrun, recherche des lieux où il sera possible d'avoir quelques places de parking, parfois en achetant puis en démolissant des maisons à vendre, comme rue Jean Baffier ou rue Jean Jaurès. Il réfléchit pour mettre en œuvre des navettes gratuites allant du parking de Séraucourt au Centre-Ville : un beau succès.

Fin juin 1997 est évoqué pour la première fois le multiplex, c'est à dire la construction à Bourges de 12 salles de cinéma comme cela se fait dans les grandes villes. C'est la société belge Bert qui est à l'origine de la proposition, elle demande à s'installer à l'embranchement de l'Autoroute A 71, puisque la clientèle espérée doit passer de 300 000 avec les cinémas existants à 750 000 personnes avec un multiplex.
Les différents problèmes techniques sont passés en revue, il n'y a pas de contrainte majeure. Le problème qui surgit concerne la réaction de plusieurs adjoints qui ne veulent pas que des activités de loisirs s'en aillent vers le PIPACT par crainte de vider le centre ville. La presse dévoile le projet par des fuites …. bien orchestrées et c'est une levée de boucliers. A-t-on besoin de cinémas nouveaux ? Pour certains, " ceux qui existent sont bien suffisants ".
Finalement, le projet végète. En coulisse, le maire n'a pas laissé tombé le projet, mais il le dit : " je n'en parle plus car il y a toujours des fuites, alors j'en reparlerais la veille du jour de la signature".
Le temps passe, le 15 décembre 1997 le maire qui a traité ce dossier en petit comité avec Jean Llari, le Directeur Général des Services…..dévoile l'évolution du projet, le multiplex pourrait être aux Prés Doulet et la société devrait être CGR (Cinéma Georges Raymond), celle qui gère les Concordes de la rue Pelvoysin. La solution n'est pas mauvaise. Elle offre même beaucoup d'atouts, la proximité du centre ville, la possible réalisation en quelques mois, et surtout le fait que l'exploitant ne change pas. Le multiplex se construit rapidement en bordure d'Yèvre sans contestation de la population. Seul fait, le refus de la socialiste Irène Félix, elle vote contre les cinémas en Commission Départementale d'Equipements Commerciaux (CDEC), participant au recul des délais, suivant en cela la Chambre des Métiers. Un combat d'arrière garde pour ceux qui ne comprennent pas les aspirations de la jeunesse.

A la question de savoir pourquoi ce dossier a été traité avec CGR avec tant de discrétion, Serge Lepeltier répond que plusieurs exploitants étaient sur les rangs pour le construire et en cas de difficulté avec la ville de Bourges aux Prés Doulet, les cinémas seraient allés au Subdray ou à La Chapelle, à côté de l'échangeur de l'Autoroute, loin du centre-ville et les Berruyers ne l'auraient pas pardonné au maire !

La sécurité et la Police municipale

Parmi les points forts de l'équipe de Serge Lepeltier développée durant la campagne électorale, figurait le parking Cujas, la patinoire à l'Hôtel Dieu, et la Police municipale.
Ce thème de la Police municipale ne fait pas l'unanimité dans une partie de la population. Les gens de gauche en particulier n'en veulent pas, préférant obtenir de la part du gouvernement des effectifs supplémentaires pour la police nationale, ce qui était bien… mais n'arrivait jamais.
Quelques années auparavant, le maire Jacques Rimbault avait déjà demandé " dix auxiliaires effectuant leur service militaire…. on avait même réussi à les loger et à les faire manger… j'ai même demandé des CRS" mais rien n'est jamais venu.

L'insécurité à Bourges, même si elle est à un moindre niveau que d'autres villes, devient un vrai sujet de discussion et d'inquiétude. En 1996, il est courant, que les grands magasins de la rue Moyenne, symboles de Bourges, soient perturbés, le samedi après midi par de petites " bandes de loubards " qui agissent en toute impunité semant parfois la panique parmi les clients.

La Police municipale, se forme progressivement, elle prend possession de ses bâtiments en juin 1997. Elle comprend alors 24 agents, les derniers étant en formation et devant rejoindre leur poste à la fin de l'année 97. Parmi les missions, l'îlotage du Centre Ville, la surveillance des marchés, l'aide aux personnes âgées et des accords avec la Police nationale sont érigés, et les deux structures deviennent complémentaires.
Les policiers municipaux ne sont pas armés ce qui est important vis à vis de la population. Et Bourges, depuis ce temps, sans aspirer à un calme angélique, vit moins dans l'insécurité.
Pour Philippe Gitton qui s'est beaucoup impliqué dans la mise en place concrète de cette Police, " elle a un rôle social très important, elle va s'occuper des personnes âgées, des sorties d'écoles et des collèges, créer des liens dans les quartiers".
L'opposition est toujours contre la mise en place de cette Police municipale et en Conseil municipal, , le 28 novembre 1996, Pierre Houques dit "En ce qui nous concerne, nous avons déjà fait un certain nombre de remarques sur le fond, sur notre opposition par rapport à la mise en place de cette Police municipale". Inversement, la population, en recherche constante de sécurité est très satisfaite de cet accroissement de policiers.

La mise en place de " mamans trafics ", va aller dans le même sens, c'est un élément, sans doute marginal, mais concret. Des dames sont placées à la sortie des écoles primaires, pour aider les enfants à traverser la rue en toute sécurité.
L'étape suivante touche la création d'une police nationale de proximité avec des agents affectés à certains quartiers, Bourges-Nord, le Val d'Auron et l'Aéroport,.

Premières réalisations sous le signe de la Qualité .

Les deux premières années de la gestion Lepeltier ne brillent pas par des réalisations très concrètes, cela rappelle assez les débuts de l'équipe Rimbault entre 1977 et 1979. Le maire est à l'écoute de ses concitoyens et les réunions de quartier rebaptisées "Rencontres pour Bourges" à la place des "Assises pour Bourges" sont souvent "au raz du trottoir" pour reprendre l'expression d'un journaliste local. C'est ce qui fait dire au Maire en direction de son adjoint responsable des travaux, Roland Chamiot, qu'il " faut mettre le paquet " sur l'amélioration des trottoirs de la ville en triplant le budget qui leur était consacré. Il va atteindre 10 millions de francs par ans, 1 milliard de centimes !
Ainsi la rue Edouard Vaillant est-elle la première rue "requalifiée" par l'équipe Lepeltier, les Berruyers découvrent une qualité de réalisation avec l'utilisation de matériaux très esthétiques dont ils sont très fiers, car ce n'est qu'une première réalisation datée de 1997.

Suivent d'autres réalisations parfois plus ambitieuses comme la place de la Nation en avril 1998, avec le transfert du nœud des bus de la ville qui quitte Planchat pour cet espace, puis la place des Marronniers et c'est l'étude du plan de circulation de la ville et les conséquences en terme de travaux.
Le CETE, Centre d'Etudes Technique de Rouen, spécialisé dans les études de circulation et déjà utilisé par la municipalité précédente propose un nouveau plan de circulation avec la mise en sens unique de la rue des Arènes et de la rue Jacques Cœur, ainsi que la réalisation de deux ronds points place André Malraux, en face de la Maison de la Culture.
Les réactions négatives de l'opposition, d'une partie de la population et d'un organe de presse sont souvent excessives. Pourquoi faire des travaux aussi coûteux ? Une différence fondamentale guide l'action du maire de Bourges, un peu comme son prédécesseur Henri Laudier. Plutôt que de mettre des rustines sur chaque trottoir, à chaque coin de rue, l'équipe de Roland Chamiot sous l'impulsion du maire va "requalifier" des rues entières, c'est à dire les refaire en totalité, avec des matériaux de haute qualité.

Le résultat, en 1998 est largement plébiscité par la population. La qualité de la réalisation des ronds points, des jets d'eau et des fontaines descendantes de la place André Malraux ainsi que l'accoutumance des automobilistes à utiliser les ronds points lèvent tous les doutes. Les visiteurs et touristes sont subjugués par la beauté du site.

La politique, législatives, sénatoriales, cantonales

Serge Lepeltier le répétera à plusieurs reprises, il garde un très mauvais souvenir des deux premières années de son mandat. Les projets n'avancent pas et certaines promesses électorales, comme le parking Cujas ou la patinoire à l'Hôtel Dieu sont tout simplement rejetés aux oubliettes. D'autres projets en cours sont simplement brocardés par beaucoup.

Mais le plus grave, c'est le manque de cohésion de l'équipe, ce qui se traduit par des démissions au niveau des adjoints, ce qui fait toujours désordre.
La première crise, éclate à la fin de l'année 1995 avec Laurent Van Damme ! Le 9 décembre, au Bureau municipal du lundi soir, le maire expose la situation : il retire à Laurent Van Damme la délégation qu'il lui avait donné pour " indiscipline " dans le cadre d'une représentation du maire visant à sanctionner un employé municipal condamné par un tribunal pour "travail au noir". C'est la première crise de la municipalité. Le maire affirme qu'il faut avant tout une solidarité sans faille. Boisdé n'avait pas perdu à cause de son action ou de son bilan mais suite à des dissensions avec ses propres amis.
La seconde crise, se déroule dans les jours qui suivent le Conseil municipal de mars 1996. A droite de Frédérique Deniau, Alain Philippe a la tête des mauvais jours. Le visage fermé, il trépigne, visiblement agacé, et ne prend pas la parole, et après avoir laissé ses dossiers, il quitte le Conseil municipal. Il y a un problème du côté d'Alain Philippe.
Le mardi 1er avril 1996, au Bureau municipal le maire arrive en retard, ce qui est rare et les dossiers sont " rapidement expédiés". Le maire montre une lettre manuscrite signée d'Alain Philippe : la démission de l'intéressé.
Le motif évoqué ne comporte pas de point précis. C'est un désaccord sur les notions de " gauche-droite " et sur ce combat incessant entre le maire et son opposition. Alain Philippe n'admet pas que la vie politique ne soit faite que relations conflictuelles, sans nuance. Il en voulait au système expliquant sa position :
" Bien que lié à Serge Lepeltier par une amitié forgée autour de ses qualités humaines, il m'est difficile de continuer à intervenir dans un environnement politique général phagocyté par les partis politiques".

Le départ d'Alain Philippe fut diversement commenté. Pour les uns, c'était inéluctable, il n'était pas un politique et n'aimait pas les critiques. Pour d'autres, sa gestion du milieu sportif était devenue trop rigoureuse, il avait mis en place des principes, se coupant de certaines associations sportives peu habituées à ce type de raisonnement.

La crise de la majorité à Bourges atteint une premier sommet à la suite de la défaite de la droite aux élections législatives de juin 1997, le maire de Bourges étant battu par un jeune socialiste inconnu de la majorité des Berruyers,
Dans un premier temps, la décision de Jacques Chirac de dissoudre l'Assemblée Nationale est fort mal perçue. Beaucoup, à droite comme à gauche ne comprennent pas ce qui apparaît comme une "manœuvre politicienne" du Président.
A Bourges, Serge Lepeltier, dubitatif, fini par croire qu'au plus haut niveau, il ne peut pas y avoir de faute stratégique. De plus, il a beaucoup travaillé dans sa circonscription, et le fait d'être maire de la plus grande ville du département est un atout incontestable. Pour conforter cet optimisme, ses adversaires ne semblent pas de taille, un socialiste inconnu, Yann Galut et un communiste qui a peu de chance. Enfin, jusqu'à la veille du scrutin, les "Renseignements Généraux" donnent le maire de Bourges largement vainqueur.
Yann Galut est conseiller municipal de Bourges, connu comme avocat à Paris des "sans papiers", il commence à entamer sa première campagne, c'est pour lui "une mise en jambes" tant ses chances de l'emporter sont faibles.

Au soir du premier tour, 5 mai 1997, c'est la surprise à gauche et la consternation à droite. Pour Serge Lepeltier, la situation semble perdue, mais pas encore désespérée, il obtient 32,3% des suffrages, contre 25,2% à son jeune challenger, mais le candidat du Parti Communiste fait 15%.
La vague "rose" s'amplifie et au soir du second tour, Yann Galut est largement élu, avec près de 54% des voix contre 46% pour le maire de Bourges.
Dans le Cher, Jean Claude Sandrier reprend à Frank Thomas Richard un fief communiste comprenant une partie de Bourges et Vierzon, autrefois conquise par Jacques Rimbault. Il revient au premier plan, sa présence a "payée", une première revanche après 1995 !
La droite sauve, avec le charismatique Yves Fromion le siège de député de Bourges-Aubigny-Sancerre face à l'ancien préfet du Cher Roland Hodel.

Ces législatives marquent la défaite de Chirac et de toute la droite, et commence une nouvelle cohabitation, Lionel Jospin devenant Premier Ministre d'une gauche victorieuse.
La circonscription de Bourges-Sancerre est tenue par Jean François Deniau. Il ne se représente pas, certains évoquent sa prochaine candidature au Sénat, chambre qui lui irait parfaitement bien. C'est ainsi que le maire d'Aubigny, Yves Fromoin franchit "le Rubicon", se présente le 2 février 1997 sous l'étiquette RPR contre le candidat officiel, l'ancien ministre Yves Galland, lequel fait équipe avec Frédérique Deniau, premier maire adjoint de Bourges et épouse du député. C'est le début d'une belle guerre interne, qui abouti au retrait de M. Galland, la guerre à droite fait rage et va laisser des traces.
La gauche pavoise et songe que la mairie est à portée de la prochaine élection municipale.

La première déclaration du maire de Bourges au soir de la défaite, dans sa permanence est sobre :
" J'assurerai ma fonction de maire de Bourges, le résultat de Bourges est conforme à celui de la circonscription, à nous adjoints et conseillers de travailler au service des Berruyers, on verra si les promesses qui ont été faites, mais c'est un choix des français".

Le Conseil municipal de Bourges comprend toujours 2 députés, Mrs Sandrier et Galut, ont remplacé Mrs Lepeltier et Thomas Richard, la situation ne manque pas de sel !
Ainsi, Serge Lepeltier, en quelques semaines voit sa situation basculer de manière imprévisible et inquiétante. La droite gagnante, en juin 1997, comme les sondages le prévoyaient, et le maire de Bourges pouvait se retrouver ministre ou secrétaire d'Etat, et le lundi suivant, devant les membres de la liste "Bourges plus fort", il n'est qu'un perdant, battu par un jeune inconnu, et il doit faire face à l'opposition de son propre camp mettant en cause sa façon de diriger la ville, et son comportement face aux Berruyers. Perçu comme un technocrate froid et peu souriant, " il manque de charisme" soutiennent quelques plusieurs membre de la liste.

Les crises au sein de la majorité municipale ne sont pas terminées, le 19 décembre 1998 c'est le départ discret de Jean Marie Nunez, " uniquement motivée par des considérations d'ordre personnel", écrit l'ancien adjoint chargé du commerce. Il est remplacé par Andrée Depond. Enfin, c'est le retour sur Paris de Frédérique Deniau, après un long bras de fer avec Frank Thomas Richard à la suite des cantonales de mars 1998 et de difficultés personnelles assez graves.

Ces cantonales des 15 et 22 mars 1998 n'ont pas arrangé la situation, Jean François Deniau Président du Conseil général se représente sur Bourges IV, mais les conflits internes à l'UDF sont tels que Frank Thomas Richard se présente lui aussi dans ce même canton….. et c'est lui qui arrive en tête au premier tour, pour être battu au second par la socialiste Irène Félix !
Une situation et un scénario "pire que pire" pour la droite locale. Dans le canton V, après la déroute de Camille Michel au premier tour, Jean Pierre Saulnier l'emporte face au RPR Philippe Gitton. La droite à Bourges va mal, deux cantons perdus par deux maires-adjoints et des dissensions graves suite à la défaite de Jean François Deniau.
Ce dernier n'est plus conseiller général, ni président de cette instance qu'il affectionnait. Il quitte le Berry d'une manière discrète, sans marque de considération de la part des Berrichons. Il y avait de l'admiration pour l'homme, pour son brio, pour son action internationale, ses voyages, son courage face à la maladie et ses livres. Mais pour le Berry, beaucoup restent sur leur faim. Chacun considérait qu'il n'était pas suffisamment présent. Frédérique Deniau quitte aussi Bourges, elle abandonne ses délégations municipales qui sont réparties entre Alain Tanton et Michel Verdier.

Une page se tourne à Bourges après 20 ans de présence, Frédérique et Jean François Deniau regagnent Paris.

Le PS sort grand vainqueur de ces confrontations et c'est " une nouvelle donne à Bourges ", certains à gauche pensent à un possible rééquilibrage pour les futures municipales, avec une tête de liste socialistes…. Ce ne sera qu'un rêve.
Et puis, après avoir touché le fond, comme s'il avait fallut 3 ans pour bien mettre en place le système, recevoir pas mal de corrections, et joué dans les élections à la politique politicienne, la majorité municipale devient plus cohérente et durant les 3 années suivantes, il n'y aura plus de problème politique grave, les élus sont au travail, et cela fini par se savoir et se voir !

Politique, Députés et Sénateurs

En 1998, le gouvernement de Lionel Jospin en place depuis juin 1997, marque des points. Le chômage, avec Martine Aubry commence à diminuer, profitant d'une conjoncture internationale de relance favorable. La gestion du pays est bien expliquée et bien comprise par les français, la cohabitation est courtoise, un état de grâce qui dure.

Après la défaite aux législatives de 1997, Serge Lepeltier se consacre en totalité à sa charge de maire. C'est un virage pour lui, car il se doit de rebondir, et pour l'instant, c'est sur les projets de la ville qu'il travaille. Ainsi les études dont certaines sommeillaient sortent des cartons. A partir de cette date, ce sont de véritables et concrètes réalisations qui sont effectuées. "Bourges Avance" et "titre la municipalité.
Face aux deux députés Jean Claude Sandrier et Yann Galut, le maire de Bourges ne peut pas rester en dehors du jeu politique national. Tous les maires de Bourges ont eu cette attitude, Laudier, tout comme Boisdé et Rimbault. Il n'est pas possible de gérer une ville moyenne comme Bourges sans avoir un mandat national. Il faut sans cesse être dans les antichambres des ministères ou dans les couloirs de l'Assemblée Nationale ou du Sénat.
Alors, contrairement à ce qu'il avait déclaré publiquement, le Maire de Bourges fait état de sa candidature aux prochaines élections sénatoriales de septembre 1998. Dans le Cher, deux places de sénateurs sont prévues par la loi, et si Serge Vinçon se représente, Jacques Genton né en 1918 à Bourges, ne retourne pas au Palais du Luxembourg, il laisse sa place. Il est sénateur depuis octobre 1971. En politique, tout est prévu et le siège de M. Genton est "normalement" dédié à Alain Tanton, maire adjoint de Bourges.
A l'annonce de la candidature du maire de Bourges, les explications entre Mrs Tanton et Lepeltier sont orageuses. La "machine RPR" se met en route en mai 1998, avec la visite des 330 communes du Cher par Serge Lepeltier, discutant, expliquant sa démarche..… pour finalement se retrouver sénateur le 27 septembre 1998 au cours du scrutin réalisé par "les grands électeurs".
A 21 heures, ce dimanche soir, il est heureux, une joie intérieure, c'est un vrai retour sur la scène nationale, il dit alors " Si je n'avais pas été reconnu par mes pairs, ça aurait été un véritable drame personnel par rapport au travail que j'ai fait à Bourges".
De son côté, Serge Vinçon président du Conseil général est réélu sans difficultés et il conserve sa présidence. Les relations entre le maire de Bourges et son adjoint malheureux se normaliseront assez vites.

La bataille pour l'emploi

Depuis 1990, l'emploi à Bourges se dégrade au niveau des entreprises d'armement. Les commandes de chars, de missiles, de grenades, diminuent de manière drastique et les principaux établissements non seulement n'embauchent plus mais elles " débauchent pour ne pas dire licencient".
L'évolution semble inéluctable et toutes les solution de reconversion sous forme de diversification échouent. En 1996, le directeur d'Aérospatiale, très dynamique, Daniel Dubreuil met en place un service chargé de la diversification et comme le mot n'est pas très porteur, cela s'appelle "les affaires nouvelles". Malgré la qualité des ingénieurs, comme Gilles Grenier, et les sommes d'argent libérées, les projets comme "visupack" pour la logistique des entreprises de transport ou les équipements pour le médical ne percent sur le plan de la vente, l'économie une fois encore ne suit pas. Quelques années plus tard, au départ de D. Dubreuil, nommé Directeur à Toulouse, ce service est dissout.

Une embellie survient en 1996 et l'année suivante avec la délocalisation d'une importante partie des activités d'Aérospatiale à Châtillon pour venir à Bourges et au Subdray. En l'espace de deux années, plus de 430 personnes viennent en terre berrichonne, beaucoup avec leur famille. La Ville de Bourges, mais aussi le Département et la Région, tout comme l'Etat "mettent le paquet" pour rendre Bourges attractive. Les emplois délocalisés sont essentiellement des ingénieurs et des techniciens. L'expérience de l'ONF quelques années auparavant sert de leçon, et c'est le tapis rouge qui est déployé devant ceux que l'on appelle " les châtillonais ". Réception des familles en voyage de reconnaissance à Bourges avec déjeuner salle du duc Jean, mise en place d'une société chargée de trouver du travail à Bourges, aux conjoints, édition de plaquettes et documents sur Bourges qui souffre d'un déficit d'image.

A des réunions tenues à Châtillon pour expliquer ce qu'était la Ville de Bourges, il fallait répondre à des questions du type " il y a-t-il un lycée à Bourges ? ", c'était vexant, mais fort utile…..
L'Etablissement de la rue Le Brix se conforte, avec la construction en un temps record, quelques mois, de deux Bâtiments, le numéro 30 consacré à l'électronique, et le numéro 31 pour les fabrications de composites.
Mais si Bourges pouvait rester un important pôle de fabrication d'armement, et tirait bien son épingle du jeu, l'avenir n'était plus à ce type d'industrie, et aux grosses entreprises de 2000 ou 3000 salariés.

Le futur, serait dans l'implantation de PME / PMI et dans ce domaine, Frank Thomas Richard, alors parlementaire œuvre beaucoup pour que Bourges possède une zone franche, c'est à dire des surfaces et des bâtiments susceptibles d'accueillir des petites entreprises dans le Nord de Bourges. Cette zone franche est validé par l'Etat en 1997. L'avantage pour les entreprises est d'ordre fiscal, et c'est ainsi qu'avec l'aide de la structure " Bourges Développement ", des entreprises s'installent rue Félix Chédin sur un lieu réhabilité et baptisé COMITEC.

Même si les emplois crées ne contrebalancent pas les emplois industriels perdus dans l'armement, c'est un bonne compensation. Ainsi au niveau des chiffres, ce sont plus de 250 emplois, la plupart de haut niveau qui sont ainsi créés en zone franche avec 18 petites entreprises.
Dans cette dure bataille, la firme Auxitrol dont le directeur, Georges Neuviale, particulièrement dynamique, accepte de rester sur Bourges en quittant l'avenue de la Prospective pour rejoindre le PIPACT, faisant construire une superbe usine. La firme de Seattle ayant un instant pensé retourner aux USA. Le créneau d'Auxitrol, est le capteur, ustensile indispensable sur un Airbus, un Missile ou Ariane, et le développement de la firme est intéressant, une PME/PMI dynamique avec près de 400 employés.
Et le chômage à Bourges décroît à partir de 1996.

Des Conseils municipaux qui se musclent

Les Conseils municipaux représentent, face à la presse, un moyen d'expression très efficace pour l'opposition. Elle reproche en effet au journal mensuel de Bourges qui traite des réalisations de la municipalité de ne pas donner pas la parole à l'opposition, ce qui est assez conforme à la tradition berruyère depuis des lustres. Certains remarquent que ce journal ne prend aucune publicité…. Ce qui est un gage d'indépendance.

De 1995 à 1997, les leaders à gauche sont Jean Claude Sandrier et Pierre Houques, ce dernier laissant la place à Yann Galut après sa victoire comme député. A chaque Conseil, après un propos assez court du maire Serge Lepeltier, inexorablement, la parole est donnée à Jean Claude Sandrier qui lit, lui aussi son texte, suivi de Yann Galut qui en fait de même. Le ton est généralement courtois, et rares sont les envolées de ces trois protagonistes. Par contre, les " seconds couteaux " ont des propos souvent redondants et parfois outranciers.

Jusqu'en 1997, à plusieurs reprises les Conseils sont perturbés par des manifestations. Des jeunes, puis des syndicalistes du GIAT en février 96 et le 10 octobre 1996, ce sont des retraités qui envahissent bruyamment la salle, proférant des paroles particulièrement insultantes à l'égard du maire. Le huis clos est voté par la majorité municipale, au grand dame de l'opposition. En effet les Conseils municipaux constituent une formidable tribune pour la gauche puisque leurs déclarations sont largement reprises dans la presse du lendemain. Un Conseil sans public, ni presse, c'est surréaliste…. Et comme par hasard, il n'y aura plus aucune manifestation durant le reste du mandat.

L'environnement prend place à Bourges

Au plan national, l'environnement devient un enjeu essentiel et Bourges ne reste pas " à la traîne ". La ville a de nombreux atouts, en particulier un domaine de vert assez unique, les Marais de Bourges sur 132 hectares constituent la partie la plus visible
Par opportunisme politique d'abord et par goût ensuite, Serge Lepeltier se lance dans la lutte pour l'environnement, devenant au Sénat, et au RPR, le " spécialiste de l'effet de serre ", avec un rapport sénatorial sur l'influence des gaz à effet de serre et sur le réchauffement de la planète. Dans cette fonction, il assiste à des débats internationaux, comme à La Haie en 2000, et il a souvent des convergences de vue avec la ministre de l'environnement du gouvernement Jospin, Dominique Voynet.

A Bourges, le maire entre de manière naturelle dans la logique gouvernementale de Dominique Voynet, en participant avec la Ville de Bourges à " la journée sans voiture ", qui se déroule à partir de 1998 chaque 22 septembre en centre-ville. Plusieurs rues se parent d'une magnifique pelouse verte, à la grande joie des Berruyers qui sont conquis par ces initiatives. Les commerçants, sont plus partagés sur ce type d'initiative dont le but est de créer un choc psychologique et de montrer les effet du " pas de voiture en centre ville " sur le bruit, la mesure de la qualité de l'air…. et la qualité de vie tout court.
Dans la même lignée, plusieurs actions fortes de la municipalité vers l'environnement se déroulent. Chaque fois que c'est techniquement possible, la ville achète pour ses services des voitures électriques, et après plusieurs années, il s'avère que la fiabilité est bonne, et pour de nombreuses tâches c'est un excellent moyen de transport non polluant. Seule restriction, la voiture électrique est plus coûteuse à l'achat que celle à essence et son autonomie est faible. Ce qui fait dire au maire de Bourges qu'il est paradoxale que financièrement parlant, il soit plus intéressant de rouler " sale que propre ".
Le responsable municipale de l'environnement, Paul André Aubrun s'investit beaucoup dans le tracé au sol des pistes cyclables et de nombreux panneaux signalent la présence possible de vélos. Le geste est intéressant, mais, il ne rencontre pas toujours le succès escompté. Le cycliste veut une piste pour lui tout seul, avec impossibilité pour une voiture de le gêner. A Bourges, c'est du domaine du rêve, sinon d'interdire les voitures en Centre Ville, ce qui est loin de faire l'unanimité dans la population.

Le second, moins visible à court terme est le remplacement d'une quinzaine de bus de la CTB, par des véhicules neufs propulsés au GPL, c'est à dire au gaz non polluant. Avec cette initiative concrète, Bourges est en avance sur de nombreuses autres villes. Ainsi, Serge Lepeltier marque des points dans un domaine où il n'était pas du tout attendu. Les " Verts " de l'opposition, sont " dépités qu'on leur prenne leur fond de commerce" !

Quant au lac d'Auron, qui datait de 1977, chaque année, des tonnes de sédiments se déversaient et diminuaient sa profondeur, accentuant la présence d'algues. Il fut décidé en mai 1998 de le vider pour retirer les boues, un chantier monumental, mais indispensable. Lors des appels d'offre, une société proposa de faire le même travail sans vider le lac, en utilisant un système d'aspiration avec des barges navigant sur le lac. Le coût était plus élevé, mais la municipalité évitait une querelle avec les amis des bêtes et les pêcheurs ! Et puis vider le lac et extraire les boues avec des bulldozers pouvait apporter des fissures dangereuses et difficiles à réparer.
Au cours de l'année 1999, et cela se poursuivi en 2000, sans tambour ni trompettes, les boues alluviaires du lac furent enlevées, et un bassin de rétention fut construit à l'arrivée de l'Auron dans le lac, afin d'éviter dans le futur un retour à de tels travaux et dépenses.
Ainsi sur le lac, Serge Lepeltier marque des points face à son opposition municipale qui avait laissé le lac s'envaser, sans rien entreprendre…. Sinon des études.
Quant au dossier des marais, c'est, comme toujours, un casse-tête pour la municipalité. Ce lieu est avant tout la propriété de près de 1500 petits propriétaires qui cultivent et entretiennent leur lopin. Après le travail du soir, "le Berruyer", depuis un siècle " va au marais ", là, il s'oxygène, bine les légumes de son potager, et se repose ou discute avec ses voisins et amis. La gestion de l'eau, l'entretien des " coulants ", la protection du site est du ressort de chaque maraîcher. Il devint nécessaire de faire " classer ces marais ", surtout pour éviter des constructions sauvages. Le dossier est donc lancé, et le classement qui dure en général entre 5 et 10 ans commence son périple.
Mais pour assurer l'entretien, l'association des maraîchers, présidée par Yves Chéron, puis Claude Csorgei, avec l'Etat et la Préfecture cherchent des solutions ; la ville ne reste pas neutre.

C'est ainsi que fut décidée la constitution de l'ASA, Association Syndicale Autorisée, une structure capable " rassembler tous les maraîchers dans une vaste opération de sauvegarde du site. " car pour beaucoup, les marais de Bourges sont en danger. L'ASA permet de recevoir de l'argent des pouvoirs publics, pour effectuer le gros entretien, qui se chiffre à 500 000 francs annuellement…. Une somme que ne peut pas apporter la ville, pour des aspects juridiques, et les bénéfices de la fête annuelle des marais, en septembre de chaque année ne sont pas à la bonne échelle.
L'ASA va donc se constituer, avec en première ligne, l'AUMYVB, Association des Usagers des Marais de l'Yèvre et de la Voiselle, d'Yves Chéron, avec le soutien de la Préfecture et de la Ville. Le parcourt administratif et juridique ne pose pas de problème.
Et chacun se met au travail pour informer les maraîchers, produire les documents administratifs et procéder au vote de constitution de l'ASA. Une enquête publique, placée sous la responsabilité de Bernard Rossignol nommé commissaire enquêteur se déroule. On note beaucoup de questions, des inquiétudes….. de nombreux usagers des marais sont déconcertés par ce projet d'ASA, un "zinzin "de plus, et ils n'en comprennent pas l'utilité, " chacun a qu'a nettoyer sa parcelle et son coulant… ", entend-on dire le plus souvent. Bientôt, ce qui ne devait être qu'une formalité se révèle un casse tête inextricable. Des maraîchers opposés au projet se forment en nouvelle association, sous la férule de Christian Lamaire, avec pour certains, quelques arrières pensées politique, " la mairie encourageant l'opération". Bientôt, c'est la fronde généralisée et le refus de l'ASA qui se traduit par un vote très négatif sur cette nouvelle structure. Sur 240 suffrages exprimés, 29 sont favorables à l'ASA, 190 refusent, c'est bien l'échec.
Et les marais reviennent comme avant, sans structure centrale, mais avec deux associations rivales, et l'entretient n'est toujours pas traité. Quelques mois plus tard, certains maraîchers, ne voyant plus de solutions en viennent à regretter le choix de ce refus de l'ASA, avec des " on ne nous avait pas bien expliqué… ".

L'environnement concerne aussi la qualité de l'eau à Bourges et dans ce domaine la ville, depuis de nombreuses années n'est pas au hit parade, au contraire. De par la nature du sous sol, et l'épandage des nitrates par les agriculteurs du département, l'eau de Bourges peut atteindre une teneur en nitrate de 70 mg par litre, cas du prélèvement de juin 1998 à la station de captage de la rue Henri Sellier, alors que les normes européennes exigent une teneur en nitrate inférieure à 50 mg/l.
La situation qui n'est pas récente est inacceptable pour la population et les élus.
Déjà, avant l'arrivée de Serge Lepeltier, la municipalité avait travaillé ce dossier, et une première étude montrait qu'une solution serait d'aller chercher l'eau dans la Loire, à l'île du Lac situé sur la commune de Herry à plus de 50 kilomètres de Bourges. Après Gilbert Camuzat vers 1990, ce projet très complexe, est poursuivi par Roland Chamiot en 1995, il faut désormais entrer dans le concret et ce n'est pas le plus simple. Les travaux à faire sont considérables et les aspects administratifs inattendus. Ainsi, l'appel d'offre doit être européen, pour une somme de près de 150 millions de francs. Quant au prix de l'eau, il continue d'augmenter, passant de 1994 à 1999, de 11 à 16 francs le mètre cube.
Le résultat, à la fin de 2001, doit être qualitatif, avec une teneur en nitrate prévue de 25mg/l au lieu des 55mg/l. Les travaux commencent fin 1998, avec la réalisation de 3 puits à Herry, pour produire 1500 M3 d'eau par heure dans la nappe alluviale de la Loire.

L'environnement c'est aussi la gestion des déchets, et avant 1995, la municipalité de Jean Claude Sandrier avait lancé le projet et le début de la construction d'une déchetterie sur la route des quatre vents, elle est inaugurée en 1995 ( ?).
Pour Serge Lepeltier, Bourges doit disposer de 3 déchetteries et non une seule. C'est ainsi que le 25 octobre 1999 est inaugurée la déchetterie des Danjons, avant d'étudier la troisième vers Bourges sud.

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