l'histoire de bourges 1945 - 1977 par Roland Narboux - Bourges encyclopédie

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L'HISTOIRE DE BOURGES - 1945 - 1977
Par Roland NARBOUX

Bourges, et une histoire complexe qui va de la fin de la guerre, donc 1945 à 1977, année de changement municipal important.

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Version 2009

 

Cet article commence à la fin de la La Libération de Bourges qui comprend un exposé très important, et qu'il faut consulter. Aussi cet article évoque Charles Cochet.....

CHARLES COCHET, ACCLAME MAIRE DE BOURGES

Lorsque les autorités qui prirent le pouvoir cherchèrent à placer à l'Hôtel de Ville un maire accepté de tous, elles trouvèrent sans difficulté un accord sur le nom de Charles Cochet.
Ce notable avait été député du Cher en 1932, alors qu'il avait été élu au conseil municipal de Bourges sous le mairat d'Henri Laudier dès 1929. Resté socialiste, il était devenu le principal opposant au maire et lorsque Vichy, en application de la loi du 16 novembre 1940 sur la réorganisation des corps municipaux, renouvela le conseil municipal berruyer, Cochet sera le seul conseiller refusé par le gouvernement de Pétain. Il se désolidarise d'une politique qu'il condamne et ne manque jamais une occasion de témoigner ses sentiments. Il avait 77 ans à la Libération et son attitude ferme et inébranlable le place à la tête de la ville, en attendant les élections qui se dérouleront quelques mois plus tard.

Charles Cochet fut un personnage attachant, nivernais,il était né en 1867, son père était menuisier. Enfant doué, il réussit le concours à l'Ecole Normale et entre dans l'enseignement. Son premier poste le conduisit à l'école de la rue Nicolas Leblanc où il resta 23 ans. Puis Cochet enseigna à Massoeuvre avant de revenir à Bourges prendre sa retraite.
Marié, il a deux enfants, lorsque le malheur marque profondément son existence. Son fils meurt à 21 ans sur la Meuse en 1916, et il perd sa fille quelques années après la guerre, c'est la maladie qui a frappé. Au lieu de se replier sur lui-même, Cochet entre dans la vie associative, il s'occupe de la protection de l'enfance, du comité départemental d'hygiène, etc.

C'est en fait le 7 septembre 1944 que se déroule une manifestation qualifiée de "grandiose", avec la présence de Marcel Plaisant, Président du Comité de Libération, de Gustave Sarrien nouveau Préfet du Cher, arrivé du Loiret, et de Charles Cochet.

Le cortège se dirigea par la rue Moyenne vers le Monument aux Morts, où une gerbe fut déposée, alors que Plaisant prononçait un de ses premiers discours. Puis, le cortège prit la direction de l'Hôtel de Ville et Marcel Plaisant annonça de manière solennelle l'installation du nouveau maire : Charles Cochet, lequel s'avança et prononça ces quelques mots :

" Nous connaissons toute l'importance de la fonction pour laquelle nous avons l'honneur d'être désigné aujourd'hui.
Mais les difficultés qui nous attendent ne pourront qu'affermir notre désir de bien faire.
Dans l'ordre et le travail, avec des collaborateurs choisis, nous suivrons la bonne voie qu'exige la sage administration des affaires municipales de notre belle cité.
Vive Bourges ! Vive la liberté ! Vive la République ! Vive la France !"

Ainsi se terminaient ces journées de liesse, comme l'écrit le bulletin municipal officiel, "Quatre années d'asservissement et d'humiliation prenaient fin.... L'Allemand disparaissait de nos rues, de nos places, de nos établissements publics...."

Ce même jour, les Berruyers qui ne disposaient d'aucune information locale par les radios ou les journaux, devaient se contenter des avis placardés par voix d'affichage ou.... du bouche à oreille. Ainsi, parmi les nombreuses proclamations, celle du commandant Colomb résume la situation.
Après avoir informé la population que leur libération était le fait des Forces Françaises de l'Intérieur avec le concours du 4ème Bataillon de Parachutistes français, et qu'une nouvelle administration civile se mettait en place, avec pour tâche principale le ravitaillement et les réparations des destructions de l'ennemi, il insistait sur "l'ordre ainsi que sur la légalité qui doivent être respectés de tous".

la suite : La Libération de Bourges

L'année 1945 commence, l'étau allié se resserre sur le Reich et la vie reprend progressivement son cours en France : en rugby, le quinze tricolore bat l'Angleterre au Parc des Princes par 21 à 9. Mais les événements se précipitent, Dresde est rasée par les bombes au moment où les trois "Grands" se partagent le monde à Yalta.
Dans les quatre premiers mois de l'année, c'est la fin de Mussolini, exécuté et son cadavre pendu à la vue de la population, quelques jours plus tard, Roosevelt meurt à l'âge de 63 ans, il avait été le grand artisan de l'intervention des USA dans le conflit. Il succombe à la maladie alors que l'ennemi de la race humaine, Hitler se suicide dans son bunker.
Le principal événement en France, se situe le 24 avril, avec l'arrivée du maréchal Pétain qui se constitue prisonnier.

LES PREOCCUPATIONS MUNICIPALES

La guerre n'est pas terminée, on se bat en Allemagne et dans le Pacifique. A Bourges, les nouveaux responsables de la ville se plongent dans les premiers dossiers et, comme souvent dans le cas d'une nouvelle équipe, examinent les finances.
Le Maire évoque ce problème en ces mots :

" J'ai là les documents en mains, je tiens à dire que les dépenses ont été considérables et que le déséquilibre du budget s'explique facilement. .... 70 millions d'emprunts ont été contactés par le Conseil Municipal qui nous a précédé et pour lesquels il faut payer annuités et intérêts. Si le budget a pu être équilibré, c'est grâce à des sommes portées en recettes et qui très probablement, ne seront jamais recouvrés".
Et le maire cite à titre d'exemple, les recettes qui correspondent à l'eau consommée par les Allemands....il ajoute : " j'ai bien peur de ne pouvoir les recouvrer" ! Une telle remarque est évidente. D'une manière perfide, il poursuit avec certains "frais de construction, comme le Mausolée de Laudier".

Ces considérations sur l'état des finances ne sont pas innocentes, les élections se profilent, elles sont programmées pour le mois d'avril 1945. Le "citoyen" Boisdon demande que le maire informe la population de la situation financière du moment, et si possible avant les élections.

Le principal soucis de cette période concerne le ravitaillement et le logement.

La crise du logement est telle que des agents municipaux assermentés sont habilités à visiter les locaux qui pourraient être inhabités. Cochet sur ce point confirmera ce drame :

" La Ville de Bourges, en effet, connaissait dès avant les hostilités, une crise déjà sérieuse du logement. Les circonstances nées de la guerre n'ont fait qu'empirer cette situation et de nombreuses familles sont actuellement à la recherche d'un foyer, souvent depuis plusieurs mois".

Les cités de l'Aéroport endommagées à la suite des bombardements sont progressivement remises en état, à la fin d'avril, une cinquantaine de logements sont disponibles, et quarante nouveaux seront prêts à être habités un mois suivant. Il faut dire que les bombardements avaient été violents, et les réparations traînaient en longueur. Le maire s'active, il obtiendra 800 sacs de plâtre et 900 M2 de vitres, car il est dit-il "toujours sur le dos des Ponts et Chaussées qui accordent ces matériaux". Il faut aller au plus vite, les murs ne seront pas tapissés, "on tâchera d'avoir l'eau, le gaz et l'électricité" affirme Cocher.

Le ravitaillement devient assez vite "l'éternel tourment" de la population. Le 14 janvier 1945, le Comité Départemental de Libération consacre, une fois encore sa réunion au ravitaillement. Monsieur Lelarge parle du prix du lait, puis de la collecte de pommes de terre qui a été suspendue, mais devrait reprendre rapidement. Il constate que les arrivages de légumes sont en baisse constante, de même que la réduction de viande. Pour ces responsables, c'est du aux circonstances atmosphériques, mais ce n'est pas la seule raison, pour la viande, l'abattage clandestin est une cause première.
Des membres du C.D.L. demandent que des sanctions soient prises contre certains viticulteurs qui refusent de livrer leur vin. Et chacun de se plaindre de la situation dans laquelle l'esprit civique n'est guère de mise. Ainsi Marcel Cherrier constate qu'à Bourges, des boucheries ont livré 100 grammes de viande à peine, bien en deçà de ce qui est prévu.

Une manifestation sous l'égide des "femmes françaises", place Séraucourt voient arriver des milliers de personnes qui protestent contre le marché noir qui fait fureur. Toutes veulent un meilleur ravitaillement, à la tribune, Angèle Chevrin harangue la foule dense :


" Ce que nous ne pouvons pas accepter, c'est que ce soit toujours les mêmes qui aient faim. Il est injuste que dans certains restaurants on mange bien et sans ticket, il y a une mauvaise volonté en haut lieu".

LES PREMIERES ELECTIONS MUNICIPALES DE L'APRES-GUERRE

Les premières élections municipales se déroulent le 29 avril 1945. Elle intéresse les Berruyers, car il s'agit de s'adresser au peuple pour la première fois depuis très longtemps. Les experts en élections, parlent de "l'inconnue des municipales" car les résultats ne se compareront qu'à celles de 1935 ! La campagne n'est pas très active, les français ont des préoccupations plus matérielles, et certains craignent des abstentions massives.
Le dépouillement fut des plus laborieux, outre les nombre d'électeurs, le panachage ne facilita pas la comptabilisassions des voix et ce n'est qu'à 5 heures du matin que Charles Cochet annonça les résultats :
- la liste de Cochet, Cherrier, et autres gens de gauche ou de la résistance obtint une moyenne de 12900 voix sur les 22 600 suffrages exprimés, et tous les membres furent élus. Elle devançait largement le M.R.P. qui n'obtenait que 5000 voix en moyenne, la troisième liste ne faisant que de la figuration.

Il y avait donc confirmation par les électeurs, des rapports de force en présence, et du soutien populaire aux personnes qui venaient de prendre le pouvoir quelques mois auparavant alors que la guerre durait encore.

Les élections du maire et de ses adjoints se déroulèrent sans surprise quelques jours plus tard. Au premier tour, Charles Cochet obtint 30 voix sur 31 votants, un bulletin étant blanc. Les adjoints, Romain Bardin, René Ménard et Charles Mayault seront élus avec la même unanimité.


Charles Cochet remerciera les Berruyers pour avoir soutenu la liste "républicaine, démocratique et antifasciste".

8 MAI 1945 : LA VICTOIRE

C'est le jeudi 10 mai, à 15 heures que le Général de Gaulle annonce à la radio, la capitulation sans condition de l'Allemagne. Dès que le discours se termine, dans toute la ville de Bourges, les sirènes, les cloches et les canons se feront entendre. Aussitôt, des tracts furent distribués par les personnels de la défense passive. Les rues sont pavoisées, avec des drapeaux et banderoles.
Des monômes d'étudiants se formèrent et la foule se dirigea vers l'Hôtel de Ville, et sur l'air des lampions, les berruyers réclamèrent "Cochet au balcon". Ce dernier fit un "éloquent discours" :
"Citoyens, notre victoire sur l'ennemi doit être suivie d'une victoire sur nous-même. Restons fermement unis derrière le Général de Gaulle".

Sur la Cathédrale, un immense drapeau tricolore de 6 mètres par 8 fut déployé. Un arbre de le Victoire est alors planté place de la Préfecture, à côté de la fontaine Bourdaloue? Il était porté par deux jeunes gens, et au pied de ce cèdre, de la terre des martyrs fut jetée, elle avait été apportée par une délégation du comité du souvenir, alors que mademoiselle Adèle Arnoux, habillée comme la France déposait un bouquet de fleurs.
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A 21 h 45, dans tous les quartiers de la ville, des fanfares défilèrent et rejoignirent la place Séraucourt, sur laquelle Gustave Sarrien, Préfet du Cher fit un discours, avant de donner la parole à Marcel Plaisant, Président du C.D.L., Comité Départemental de Libération qui s'exprima ainsi :

"...... Une pensée de gratitude s'élève vers les grands artisans, le général Eisenhower, qui a commandé et conduit, en moins d'un an les armées alliées jusqu'à Berlin.
Vers le maréchal Staline, qui imposa des revers aux armées allemandes sur un front de 2000 kilomètres, jusqu'au jour où l'armée rouge fit flotter le drapeau des peuples libres sur le Reich. Vers les maréchaux Montgomery et Alexander....."


Et il termina son discours par ces grandes phrases de rhétorique, bien dans l'air du temps :

"Si le fascisme et le nazisme sont écrasés, c'est donc bien grâce au concours du peuple français, soulevé comme une lame de fond, qui s'élance de l'abîme de l'océan jusqu'aux plus lointains rivages".

A la nuit venue, la journée se termina par un feu d'artifice, suivi de bals populaires. Après la Libération de Bourges en septembre 44, cette journée était la première de la Victoire, après plus de 4 ans de misères morales et physiques.

L'annonce de la Victoire permit aux autorités du pays d'envisager de donner au pays des structures politiques durables, c'est à dire une Constitution. Les élections à l'Assemblée Constituante se déroulèrent le dimanche 21 octobre 1945. Il y eut 2500 candidats pour 522 représentants. Dans le Cher, 5 listes sont en présence et il y a eu 188 000 votants.
Les résultats sont édifiants. Sur les 4 représentants du département, il y a 2 communistes, Henri Lozeray et Marcel Cherrier, un élu pour le M.R.P., il s'agit de Daniel Boisdon et un élu pour les socialistes de la S.F.I.O., Lucien Coffin.

Les socialistes sont déçus, ils sont très loin des communistes, 54 887 pour ces derniers contre seulement 31897 pour la S.F.I.O. En fait le grand vainqueur se trouve être le mouvement du M.R.P. qui fait 39890 voix.
Ainsi, les communistes se présentent comme le premier parti du département du Cher, loin devant les socialistes et radicaux. Ces deniers reçoivent les résultats comme un camouflet : Marcel Plaisanr se sentant désavoué démissionne de la Présidence du C.D.L.

Ce même jour d'élection des représentants à la Constituante, un référendum avec deux questions est proposé aux français : le Cher vote OUI pour les deux questions.

 

Ce mois de novembre 1946, la politique bat son plein en France et à Bourges. Les élections se succèdent. L'année avait commencée avec la démission du Général de Gaulle le 20 janvier, quelques jours avant la charte du tripartisme.
La constitution préparée par le M.R.P., la S.F.I.O. et le P.C.F. est repoussée par les français lors d'un référendum le 5 mai. Le 2 juin les élections à la seconde assemblée Constituante se déroulent, et le Cher envoie à la Chambre, deux communistes, Lozeray et Cherrier, un socialiste Coffin, et un M.R.P.Boisdon. Le parti communiste est le premier parti de France.
La Constitution de la IVe République est acceptée par référendum le 13 octobre, plus par lassitude que par conviction et un mois suivant, le 10 novembre 1946 se déroulent les premières élections législatives de la IVe République.
Au plan national, c'est un peu le renforcement des extrêmes, et le P.C.F. reste le premier parti de France, il envoie 165 députés à la chambre, contre 161 pour le M.R.P., les socialistes n'ont que 90 représentants et les gaullistes 82, le rassemblement des gauches obtient 46 sièges.
Dans le Cher, cette élection ne change rien à la représentation précédente, les 4 sortants de la Constituante retrouvent leurs sièges à la nouvelle Assemblée. Le M.R.P. a perdu pourtant beaucoup de voix, au profit des gaullistes.

CHANGEMENT DE CAP AUX MUNICIPALES DE 1947

De mai 1945 à octobre 1947, c'est à dire pendant deux ans et demi, la Ville de Bourges sera gérée dans l'esprit de la Résistance et de la Libération. Toutes les sensibilités, des communistes aux gaullistes et passant par les radicaux, les socialistes et les chrétiens du M.R.P., étaient représentés et travaillaient en bonne intelligence. Les accrochages étaient peu nombreux, et la résolution des problèmes passait avant les tactiques politiques.

Charles Cochet, par son prestige était un maire incontesté. Lui, l'opposant à Laudier dans l'entre-deux-guerres, le conseiller municipal reçus par Pétain avait tenu les reines de la Mairie dans une situation difficile.
En homme sage, et compte tenu de son âge, il ne sollicitera pas de nouveau mandat. C'est un cas rarissime à Bourges, il se retire de la vie politique, sa mission étant accompli, il va "rentrer dans la vie calme d'un administré qui comprend que pour lui l'heure a sonné de passer la barre à d'autres mains".
Cochet rappelle qu'il a été dans l'enseignement pendant 42 ans, et 18 ans comme Adjoint au maire avant de devenir député et maire de Bourges.
Il dira à ses collègues avant de quitter ce fauteuil si convoité :

"Nous terminons notre mandat, et cela ma fait énormément plaisir, dans un accord complet, dans une atmosphère d'amitié sincère, et c'est pour moi une réelle satisfaction que j'apprécie, ensemble, nous pouvons dire que nous avons bien servi les intérêts de la Cité".

L'union qui était perçue, de manière sincère, comme une véritable camaraderie pour reprendre les termes d'un conseiller communiste, va s'interrompre, les problèmes internationaux prenant le pas sur les aspects locaux.

Le 2 mai 1947, c'est la fin d'une idylle, le gouvernement Ramadier se sépare de ses Ministres communistes. C'est une longue histoire qui prend fin, par la double injonction de l'américain Truman qui demande aux gouvernements européens d'exclure les communistes de leur gouvernement, et par le comportement des députés communistes qui s'abstiennent dans le vote des crédits pour l'Indochine, ou s'opposent à la politique des prix de Ramadier.

La guerre froide commence et les élections municipales de Bourges vont montrer de manière précise cette rupture.

Aux Municipales, prévues le 19 octobre 1947, 5 listes sont en présence, comme dans les années 30. S'opposent :
- la liste d'Union Républicaine et Résistante pour le Parti Communiste, elle est emmenée par Henri Perrier, Marcel Cherrier et Romain Bardin.
- La liste Socialiste de la S.F.I.O., avec Albert Buisson, Charles Mayault et le docteur louis Delamarre
- la liste des radicaux-socialistes emmenée par René Ménard, Gustave Sarrien et Marcel Soubret.

Ces trois listes sont représentatives de la gauche traditionnelle, celle du Front Populaire. Elles sont opposées à deux listes dites de droite :

- la liste de défense des intérêts municipaux présentée par le M.R.P., avec Henri Chaulier, Jeanne Lebrun et René Bobo.
- la liste du Rassemblement du Peuple Français, le parti de de Gaulle avec Louis Roy, Henri Sallé et André Cothenet.

Les résultats donneront, après le dépouillement, et les calculs sur le nombre de siège au quotient, puis à la plus forte moyenne, les résultats suivants : 13 sièges au R.P.F., 11 sièges au P.C., puis 4 à la SFIO, 3 au M.R.P. et enfin 2 aux radicaux.

Il y avait donc sensiblement une égalité entre gaullistes et communistes, mais dans le clivage gauche - droite, les amis de Marcel Cherrier, avec l'aide de la SFIO et des radicaux devait l'emporter, avec une voix d'avance.
C'était sans compter avec les arrières pensées des uns et des autres.
Au premier tour de scrutin, le communiste Perrier arrive en tête avec 15 voix, il a visiblement fait "le plein" des voix du P.C. et de la S.F.I.O., alors que le gaulliste Galande a les 13 voix de son groupe, le radical Sarrien obtenant les suffrages des radicaux et du MRP.
Il y a déjà, à ce niveau une alliance que certains qualifient "contre nature".

Nouvelle suspension de séance et c'est l'affrontement. Marcel Cherrier, pour la liste communiste parle des "factieux du R.P.F., et de la volonté des Berruyers de faire barrage aux tentatives qui visent à faire de la mairie une base d'opérations contre le peuple, et qui conduirait le pays au pouvoir personnel, c'est à dire au désordre, à l'aventure et à la guerre".

Le député du Cher rappelle que des accords entre communistes et socialistes avaient été conclus le lundi précédent, le parti radical avait été saisi des propositions communes le lendemain matin.
Mais en parallèle, des tractations entre socialistes et gaullistes se poursuivaient, et les radicaux agissaient de même. Alors, dans un dernier sursaut, Cherrier adjurait les socialistes et radicaux de se ressaisir, et de bloquer leurs voix sur Henri Perrier. Il débordait sur la politique nationale : "Après avoir évincé les communistes du gouvernement, on veut maintenant battre les communistes désignés par le suffrage universel et, au besoin, partager avec les factieux du R.P.F. les directions municipales".

L'utilisation du terme de factieux sera reprise sous forme d'une ferme protestation de M. They, qui fut un ancien combattant des Forces Française Libres. Le troisième tour de scrutin allait commencer, et à la surprise générale, c'est Henri Sallé, second de la liste R.P.F. qui est élu maire de Bourges avec 16 voix contre 15 au communiste Henri Perrier, il y aura 2 bulletins blancs.
On peut penser que les radicaux se sont abstenus, et à partir de ce moment, le vieux clivage droite-gauche est réapparu, et l'alliance R.P.F. plus M.R.P. l'a emportée.

Les communistes, dépités, quitteront la salle des séances.

HENRI SALLE ET COTHENET, L'ORIGINAL

Henri Sallé avait été élu maire le 6 novembre 1947, un peu contre toute attente, et une longue carrière politique l'attendait.
Quelques mois après sa nomination, sa santé se détériore, de manière sensible et rapide. Au début du mois d'avril 1948, il préside une dernière fois la commission des finances et quoique souffrant, il assiste aux obsèques d'un membre de sa famille "souffrant du même mal que lui". A partir du 15 avril Henri Sallé doit garder la chambre, et il meurt le jeudi 20 mai, après une longue agonie. Il était âgé de 55 ans.

Henri-Edgard Sallé était né à Poitiers le 28 septembre 1893.Son père exerçait la profession de négociant en cuirs, c'était une personnalité attachante, marié à une Berrichonne de Déols, Mlle Léontine Rochoux dont il eut trois enfants, Henri était l'aîné. Ce père sera Conseiller Municipal de Poitiers, puis Juge au Tribunal de Commerce.
Dans cette ambiance studieuse et bourgeoise, le jeune Henri grandit, et se montre digne de son père qui voit en lui le successeur tout désigné. Après un baccalauréat et une licence de droit, il accomplit son service militaire. Mais c'est en 1913........ et il ne reviendra chez les siens qu'en 1918 après avoir été blessé.
L'année suivante, il se marie, comme son père, avec une Berrichonne de Saint-Gaultier, Mlle Gabrielle Bonargent qui lui donnera trois enfants.
Comme prévu, il prend la succession de la maison de son père, mais il est davantage attiré par une profession de juriste, domaine qu'il a beaucoup perfectionné pendant la Grande Guerre, comme cadre dans l'intendance.
Le tournant de sa vie se situe en 1935. Il vient à Bourges et ouvre un cabinet d'expert-comptable, qu'il développe et gère sans difficulté. Il habitait boulevard de Strasbourg.
La guerre l'envoie à Orléans comme Chef du service des cuirs de la 5e Région, et il conserve cette fonction dans plusieurs villes de la zone non occupée jusqu'à l'armistice avant d'entrer dans un réseau de résistance F.F.I., il participe à un maquis dans la Meuse.

Henri Sallé est démobilisé en juillet 1945, il n'a jusqu'alors jamais touché à la politique, mais il prend position pour le Général de Gaulle, et entre au Rassemblement du Peuple Français. Il est élu Conseiller Municipal le 19 octobre 1947 et huit jours plus tard, il occupe le fauteuil de Maire de Bourges !

Curieusement, il menait de front ses activités professionnelles et sa fonction de maire, il était d'après ses proches "prudent avisé, et respecté". Dans le discours qu'il fera, son premier adjoint, René Ménard dira de lui :
"Rigide dans ses principes, ferme dans ses décisions et cependant plein de bonté, il savait allier un large esprit de compréhension et de solides convictions".

La mort du premier magistrat de la cité ne fait pas la "une" des journaux. L'information, dans la Nouvelle République, ne figure qu'en page trois, le première page étant consacrée à Jérusalem, et à la politique des loyers en France.

La ville doit retrouver un nouveau maire. C'est le 10 juin 1948 que se déroule l'élection sous la présidence du doyen d'âge, M. Bailly.
La situation générale en France ne s'est pas améliorée, et chacun a l'impression de se retrouver comme en novembre dernier. C'est toujours un duel entre le R.P.F. et le P.C., les autres partis faisant office d'arbitres. Les Gaullistes sont emmenés par André Cothenet, alors qu'Henri Perrier est toujours le leader du groupe communiste."Ce soir nous connaîtrons le nouveau maire" titrent un journal local. Il analyse la situation, persuadé que les communistes voteront pour la personne qui enlèvera le poste de maire au R.P.F.Il apparaît que cette fois-ci la cause sera rapidement entendue, avec l'union que doivent réaliser le M.R.P., les radicaux, les socialistes et les communistes. Dans les couloirs, on parle alors de Buisson ou du docteur Delamarre pour le poste de maire, et le nom de Sarrien est murmuré.
Mais les passions politiques sont trop fortes, trop vivantes et la gauche majoritaire laissera le poste à la droite.
Cette fois encore, il faudra trois tours de scrutin et le P.C., ne voulant pas renouveler la défaite de la gauche précédente, accepte dans ce troisième tout de porter ses 11 voix sur le socialiste S.F.I.O. Albert Buisson. Pourtant les résultats ne seront pas conformes à la logique mathématique puisque Cothenet deviendra Maire avec 17 voix contre 16 à son concurrent socialiste.
Nul doute qu'il y avait une volonté des radicaux d'empêcher par tous les moyens des communistes d'accéder à la mairie de Bourges.

André Cothenet était né à Bourges le 28 octobre 1897, il habitait rue porte Jaune. Ancien élève du lycée, licencié en droit, c'est en 1923 qu'il ouvre une étude d'avoué. Il va conserver cette activité professionnelle pendant une cinquantaine d'années.Engagé volontaire le 17 juin 1915 alors qu'il n'est âgé que de 18 ans, il obtient le grade de sous-lieutenant dans l'artillerie en 1918. Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, Cothenet fut mobilisé comme capitaine au 105e Régiment d'Artillerie, c'est lui qui commanda la première colonne de ravitaillement à destination de la Belgique, comme le rappelle Jean-Yves Ribault dans la nécrologie consacrée au maire de Bourges. Lors de l'avancée des troupes allemandes, il fut fait prisonnier le 20 juin 1940 et ne fut rapatrié qu'en 1941, comme père de famille nombreuse. De retour en Berry, il s'engagea dans la Résistance et devint officier-adjoint de Pontoizeau, chef militaire départemental du mouvement Libération Nord.

Dans son premier discours, le 11 juin 1948, il parle essentiellement des travaux de construction, il envisage l'usine d'incinération, puis il pense qu'il faudrait terminer l'Hôtel Dieu et la Salle des Fêtes. Sur un autre plan, le logement sera sa priorité :

" Il n'est pas question d'envisager un emprunt, nous opérerons avec les moyens du bord et terminerons le travail commencé".

LES CONSTRUCTIONS DE L'APRES GUERRE

Au début de 1948, la ville de Bourges qui comprend 53 513 habitants, selon les chiffres du recensement de 1946 possède 16 147 logements. Ce qui est plus grave, hormis le nombre, c'est l'état de vétusté. Si 2495 de ces logements ont plus de 95 ans, sur l'ensemble des immeubles, seuls 4%, signale un journal local possèdent une salle de bain.


1950, la guerre froide commence, c'est la confrontation dans plusieurs pays du monde entre l'U.R.S.S. et les U.S.A.. En Europe, le rideau de fer s'est abattu au milieu d'une ligne fictive, et les armes se déploient en Corée et au Viêt-nam. Le Président des Etats-Unis annonce la mise en construction d'une nouvelle bombe, dite à hydrogène, ce qui ne rassure guère les populations.
En France, c'est la bégum, épouse de l'Aga Khan, qui fait l'actualité, on lui a volé à Marseille pour 500 millions de francs de bijoux.... les journaux ont trouvé leurs titres.

DE GAULLE ET BOURGES, LE TEMPS DES POLEMIQUES

En ce début des années 1950, le grand homme du pays reste le général de Gaulle. Pourtant les relations entre de Gaulle et la Ville de Bourges étaient alors très conflictuelles. En 1949, le général était venu dans le département, très exactement à Marmagne, mais il avait évité la capitale du Berry.

En fait, de Gaulle découvre Bourges le 21 février 1951, à quelques mois des élections législatives qui étaient prévues en fin d'année.

L'accueil fera l'objet d'une controverse comme les aime les Berruyers.....
Robert Chaton, au nom du groupe communiste, monte au créneau. Il regrette que la municipalité ait apporté son concours logistique à une manifestation politique. De Gaulle à Bourges, selon Monsieur Chaton, n'était pas venu à une manifestation d'Anciens Combattants comme certains l'ont laissé supposer, et il ajoute pour mieux démontrer son argumentation :"surtout lorsqu'il s'agit de demander la libération de Pétain".
De Gaulle, chef de parti, de l'avis des communistes, ne devait pas être aidé par les pouvoirs publics, et ils demandent que le Conseil Municipal désapprouve "le concours apporté par la municipalité"

Le maire, André Cothenet, va se fâcher. Il rappelle qu'à une époque, pas si lointaine, les deux mots, communistes et gaullistes avaient été synonymes, et puis il s'emporte contre une opposition qu'il voit grandir :

"Allez dire que le Général de Gaulle est un Français comme tout le monde, en s'exilant à Londres, il a donné un exemple de la grandeur de pensée qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.
Il a été reçu officiellement à Sancerre, et il y avait le Préfet en uniforme. Je refuse de le considérer comme un politicien, il a incarné l'âme de la France".

Mais cet avis n'est pas celui de l'ensemble des membres du Conseil Municipal et M. Bobo signale qu'il a écouté un discours de De Gaulle, et "pour une bonne moitié, il a été du plus pur style partisan".

Le vote sur la proposition communiste, qui exige "un blâme au Maire" comme le traduit André Cothenet, pour avoir en quelque sorte demandé à des employés municipaux de balayer la Halle pour la venue de De Gaulle, n'est pas acquis. Le scrutin donne l'égalité, avec 13 voix pour et 13 contre. La voix du maire est prépondérante, et la proposition de Robert Chaton est repoussée. Mais comme le docteur Roy a remis une procuration donnant pouvoir au maire, "avec lui, cela fait 14 voix et ce n'est pas moi qui vous départage" conclut le maire, qui se sort de justesse de cette affaire très berruyère. André Cothenet, un des premiers vrais gaullistes de Bourges, en 1940, s'apprête à vivre de grands moments.
Le maire fera diffuser dans la presse locale un communiqué invitant la population à venir assister au meeting de De Gaulle :

"C'est un honneur pour la Ville d'abriter quelques heures en ses murs, le Libérateur du territoire, celui qui a incarné pendant 4 ans d'épreuves l'âme indomptable de la France".

Le voyage du Général commencera à Sancerre le 21 février 1951 au matin, où une cérémonie religieuse se déroule à 10 h 30. C'est à midi et quart qu'il arrive à Bourges, par la route. Il est immédiatement reçu à l'Hôtel de Ville par André Cothenet qui prononce un discours d'accueil et de bienvenue. Les réponses de De Gaulle sont assez classiques, visiblement il garde les phrases qui entreront dans l'histoire pour le meeting de l'après-midi.
Beaucoup de monde assistera à cette manifestation de 15 heures à la Halle, ils seront entre 10 000 et 12 000, ce qui est considérable.

De Gaulle parlera de la guerre qui : "a commencé depuis 8 mois et qui se limite à présent aux lointains pays d'Asie, la guerre, ce fléau que les hommes de coeur n'ont pas perdu l'espoir de maîtriser. La perspective d'un conflit généralisé absorbe partout les soucis et les activités".
Et ce sont les formules qui marquent un auditoire, puisqu'il poursuit ainsi :

"Il en résulte un ébranlement économique, financier, et social, moral qui ouvre pour chaque nation, la série de ses épreuves. Oui, le destin du monde se joue !".
Mais de Gaulle n'est pas venu parler que de politique étrangère, même si c'est un domaine qu'il affectionne. Il sait que des élections ne sont pas loin, et il entre dans la politique du moment :
" En comparant notre pays à d'autres, on sent qu'une fois débarrassé du régime qui le paralyse, il pourrait, autant que quiconque, se tenir ferme et marcher droit.
.... Dans le camp de la liberté, deux obstacles sont à vaincre : l'éloignement américain et l'impuissance du régime français".

Et il termine son propos sous les ovations et les "Vive de Gaulle" ou encore les cris du genre "de Gaulle au pouvoir", avec ces mots très forts :

"Une France à la dérive risque de subir tour à tour la colonisation par ses alliés et l'invasion par ses ennemis..... Les partis et leur régime ont préféré s'accrocher, brûlant les cartes de la France".
Le meeting aura duré une heure, et se terminera aux accents de La Marseillaise que de Gaulle entamera seul, pour être rejoint au refrain par des milliers de voix berruyères.

RAYMOND BOISDE LE PARACHUTE


En juin 1951, se déroulent, les élections législatives. Bourges voit alors arriver un homme qui va compter dans les décennies à venir. Il s'agit de Raymond Boisdé. De 1951 à 1977, il sera, à des postes différents, le véritable patron de la ville et du département, c'est-à-dire pendant 26 ans !

Raymond Boisdé est un Vendéen, né le 15 août 1899, très exactement à Chantonnay.
Marié à Edmée Robineau, il aura un enfant, Geneviève (devenue Mme Roger-Henri Chipot).
Il obtiendra sa licence de droit, avant de choisir une école d'Ingénieurs. Il sortira en effet en 1921, Ingénieur de l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures, appelée communément "Centrale". Cette formation lui avait permis d'entrer comme Ingénieur-Conseil dans un cabinet de Défense des Brevets d'invention internationaux. Il travaillait avec un de ses camarade d'école, le "Berrichon" Max Hymans. Il occupera aussi les fonctions de chef d'atelier, puis de directeur d'une usine de filature.

Il s'oriente vers les études d'Organisation du Travail et du commerce. Il va allier toute sa vie, des préoccupations d'ordre politiques et techniques, s'intéressant particulièrement aux problèmes de la productivité.

Raymond Boisdé est venu à Bourges pour terminer une carrière politique déjà bien fournie. Il s'intéressait à la mairie. Il avait préparé sa venue en Berry, par une série de conférences, en particulier sur la fiscalité, il avait été parmi les membres fondateurs du "Comité directeur du centre national d'action et de liaison des classes moyennes".

Vinrent alors les élections législatives du 17 juin 1951. Elles avaient un mode de scrutin relativement complexe que le troisième cabinet Queuille avait fait voter : la loi électorale des "apparentements". La proportionnelle restait la règle, mais les listes qui "s'apparentaient" à l'avance se comportaient alors comme pour un scrutin majoritaire. En cas de majorité absolue, par exemple, ces listes auraient tous les sièges qu'elles se répartiraient ensuite de manière proportionnelle aux suffrages de chacune d'elle. Cette loi fut très controversée et relativement complexe dans sa compréhension.
La campagne fut âpre, dans le Cher, il n'y avait pas moins de 8 listes. Parmi ces listes, il restait les traditionnelles, comme le P.C.F., le M.R.P. ou la S.F.I.O., mais il apparaissait aussi une liste gaulliste appelée R.P.F. A côté, l'électeur avait le choix entre l'U.D.S.R., le R.G.R., les Indépendants et Paysans et même un parti des contribuables.

P.C.F. = Parti Communiste Français - M.R.P. = Mouvement Républicain Populaire - S.F.I.O. = Section Française de l'Internationale Ouvrière - R.P.F = Rassemblement du Peuple Français - U.D.S.R. = Union Démocratique et Sociale de la Résistance- R.G.R = Rassemblement des Gauches Républicaines

Deux faits sont à noter dans une campagne électorale qui ne faisait pas souvent la "une" des journaux locaux. Le premier, fut la présence le 13 juin 1951 d'André Malraux, venu soutenir l'homme qui avait pris la tête des gaullistes locaux : Raymond Boisdé.

A 21 heures, dans la grande salle Séraucourt, Malraux a attiré la grande foule. Il est présenté comme le Secrétaire Général à la Propagande et ancien ministre. Boisdé commence le meeting, présidé par le général Challe, assisté de madame Weil, conseillère municipale.
M. Boisdé commence en se situant, lui et son "parti", dans la vie politique. Il assure que le R.P.F. n'est pas un parti, qu'il n'est pas apparenté et qu'il a un programme original. En guise d'originalité, il déclare vouloir "assainir les finances, faire des économies, restaurer la santé de l'Etat" et enfin "il souhaite un apaisement social". Il développe l'ensemble de ces points, avant de conclure :

"Pour être respecté, notre pays doit être respectable, craint et fort".

Il passe alors la parole à André Malraux qui, dans le style inimitable qu'il conservera toujours, déclare :

"Il faut juger de Gaulle, non sur le plan des politiciens, mais sur celui de l'histoire. Le gaullisme n'est pas une garantie mais peut être une chance pour la France".

Les résultats vont surprendre la classe politique. C'est, sur le plan national, la victoire des extrêmes. Le R.P.F. d'un côté avec 4 millions de suffrages soit 22% est opposé au P.C. qui conserve ses positions avec près de 5 millions de votants.
Par contre, c'est la "dégringolade" pour le M.R.P. et le lent déclin pour la S.F.I.O. Ils sont tous les deux victimes de la percée gaulliste.
Mais le système des "apparentements", à la grande fureur des gaullistes et des communistes, va envoyer à la Chambre un nombre de députés très différent d'un vrai système proportionnel. Ainsi, P.C et R.P.F. avec 48% des voix ont 224 sièges, les 4 autres formations, dites de la troisième force, avec 52% des suffrages ont 383 sièges et.... la majorité.
Dans le Cher, Marcel Cherrier est élu, mais il est le seul pour le P.C. qui perd un siège, alors que son nombre de voix est sensiblement identique à celui obtenu aux élections précédentes de 1946. Ainsi, M. Lozeray, député sortant, ne se représentait pas et Mme Chevrin ne sera pas élue.

Les socialistes de la S.F.I.O., bien que perdant beaucoup de voix, puisqu'ils passent de 22 862 à 16 741, conservent un siège, celui de Coffin.
Le M.R.P. n'a plus de député, c'est la déconfiture, il avait obtenu 26 667 voix, il lui en reste 7598. Alors les deux sièges vont à deux "nouveaux" : le premier, Jacques Genton, il commence une carrière politique à haut niveau et est élu sur une liste R.G.R.. Le second, élu sur une liste R.P.F. est un "parachuté", il s'agit de Raymond Boisdé qui monte en flèche et se retrouve à l'Assemblée. Le R.P.F. qui avait en 1946, avec l'embryonnaire Union Gaulliste, obtenu 18 877 voix, en a cette fois 34 402. Il a presque doublé ses voix, et devient en France et dans le Cher, le second parti de France, après le Parti Communiste.

 


LES MUNICIPALES DE 1953

Les élections municipales se déroulent le 26 avril 1953, on compte 30 620 inscrits pour la ville de Bourges et 6 listes sont en présence, avec des appellations locales qu'il n'est pas simple de déchiffrer. Les résultats au soir de ce dimanche de printemps ne permettent pas de connaître l'équipe qui dirigera la municipalité à venir. Il n'y a pas de majorité nette et les alliances vont être nécessaires.

Les résultats de chacune des listes sont les suivants :
- la liste S.F.I.O.(Union Socialiste et Républicaine pour la rénovation de la Cité) obtient 3 élus, dont Albert Buisson et le docteur Delamarre.
- la liste de l'Union Progressiste (Union Républicaine, Laïque, Sociale) est formée de gens de gauche, certains diront très à gauche. Elle envoie deux élus à la mairie, dont Jacques Mitterrand, une des personnalités les plus fortes et les plus discrètes de la IVe République, au plan national.
- la liste du P.C.F. (Union Ouvrière et Démocratique pour la Défense des Intérêts Communaux dans la Paix et l'Indépendance Nationale), a le plus de conseillers élus, puisqu'ils sont 10 avec en tête Marcel Cherrier, Henri Perrier et Robert Chaton.
- la liste d'Union Berruyère n'est patronnée par aucun grand parti, mais André Cothenet, maire sortant et gaulliste, figure en tête de liste. Elle obtient 9 élus, dont Germaine Lebrun et René Bobo. Sera aussi élu Henri Thoulouze, un ancien qui figurait sur les listes de Laudier en 1935.

- la liste d'Entente Professionnelle, Industrielle et Commerciale, formée, comme son nom l'indique, d'un certain nombre de responsables professionnels berruyers. Elle n'aura que 2 élus, Marcel They et Maurice Girard. Il est assez rare que ces listes qui s'apparentent souvent à du Poujadisme fassent un score important.
- enfin, la liste d'Action Municipale pour la Défense de Bourges, emmenée par Jacques Genton, obtiendra 7 élus dont René Ménard et Louis Mallet arrivé en quatrième position.

C'est Louis Mallet, en tant que doyen d'âge, qui préside la séance de mise en place du maire et de ses adjoints. Sont en lice pour le poste de premier magistrat, Mrs Cherrier, Delamarre, Cothenet, They et Genton. Dès le départ, l'Union Progressiste de Jacques Mitterrand indique qu'elle votera pour le communiste Cherrier. Effectivement, Cherrier a 12 voix, Cothenet les 9 de sa liste tout comme Genton They et Delamarre qui sont soutenus par leurs amis respectifs.

Le coup de théâtre survient alors avec cette déclaration du maire sortant :

"le résultat des élections du 26 avril qui m'a placé en tête des 198 candidats conseillers municipaux m'autorisait à présenter ma candidature. L'exclusive dont j'ai été frappé par le parti radical et d'autres personnalités m'oblige à la retirer, bien que je n'ai aucunement conscience d'avoir démérité dans l'accomplissement de ma tâche de Maire de Bourges pendant les 5 années passées. J'invite donc mes colistiers à voter pour M. Louis Mallet."
Le vote qui suivra sera sans surprise, monsieur Mallet aura 17 voix, c'est-à-dire celles de sa liste emmenée par Genton, plus les voix des 2 autres listes de droite, à une exception près, on peut penser que le bulletin blanc est celui de Cothenet..... Et Louis Mallet devient Maire de Bourges. Il fait aussitôt la déclaration suivante :

"Je suis le premier surpris de cette élection que rien ne m'avait fait prévoir. Je vous remercie de m'avoir accordé ce témoignage de confiance. C'est une charge très lourde qui m'échoit; j'essaierai, avec votre concours à tous, sans distinction, de m'en montrer digne".

Il devient plus politique en revenant sur ces élections et cette folle nuit :

"Je regrette que les socialistes aient décliné l'offre de M. Genton. Devant l'impossibilité de rallier la majorité sur le maire sortant, les deux groupes m'ont désigné. Mon premier souci sera l'urbanisme et le logement".

Louis Mallet était né 7 avril 1885, il était négociant en matériaux à Dun-sur-Auron, et c'est en 1919 qu'il vint à Bourges où il s'établit quai du bassin, puis route de Marmagne. Associé à François, son père, et à sa soeur, Mme Bourneau, il montre dans sa gérance "de grandes qualités". Il fera la guerre de 14/18.

Quant à André Cothenet, il restera conseiller municipal de Bourges et surtout conseiller général du département du Cher, dans lequel il aura une grande influence. L'ancien maire, père de 5 enfants, dont l'un devint l'abbé Edouard Cothenet, collaborait chaque semaine à la "Vie Catholique du Berry".

BOISDE MINISTRE

Raymond Boisdé avait été envoyé dans le Cher par le Général de Gaulle au titre du mouvement R.P.F. Mais le système de la IVe République, avec la prédominance des "partis" politiques n'entrait pas dans la stratégie du Général.

De Gaulle, qui dirigeait le second parti de France, ne voulait pas intervenir avec ses députés. Des tensions se produirent alors dans le mouvement gaulliste, d'autant plus que les élections municipales d'avril 53 avaient marqué un recul du R.P.F., d'où la demande "pressante " de certains de ses partisans de "reconsidérer les moyens de parvenir au pouvoir", ce pouvoir étant par ailleurs revendiqué par Jacques Soustelle.
Lorsque se déroule le congrès du R.P.F. à Saint-Maur, la contestation est à son comble et 35 députés s'opposèrent ouvertement au Général, lequel voulait laisser son mouvement en dehors du gouvernement. Cette révolte aboutit très vite à la constitution d'un groupe, le 12 juillet 1952, qui prit le nom de l'A.R.S., Action Républicaine et Sociale, avec comme leaders, comme me le rappelait Jacques Chouard :

 

LES 3 B

Général BILLOTTE
Edmond BARACHIN
Raymond BOISDE

 

Lorsque pour régler la crise politique en France, le Président de la République Monsieur Vincent Auriol nomme Antoine Pinay à la présidence du Conseil, plusieurs ministres sont issus de l'A.R.S..Ces gaullistes dissidents entrent, contre le gré du général, dans le gouvernement, lequel trouva une majorité.

De Gaulle quittera le R.P.F. pour une longue traversée du désert, il ne retrouvera le pouvoir que 5 ans plus tard en 1958. Lors de ses adieux, le 6 mai 1953, il déclarera :

" Au Parlement, le Rassemblement ne saurait non plus prendre part à une série de combinaisons, marchandages, votes de confiance, investitures qui sont les jeux, les poisons et les délices du système".

Il visait alors les parlementaires issus de son mouvement et qu'il désavouait. Ces derniers, le 26 mai 1953, transforment le R.P.F. en l'Union des Républicains d'Action Sociale et s'intègrent au régime en apportant leurs suffrages à Joseph Laniel.

Mais la stabilité des gouvernements de la IVe République n'est pas une de ses vertus, aussi le gouvernement d'Antoine Pinay sombre-t-il par le M.R.P. sur un problème de revalorisation des allocations familiales. Après une nouvelle crise ministérielle, le Président Auriol nomma monsieur Joseph Laniel à la présidence du Conseil, lequel obtint son investiture le 28 juin 1953.

C'est à cette époque que les Berrichons découvrent avec surprise et fierté que le député, qu'ils avaient élu deux ans auparavant vient d'être nommé ministre. Le 3 juillet 1953, alors que le typique Joseph Laniel forme son gouvernement, lequel comprend Edgar Faure et François Mitterrand, la liste des 16 secrétaires d'Etat est publiée et, entre les noms de Jules Ramarony à la Marine Marchande, et Philippe Olmi à l'Agriculture, apparaît celui de Raymond Boisdé Secrétaire d'Etat au Commerce.
Auparavant, seul Lucien Coffin, député du Cher avait occupé un poste ministériel.
Dans la présentation, monsieur Boisdé figure en photo en première page du Berry Républicain, accompagnant un texte décrivant ainsi ce nouveau ministre:

"Président de nombreux organismes industriels et commerciaux, Président et délégué Régional à Bourges du mouvement des contribuables, il est membre du Comité Directeur du Conseil National du Patronat Français et secrétaire général du bureau parlementaire du Comité de l'Artisanat".

Le portrait se poursuit avec la guerre de 1914-18, puis celle de 1940 au cours de laquelle M. Boisdé a été lieutenant. En outre, il est membre de la commission des finances à l'Assemblée Nationale.

La première déclaration de M. Boisdé est faite trois jours plus tard, devant le Congrès départemental du Mouvement de Défense de l'Epargne à la Chambre de Commerce, il se dit un "vieux militant du mouvement" et place dans ses priorités le problème fiscal. Il ajoute, devant le maire Louis Mallet, le préfet Vivant et le sénateur Charles Durant :

"Le relèvement économique de la Nation exige le concours de l'épargne, mais il faut un certain nombre de conditions. Et la réalisation de ces conditions devra être une des tâches du Gouvernement".

Pendant cette période d'une année, Raymond Boisdé va tenir un rôle important dans les fédérations textiles d'où il fut, à plusieurs reprises, désigné comme médiateur dans des conflits sociaux. Il connaissait parfaitement les problèmes liés au commerce et à l'artisanat. Jacques Chouard affirme que pendant cette période, il rédigea de sa main environ 300 textes et règlements de toute sorte.
Il faut rappeler que Raymond Boisdé avait été un des rédacteurs, pour le compte du R.P.F., d'une partie des textes sur l'Association Capital-Travail, doctrine chère au Général de Gaulle. Par la suite, il sera un ardent défenseur du projet "Schueller" sur l'impôt sur l'énergie.

LES ANNEES CHARNIERES, LA FIN D'UNE REPUBLIQUE

Les années 1956 à 1958 vont être décisives sur l'avenir de la France. L'épisode du gouvernement de Pierre Mendès-France, qui a conclu la fin de la guerre d'Indochine, est un lointain souvenir.
La France vote dans les tous premiers jours de 1956. Ce fut à la fois une surprise et une déception. Les communistes retrouvent leurs électeurs avec 26% des suffrages, le M.R.P. continue à baisser, alors que les gaullistes s'effondrent de manière spectaculaire, ils ont moins de 5% des suffrages. Mais le phénomène curieux, c'est l'arrivée de Pierre Poujade qui envoie 51 députés à la Chambre. Les radicaux et les socialistes résistent bien ce qui leur permet de constituer le Front Républicain, avec la neutralité du M.R.P.

Dans le Cher, pas moins de 10 listes sont en présence, et le lundi 2 janvier, comme tous les Français, les Berruyers s'en vont massivement voter pour élire leurs 4 députés.

Le choix se fait entre :
- les communistes : Marcel Cherrier, René Mariat, Mme Léa Peronnet, Léo Mérigot
- les socialistes S.F.I.O. emmenés par René Henry, avec Robert Cocu, Edmond Ratillon et Georges de Vandègre.
- l'U.D.S.R. de Georges Lelarge, avec André Boulay, André Gaté et Edmond Gonnet.
- les radicaux-socialistes qui font une liste avec le R.G.R. de Jacques Genton député sortant. Dans cette liste figurent Charles Lefèvre, Gaston Portugale et Roland Degré.
- le M.R.P. comprend Claude Thoral, René Bobo et René Minault.
- les Républicains Sociaux avec Maurice They et Maurice Cherrier
- les Indépendants comprenant Raymond Boisdé, député sortant, il est entouré de Georges Mauguin, René Malleret et André Cothenet.
- enfin trois listes apparentées, comprenant l'U.D.C.A pour le milieu agricole, commerçants et consommateurs. Il y a en particulier M. Lainé, il représente le mouvement poujadiste.

Les résultats vont tarder à venir, entre les calculs arithmétiques et la nouvelle loi des apparentements, rien n'est simple. Si les communistes ont rapidement le nom de leur premier député, Marcel Cherrier, les Indépendants emmenés par Raymond Boisdé obtiennent très vite un élu.
Pour les deux autres sièges, la lutte est rude, les socialistes, avec René Henry perdent de justesse le siège de Lucien Coffin, par la faiblesse de l'U.D.S.R. à laquelle la S.F.I.O. était apparentée, et pour la même raison, Jacques Genton perd son siège. Ce dernier n'ayant pas fait "le plein" des voix dans les campagnes.

Les deux autres députés sont donc un communiste, René Mariat, et un poujadiste, M. Lainé. Le P.C.F. gagne 5 000 voix et emporte deux sièges, c'est le parti vainqueur des élections dans le Cher. Le poujadisme, comme partout en France tire son épingle du jeu. Les vaincus sont du côté des socialistes, René Henry aurait dû passer.
René Mariat se retrouve député, il est né à Lunery en 1911. Avant guerre, en octobre 1939, il fut révoqué par Daladier. Mobilisé, il est bientôt fait prisonnier en Allemagne, il n'en revient qu'en mai 1945. Pendant cette triste période, sa famille prend une part active à la Résistance, en particulier son frère et sa mère.
Depuis 1948, monsieur Mariat a une activité publique intense à Lunery, village dont il devient maire.

En 1956, alors que la France vote, elle doit faire face à une recrudescence de la guerre d'Algérie. Depuis deux ans, une insurrection s'est déclenchée.Les nationalistes algériens veulent plus d'autonomie, et certains réclament l'indépendance. Mais l'Algérie comprend une très forte colonie de Français, qui possède la majorité de l'économie. Ce qui ne seront que des événements deviendront vite une guérilla puis une guerre cruellement ressentie en France.

C'est alors que la crise du canal de Suez compromet l'autorité de l'Etat et du président du Conseil : Guy Mollet, patron des socialistes S.F.I.O.

L'économie se fortifie à moyen terme. Le traité de Rome institue le 25 mars 1957 la Communauté Economique Européenne, c'est-à-dire le Marché Commun, le malaise économique à court terme n'est pas encore résolu.

Le 13 mai 1958, alors que l'Assemblée Nationale se cherche un chef de gouvernement, les événements d'Alger vont décider à leur place. Un processus révolutionnaire commence dans les grandes villes d'Algérie. Et bientôt, le Général en Chef
des Armées en Algérie, Salan, à l'initiative de représentants des gaullistes, bien implantés, changera en quelques jours le cours de l'Histoire.

A Bourges, le Berry Républicain des 14 et 15 mai 1958 fait sa première page avec ces titres :

Un comité de salut public civil et militaire à Alger sous la présidence du général Massu qui invoque "la nécessité de maintenir l'ordre et d'éviter toute effusion de sang"

Alors que plus loin, se trouve cet ordre du général au président de la république René Coty :

"Nous exigeons la création à Paris d'un gouvernement de salut public".

A ce même moment, Monsieur Pflimlin reçoit l'investiture de l'Assemblée nationale par 274 voix contre 129 et 136 abstentions. Les journaux locaux suivent la politique nationale, avec une large part consacrée à la vie quotidienne locale. C'est ainsi qu'en football les sélections du Cher et de la Nièvre s'affrontent, le Cher est battu, malgré la présence de Taïana, Gonzalès dans les buts et Baboin au centre, le score est sans appel : 5 à 1, c'était sur le terrain de Châteauneuf-sur-Cher.

Le cinéma Rex propose "le Pont sur la rivière Kwaï", alors qu'un gala de catch oppose au Parc Saint-Paul, des femmes qui, titre le journal, "se sont mordues la fesse sous les applaudissements de la foule" et le journaliste de s'interroger : "chiqué ou réalité ? en tout cas, le spectacle était dans la salle, avec des jeunes gens enfoulardés, aux cheveux longs tombant bas sur la nuque".

Le lendemain, apparaît pour la première fois, le nom du général de Gaulle omniprésent dans la crise de régime. C'est le célèbre "Vive de Gaulle" lancé par Salan, du haut du balcon d'Alger, tout en poursuivant par un :

"nous continuons la guerre et nous la gagnerons".

Toute l'ambiguïté du retour du général de Gaulle "aux affaires" est contenue dans ces quelques phrases. L'homme du 18 juin est appelé par l'armée pour vaincre la rébellion en Algérie du F.L.N., Front de Libération National, et de Gaulle, pragmatique, donnera 4 ans plus tard l'indépendance à ses ennemis.

Les Berrichons ne semblent pas inquiets outre mesure. Ce n'est que le 20 mai que Monsieur Millet, pour la Ligue des Droits de l'Homme, "s'élève contre toute dictature", et le communiqué se poursuit en rappelant "l'attachement de chacun aux institutions de la République, afin de faire échec aux factieux".
Le grand mot est lâché, les partis de gauche, très hostiles à de Gaulle, vont réclamer l'union de toutes les forces de gauche pour "sauver la République". De toute part, on parle du "complot des factieux d'Alger". Le 27 mai, l'ensemble des organisations républicaines du Cher font paraître un communiqué écrit sous l'impulsion de la Ligue des Droits de l'Homme rassemblant, la C.G.T., F.E.N., C.F.T.C., P.C.F., la S.F.I.O., et l'U.P., qui était un parti de gauche dont les initiales signifiaient Union Progressiste avec comme leader monsieur Jacques Mitterrand. Ce document commente les événements récents :

"La prise de la préfecture d'Ajaccio par les commandos parachutistes en liaison avec les factieux d'Alger et se couvrant du nom de De Gaulle démontre que le complot contre la République s'aggrave et s'étend. Des événements semblables pourraient se produire à Bourges, Républicains et Travailleurs, tenez-vous en état d'alerte".

Un grand meeting est organisé par l'ensemble des forces et partis de gauche du département du Cher, le 28 mai, à 18 h 30, avec près de 2000 personnes. Sont présents, M. Millet pour la Ligue des Droits de l'Homme, Pierre Chauveau qui représente le S.N.I., Jean Andros pour la C.G.T., Paul Potier avec la F.E.N., René Cherrier représente le P.C.F., René Henry la S.F.I.O., René Brunet l'Union Progressiste, et M. Rojat le C.D.R.. Ils se réunissent devant le monument de la Résistance avant de porter à la Préfecture une motion comprenant ces mots :

"la dictature conduirait la France au désordre, à la guerre civile et à la ruine".

Il faut remarquer que si certains manifestent à Bourges contre les factieux d'Alger et le retour au pouvoir de De Gaulle, il y a un double jeu, en particulier à la S.F.I.O., les socialistes locaux manifestent avec René Henry pendant qu'à Paris, Guy Mollet négocie avec de Gaulle les conditions pratiques de son retour.....
Dans un autre registre, alors que Bourges avait été dirigée par des hommes du parti de De Gaulle, comme André Cothenet, pendant toute cette période, aucune voix à Bourges ne se fait entendre pour demander le retour au pouvoir du général. La lecture de la presse locale semble montrer qu'il n'y a plus de "gaullistes berruyers".
Manifestations à Bourges et en province, mais négociations à Paris.....Et c'est ainsi que de Gaulle reviendra au pouvoir, mettant de côté les rieurs par un célèbre :
"Croit-on qu'à 67 ans je vais commencer une carrière de dictateur ?"

Le 30 mai 1958, de Gaulle accepte de former un gouvernement, alors que des enseignants se mettent en grève et que d'autres, ou les mêmes, organisent la grande fête de l'Ecole laïque, avec du sport, des ballets et des chants folkloriques. Seule concession à la gravité des événements, il n'y aura pas de défilé en ville. Ils sont 2400 élèves de Bourges à participer à cette grande fête.
Dans les grandes questions de Bourges, à l'aube de l'avènement de la Ve République, le problème de la place de l'Université est à nouveau posé. On construit un nouveau Collège Moderne et Technique, alors que l'acquisition de terrains aux Gibjoncs se poursuit pour la construction d'un lycée de garçons.

 


1959, l'année précédente, si riche en événements, s'était terminée sur l'élection par plus de 80 000 grands électeurs, du général de Gaulle, à la fonction de Président de la République, cinquième du nom.
Le 8 janvier 1959, De Gaulle s'installe à l'Elysée, au moment où le monde a les yeux tournés vers Cuba, pays dans lequel Fidel Castro le rebelle devient le maître.
Dans deux domaines forts différents, alors que le "Hula-hoop" se répand comme une traînée de poudre, signalons une affaire de "ballets roses" dans laquelle sont compromis des personnages politiques, et Jean XXIII qui annonce la convocation d'un concile oecuménique.
A Bourges, ce sont les dossiers sur la construction qui occupent souvent les pages locales des journaux. Ainsi, 5 écoles vont sortir de terre, avec 67 classes, des logements et des annexes, le tout pour la somme de 600 millions de francs.


BOISDE ELU MAIRE DE BOURGES

Les premières mesures prises par le nouveau gouvernement ne font pas l'unanimité. Le 23 février 1959, les Anciens Combattants manifestent et sont dans les rues des grandes villes françaises. A Bourges, ils sont des milliers à défiler pour protester contre la suppression de leur retraite. Le mot d'ordre, lancé par Monsieur Berthet, est alors :

"La première ligne, nous l'avons connue".

Robert Chaton, au nom du groupe municipal communiste demande dans une motion que soient rapportés :
- la suppression de la retraite des Anciens Combattants
- la suppression du salaire unique
- la hausse des loyers
- l'article 68 sur les signes extérieurs de richesse
- la réduction des prestations de sécurité sociale

C'est dans cette ambiance morose que se préparent les élections municipales prévues pour le mois de mars. Le maire sortant est Louis Mallet, il est âgé, et avait été élu, contre toute attente six ans plus tôt. La logique politique voulait qu'il se représente au suffrage, comme tous ses prédécesseurs depuis un siècle, à l'exception de Charles Cochet.

Le 24 février, le Maire informe ses concitoyens qu'il renonce à former sa liste, et il diffuse un communiqué dans lequel se retrouve une certaine amertume :

"Je constate avec regrets que certains collègues et personnalités ont, à la suite de décisions contraires, délibérément compromis le principe même de mon entreprise et empêché la poursuite de l'élaboration de cette liste".
Il poursuit sur le même ton qu'il ne lui est plus possible de se représenter à la magistrature municipale, mais il laisse une porte de sortie en écrivant :

"Je reste néanmoins convaincu que la solution d'une large union dépolitisée était la seule à oeuvrer pour la cité".
Avant de céder la place, il rappelle son action dans le domaine de la construction, et de sa lutte contre la crise aiguë du logement. Il signale que c'est lui qui a mené à bien les opérations Avaricum et Chancellerie, "qui étaient à mon arrivée reléguées dans les hypothèses et les espérances".
Il donne alors des chiffres :

La campagne électorale est terne, on peut même dire qu'il n'y a pas de campagne ! les journaux locaux ne signalent aucune confrontation d'envergure, et les réunions publiques sont rares. Il apparaît qu'un affrontement entre la gauche communiste et la liste constituée autour du député Raymond Boisdé soit inévitable.
Jacques Chouard, qui était encore le collaborateur du député du Cher dans les Fédérations textiles et de l'habillement, lui suggéra de devenir Maire de Bourges. Il semble que cette fonction ne le tentait pas et madame Boisdé pas plus, trouvant que son mari était déjà suffisamment occupé.
Alfred Depège confirme ces propos, la carrière de monsieur Boisdé se tissait dans les mailles de l'industrie de l'habillement. Jacques Chouard était d'ailleurs le secrétaire administratif de la Fédération de l'Habillement, et les mauvaises langues, lors des campagnes électorales, ne se privaient pas d'affirmer "que M. Boisdé était l'homme de Boussac", ce dernier représentant le capitalisme pur et dur de l'après-guerre. Pour Boisdé, devenir maire était une opportunité politique, il s'en aller la saisir.

M. Chouard m'affirmera :

" Je suis celui qui l'a convaincu, compte tenu que je lui répétais sans cesse que la population de Bourges le réélirait Député s'il était son Maire, et alors que le RPF présentait quelqu'un contre lui. J'ai gagné mon pari et ma suggestion se réalisa".

Une quinzaine de jours avant le scrutin, la presse annonce que Monsieur Boisdé s'est retiré à Paris avec une liste de 68 noms qui se sont déclarés disponibles, il va choisir les 35 candidats qu'il emmènera "au combat", sous le nom de "liste d'Union Municipale d'Action sociale pour Bourges Grande Ville". Avec M. Boisdé, se retrouvent des anciens, comme René Ménard ou André Cothenet.

Au premier tour de scrutin qui se déroule le 9 mars, outre la liste de Raymond Boisdé, il y a 4 autres listes en présence :
- celle de Marcel Cherrier pour le Parti Communiste.
- la liste du docteur Roy, dite d'Union pour l'expansion et le renouveau de Bourges, elle comprend aussi Mrs Chanoine et Maréchal.
- la S.F.I.O. emmenée par un autre docteur, Louis Delamarre, avec Buisson en second.
- enfin la liste de M. Gillet, appelée "liste d'Union des forces démocratiques", avec Mrs Albrard, Rémy et Buvril.

Les résultats du premier tour donnent les listes Boisdé et Cherrier au coude à coude, loin devant les autres postulants elles se retrouveront une semaine plus tard pour une bataille à deux.
Le docteur Delamarre a retiré sa liste sans donner de mot d'ordre.

Au second tour, la liste Boisdé avec 12 831 voix sur les 33 597 inscrits devance la liste "d'Union des Gauches" de 1500 voix en moyenne. Le système électoral majoritaire à deux tours permet à Raymond Boisdé d'obtenir pour sa liste, les 35 sièges du Conseil Municipal.

Tête de liste, le député du Cher est toutefois contesté dans son propre camp, son nom arrive dernier au nombre de suffrages, puisqu'il a 12 204 voix, contre 13 062 pour Alfred Depège qui décroche la première position. Comme pour Laudier dans l'entre-deux-guerres, les fortes personnalités sont assez souvent rayées..... par leurs électeurs.
Les lendemains d'élection sont difficiles. Pour la première fois depuis les années 30, il n'y a aucune dose de proportionnelle, selon les grands principes de la Ve République. Contrairement aux élections précédentes, c'est une liste homogène qui entre au Conseil Municipal. neuf Conseillers sortants de gauche ne sont pas réélus.

L'élection au poste de maire ne pose pas de problème majeur, sur les 35 votants, il y a 34 voix pour Raymond Boisdé et 1 bulletin blanc. Les 6 adjoints sont élus de la même façon, les quatre premiers adjoints exigés par la loi réglementaire sont Mrs Ménard, Lantier, Depège et Clémençon. Mais le nouveau maire propose deux nouveaux postes d'adjoints, et M. Rouzé est appelé "adjoint supplémentaire", alors que M. Pasdeloup se retrouve adjoint spécial d'Asnières.

On retiendra la présence de monsieur Rouzé, de l'ancienne "ligue des contribuables", un des hommes "clés" de la nouvelle équipe, et surtout celle d'Alfred Depège.
Alfred Depège est alors Président du syndicat des pharmaciens. Bien que né à Paris de parents creusois, il connaissait bien le Berry pour avoir été étudiant à Saint-Amand. Après des études concluantes de pharmacien, il était arrivé à Bourges en 1949, et avait pris conscience que le service des grossistes dans le domaine de la pharmacie était mal assuré. A la suite d'une crise au sein de cet organisme, très volontaire, monsieur Depège en était devenu le Président.
La politique, il la connaissait depuis 1944, année de son entrée au M.R.P., il sera toute sa vie un "centriste". Il devient jusqu'en 1977, le second personnage de la ville.

Dès son élection, Raymond Boisdé innove, il ajoute des adjoints, crée un "Conseil des Sages", avec la participation de l'ancien maire sortant.... et sorti. Son idée est d'appeler auprès de lui et des autres Conseillers Municipaux certaines personnalités d'un milieu très éclectique, allant du sport aux questions sociales, en passant par une multitude d'autres sujets. Ainsi, il veut gérer la ville de Bourges comme une entreprise industrielle, avec le même type d'organisation. Il nommera un adjoint supplémentaire chargé "des relations publiques", il aura en charge le tourisme, les manifestations commerciales, et les tâches de représentation, comme il y en a dans les "entreprises et les grandes administrations", c'est Pierre Rouzé qui détiendra ce poste. Raymond Boisdé s'organise. Il dira à l'issue de son élection en direction de ses 34 collègues :

"Dans ce Conseil, pas de hiérarchie, mais une équipe homogène, chacun recevra le rôle et les fonctions qui correspondront le mieux à ses capacités, à sa vocation. Il faut que nous nous acharnions à améliorer le bien-être de toute la population sans aucune distinction. Vous aurez à montrer en toute occasion que nous sommes présents".

Il termine ce premier discours, assez traditionnel, en donnant ses priorités en matière de gestion, il s'agit d'améliorer "les logements, la voirie, l'habitat, l'équipement de la ville". Et il annonce qu'un jour très prochain, Bourges aura à accueillir Monsieur le Président de la République.

DE GAULLE A BOURGES

La visite de De Gaulle à Bourges, le 7 mai 1959, un an après son retour au pouvoir, apparaît comme un des grands moments de la vie politique locale. C'est le pendant à la visite en 1938 du Président Lebrun.
La situation du pays est grave, le problème algérien, pour lequel De Gaulle a été "rappelé" au pouvoir, n'est pas résolu, et les relations entre Alger et Paris ne sont pas au beau fixe. Une ambiguïté commence à poindre sur les actions et négociations.

Boisdé est le tout nouveau maire de Bourges, il doit recevoir le général qui vient d'atterrir à Avord à 9 h 45 à bord d'un avion S.O. Bretagne. Comme il ne visitera pas l'usine Nord-Aviation, par manque de temps, une exposition de missiles a été organisée sur la base, et de Gaulle écoute avec beaucoup d'intérêt les explications du directeur de l'Etablissement berruyer, Raymond Puisségur, ainsi que ceux d'Emile Stauff, le grand ingénieur, l'homme qui a créé en France, après la guerre, l'industrie des missiles. Le P.D.G. de Nord-Aviation, M. Mazer, est lui aussi descendu de Paris pour la circonstance et il montre les missiles SS10, SS11 ainsi que le tout "petit dernier", le SS12. En allant rejoindre la DS 19 décapotable, le cortège passera devant les avions de la firme berruyère, comme le N 3400 ou le NorAtlas 2508.

Devant une foule énorme, que les uns situent à 3000 personnes et les autres à plus de 10 000, le général s'adressera aux Berruyers, mais surtout au pays. Ce discours entrera dans l'histoire sous le nom "du discours de Bourges". De Gaulle fera en effet de nouvelles propositions sur l'avenir de l'Algérie. Il parlera de la pacification, mais commencera, comme souvent, en professionnel de la communication qu'il était devenu, par ces mots :
"Bourges, Vieille, Chère, noble ville française, capitale de la France si longtemps, aujourd'hui en plein essor.."

Et ce fut la partie politique :

"L'Algérie, l'Algérie nous préoccupe tous profondément. L'Algérie est une vaste, une grande question que nous devons résoudre.
Je le dis à Bourges, sans fixer, bien entendu aucune date, sans avancer aucune promesse, sans me vanter d'aucune outrecuidance, je dis que le jour est en vue où l'Algérie sera pacifiée grâce à une compréhension générale de tous ceux qui l'habitent pour aboutir à une transformation profonde de ce pays et afin que tous ses enfants - je dis tous ses enfants- puissent disposer de leur sort et du sort des terres qu'ils habitent. Je le dis en toute connaissance de cause".

Ces mots seront largement repris par l'ensemble de la presse nationale et internationale, il s'agissait d'une étape importante devant mener à la fin du conflit.
Comme toujours De Gaulle évoquait aussi les problèmes de la planète, et à Bourges il répéta sa position sur le tiers monde en des termes peu équivoques en s'adressant aux Grandes Puissances :

".... Leur devoir, puisqu'ils sont les plus riches, les mieux pourvus et les plus forts, leur devoir, c'est d'aider les autres, ceux qui sont dépourvus, ceux qui sont sous-développés"

Et le grand homme termina ainsi son propos, comme à l'accoutumée par un fort et vibrant :
"Vive Bourges, Vive le Berry, Vive la République, Vive la France.
Et bien, puisque nous sommes d'accord sur les grands sujets, mes chers concitoyens, nous allons l'exprimer en chantant tous ensemble, en chantant au milieu de ces magnifiques monuments, notre hymne national : la Marseillaise"

Et la foule entonna et chanta avec de Gaulle avant de se disperser, il était 12 H 33.

PREMIERE TOUR DE LA CHANCELLERIE

En ce début du mois de septembre 1964, les premiers habitants prennent possession de leur appartement dans la tour de la Chancellerie. La réception de la tour a été faite par monsieur Teinturier, Ingénieur des Ponts et Chaussées, et l'architecte en fut Pison, à ne pas confondre avec Marcel Pinon, l'architecte local des années 1940 à 1960. Cette tour de 50 mètres de haut comprend 13 étages et renferme 78 appartements. C'est en quelque sorte la fierté de Bourges-Nord. Tout autour, d'autres immeubles sortent de terre.
Le plan directeur qui est à l'origine de l'aménagement de la ville datait du 3 mai 1954. Il fut accepté par le Ministre de la Reconstruction et du Logement le 1er septembre suivant. C'est le document qui va servir de base à toutes les opérations d'urbanisme. Cela concerne les îlots à rénover, la protection des paysages, les clôtures, la hauteur des constructions, la déserte des voies etc. Il comprend quatre chapitres et une vingtaine d'articles par chapitre.
La Chancellerie fait partie de ce plan directeur, c'est avant tout un grand projet dont les premières études commencent en 1957, sous le mairat de Louis Mallet. Il s'agissait, une bonne fois pour toute, de résoudre le problème du logement à Bourges et les immeubles qui sortent de terre à Avaricum ne sont qu'une goutte d'eau, par rapport à l'ampleur du problème.
C'est monsieur Bourgeois, Directeur départemental de l'urbanisme et de la reconstruction, qui réalise les premiers plans. Il s'agit de faire des logements avec les commodités dites "normales", à une époque où une salle de bains passait presque pour "un signe extérieur de richesse".

Lorsque l'équipe Boisdé arrive, c'est une aubaine de trouver un tel projet, bien structuré et qu'il faut mener à bien. En septembre 1959, les cultivateurs du plateau dit de la Chancellerie font leur dernière récolte de maïs, avant de laisser la place aux bulldozers.
Cet emplacement, situé au nord de la cité berruyère, avait déjà fait l'objet de différents projets dans l'entre-deux-guerres, sous Laudier, pour étendre le périmètre de la ville. La cité du Moulon avait en conséquence vu le jour.

Deux quartiers sont définis sur une surface de 165 hectares, avec La Chancellerie et les Gibjoncs. Le plan de masse a été étudié par M. Pison, architecte à Paris, sur l'initiative du Ministère de la Construction. Pour l'ensemble du projet, il y aura 4000 logements, un Lycée de garçon, un Parc des sports pour la ville et éventuellement une nouvelle caserne de gendarmerie.

A l'inverse, l'urbanisation du quartier des Gibjoncs apparaît comme beaucoup plus déstructuré, l'urbanisme n'est plus en Z.U.P., ce n'est plus la même réflexion, et les immeubles sont davantage posés les uns à côté des autres.

Hormis le complexe de La Chancellerie, d'autres opérations immobilières voient le jour. C'est ainsi qu'un autre quartier se construit à Vauvert, avec 87 pavillons et 58 logements. Il est prévu de terminer l'opération dans l'année 1965. L'architecte est M. Audureau et les logements sont construits en "accession à la propriété" avec l'aide financière du Crédit Foncier de France.
Par rapport à ce qui se fait à Bourges Nord, le concept est totalement différent. Ce sont des pavillons individuels, et de petits immeubles de 1 ou 2 étages maximum, et la publicité de leur vente insiste sur ce nouveau quartier qui est "un milieu calme, aux portes de l'agglomération".

On construit à Bourges pour les vivants, mais on n'oublie pas les morts, c'est ainsi que le problème des cimetières est posé. A Bourges, il y a le vieux cimetière central des Capucins, en plein Centre-Ville. C'est le seul rescapé de la Révolution. Depuis, ont été construits les cimetières du Lautier, puis de Saint Lazare et cela ne suffit pas.

Par lettre du 3 décembre 1958, le Préfet du Cher fait connaître à la municipalité que les études sur l'aspect hygiénique sont sur le point de se terminer. Le risque de contamination du forage de Saint-Ursin est très limité disent les experts, à condition de ne pas exploiter le forage à son maximum de débit..... Ce qui est rassurant !


1965 , la France est sous le coup de la surprise, Jean-Paul Sartre, le grand philosophe français du XXe siècle, refuse le prix Nobel que lui a décerné l'académie de Suède. Mais le pays conserve le souvenir de ses héros, et depuis quelques jours, les cendres de Jean Moulin reposent au Panthéon. La cérémonie fut émouvante et grandiose, à l'image du discours de Malraux.
Plus légère, la France profonde qui se délecte à l'écoute de la chanson de Pierre Perret : "les Jolies Colonies de vacances", pendant que d'autres, plus sérieux, accueillent avec soulagement la décision de l'épiscopat catholique, qui autorise l'usage du français à la messe, à la place du latin.
Le sport est à la "une", avec Alain Calmat qui se prépare pour les championnats du monde de Colorado Springs qui vont se dérouler dans quelques semaines. Le patineur poursuit ses études, il est en quatrième année et s'entraîne journellement. Il court depuis douze ans après ce titre, et le 8 mars, il décrochera la plus haute marche du podium, pouvant dès lors se consacrer uniquement à ses études de médecine.

 

POLITIQUE ET MUNICIPALES EN 1965

La politique en 1965 se porte bien en France et dans le Cher. L'année sera fertile en consultations populaires et autres visites de ministres de la Ve République.

Le premier événement se déroule en mars 1965 avec les élections municipales. A Bourges, il n'y a que deux listes en présence, et le décret du 9 décembre 1964 a modifié la loi électorale. Désormais, chaque électeur ne peut voter que pour l'ensemble de la liste, sans panachage ni rayure, sous peine de nullité du bulletin.

Au cours du conseil municipal du 18 février 1965, le maire évoque sa prochaine liste pour les municipales, et si, en homme politique de grande expérience, il précise qu'il choisira ses équipiers pour le seul intérêt de la gestion municipale, il ajoute qu'à Paris, il a rencontré d'autres collègues maires qui sont "depuis 8 jours assaillis de sollicitations, et également d'offres de combinaisons", il termine par un "c'est incroyable !". Il est en effet certain que dans le contexte national et local, en 1965, Boisdé est indéracinable.

Le 9 mars, comme maire sortant, Raymond Boisdé annonce que sa liste, dont les noms ont été dévoilés le vendredi 26 février, se caractérise par deux éléments. Le premier, c'est "qu'il ne reste pas beaucoup de place" car, parmi l'équipe sortante, peu d'éléments sont disposés à laisser leur place d'autant plus qu'ils ont toutes les chances d'être élus. Le second événement sur cette liste est la présence de socialistes, et de jeunes. Cette volonté d'ouverture correspond à l'idée de la "troisième force" en France, avec des hommes du centre droit au centre gauche en repoussant les extrêmes.

Comme me le rappelle Bernard Gourdon, alors secrétaire fédéral des Jeunesses Socialistes, et fondateur du club local "Léo Lagrange", il n'y avait "rien pour les jeunes sur Bourges, et Raymond Boisdé voulait des gens venant d'horizons différents, alors je représentais la jeunesse et j'y suis allé".

Opposée à cette liste "Boisdé", appelée aussi : Union Municipale et Action Sociale, une seule autre liste emmenée par le Parti Communiste est présente. Elle a pour nom : l'Union Démocratique et comprend Henri Perrier, Marcel Cherrier, Robert Chaton, Lucien Petit, Louis Baraton, Jacques Bastard, Gilbert Camuzat, Marguerite Renaudat et quelques autres comme Rose Desserin et Louise Belleray.

Les résultats sont sans surprise, si ce n'est l'ampleur de la victoire. Sur 28 078 votants, la liste Boisdé obtient 16 504 suffrages et celle d'Henri Perrier, moitié moins, soit 8612 voix.

La liste qui l'emporte est élue en entier, et il n'y aura aucune opposition. Elle est donc composée de Raymond Boisdé, député-maire sortant, avec Roger Clémençon, Alfred Depège, André Cothenet et.... René Henry.

Le vote pour le fauteuil de maire se déroule suivant le scénario prévu, ainsi que celui des 4 adjoints et de l'adjoint spécial d'Asnières. Mais Raymond Boisdé cause la surprise en offrant un poste d'adjoint supplémentaire à René Henry, qui se retrouvera chargé des quartiers Sud et Sud-ouest de la ville.

Le Maire sortant fera un discours très traditionnel, au cours duquel il souhaite la bienvenue à "ceux qui viennent de rejoindre ses rangs, en oubliant les étiquettes politiques. Et puis il rend un hommage soutenu à Robert Verglas, qui était secrétaire à la Mairie de Bourges depuis les années 1930.
Boisdé parlera de son programme, il veut créer des commissions extra-municipales afin de davantage travailler en profondeur, et aussi parce que trop souvent "c'est un monologue du Maire, cela durait une demi-heure ou une heure, après quoi, on songeait plutôt à s'en aller qu'à participer aux débats ou aux travaux". Il terminera son discours par de bonnes nouvelles sur les finances de la ville.

BOISDE AU SOMMET DE SON ART

Raymond Boisdé était au sommet de son art, c'était avant tout un travailleur acharné. Jacques Chouard raconte que, lorsqu'il était secrétaire d'Etat au Commerce, le personnel du ministère arrivait chaque matin entre 9 H 30 et 10 H, le Ministre, lui, comme souvent les Berrichons, était un homme du matin, on le trouvait à son bureau dès 8 H 30, toujours premier sur les lieux, même après une inauguration en Province d'où il était rentré très tard.
Ses collaborateurs étaient souvent fort fatigués, mais jamais il ne leur aurait fait le moindre reproche. M. Chouard ajoutait :

"Toujours très correct, jamais trivial, Raymond Boisdé avait une formation d'ingénieur.... Doté d'une grande imagination, il lançait les projets et seuls ses collaborateurs devaient en assurer la réussite. Il ne manquait jamais de leur rafraîchir la mémoire en temps opportun".
Jacques Chouard fut l'un de ses plus proches collaborateurs, il me dira dans une longue missive les principales réalisations du député-maire, et terminera par ces aveux :

"Je vous dirai simplement que mes relations personnelles avec Raymond Boisdé étaient empreintes de ma part, du plus grand respect, même de l'admiration qu'il me restituait par une amitié sans faille. Nos relations étaient empreintes de la plus grande politesse; jamais je ne l'ai entendu prononcer un mot grossier quelconque".

De son côté, Alfred Depège, analysait l'attitude du maire de manière différente, pour lui, Boisdé avait un défaut : il ne savait pas dire non. Aussi, pour refuser, face à un interlocuteur, il envoyait à sa place son chef de cabinet, Monsieur Chouard, ou alors un de ses plus proches collaborateurs. C'est ainsi que M. Depège s'est trouvé souvent en première ligne, pour annoncer des décisions désagréables.
Mais derrière ces critiques, Alfred Depège poursuivait par des éloges envers celui qui sera son leader local. Il me dira ainsi :

"....Monsieur Boisdé était un grand Monsieur, il possédait une grande culture, il était capable de citer plus de 10 000 vers, sa puissance de travail était légendaire. Il pouvait "crever" ses adjoints et ses secrétaires. Sa mémoire était fabuleuse, chaque lundi matin, il réunissait ses adjoints, et sans prendre de notes, il se souvenait de tous ses dossiers."

La perception d'autres hommes qui ont côtoyé Boisdé est plus critique encore. C'est le cas de Bernard Gourdon qui regrettait les méthodes de travail du maire de Bourges. Il confiera 25 ans plus tard "que les commissions étaient pratiquement inexistantes, les adjoints ne travaillaient pas, et monsieur Boisdé passait son temps entre Paris et Cannes". Beaucoup n'appréciaient que très faiblement les longs monologues du maire, au début de chaque réunion du Conseil Municipal. Il ne restait pas beaucoup de temps pour tracer de grands projets, et les dossiers "étaient présentés souvent à la dernière minute". En fait la critique était d'ordre presque philosophique, "Monsieur Boisdé possédait une grande culture, mais comme maire, il n'avait pas la vision de l'avenir de Bourges" me confiera Bernard Gourdon en 1994.
Si les socialistes rongèrent leur frein pendant deux ans, d'autres, comme le docteur Ferrand s'indignaient aussi de certaines manières de travailler.

Au mois de juin 1965, les ministres se précipitent à Bourges. C'est d'abord Maurice Herzog, qui a en charge les sports, il vient inaugurer la foire exposition, au Parc Saint-Paul. Il discute avec Boisdé une quarantaine de minutes, et découvre la maquette de la future piscine de Bourges. Sur une phrase qui se voulait historique : "Bourges mérite son titre de Capitale régionale", le vainqueur de l'Annapurna se met aux commandes d'un avion Morane de type Rallye et s'envole pour Aubigny afin ...... d'inaugurer une piscine !
Ce même jour, Bourges reçoit son second ministre, c'est Alain Peyreffite qui vient inaugurer le premier journal télévisé du Centre. Il passe par Neuvy-les-deux-Clochers afin de visiter les installations techniques des émetteurs. Il arrive dans Bourges à 16 h 25 et prend contact avec M. Pelloquin, le directeur et rédacteur en chef du nouveau Journal Télévisé qui s'adresse à 2 millions d'habitants. C'est le 18e créé en France, et il se fera en liaison avec la presse régionale. Monsieur François Archambaut, pour la Nouvelle République, sera présent.
Comme l'explique alors M. Pierre Potier, "cette heureuse localisation des activités de l'Office de Radiodiffusion Télévision Française ".... n'a été possible qu'après la mise à disposition d'une salle de 120 mètres carrés située au second étage de la Maison de la Culture. Une Convention portant le numéro El-23-65 sera signée entre la Ville de Bourges et l'O.R.T.F.
Le ministre de l'information évoquera "la mission de culture, de paix et de pénétration pacifique des esprits".

Les studios seront installés dans les locaux de la Maison de la Culture, et une des premières tâches sera de trouver.... une speakerine ! 183 candidates seront auditionnées. Le choix final portera sur deux : Christine Cauvin, 22 ans, et Nathalie Nançay, 20 ans.

Le Préfet, M. Escande, s'entretiendra avec le ministre. Le pouvoir en place, plus que tout autre sous la Ve République, avait une haute idée du rôle du Préfet, comme représentant du gouvernement..

Le 6 décembre 1965, c'est la grande surprise dans les élections présidentielles. De Gaulle se retrouve en ballottage, et devra se mesurer au second tour à M. Mitterrand, un homme politique symbolisant la IVe République et représentant la gauche.

Lors du premier tour, le Cher donnera 41% des voix à de Gaulle contre près de 39% à son concurrent de gauche, alors que le centriste Lecanuet obtient 12% des suffrages.... et ce bon score, identique dans tout le pays, met le général en ballottage. Pour la première fois, la France a élu un Président de la République au suffrage universel, cette pratique a beaucoup intéressé les français, tout comme l'apparition d'une publicité nationale à grande échelle.

Ces élections ne relèguent pas au second plan l'événement à Bourges, qui est le Carnaval avec pour reine, Claudine de Jésus-Costa, elle est entourée de ses dauphines, Solange Brouet et Arlette Caro.
Le cinéma propose à cette époque des films comme "Don Camillo en Russie" au Paris, alors que "La foire aux cancres" fait rire les Berruyers qui se précipitent au Familia.
C'est aussi à cette époque que le Directeur du Muséum de Bourges fait connaître que l'agressivité manifestée depuis quelques temps par un sanglier du Parc Zoologique l'a conduit, pour prévenir les accidents, à envisager la vente de l'animal.... Et c'est ainsi que M. Métivet, charcutier place de la Barre, se verra attribuer la bête pour une somme de 280 francs, il avait fait l'offre la plus avantageuse !

 

LEGISLATIVES EN 1967

Les législatives de 1967 s'avèrent délicates pour la majorité gaulliste au pouvoir. A Bourges et dans le Cher, il n'y a pas de réelle surprise, c'est un scrutin majoritaire à deux tours. Dans la première circonscription du Cher, Raymond Boisdé conserve son siège au premier tour dès le 5 mars, avec une étiquette "UD. Ve", son suppléant est Alfred Depège, pharmacien à Bourges.
Le député-maire sortant obtient 52,88% des suffrages, alors que le candidat communiste ne "fait" que 27% et A. Duchereux, pour "l'extrême gauche", réalise 14,5%. De son côté, Jean Boinvilliers l'emporte dans une circonscription découpée d'une drôle de façon, avec Vierzon, Sancerre et la Chapelle d'Angillon.

C'est à la suite de ces élections législatives que des dissensions se font jour au conseil municipal de Bourges.
Les "jeunes turcs socialistes" supportent de moins en moins bien les méthodes de travail du maire de Bourges ou des membres de son cabinet. Pour Bernard Gourdon, le refus de Raymond Boisdé pour un développement industriel devenait un point de rupture. Il y avait en effet, semble-t-il une volonté des édiles berruyères de promouvoir Bourges "comme une ville de qualité, de loisirs..... un petit Vichy en quelque sorte".

Michelin et Bourges-Nord avec une population dont le bulletin de vote "virait progressivement au rouge" affolait Boisdé qui "ne voulait pas faire de sa ville "une cité industrielle". Bernard Gourdon et ses amis François Baboulène et René Robert en désaccord sur les objectifs du maire vis à vis de la ville, en opposition sur les méthodes de travail quitteront le conseil municipal en donnant leur démission le 23 juin 1967. Les autres socialistes, comme Henry, Arquinet et Touraine resteront..... quelques mois supplémentaires.

La goutte d'eau qui fera déborder le vase sera d'ordre nationale avec le vote sur les pleins pouvoirs après les législatives de 1967. Le 26 avril, le gouvernement de Georges Pompidou demande au Parlement l'autorisation d'agir par ordonnances en matière économique et sociale. Edgard Pisani, ministre de l'équipement, démissionne. En mai, une grève générale est organisée contre les "pouvoirs spéciaux".
Pendant deux ans, des tentatives d'alternatives municipales se feront jour avec la constitution de GAM (Groupes d'Action Municipale) sur le modèle d'Hubert Dubedout à Grenoble. Robert, Couveigne et Gourdon créeront un GAM qui ne donnera pas de résultat significatif. La France et plus tard Bourges s'apprêtent à jouer sur d'autres terrains et dans d'autres coins de rue..... Mai 68 est proche.

 

MAI 68 A BOURGES

Les événements de mai 68, pas plus à Bourges que dans tout le pays, n'ont été prévus. Si Pierre Viansson-Ponté, dans le journal "Le Monde", écrit que "La France s'ennuie", ce n'est pas le signal automatique d'une petite révolution.

Début mai 1968 à Bourges, le préfet du Cher, Jean Escande, inaugure une manifestation du centenaire de la race ovine, et le projecteur est braqué sur "la Berrichonne du Cher". Assistent à cette journée, M. Jamain, Président du Conseil général du Cher, ainsi que le sénateur Durand.
Dans le Cher, Jacques Mitterrand, ancien conseiller municipal de Bourges, vient parler de la franc-maçonnerie au Mac-Nab de Vierzon, les journaux parlent de cet éternel opposant à la Ve République, comme du "nouveau Jaurès" berrichon.
Plus loin, à Paris, des Américains et des Nord-Vietnamiens se rencontrent et discutent pour une paix en Indochine. Il y a de l'effervescence à Paris dans le milieu des étudiants, mais cela ne fait pas encore les titres de la presse locale.

La presse quotidienne du Berry est donc essentiellement consacrée aux faits courants de l'actualité locale, et ce n'est que le 10 mai 68 qu'un communiqué du Parti Communiste appelle les Berrichons à la vigilance.
A Paris, les étudiants de Nanterre ou de la Sorbone, avec le trio Geismar, Sauvageot et Cohn Bendit commencent "leur révolution", celle des fils de bourgeois, comme le commenteront certains journalistes ou hommes politiques.

Le Berry se veut solidaire de ces étudiants qui ont manifesté la nuit du 10 au 11 mai, ils ont brûlé des voitures rue Gay-Lussac et reçu quelques grenades lacrymogènes et autres coups de matraques. A l'appel de la C.G.T., de la C.F.D.T., de F.O., de la F.E.N., ils sont près de 3000 à se rendre au Monument aux Morts de la Résistance. Les orateurs se succèdent : Mrs Pillet, Faucard, et Renaudat alors que M. Chauvaux, pour l'U.N.E.F., c'est-à-dire l'Union Nationale des Etudiants de France qui est à la tête du mouvement parisien, s'exprime en dénonçant "l'attitude inqualifiable des forces de l'ordre". Mais ce n'est pas encore la vraie révolution, puisque l'orateur d'un jour, s'il rend hommage aux "étudiants qui ont fait face avec courage aux forces de l'ordre", termine son propos en "demandant qu'un dialogue soit ouvert".

A Bourges, Nord-Aviation est en grève. Elle est suivie par 60% des employés, alors qu'EDF l'est à 90%. Quant aux Etablissement Militaires, ils ne sont que 50 % à entrer dans le conflit. Le 20 mai, c'est la grève générale. Lorsque Jean Patant anime ses jeux aux Nouvelles Galeries, en distribuant du haut de son podium, plus de 2000 francs de cadeaux, le personnel vote la grève à une large majorité de plus de 75%.

Les élèves des lycées de Bourges veulent se retrouver aux premières loges du conflit et se découvent de nombreuses revendications. A la Maison de la Culture, c'est l'effervescence. Tous les élèves des établissements secondaires veulent faire comme "les grands du quartier latin". C'est un joyeux tumulte. Les interventions sont nombreuses et parfois curieuses, c'est le "je boycotte le bac et je fais grève" dira une élève de terminale, alors que d'autres ne veulent "pas de politique". Le Berry Républicain parlera dans ses colonnes d'un match de catch, avec ce commentaire plein de bon sens : "que c'est dur l'apprentissage de la liberté". Parmi les éléments "moteurs", les étudiants de l'Ecole des Beaux-Arts auront aussi un rôle important, pour mobilier et organiser les manifestations.

Phénomène plus sérieux, les entreprises du département, une à une, se mettent en grève, c'est l'E.F.A.B. qui s'arrête de travailler le 23 mai, suivi de l'E.T.B.S., puis des Grands magasins de Bourges. Sur le front des grèves, titre le Berry Républicain, avec la grande manifestation du 27 mai qui réunit, dans le calme, plus de 3000 personnes.
A Bourges, le député-maire n'est guère visible, il est continuellement entre Paris et la capitale du Berry. Une confidence d'Alfred Depège signalait qu'il ne restait pas un seul adjoint ou conseiller municipal en poste à l'Hôtel de Ville. Les accords de Grenelle, au plan local, ont été négociés entre M. Chouard et les syndicats de la ville.
Tout basculera en quelques heures, avec le départ du général de Gaulle qui "disparaît" chez Massu en Allemagne pour une demi-journée, avant de reprendre en main le pays par un de ses discours radiodiffusés dont il avait le secret.
Le soir même, à Paris, une manifestation gaulliste, emmenée par Malraux et Debré, les fidèles parmi les fidèles, réunit près de 1 million de personnes, elles sont venus soutenir de Gaulle, et arrêter en quelque sorte.... leurs propres enfants.

La reprise de l'activité commence à partir du 6 juin.

Certaines entreprises comme Nord-Aviation qui s'était mise en grève un peu plus tard que d'autres, poursuit le conflit qui devient assez dur, jusqu'au 16 juin, date à laquelle la chaîne des Transall, toute nouvelle, se remet en route.

Quelques semaines plus tard, les 24 et 31 juin 1968, les "élections de la peur" vont envoyer à la Chambre des Députés une majorité écrasante de gaullistes. C'est ainsi que le département du Cher aura pour député Raymond Boisdé, pour Bourges, Boinvilliers pour Vierzon et Maurice Papon pour Saint-Amand. Les Français peuvent à nouveau penser à leurs vacances.

Tout redevint normal en Berry et à Bourges, et en cette fin juin, André Chanson inaugure les Archives Départementales, lesquelles sont situées rue Fernault. Mais le nouveau local s'avérera encore trop petit, et elles déménageront quelques années plus tard vers le Val d'Auron..

1970 : LA FIN D'UNE PERIODE FASTE

Avec la fin des années 1960 se termine à en France et à Bourges, de manière lente, une époque, celle de l'après-guerre avec le plein emploi, la guerre froide, l'industrialisation du pays et les grandes constructions. Les trente ans à venir seront encore plus incertains, le choc pétrolier annonce la fin des "trente glorieuses", le départ de De Gaulle est aussi un symbole fort, la France politique se cherche entre droite et gauche, dans des idéologies bien cernées et fermées.
A Bourges, la décennie à venir sera fertile en événements, c'en est fini des constructions massives et rapides, Boisdé s'oriente vers la construction d'un plan d'eau au Val d'Auron, symbole de Bourges, une cité moyenne, où il fait bon vivre, sans un tissu industriel trop important.
Mais c'est aussi le changement des hommes. Si Boisdé réussit à conserver sa mairie au début des années 1970, il commence à "s'user", et, la maladie aidant, il perdra la confiance de ses électeurs. L'arrivée de Jacques Rimbault et d'une équipe de gauche fera le reste.
Alors que le pays voit de Gaulle se réfugier à Colombey, Bourges perd Gabriel Monnet, la Maison de la Culture reste orpheline quelques temps. D'autres, dont Alain Meilland pour la chanson, prendront la relève et feront de la cité de Jacques Coeur, la ville du Printemps.
C'est aussi, mai 68 est pourtant terminé, l'arrivée d'une série de vagues de contestations. Il y aura l'affaire de la C.C.I., qui aurait aimé s'implanter face à la cathédrale, alors que le "zizi" de Pierre Perret et Lucien Romangeon a les honneurs des médias nationaux. Enfin, le muséum entre dans des turbulences dont il ne se remettra qu'en 1984 !

Après Laudier, maire de Bourges pendant 23 ans, l'ère Boisdé durera 18 années, avec une fin politiquement tragique. En 1977, il cédera la place, non pas à un successeur choyé et choisi, mais à un adversaire, Jacques Rimbault, lequel tiendra la mairie après deux réélections faciles en 1983 et 1989. Cette bataille de 1977 sera le grand choc de Bourges.

A Bourges, trois maires ont "fait le siècle", avec des couleurs politiques différentes, des méthodes souvent opposées, et des résultats méconnus par les Berruyers dès que la page se tourne. De 1970 à l'an 2000, la ville se dotera d'un maire communiste, qui disparaîtra deux ans avant la fin de son troisième mandat, laissant la place à Jean-Claude Sandrier son premier adjoint. Les élections de 1995 verront s'opposer le nouveau maire de Bourges à Serge Lepeltier, député du Cher et leader de l'ensemble des forces de droite et du centre. Le vainqueur portera Bourges jusqu'au XXIe siècle.

 


1969, la France se remet très lentement de la "révolution de mai 68", et Georges Pompidou déclare à Rome qu'il briguera le moment venu, la succession du général de Gaulle. C'est le début d'une fracture dans les milieux de la majorité.
A Paris, le peintre Piet Mondrian, l'un des géants de l'art abstrait, bénéficie d'une grande rétrospective à l'Orangerie, alors que le film de François Truffaut, "Baisers volés", obtient le prix Louis Delluc.
Moins sérieux, c'est le déchaînement du sexe, une des suites des événements de mai, la libération sexuelle ne serait-elle pas la seule vraie victoire de la jeunesse du pays? En tout cas, à Copenhague se déroule la Foire Internationale du sexe.... C'est la "une" des journaux. ce défoulement se concrétise sur les scènes parisiennes avec la comédie musicale "Hair", qui permet la percée de Julien Clerc.

 

DE GAULLE S'EN VA, MONNET AUSSI

De Gaulle, après les événements de Mai 68 et malgré la vague gaulliste des élections législatives qui suivirent, veut reprendre l'initiative. C'est un homme d'action, il veut que la société française évolue. Il propose un référendum sur deux points importants des institutions et du fonctionnement de la Ve République. Le général désire promouvoir la Régionalisation d'une part et la transformation du Sénat d'autre part. A priori, ce référendum est sans risque, d'autant que De Gaulle met tout son poids dans la balance, annonçant qu'il quittera le pouvoir s'il est désavoué..... Et c'est ce qu'il fera.
Le 28 avril 1969, c'est le "non" au référendum du général de Gaulle, le Cher a massivement voté contre le fondateur de la Ve République., s'il y a 44% de OUI, ils sont près de 56 % à avoir refusé, dans le Cher, la suppression du Sénat et la décentralisation. De la même façon, la ville de Bourges vote OUI avec 14 211 voix et NON avec 15 491. C'est plus la personnalité du général qui est contestée que la réponse aux questions posées. Affaibli par mai 68, lâché par son propre camp et en particulier par Pompidou et Giscard d'Estaing, il quitte le pouvoir, laissant un pays incrédule et désemparé...

Sur le plan local, et sans commune mesure avec l'importance de l'événement précédent, une des suites de mai 68 se traduit assez vite par le départ du Directeur de la maison de la Culture : Gabriel Monnet.
LES MUNICIPALES DE 1971 : UNE FORMALITE

La campagne électorale de 1971, pour le renouvellement des conseils municipaux des 36 000 communes françaises se déroulent à Bourges dans une certaine torpeur, et selon un schéma droite-gauche sans beaucoup de suspens.

A gauche on trouve une liste comprenant les communistes emmenés par Robert Chaton, suivi par Gilbert Camuzat, c'est une alliance classique avec les socialistes du PSU d'Alain Fouques et ceux du Parti Socialiste emmenés par Robert Guerin.
Le journal politique de cette liste d'Union de la Gauche qui est un supplément à 18 se nomme "BOURGES DEMOCRATIE".

A droite, la liste "d'Union pour l'Action Municipale et la Promotion Sociale" est emmenée par Raymond Boisdé. Elle comprend les personnalités locales les plus en vue de la ville, comme Pierre Ferrand, André Baraton, Jean Bulle, Guy Ducros, Roger Richet, Pierre Rouzé, Christian Gérigny, Alfred Depège ou Edme Boiché.
Sur les résultat du scrutin, il y a peu de suspens parmi la population. Nul ne voit par quel miracle le maire sortant pourrait être battu. D'ailleurs, il n'y a pas véritablement de campagne électorale. Les journaux locaux mettent plus l'accent sur "l'hiver qui ne désarme pas", ou les prestations des Berrichons au salon de l'agriculture à Paris. La presse évoque un meeting de l'Union de la gauche le 10 mars 1971 à 18 H 30 salle Calvin, avec les représentants du P.C.F., du P.S. et du P.S.U. qui veulent "pratiquer une gestion sociale, favoriser le développement de la ville, pratiquer une gestion démocratique."

Les électeurs seront peu sensibles aux arguments de monsieur Chaton et de ses amis puisque la liste Boisdé obtiendra dès le premier tour 15 361 voix sur 26 899 votants récoltant ainsi 57% des suffrages, la liste de gauche n'attirant que 10 290 électeurs, soit 38%. Il y aura près de 5% de bulletins nuls.
Comme il y avait "vote bloqué", les 37 candidats de la liste Boisdé sont élus et deviennent tous conseillers municipaux de Bourges. Raymond Boisdé retrouve son fauteuil de maire à l'unanimité le jeudi 18 mars à 9 H 30.

Lors de la première réunion du conseil municipal, Mrs Gérigny et Roux sont élus comme nouveaux adjoints, alors que la fonction d'adjoint spécial d'Asnières est supprimée. Alors que Didier Boulot, le benjamin est choisi comme secrétaire, Mme Dumonteil, doyenne, fera un discours plein de fougue, parlant "de l'éclatante victoire qui nous a prouvé une fois de plus que la population berruyère nous était fidèle en nous renouvelant sa confiance".
Elu, Raymond Boisdé ne fait pas un long discours, il trouve en effet, "que nous avons trop souvent l'occasion de prononcer des allocutions parfois un peu superficielles, parfois un peu absconses ou un peu abstraites". Et il parle méthodes de travail et calendrier.


CHRONIQUE BERRUYERE DES ANNEES 1970

Au début de l'année 1972, la nouvelle fait l'effet d'une bombe dans le "landerneau berruyer". On apprend que Jean-Claude Rémond, l'homme aux 76 cambriolages, s'est évadé du Bordiot. Depuis la construction de cette prison, chacun reconnaît qu'il est très difficile de s'en enfuir. Une première alerte avait dépité les responsables locaux, lorsque le 5 mai 1969, trois détenus réussirent à scier les barreaux de leur cellule pour "faire la belle". Un seul y parviendra durant quelques heures.... Il sera récupéré errant dans le polygone de tirs, au milieu des obus..... en se demandant ce qui lui arrivait.
On avait affirmé à cette époque que cette évasion était exceptionnelle et que cela ne se reproduirait pas.
Avec la fuite de Jean Claude Rémond, l'affaire devient grave, c'est la réputation du Bordiot qui est en jeu !

L'évadé était détenu en compagnie de deux autres malfrats, lesquels n'ont pas voulu suivre. On reconstitua rapidement l'évasion. Rémond a d'abord descellé un barreau, puis est descendu avec des draps de lit, pour se glisser jusqu'à terre. Il a dû alors franchir un mur de 7 mètres de haut légèrement incurvé. Pour ce faire, il a planté des pitons de bois qu'il avait fabriqués, dans le mur et avec une rare agilité, a quitté le Bordiot.

Pour assurer une bonne distance entre lui et Bourges, Rémond a dérobé une voiture DS 19 cité des Goulevents, puis une DS 21 au rond-point Farman. Il connaissait bien le quartier, étant berruyer, il habitait rue Jean-Jacques Rousseau et travaillait comme "monteur en pneus" en assurant ses fins de mois par quelques expéditions nocturnes de cambrioles.....

Après avoir forcé un barrage policier à Sancerre, il va s'évanouir dans la nature.....
A Bourges, les responsables de la prison sont accablés, ils accusent le coup, trouvent que le personnel est insuffisant et découvrent des excuses à Rémond qui s'est peut-être sauvé "par amour".

La police retrouvera l'évadé par hasard à Paris après 5 jours de cavale, et cette aventure lui vaudra 4 mois supplémentaires de prison.

Comme toujours à Bourges, il n'est pas possible de lire les chroniques locales sans évoquer un incendie. Ce 2 février 1972, c'est une partie du théâtre Jacques Coeur qui part en fumée, ravagée par les flammes.
Il faisait très froid en ce début février à Bourges, et la toiture était en réfection. Vers 8 heures du matin, les ouvriers de l'entreprise Chevalier venaient de prendre leur travail. L'un d'eux, plus frileux que les autres, décide de faire brûler quelques planches de bois dans la cheminée.... il ne savait pas que le conduit était bouché, et deux heures plus tard, avec une épaisse fumée, le feu se déclara.

Dès l'alerte donnée, les pompiers déploient leurs trois lances et utilisent l'échelle de 30 mètres, le capitaine Charlot est présent et organise la lutte contre le sinistre. Arrivés assez vite, les pompiers viennent à bout du feu, il y a tout de même 70 mètres carrés de toiture à changer.

 

UN INCONNU A BOURGES : JACQUES RIMBAULT

Dans les années 1970, dans le Cher, le Parti Communiste reste puissant, tout comme le syndicat C.G.T. qui lui sert parfois de relais dans les entreprises du département. C'est dans ce contexte que se déroule le samedi 12 février 1972, une grande manifestation, visant à inaugurer la Maison des Syndicats, située place Malus.
C'est Georges Séguy, alors secrétaire général de la C.G.T., qui vient à Bourges afin de clôturer le congrès de l'Union Départementale C.G.T. du Cher et il en profite pour venir couper le ruban rouge de l'inauguration, en prononçant quelques paroles aimables :
"Cette nouvelle maison, sans être luxueuse et tout en restant de dimension modeste, est bien équipée et bien agencée".
Sont représentés, M. Fouquet pour le P.S.U., Canon et Cherrier pour le P.C.F. et Roger pour le Parti Socialiste. M. Séguy, que les Français avaient beaucoup vu à la télévision en 1968 et qui est très populaire, était "en grande forme". Il va rendre hommage à Maurice Renaudat, qui était à la direction de l'Union Départementale C.G.T., et en profite pour "regretter de ne pouvoir remercier la municipalité de Bourges de son aide pour la réalisation de cette Maison des Syndicats". Il faut dire que la municipalité Boisdé n'a accordé aucune subvention à la C.G.T......

C'est ensuite un discours très offensif que développe M. Séguy, il parle "des 55% des travailleurs du Cher qui gagnent moins de 1000 francs par mois et ont un retard de 20% sur la moyenne nationale".

Pas à pas, il franchit les marches dans la hiérarchie du P.C.F., et se retrouve membre du Comité Central en 1964. Mais sa carrière à Bourges ne commence qu'aux cantonales de 1973, il est élu conseiller général dans le canton de Bourges 1.

Progressivement, Jacques Rimbault tisse sa toile dans le milieu berruyer. Il est présent partout, il écrit, discute, propose des solutions pour les problèmes de Bourges, il travaille en profondeur sur les difficultés concrètes des Berruyers. C'est ainsi que sur la circulation dans la ville de Bourges, il rédige deux articles importants dans le Berry Républicain les 6 et 7 mars 1975.

Bourges, Histoire d'un Printemps par Pierre Favre
Les élections législatives de mars 1973 dans le Cher par Jean Pierre Saulnier (mémoire)

 

LES LEGISLATIVES DE 1973

Les législatives de 1973 dans le département du Cher voient un afflux inhabituel de candidats, ils sont 21 pour les trois circonscriptions. La cause en est multiple mais pour Bourges, il s'agissait d'une part de drainer des voix qui, au second tour, iraient vers le candidat de la majorité, et d'autre part quelques arrières-pensées subsistaient, dont l'esprit de succession. Il fallait être présent pour l'élection suivante.....

Raymond Boisdé est le champion de la droite, il porte les couleurs du Centre National des Indépendants, député depuis 1951, il fut élu au premier tour, aussi bien en 1967 qu'en 1968 recueillant alors 61% des suffrages !
Il se dit indépendant, c'est-à-dire "libre de toute obéissance passive". Candidat il doit être élu sans problème. La seule incertitude, c'est le nom de son suppléant. Son premier adjoint, M. Depège fut son suppléant en 1967 et 1968, mais cette fois, il est écarté, Boisdé veut éviter que son conseil municipal éclate, aussi il déclare "que le Conseil Municipal doit demeurer apolitique". La désignation de M. Henri Lichon, agriculteur, est une surprise, bien connu du milieu agricole et président de diverses caisses agricoles, M. Lichon, conseiller municipal de Lissay-Lochy, ne se voit guère au Palais-Bourbon, et par ce choix, le député sortant signifie qu'il ne désigne toujours pas son successeur.
Ce sera le début des relations tendues entre Boisdé et Depège, ce dernier, qui était en quelque sorte le coadjuteur du député-maire, pouvait légitimement ambitionner de prendre la succession. Parmi les défauts de Boisdé, il apparaît, d'après M. Depège, "qu'il n'aimait pas beaucoup les jeunes, et il ne leur faisait guère confiance". Parmi les prétendants du "cru", se trouvait aussi le docteur Ferrand, mais, comme avec Depège, il n'y aura pas de suite.
A Bourges, cette bataille de succession va occuper aussi bien les conversations que les ambitions. On parlera de M. Olivier Giscard d'Estaing, frère du Président de la République pour venir se présenter en Berry, puis, plus tard de Christian Gérondeau. En fait, Boisdé ne désignera jamais de successeur ni en 1973, ni en 1977. Cette période s'inscrit aussi dans les luttes UDR/RI, au niveau national et local.

Le premier tour de scrutin donne un net avantage à M. Boisdé, avec 18 351 voix, il devance M. Rimbault qui n'obtient que 14 157 suffrages. Suivent Mrs Depège, réformateur, Roger, Socialiste et Boiché qui s'est fait une belle popularité en prenant la tête, avec quelques amis de S.O.S. Cathédrale. Les trois autres candidats ne font tout juste que de la figuration.

La campagne électorale est une belle bataille droite-gauche avec la participation des centristes réformateurs. On entendra Jean Roger défendre le Programme Commun en ces termes :
"L'inégalité est aujourd'hui la règle courante, inégalité devant l'impôt, la maladie, la vieillesse.... Une nouvelle nuit du 4 août est devenue nécessaire".

Pour les candidats de droite, placés sous le sigle de l'Union des Républicains de Progrès, le combat est celui de la lutte contre les partisans d'une société collectiviste et totalitaire. C'est le thème de la liberté qui est repris dans toutes les professions de foi de Boisdé, Boinvilliers et Papon. Le député-maire de Bourges insiste sur :

"l'élévation du pouvoir d'achat des plus modestes et des déshérités, actifs ou retraités, la promotion ouvrière, le respect des droits des victimes de toutes les guerres, l'amélioration des conditions de travail..... etc "

Avec une habileté toute politique, Raymond Boisdé porte un regard critique envers le gouvernement de monsieur Messmer, alors Premier Ministre, tout en reconnaissant que la consommation des ménages a doublé de 1959 à 1972 et que le pouvoir d'achat s'est trouvé amélioré de 28% entre 1968 et 1972.

La troisième force à compter dans ces élections est le mouvement Réformateur, pourvu d'un projet élaboré à la hâte quelques semaines avant les élections. Il a pour plate-forme l'institution d'un pouvoir régional, la réalisation de l'Europe, la sauvegarde de l'environnement et la lutte contre la pollution.

A Bourges, le candidat Réformateur est Alfred Depège, il veut le changement dans le calme, et propose "une troisième force". Il écrit à la veille de ces élections :

".... Vous qui êtes la vraie majorité de ce pays, libéraux, centristes, radicaux-socialistes, socialistes, vous qui rejetez la majorité passée, comme vous rejetez le collectivisme, vous serez aussi présents pour dire que l'UDR et le parti communiste ne sont pas seuls."

A l'issue du premier tour, il ne reste pour le verdict du second tour que 3 candidats possibles : Boisdé, Rimbault et Depège. Ce dernier se retirera sans donner de consignes, "laissant chacun libre de son vote".
Raymond Boisdé sera opposé à Jacques Rimbault, au second tour, un combat classique droite-gauche comme Bourges les aime. Le député sortant obtiendra 54% des suffrages, battant le conseiller général communiste de plus de 4500 voix.

Les autres élus seront respectivement Jean Boinvilliers, gaulliste de l'UDR (Union de Défense de la République), il est maire de Brinon-sur-Sauldre, et Maurice Papon, déjà élu dans le Saint-Amandois en 1968, représentait l'UDR.

LES PRESIDENTIELLES DE 1974

La mort de Georges Pompidou plonge la France dans des élections présidentielles qui vont faire, pendant un mois, la première page des journaux, nationaux ou locaux. Les candidats se mettent rapidement en lisse, et si la gauche choisit François Mitterrand comme candidat unique, suivant en cela le programme commun récemment signé entre les radicaux, les socialistes et les communistes, la droite est plus divisée que jamais. Dans la lignée de Pompidou, Chaban Delmas se positionne, alors que Giscard d'Estaing se déclare candidat quelques jours plus tard.
A Bourges, chacun se détermine, c'est Alfred Depège qui représente le Centre Démocrate. Il se déclare pour Giscard d'Estaing lequel "portera tous nos espoirs", déclare le maire-adjoint de Bourges qui demande à ses concitoyens de choisir entre le libéralisme et le collectivisme.

Les meetings se déroulent à Bourges de manière intensive. C'est au Théâtre Jacques Coeur, le 2 mai 1974, que Giscard prend la parole et martèle les éléments de son programme. Un ministre est venu, c'est Christian Bonnet qui s'est déplacé. Il est entouré de Chinaud, Monory et Olivier Giscard d'Estaing. La réunion est présidé par Boisdé qui déclare : "Voici le moment du choix entre des personnes, mais aussi entre des programmes", en terminant par un constat sur "l'adversité qui n'est pas la division". Et le maire de Bourges termine sa présentation des orateurs et son engagement en rappelant un vieux souvenir sur Giscard. Il raconta qu'il avait rencontré un jour le père du candidat V.G.E. à qui il prophétisa : "votre fils gouvernera un jour la France".

Dans l'autre camp de la droite, c'est Salle Calvin que se réunissent militants et sympathisants. Ils sont 250 à écouter les paroles d'Alain Peyrefitte venu soutenir la candidature du gaulliste Chaban Delmas. C'est Maurice Papon, député du Cher, qui présente l'orateur qui aura, comme à son habitude, des phrases percutantes :

"...Ne vous laissez pas intoxiquer, les Français sont libres, ne soyez pas des moutons de panurge. Chaban est un homme de progrès".

Boinvilliers, autre député du Cher, conclura sur un appel à voter Chaban, alors que l'on sent de toute part, et dans les sondages, que Giscard remonte et la "trahison" de Chirac, appelant à voter Giscard contribuera à déstabiliser le camp du maire de Bordeaux.

A gauche, la situation est plus simple, Mitterrand est le candidat qui sera, sans aucun doute, l'adversaire de la droite au second tour. A Bourges, c'est un grand meeting de la gauche unie, qui se déroule le jeudi 2 mai. C'est avec 40 minutes de retard que les orateurs se présentent. Il y a des responsables des trois formations de la gauche, c'est-à-dire Guy Genneseau pour le Mouvement des radicaux de gauche, Georges Sarre pour le Parti Socialiste et Roland Leroy pour le Parti Communiste. C'est le docteur Bibanow qui préside cette réunion publique qui réunit plusieurs milliers de personnes. M. Leroy parlera de la "volonté de changement", alors que Georges Sarre fera dans le lyrique, en évoquant "l'espoir qui est le fruit de l'Unité", et concluant que l'on va "vers Le temps des Cerises".

Dans une tribune du Berry Républicain, est publié un long article signé Valéry Giscard d'Estaing, intitulé "le changement et la sécurité", alors que sur les mêmes colonnes, c'est un Berruyer qui demande à voter .... Mitterrand. Il s'agit d'un article de Jacques Rimbault, Conseiller Général de Bourges et membre du Comité Central du Parti Communiste, il écrit :

"La gauche vous offre la seule chance de changer le cours des choses..... Ce n'est ni l'aventure, ni le miracle".
La veille du scrutin, pour le premier tour, les Semeuses Berruyères présentent leur programme, avec des danses classiques, comme "Promenade" de Vivaldi ou le folklore "Far-West" en terminant par des danses inspirées du film "Borsalino". A la M.J.C. de la rue Henri Sellier, ce même soir, le Théâtre Avaricum de Bourges joue une pièce de Jean Vaillant, intitulée "M. Jean".

Les résultats du premier tour sont conformes aux sondages des jours précédents. Sur le plan national, Mitterrand arrive en tête avec 42,9% des suffrages devant Giscard qui fait 32,9%, alors que Chaban arrive troisième, loin derrière les deux hommes qui vont se retrouver au second tour deux semaines plus tard. Dans le Cher, Mitterrand obtient près de 45% des suffrages et Giscard plus de 31%, Chaban ne récoltant que 13% des voix.

La bataille du second tour sera âpre et féroce, avec un face-à-face Giscard-Mitterrand qui, pour certains, a été l'élément qui les a fait basculer dans un camp ou dans l'autre. Jamais le combat gauche-droite n'a été aussi dur dans la vie politique française, tant il y a d'indécisions quant au résultat final.

Giscard sera élu de justesse avec 50,7%, devant le candidat de la gauche, alors que le Cher, lui, a donné 52,02% de ses suffrages à Mitterrand.

La politique nationale prend alors le pas sur la politique locale, et c'est Chirac qui devient le Premier Ministre de Giscard, nouveau Président de la République.....c'est le temps des réformes qui apparaît avec la loi sur l'avortement, la majorité qui passe à 18 ans et quelques autres nouveautés.

La gauche est battue, mais pas à terre. Quelques jours après le second tour de la présidentielle, la première sortie du "battu" Mitterrand se fera dans le Cher. En effet, Mitterrand participe à la fête de la Rose à Blet, c'est le maire de la localité, le docteur Bibanow, qui accueille le candidat malheureux, alors que des milliers de personnes sont venues, et qu'un orage gronde au loin.

Dans son discours, Mitterrand ne montre aucun découragement ni abattement, il va déclarer :
"Nous nous retrouverons dès qu'il faudra.... je vous remercie et suis heureux de vous connaître"

et il termina par ces mots d'espoir :

"Patientez, nous reviendrons, dites-vous bien que l'espoir demeure...... il faut donc rester ensemble et nous aurons la capacité, la force de gagner".

Ainsi, au milieu des frites et des merguez, et avant le tour de chant d'Hervé Villard, l'ex-candidat Mitterrand demandait à chacun de rester mobilisé, et de conserver un espoir intact visant à mettre la gauche au pouvoir.


1975 , l'O.N.U. proclame que cette année sera "celle de la femme", et en France, comme pour concrétiser ce voeu, une loi est votée, malgré un débat national houleux et difficile, il s'agit de la légalisation de l'avortement. Sous l'impulsion de Simone Veil, l'avortement n'est plus passible, dans notre pays, des peines et amendes pour les personnes procurant les moyens de l'interruption de grossesse.

Dans un autre domaine, les téléspectateurs découvrent une émission littéraire qui fera date dans les annales, c'est "Apostrophe" de Bernard Pivot. Pour la première, Pivot avait choisi comme thème : "Les avocats n'ont-ils pas facilement bonne conscience ?".
A Bourges et en Berry, c'est en quelque sorte une "fin de règne", les hommes politiques locaux affûtent leurs armes pour un assaut final contre le bastion que constitue la Mairie, tenue de main de maître depuis 1959 par Raymond Boisdé.



BATAILLE POLITIQUE A DROITE : GERONDEAU/GERIGNY/BOISDE

Les Berruyers voient approcher les prochaines élections municipales alors qu'apparaît un élément nouveau dans la vie des automobilistes : les parkings payants. La mise en service le 17 novembre 1975 du parking de la place Cujas va dérouter nombre de possesseurs d'automobiles qui voient là encore un moyen de payer..... Le stationnement avec implantation de parcmètres dans diverses rues du Centre-Ville va être un sujet supplémentaire de mécontentement des citoyens.
Depuis les derniers mois de l'année 1976, les Etats-Majors politiques sont sur les dents, il faut préparer les municipales prévues en mars prochain.
Raymond Boisdé termine avec difficulté son troisième mandat et ne pense pas se représenter pour un quatrième. La maladie et l'usure du pouvoir ont démontré au maire de Bourges qu'il lui fallait trouver un dauphin, il déclara en conséquence qu'il ne se représenterait pas. Il chercha son successeur et trouva un homme dynamique et médiatiquement connu au niveau national : Christian Gérondeau, directeur des services de la sécurité au Ministère de l'intérieur. Sa photo apparait sur de grandes affiches sur tous les murs de la ville. L'affaire était "dans le sac", avec un homme comme Christian Gérondeau, aux allures de jeune premier, dont la compétence dans son domaine n'était contestée par personne, la municipalité resterait entre les mains des "giscardiens".

Et puis, atout supplémentaire, comme l'écrit Jacques Chouard :

"Christian Gérondeau avait été conseillé à Raymond Boisdé par le Ministre de l'Intérieur M. Poniatovski pour lui succéder. Tous trois étaient d'accord".

Christian Gérondeau devient assez vite le "candidat naturel et unique de la majorité", il passe par exemple sur TF1, dans l'émission de Jean-Louis Servan Schreiber, "Questionnaire", et sur place fait une pré-campagne très médiatique.

Parmi les partis politiques de la majorité, le C.D.S. (Centre des Démocrates Sociaux), emmené par Alfred Depège, déclare "ne pas voir s'installer à l'Hôtel de Ville un maire communiste et un Conseil municipal collectiviste".
Et le communiqué de poursuivre ainsi :
".... Les militants du C.D.S. ont reçu ce polytechnicien jeune et brillant ingénieur, et non pas technocrate, qui s'est loyalement et franchement expliqué avec eux." Et ces hommes se déclarent tous acquis à cette candidature.

On dénote une belle unanimité..... de façade, de l'ensemble de la classe politique berruyère. Il est acquis que M. Gérondeau sera tête de liste d'une large union, puisque le C.D.S. l'appuie, alors que l'U.D.R.(Union pour la Défense de la République), emmenée par le gaulliste Christian Gérigny, fait de même. M. Boisdé est lui aussi d'accord tandis que le jeudi 2 décembre 1976 un communiqué officiel venant de Paris diffuse :

M. Christian GERONDEAU est désigné comme candidat officiel de la majorité

signé par :
M. BARROT (C.D.S.)
M. DOMINATI (R.I.)
M. GUENA (U.D.R.)
Mme NEBOUT (Parti Radical)

Tous quatre sont secrétaires généraux de leur formation respective.
C'était sans compter avec les dissensions et les appétits de ces hommes de droite, car ils étaient au moins 5 de l'équipe Boisdé à vouloir prendre la place. La lutte fut très sévère, comme souvent entre gaullistes et giscardiens.

Au mois d'octobre 1976, certains font des réserves sur la présence de M. Gérondeau, il n'a pas les faveurs de l'ensemble des hommes politiques locaux. C'est le Docteur Lebrun, Conseiller Général de Bourges 2, qui écrit dans une lettre ouverte, un "bienvenue à M. Gérondeau", mais au cours de cette missive, il fait remarquer que "les Berruyers auraient préféré un habitant de plus longue date.... et Bourges ne doit pas être une étape dans votre carrière". On observe quelques ambiguïtés chez les notables berruyers.

Et puis Boisdé a toujours de nombreux supporters, même si "la Société pour l'Encouragement au Dévouement .... assure la légitime reconnaissance pour les services rendus avec le souhait irréfléchi de reconduire un mandat au-delà des limites du raisonnable..... Il ne faut pas faire croire que Boisdé est irremplaçable".

Gérondeau multiplie les apparitions dans la ville, les études sur la circulation de Bourges et les sondages à travers son journal "Agir pour Bourges". Le 20 décembre il publie un communiqué dans lequel il fait savoir qu'il a été reçu par Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée, à qui il a exposé les problèmes du Cher et de Bourges dans le domaine de la circulation.

C'est trois jours après cette entrevue élyséenne que Raymond Boisdé intervient dans la campagne électorale, et ses quelques mots font l'effet d'une bombe. Il écrit :

"Répondant à de nombreux appels personnels et conscient que la gravité de la situation réclame de tous, des efforts et des sacrifices, je me sens obligé de prendre sans plus tarder une part effective à l'élaboration d'une liste unique largement ouverte à la jeunesse".

Ainsi Boisdé conduira la liste de la majorité, il en a décidé ainsi, contre les instances nationales et il affirme qu'il sera présent "jusqu'au terme de mon mandat de député", c'est-à-dire pour un an. Avec la mise en selle de Christian Gérondeau, Boisdé, qui n'avait pas préparé sa succession, se vit contesté dans ce choix de dernière minute, aussi, pour calmer les esprits, il se sentit contraint de tenter de conserver la Mairie jusqu'à la fin de son mandat de député, soit 12 mois. Il déclara, sans doute contre sa volonté profonde que, finalement, il se représentait.

Ce revirement ne fut pas très apprécié. Le premier à "ruer dans les brancards" fut Maître Christian Gérigny, qui appartenait au R.P.R. ses amis le voyait déjà maire de Bourges. Il déclarait " si Gérondeau est sur la liste Boisdé, je n'y figurerais pas".
C'est la confusion à Bourges. Boisdé, devant la lutte entre Gérondeau et Gérigny, n'a pas voulu choisir, il se laisse un an pour désigner son successeur.... certain d'être élu en mars prochain.
Alfred Depège se souvient de ces moments forts, il n'est rentré à Bourges qu'en février 1977, après une longue hospitalisation à Paris :

"J'ai rencontré Boisdé, et, avec Chouard et Gérondeau, nous avons sablé le champagne et discuté avec Gérondeau qui venait avec sa profession de foi. C'est le lendemain que Chouard m'appelle, et m'informe que Boisdé reprend les choses en main, c'en est fini de Gérondeau"

L'explication formulée par Depège ne manque pas de sel..... Boisdé aurait reçu un tract relatif à la ceinture de sécurité que voulait imposer Gérondeau. Ce tract était violemment opposé à cette pratique. Boisdé a pensé qu'avec des oppositions de ce type, son "poulain" Gérondeau n'avait pas de chance de l'emporter.

Ce coup de théâtre, bien dans la tradition de la politique politicienne, a des causes nationales et d'autres locales. Il y a d'abord la création par Jacques Chirac, le 5 décembre 1976, du R.P.R. (Rassemblement Pour la République). Ce mouvement a donné du baume au coeur aux militants et M. Gérigny, qui s'était déjà démarqué du maire de Bourges en démissionnant de son poste d'adjoint, avait sans aucun doute une stratégie aussi volontaire que son Chef de Parti. Et puis, localement, après 18 ans de règne "giscardien", il était temps de penser à l'alternance. Boisdé intervenant coupait l'herbe sous le pied de son ancien maire-adjoint qui ne pouvait plus envisager de faire une liste R.P.R. capable de l'emporter. Christian Gérigny, en tant que président de Bourges-Renouveau, avait publié un communiqué le 18 décembre, dans lequel il déclarait qu'il "répondait aux aspirations de ceux qui souhaitent l'élection d'un maire berruyer non communiste....."

Les conseillers municipaux sortants, à l'exception de quelques-uns, dont Depège, vont recevoir une étrange missive de Boisdé dans laquelle on peut lire :

"Je crains de me voir malheureusement dans la pénible obligation de ne pas vous solliciter de reprendre du service comme on m'a demandé, à moi à mon corps défendant, de le faire......
Je ne veux pas manquer de vous témoigner le chagrin que j'en éprouve et l'injustice que j'en ressens.
Notre amitié ne sera pas atteinte."

Dans les jours qui suivent l'annonce de Boisdé de se représenter, Gérigny donne son accord, persuadé que dans un an, ce sera lui que le conseil municipal élira comme Maire pour succéder à Boisdé.
De son côté, Gérondeau se trouve piégé, il se rallie à la proposition du maire de Bourges, la formule d'1 an, sous forme de transition le satisfait, n'est-il pas le candidat des 4 forces de la majorité ? Il répond "positivement à l'appel lancé par M. Boisdé" et il affirme poursuivre son action avec la même détermination.
La guerre de succession se poursuit, mais l'issue est reportée à 1978. C'est en tout cas ce que se disent les notables berruyers.

Pendant ce temps, à gauche, en cette fin d'année 1976, la situation est plus claire. Dans la foulée du Programme Commun de gouvernement, une liste se prépare incluant les trois composantes de l'opposition. La seule question que se posent les observateurs, c'est de savoir qui conduira la liste : Marguerite Renaudat ou Jacques Rimbault. Ils sont tous deux Conseillers Généraux, et si Mme Renaudat est une ancienne Berruyère, pour reprendre l'expression de J. Ph. Demey, M. Rimbault, lui est davantage l'homme du Parti et de son appareil. Et puis, chacun veut savoir si, en cas de victoire, bien improbable aux yeux de la majorité des Berruyers, ce sera Marguerite Renaudat ou Jacques Rimbault qui sera élu maire.

Entre la droite et la gauche se profile à Bourges un groupe "Socialiste Démocrate". Le Secrétaire National du mouvement des Sociaux Démocrates, Eric Hintermann, a passé le premier week-end d'octobre 1976 à Bourges. Il a rencontré M. Henry, ancien secrétaire fédéral de la S.F.I.O., et M. Malvaux qui se charge de la mise en place de ce nouveau parti à Bourges. Ce mouvement est né en mai 1975, il existe dans 70 départements et se fixe pour objectif d'arriver avant le candidat de droite, et à Bourges "d'empêcher le succès des communistes".
La fin de l'année 1976 est donc rude à Bourges. Hors la politique, on inaugure le 2 décembre le nouveau parking d'Auron qui aura, malgré l'action continue de M. Maillet, la plus grande difficulté à être utilisé par les Berruyers.
Le 3 novembre se déroule une magnifique exposition florale appelée "Berryflor 76" au Parc Saint-Paul, alors que les personnalités se pressent à l'inauguration, on note dans les personnalités présentes, M. Collot, le préfet du Cher, Boisdé, Renaudat, Rimbault, mais aussi M. Gérondeau venu comme président de "Agir pour Bourges".
Quelques trois semaines plus tard, une jeune artiste propose sa première exposition de peinture au parc Saint-Paul, il s'agit de Marie-France Narboux qui a l'honneur de la presse locale lorsqu'elle pose, souriante, devant une de ses toiles......

Bulletin Municipal Officiel de Bourges du 28 février 1976 (BY P11)
témoignage de M. Alfred Depège (1994)

LA CAMPAGNE ELECTORALE DES MUNICIPALES DE MARS 1977

Le mois de février va être fertile en rebondissements à Bourges. C'est l'apparition d'une troisième "grande liste" pour les municipales avec le "cercle Cujas", animé par Maître Corneloup, et comprenant Jean-Marie Nunez, Pierre Catinaud, Yvon Mautret et quelques autres. Ils feront une liste à part dans laquelle ils feront entrer des anciens socialistes comme René Henry, cette liste "Bourges-Espoir" était un coup de pied à Boisdé.
Le 19 février, à seulement un mois à peine des élections, le premier communiqué de Bourges-Espoir est publié, c'est une explication dans lesquels ces dirigeants "veulent éviter la division en deux blocs de la société berruyère". Ces nouveaux venus ne sollicitent aucune investiture politique, ils se veulent le rassemblement de candidats venant de tous les horizons politiques.

Le 23 février, la liste de Bourges-Espoir est dévoilée. Le chirurgien Pierre Lebrun est tête de liste, suivaient, par ordre alphabétique, Michel André, cadre commercial, René Aubrun, directeur d'école, Robert Brisse, agent de maîtrise, Pierre Catinaud, libraire, Jean Chéritat technicien, René Henry, technicien, Jean-Pierre Morel, charcutier, Yvon Mautret, cadre en assurance, Jean-Marie Nunez, architecte, Jacques-Louis Tabare, etc.

Cette liste comprend des personnalités locales qui se veulent une relève à droite, elles sont issues du "cercle Cujas", formé 18 mois auparavant et qui était un groupe de réflexion sur les problèmes locaux. L'objectif municipal était de ne pas laisser face à face la gauche et la droite, mais de proposer une "troisième voie" aux Berruyers.
Il s'agit d'une structure collégiale, mais il n'est pas possible de mettre un nom qui se détache et qui pourrait devenir le futur maire en cas de victoire. Ce flou portera sans aucun doute préjudice à la liste en cause.

La presse s'interroge d'ailleurs sur le futur maire, dans l'hypothèse d'une victoire de la liste de Bourges-Espoir. Dans une première approche, si la tête de liste est le docteur Lebrun, le candidat maire sera sans aucun doute M. Mautret. Quelques jours plus tard, certaines confidences laissent entendre que le docteur Lebrun, ayant réussi à concilier sa vie professionnelle et une possible activité de maire, pourrait être le prochain maire de Bourges. Il faudra attendre le 9 mars, à une semaine du premier tour, pour que Maître Corneloup dévoile le nom du futur maire en cas de victoire : ce sera..... René Henry, et le docteur Lebrun occupera, lui, le poste de premier adjoint.
M. Gérondeau dut renoncer face "à un parti qui se voulait dominateur", et voyant cette curée, ne figurait pas sur la liste de Raymond Boisdé. Dans un court communiqué, il indiqua "qu'il est possible que les circonstances ne me premettent pas d'y participer directement", puis il ajoutait qu'il voulait lutter contre la liste de gauche, et se sent disponible pour l'avenir. En fait, ce brillant fonctionnaire, devant cette incohérence berruyère, n'avait pas réussi à s'imposer. Il fit ses valises et quitta le Berry, laissant trois listes principales en présence, dont deux pour la sensibilité de droite.

René Henry l'ancien socialiste, adjoint au maire en 1965, se retrouvait en première ligne, il est attaqué par la gauche et par l'équipe Boisdé. Il publiera un communiqué pour affirmer qu'il a bien été socialiste, et ceci depuis 1945, à l'époque des Jeunesses Socialistes. Par la suite, il fut secrétaire de la fédération du Cher de la S.F.I.O., entre 1952 et 1970, et "refusa la filiation du nouveau P.S. avec le Parti Communiste". Il déclarera, entre les deux tours, qu'il combat autant la droite périmée que le P.C.F.

A gauche, une liste dite "d'union de la gauche" est emmenée par un communiste, M. Jacques Rimbault, conseiller général de Bourges-Nord et ancien de l'équipe vierzonnaise de Léo Mérigot. Entourant ce communiste, quelques socialistes, dont Jean Roger, et des personnalités telles Edmé Boiché, un gaulliste de gauche. Face à la puissance de la droite, sur une ville comme Bourges, monsieur Rimbault et ses amis n'ont pas beaucoup de chance, en privé, ils ne se font beaucoup d'illusions sur l'issue du scrutin.

Pourtant, lorsque le 2 février 1977, a lieu la présentation publique au Parc Saint-Paul de la liste d'Union de la Gauche et des Démocrates, on ne trouve pas de femmes et d'hommes battus d'avance. Au contraire.

Ils sont 37 candidats présentés par Marguerite Renaudat, On dénombre 17 communistes, 14 socialistes et 6 républicains de progrès : une liste unitaire qui doit plaire à l'ensemble de l'électorat de gauche de Bourges.

Quant à Raymond Boisdé, c'est le 25 février qu'il présente sa liste, intitulée Bourges-Union. Elle ne comprend que 3 membres de l'équipe sortante, sur 37 candidats, et en particulier, Alfred Depège n'est pas là, tout comme Gérondeau.

Il ne reste que Gérigny et Roy, ce dernier, se situant "dans la mouvance" Gérondeau. Peu de personnalités sont connues, si l'on excepte Josette Csorgei, Paul Farenc, et Alain Villard. Par contre, il y a 9 dames, et dans la photo de présentation, Boisdé est à table, entouré de ces 9 femmes ! La liste comprend toutes les catégories professionnelles, tous les quartiers de Bourges, toutes les associations, et si 3 candidats ont moins de 30 ans, 3 ont plus de 60 de ans. Une liste dont on dirait aujourd'hui qu'elle est sortie d'un ordinateur.
La plupart des candidats ne sont pas engagés politiquement, et Boisdé affirme "qu'il ne s'agit pas d'une liste partisane, comme celle de l'union des forces collectivistes", il veut des femmes et des hommes pour "la concorde nationale et la liberté".

Le plus cocasse, c'est le soutien apporté à cette liste par les quatre formations de la Majorité, et la lettre est signée de Barrot, Dominati, Tiberi, Bariani, la même missive et les mêmes hommes qui avaient apporté leur soutien à Gérondeau quelques semaines auparavant....

Boisdé compte sur cette liste de personnes vierges en politique pour l'emporter, et il inaugure à tour de bras, la veille du premier tour, c'est la place André Malraux qui est ainsi baptisée. La semaine précédente, la dernière oeuvre de Boisdé avait été le lac d'Auron.

"LE DRAPEAU ROUGE FLOTTE SUR LA MAIRIE"

La fin de la campagne est très dure à Bourges, à l'approche du 13 mars, date du premier tour. Au Parc Saint-Paul, ils sont 1500 à écouter les leaders de la gauche locale. Jacques Rimbault, observant les divisions de la droite, sent la victoire possible. Il s'exprimera ainsi : "l'espoir et l'union sont à notre côté", alors que Charles Parnet donne une idée très critique de ce que furent les réalisations de Boisdé. Boiché parlera de son cas, lui, le gaulliste de gauche, qui n'est"l'otage de personne".

Le premier tour est une surprise à Bourges. Si Papon est réélu à Saint-Amand et Léo Mérigot élu à Vierzon, le résultat de Bourges ne permet pas de se prononcer. La liste de gauche de Rimbault arrive largement en tête avec 14 246 voix, suivie des deux listes "de droite", celle de Boisdé avec 7792 bat de 300 voix celle de Bourges-Espoir qui obtient un très bon score avec 7497 suffrages. La liste de Lutte Ouvrière fait un bon résultat avec 1478 voix.
Les abstentions ont été importantes, avec un taux de 27%.
Les premiers commentaires sont pour analyser la chute de Boisdé. Lui, qui fut élu au premier tour en 1965, avec 65% des suffrages et près de 60% en 1971, se retrouve avec un score de 25%. C'est un rejet de l'homme et de sa liste. Au soir de ce premier tour, René Henry affirme vouloir se maintenir, car seule sa liste peut battre celle de M. Rimbault. De son côté, Raymond Boisdé dit la même chose, il se trouve "désigné naturellement" car il est arrivé en tête des deux listes de droite... Il n'a pas compris le voeu des électeurs : le désire d'un réel changement.

Les résultats du second tour des élections à Bourges font l'effet d'une bombe pour tous les Berruyers qui n'étaient pas familiers avec la politique locale. La liste emmenée par Jacques Rimbault l'emporte très largement avec près de 56% des suffrages, très exactement 55,91%, et Raymond Boisdé a perdu, il est loin derrière, à 4000 voix de son vainqueur.
On note peu d'abstentions, puisque le taux n'a été que de 20%, ce qui a représenté 2861 électeurs supplémentaires. Comme Boisdé a obtenu 55 voix de moins que la somme des listes de Bourges-Union et de Bourges-Espoir, cela signifie qu'il n'a pas fait le plein des voix de droite, et que de nombreux abstentionnistes du premier tour, n'ont pas voté pour lui.
C'est une défaite sévère, mais ce qui est encore plus difficile, ce n'est pas d'avoir été battu par ses adversaires, mais par ses amis. Il ne fait aucun doute que la perspective de remettre à la première place de la ville une équipe ancienne et usée, a amené beaucoup de rancoeur dans les rangs de la droite locale.

Beaucoup de femmes et d'hommes n'ont pas compris que Raymond Boisdé n'ait pas laissé la place à l'équipe de Bourges-Espoir, qui pouvait être une alternative intéressante. Alors, de nombreux Berruyers, pas plus communistes que socialistes, ont avant tout voté contre l'équipe du maire sortant, en voulant lui faire comprendre qu'il devait laisser la place. Ils ne supportaient plus que leur maire soit continuellement entre Paris et la Côte d'Azur, où il séjournait longuement pour des raisons de santé, et que la gestion municipale soit assurée par "l'entourage" du maire.

Raymond Boisdé va partir, sans doute avec beaucoup d'amertume et d'incompréhension. Il laisse flotter sur la mairie "le drapeau rouge", pour reprendre l'expression de plusieurs de ses amis au soir de la défaite, ils sont "sonnés" et se laissent aller à beaucoup de fantasmes, ne comprennant pas ce qui leur arrive.
Jacques Rimbault est un inconnu pour la majorité des Berruyers. La plupart ne retiennent que son étiquette. Il est né en 1929 d'une vieille famille berrichonne. Il fait ses classes dans les maquis de la Résistance avant de suivre les écoles traditionnelles du "Parti".
Ajusteur de métier, il travaillera à la pyrotechnie, puis à la SNCAC.
La politique prend vite le devant parmi ses activités et il est élu conseiller municipal de Vierzon en 1953, puis maire-adjoint de Vierzon lors du scrutin de 1959, il est le troisième sur la liste, le maire étant le "grand" Léo Mérigot.
Le Parti reconnait sa valeur et il entre au Comité Central du Parti Communiste en 1964. Il passe progressivement de Vierzon à Bourges, en étant d'abord élu conseiller général du Cher en 1973, puis maire de Bourges à la suite des élections de mars 77.
En 1977, il passe pour un militant convaincu et sans faille du Parti Communiste, il sait s'entourer d'une bonne équipe, et connaît la faiblesse de ses partenaires socialistes pour éviter toute crise grave. On le dit "persévérant, réfléchi, un aspect(faussement) débonnaire, un petit côté fouineur", c'est la description qu'en fait Pierre Favre qui le connaîtra lors des Printemps de Bourges.

Jacques Rimbault, quelques semaines avant sa disparition, à qui j'avais demandé une photographie symbolisant pour lui la victoire de 1977, m'avait fait parvenir ce document où il apparaît entouré de son équipe:

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