L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES
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L'HISTOIRE DE BOURGES EN 1900
Par Roland NARBOUX

Bourges, l'année 1900 et l'aventure d'un maire pas comme les autres, Vaillandet

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Version 2009

 

1900, il ne semble pas que le passage d'un siècle à l'autre ait eu de grandes répercussions en France, pas plus qu'à Bourges. Mais il est toujours intéressant de savoir "ce qui se passait le premier jour du premier mois de la première année d'un siècle" et le vingtième sera à la fois passionnant et désolant. L'homme ira dans la lune, mais il commettra les pires atrocités de l'autre côté du Rhin pendant quatre ans de ténèbres. Puisse la lumière revenir !

1900 / 1901 Naissance du XXe siècle à Bourges
 
- 1er janvier 1900
- Bourges la paisible
- Premières municipales du siècle
- Vaillandet, le maire, sur un siège éjectable
- Laudier le Vierzonnais
- Le jeune Laudier a du caractère
- Les polémiques de l'époque


LE 1er JANVIER 1900

Dans le monde, ce 1er janvier 1900 est relativement calme. La presse nationale signale une vague de grèves en Belgique, Allemagne et Autriche-Hongrie; c'est assez significatif d'un climat social détestable dans les grandes industries de l'Europe. La guerre ne touche pas le vieux continent, elle est lointaine, c'est en Chine avec de terribles émeutes; alors que les Français se passionnent pour la guerre des Boers, laquelle est relatée en première page chaque jour par le journal local de Vierzon, "La Dépêche du Berry", avec des informations très précises :

" Dans la guerre du Transvaal, les combats de Colesbery font rage, le Général French prend l'offensive"

En France, chacun suit de très près l'avancement des travaux de l'Exposition Universelle, laquelle doit ouvrir ses portes à Paris dans quelques semaines. Mais les préoccupations de nos compatriotes sont aussi sociales. C'est la grève des mineurs à Saint-Etienne, ils se sont réunis dans une salle, et le socialiste Jean Jaurès est venu apporter son soutien à ces 3000 "gueules noires" de la Loire, en prêchant toutefois le calme. La grande affaire dans le pays, et pour les nombreuses décennies à venir, c'est la querelle de l'Ecole Publique face aux partisans de l'Ecole Catholique : le débat continue.
Ce premier janvier, comme il est de coutume, le Président de la République, M. Emile Loubet reçoit l'ensemble des personnalités politiques du pays, lesquelles viennent lui présenter leurs voeux. C'est la première fois que M. Loubet présidait cette cérémonie, il reçoit donc le Président du Sénat, Armand Fallière, accompagné des sénateurs "marchant d'un bon pas", puis c'est le tour de Paul Deschanel, à la tête des Députés du pays. Comme le note un journal local berrichon :
"Cette cérémonie ne fut marquée par aucun incident"... on n'avait pas confiance à cette époque ! Il faut dire qu'il y avait eu, avec ce nouveau Président, quelques incidents, l'anticléricalisme du pouvoir ne faisait pas l'unanimité !

La première page de "La Dépêche du Berry" est aux trois-quart consacrée à l'audience du procès en Haute-Cour, dans lequel Paul Déroulède est condamné à dix ans de banissement, le soir même, il sera expulsé en Belgique.

A Bourges, ce 1er janvier 1900, deux évènements ont retenu l'attention des journalistes :
- C'est d'abord la nouvelle victime de l'accident qui est arrivé à la fonderie de canons. En effet, M. Duteil, âgé de 58 ans, était occupé à la manipulation de vieilles fusées récupérées dans les champs de tir, il faisait donc son travail lorsque la fusée éclata. Il eut la main gauche sectionnée. Conduit à l'hôpital, il succomba à la suite de complications. Ainsi Bourges est bien, en ce début de siècle, une ville ou l'industrie d'armement est présente... et dangereuse.

- Le second évènement est plus banal à Bourges. Il s'agit d'un incendie qui s'est déclaré en plein Centre Ville, très exactement rue Porte Jaune, chez Madame Touzet, qui tenait un atelier pour dames. On cria "au feu" et les pompiers, comme il se doit, arrivèrent. Après une demi-heure d'efforts, le sinistre fut maîtrisé. La perte fut évaluée à 6000 francs, en dentelles, soieries et autres pièces de tissu. Bourges restera une ville d'incendies pendant encore tout le XXe siècle.
Comme leurs confrères, "Le Journal du Cher" ou "La Dépêche du Berry", à cette époque, n'avaient que 4 pages. Et sur ces pages, deux étaient consacrées à la publicité. On vantait les mérites de "Royal Windsor", une lotion proposée pour la régénération des cheveux. De son côté, un dentiste, A. Desbouis signalait qu'il livrait des dentiers partiels en 6 heures et des dentiers complets en 2 jours. Il habitait au N° 7 rue de la Gare à Bourges et informait aussi sa clientèle qu'il guérissait les maladies de la bouche. Ainsi, la Pub en 1900, vantait beaucoup de pommades, pilules et autres lotions.... Pour les pilules "Morson-Moulin, un excellent purgatif, exigez que le nom de la Maison soit bien inscrit sur chaque boite... "

Dans "La Dépêche du Berry" des premiers jours du siècle, le sport est totalement absent, c'est la politique qui est au devant de la scène. Il y a toutefois des curiosités qui surprennent encore aujourd'hui. Ainsi, dans la Chronique Agricole du 4 janvier, un très long article est consacré ..... à la sylviculture soudanaise. Et le journaliste de déployer sa verve en évoquant la flore de Tombouctou, les jujubiers sauvages du Soudan ou les mimosas de Lybie. Pour faire bonne mesure, notre journal berrichon donne les derniers chiffres de la récolte de vin en Algérie et termine par la médiocrité des récentes production d'olives..... L'information locale est réduite à sa plus simple expression.

"La Dépêche du Berry" de Janvier 1900
"Le Journal du Cher" de janvier 1900

BOURGES, LA PAISIBLE

Comme les petites cités de province, Bourges est calme, certains diront "c'est une période heureuse, loin de tout souci, qui paraissait ne devoir jamais se terminer". Le recensement de la population donne un chiffre de 46 551 habitants en 1901. Il est en légère augmentation depuis le dernier recensement de 1896.

Les "grands hommes" de l'époque se nomment Théophile Moreux, un savant professeur de mathématiques, astronome. et abbé. A l'opposé, sur l'échiquier politique traditionnel, le Président de la Chambre des Députés se nomme Henri Brisson, il est Franc-Maçon et député du Cher. Quant à Jean Rameau, le barde qui chante le Berry, il est sabotier rue Mirebeau, mais les Berruyers ne semblent pas l'apprécier ni l'aider.

Le maire de la ville est le docteur Henri Mirpied, il est en place depuis son élection du mois de mai 1892, et sera réélu le 14 octobre 1894. Il est connu à Bourges pour avoir donné son nom pendant un demi-siècle au chapiteau du château d'eau de la place Séraucourt. C'est en effet Mirpied qui fait ajouter un réservoir supplémentaire au monument, le troisième, et ainsi, jusqu'en 1960, les Berruyers pouvaient admirer cette oeuvre appelée "le Chapiteau de Mirpied". Depuis cette époque, une place située en plein centre de la ville de Bourges a pris pour nom celui du maire Mirpied, qui était en outre un excellent historien local.

En 1900, la mairie est située rue de la Monnaie, à l'emplacement actuel de la Poste Principale de Bourges, elle jouxtait la rue Moyenne. Ce lieu fut acquis par le maire Pierre Planchat. Auparavant, et depuis 1682, le Palais Jacques Coeur avait été utilisé par l'administration municipale. En remontant le temps, l'Hôtel des Echevins avait été construit pour devenir un Hôtel de Ville, à la suite du Grand Incendie de la Madeleine de 1487.

La ville de Bourges est calme et même paisible, elle s'est pourtant donnée un maire pas comme les autres, il s'agit d'Alfred-Charles Vaillandet, "un rouge de la pire espèce" comme l'écriront certaines gazettes. Les "Municipales" de 1900 placées sous le thème de "La République est en Danger " selon le mot de Jaurès, voient à Bourges, Vierzon-Ville et Vierzon-Bourgneuf, la victoire des socialistes.

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PREMIERES MUNICIPALES DU SIECLE

Les premières élections municipales du XXe siècle vont beaucoup rappeler aux "Anciens", celles de 1888. A cette époque, pour succéder au maire radical Eugène Brisson, en place depuis huit ans, une coalition comprenant le Docteur Mirpied et Théophile Lamy fut constituée. Cette liste dite de concentration républicaine avait, aux yeux des Berruyers, une sensibilité très socialiste.

Cette liste Mirpied-Lamy, soutenue par le grand Pierre Brisson, cousin du maire sortant, fit une campagne acharnée, accusant Eugène Brisson de "malversations fantastiques", et c'est ainsi qu'en 1888, Bourges se donnait une municipalité socialiste. Mais les accords stipulaient que si la liste l'emportait, ce serait Mirpied qui serait élu maire. Le vote pour le poste de premier magistrat donna lieu à une séance rocambolesque. Au premier tour de scrutin, Lamy avait le plus de voix, mais, les bulletins blancs ayant été comptés pour déterminer la majorité absolue, il y eut un second tour qui vit l'élection de .... Mirpied. Une réclamation fut déposée auprès de la Préfecture, et, grâce à l'aide d'Henri Brisson qui connaissait parfaitement les rouages électoraux, la situation fut renversée : le premier tour de scrutin comptait et Lamy se retrouva un mois plus tard maire de Bourges.

C'est avec un scénario à peu près identique que vont se dérouler les élections de Mai 1900. Il y a quatre listes en présence. La première est nationaliste, elle n'a pas beaucoup de chance. La seconde est dite de "concentration", elle comprend Achille Chédin, Grémillot, Forest, Larchevêque, on pourrait la qualifier de "centre droit". La troisième est dite "Mirpied", elle comprend des républicains comme Paul Commenge, ou encore Florentin Labbé. Enfin la dernière est "socialiste", elle est formée par Lamy, mais la tête de liste est Gaston Cougny. On trouve parmi les candidats socialistes, Lebrun, Hervier et Vaillandet.

Le maire Alfred-Charles Vaillandet

Gaston Cougny était un des grands personnages du début du siècle. Il était né à Bourges le 5 décembre 1857. Au cours d'une longue et riche carrière, il devint avocat, tout en ayant plusieurs cordes à son arc. Ainsi, en 1878, Cougny devint le secrétaire de Louis Blanc, et comme socialiste, il collabore à plusieurs journaux dont "Le réveil Social".
Son amitié pour le vierzonnais Félix Pyat le pousse vers le Parti Socialiste Révolutionnaire, dans laquelle il passe pour un réformiste. Son action militante dans le domaine de la presse lui fait participer à la création de plusieurs journaux comme "la Commune" ou collaborer à la "vérité", un journal très à gauche.
En dehors de son activité politique, Cougny publie un "Dictionnaire des Parlementaires Français" et devient professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Bourges. C'est en travaillant sur ce thème de l'art que Cougny écrit et fait publier chez Firmin-Didot une "Histoire de l'Art" en 5 volumes.

Il n'aura pas une carrière à la hauteur de ses ambitions. Aux élections législatives de 1898, il frôle la victoire au second tour, mais il est battu par d'Arenbert, cette même année, il devient Conseiller Général socialiste, mais il vise à la fois une place de député ou une de maire de Bourges : il n'aura ni l'une, ni l'autre. Gaston Cougny mourra à Bourges le 5 juillet 1908.

Au premier tour du 6 mai 1900, il n'y a qu'un candidat élu; c'est le socialiste Cougny. Pour tous les autres, c'est le ballotage. Pourtant les résultats sont surprenants. La liste socialiste obtient environ 3500 voix de moyenne, alors que celle de Mirpied n'a que 1600 voix et celle de concentration 1200. C'est une victoire socialiste, mais le second tour est indécis. La somme des listes de droite ou du centre font jeu égal avec la liste Lamy.
Comme souvent, la désunion "des partis de l'ordre, sans cohésion et sans chef véritable" provoque la perte de la mairie pour la droite. La liste socialiste l'emporte avec une moyenne de plus de 1000 voix d'avance sur celle de Mirpied.

La victoire des socialistes est connue vers une heure du matin à l'issue du scrutin du 13 mai 1900. Aussitôt, alors que le temps est très mauvais et que la pluie fait rage, c'est une explosion populaire dans les rues de Bourges. Les cris de "Vive la sociale" sont poussés par les vainqueurs. A leur tête, Monsieur Vaillandet, "presque porté en triomphe", c'est un beau succès pour ce professeur de lycée, qui est, en fait, un nouveau venu à Bourges.


Alfred-Charles Vaillandet est né le 13 janvier 1865 dans la Haute-Saône. C'est en janvier 1898 que le congrès socialiste d'Epernay lui propose de se présenter aux législatives dans une circonscription de la Marne qualifiée de "très à gauche". Vaillandet refuse, il n'est pas un "arriviste". Depuis la rentrée d'octobre 1897, il est à Bourges comme professeur d'histoire. C'est un socialiste antimilitariste et extrémiste. Pour ces élections, dans un premier temps, on avait beaucoup intrigué pour que Lamy reprenne le fauteuil de maire. Mais ce dernier ne voulait que le poste d'adjoint. De même, Cougny ne désirait pas la place, il souhaitait - disait-on chez ses amis - "devenir Conseiller à la cour d'Appel", ce qui n'avait rien à voir ! Enfin Vaillandet tergiversa, il acceptait un jour, se récusait le lendemain. En réalité, une réunion des élus socialistes se déroula avant la convocation du conseil municipal et Vaillandet recueillit 12 voix contre 8 à Lamy. C'était un signe.

Le 21 mai 1900, dans une salle très populaire formée, selon le "Journal du Cher", de "collectivistes militants", l'élection du maire se déroule sans surprise. Vaillandet obtient 25 voix sur 30 votants.
Après une phase musicale par la fanfare de la Bourse du Travail, le nouveau Maire prononce le discours d'usage :
" Si les désirs personnels étaient entrés en ligne de compte, je ne vous cache pas que j'aurais hésité à accepter ce périlleux honneur.... Mais j'estime que nul n'a le droit de s'esquiver...."

Il termine de manière très conventionnelle à gauche par un "Vive la République démocratique et sociale".
La séance est levée, alors que dehors les chants se font entendre, c'est La Carmagnole puis l'Internationale. Bourges s'est dotée d'un maire socialiste.

Journal du Cher Mai 1900
Dépêche du Berry Mai 1900
Claude Pennetier Le Socialisme dans le Cher

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VAILLANDET, LE MAIRE SUR UN SIEGE EJECTABLE

Depuis ce 20 mai 1900 Alfred-Charles Vaillandet occupe le fauteuil de premier magistrat de la cité. Pourtant, il ne va pas rester en place très longtemps, c'est un épisode à la fois surprenant et symptomatique des moeurs de ce début de siècle. Tout se concrétise cinq mois après l'élection du maire, lorsque paraît un arrêté signé du préfet du Cher, suspendant Vaillandet de son mandat de maire.
Dans ce cas, selon les termes de la loi de 1884, il ne restait qu'une solution : que Bourges se dote d'un autre maire. Mais qu'avait donc fait le maire pour mériter une telle réaction de la part du préfet du Cher, d'autant plus que Vaillandet sera révoqué par un décret du Ministre de l'Intérieur en date du 12 novembre 1901 ?

On en saura plus à la séance du conseil municipal du 20 novembre, lorsque le coupable va chercher à se justifier devant ses collègues. Il sera soutenu dans cette épreuve difficile par le conseiller Rougeron, lequel propose une motion approuvant la conduite de son maire. Cougny s'oppose au vote, car affirme-t-il, "Vaillandet a divisé le Parti Socialiste". Finalement, la motion Rougeron est adoptée par 16 voix contre 10 et il y a eu 2 abstentions. Ceci démontre que l'ex-maire avait la confiance de ses collègues du conseil municipal.
La politique de la gauche française d'alors n'est guère simple. En effet, une scission s'est faite, à la suite de l'entrée dans un ministère de Défense Républicaine du socialiste Millerand, car, dans ce même gouvernement, le socialiste côtoie Gallifet, le "Tueur de la Commune". Cougny à Bourges et Breton à Vierzon sont des partisans de Millerand, ils s'opposent à la nouvelle vague des socialistes purs et durs, emmenés par Vaillant : Vaillandet, Mauger et Laudier. Finalement, Cougny est exclu du Parti Socialiste. Alors, entre les anciens amis, ce sera la haine, et Vaillandet va payer.
Les reproches du préfet à Vaillandet portent sur deux points essentiels. Le premier tient au fonctionnement administratif de la mairie. Un brigadier d'octroi nommé Renouard était proche de la retraite. Il semble que Vaillandet ait voulu le précipiter un peu plus vite dehors, en tout cas, sans son consentement. Il y eut un conflit entre les deux hommes, d'autant que Renouard avait des amitiés avec Cougny. Lorsque Renouard sanctionna pour faute trois de ses subordonnés, le maire le désavoua et leva les sanctions ainsi infligées. Pour le préfet, cela se traduira par un encouragement "du maire à l'indiscipline". C'était le premier motif pour écarter Vaillandet.

Le second motif est plus grave et plus politique. Vaillandet touchait à l'armée, à son moral, à sa tradition, et l'on était en pleine affaire Dreyfus.....
Premier incident entre Vaillandet et l'autorité militaire locale, à l'occasion du 14 juillet. Comme il était de tradition, la Ville mettait à la disposition de la population pour suivre le défilé des troupes, une estrade et des chaises place Séraucourt. Deux mois après son élection, et selon ses principes antimilitaristes, Vaillandet refusa cette aide logistique aux autorités militaires, c'était une position insoutenable et impopulaire. Comme le rappelle "l'Indépendant du Cher", la municipalité refusa de participer au défilé du 14 juillet qu'elle remplaça par une marche de jeunes socialistes chantant l'Internationale et criant des "Vive la Sociale, A bas l'armée" et "A bas la calotte". Il y avait de quoi émouvoir la population berruyère même la moins conservatrice. Mais le plus dramatique ne va pas tarder à se produire.

En effet, Vaillandet, s'associa à une manifestation "poussant les jeunes soldats à la désobéissance". Il est vrai qu'il avait participé à une réunion publique, et lorsqu'il a pris la parole, certaines phrases étaient très politiques, ainsi il dira : "En cas de conflit armé, le soldat doit se rappeler les principes de l'Evangile, tu ne tueras point".

Sur un des tracts distribués au cours de cette réunion, on pourra aussi lire :
"Tu vas troquer la blouse contre la capote, n'oublie pas que tu es prolétaire, la mascarade n'aura qu'un temps".

En 1901, on ne badinait pas avec l'armée. Il était acquis que "chaque fois que l'armée serait attaquée, le coupable serait frappé". Et c'est ce qui se passera.

Vaillandet, en conformité avec ses idées, et selon les voeux de la majorité des militants socialistes et syndicaux, ne fera aucune concession. Pour lui, la municipalité ne devait être gérée que pour le service exclusif de la classe ouvrière.

Malgré l'argumentation d'Edouard Vaillant face au Ministre de l'Intérieur Waldeck-Rousseau, signalant "que le Préfet a cherché à se débarrasser d'un maire fidèle à son parti et bon administrateur... que le préfet a été maladroit et violent", rien n'y fera, c'était un vrai conflit politique, d'autant qu'à Bourges, la droite reprenait espoir ; un journal local modéré écrira "On va changer de maire, et aller à la conquête de cette citadelle collectiviste qu'est devenue la mairie de Bourges... et maintenant Bourges va faire de la bonne besogne."

En fait, le successeur de Vaillandet sera un de ses amis, Joseph Lebrun. Pendant plusieurs jours, à Bourges, chacun avait pensé que la dissolution du conseil municipal était inéluctable, "de l'avis général, elle serait bien accueillie", mais il n'en fut rien, il fallait changer simplement de maire. Le plus cocasse, c'est que Vaillandet restera conseiller municipal pendant encore un certain temps. L'élection de Lebrun ne manquera pas de piquant, il y avait 29 votants, on compta 30 bulletins dans l'urne... on recommença, il y avait une belle ambiance. Fort heureusement, le siège de premier magistrat de Bourges est rarement éjectable !

Vaillandet qui n'a donné son nom à une rue de Bourges que très récemment, quittera la ville, ayant été nommé professeur dans une cité du midi. Il mourra à Vesoul en 1940.

Alors que se déroulaient à Bourges ces évènements, dans la ville voisine de Vierzon, commençait la carrière d'un autre homme politique socialiste : Henri Laudier.

Conseil Municipal du 20 novembre 1901
Conseil Municipal du 22 décembre 1901

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LAUDIER LE VIERZONNAIS

Henri Laudier est né à Vierzon le 20 février 1878. Son père, Valéry, était journalier porcelainier, comme il en existait beaucoup dans la région de Mehun et de Vierzon. Sa mère, née Perpétue Dupont était de vieille souche berrichonne. Les Laudier avaient 7 enfants, et Henri avait deux frères ainés, Ernest et Eugène, lesquels auront une grande influence sur le petit Henri. En fait, sur l'Etat Civil, le prénom qui figurait était Hippolyte et non pas Henri, mais à cette époque, changer de prénom était une chose courante.
Henri apprend à lire et à écrire dans une école libre, dirigée par des religieuses, avant d'entrer, en 1886 - il a alors 8 ans - à l'école publique annexe de Vierzon, d'où il sort avec un C.E.P., Certificat d'Etude Primaire. Après avoir fréquenté l'E.N.P., Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon pendant deux ans, il entre dans la vie active. A 15 ans, Laudier devient un des employés de la Société Française de Construction de Matériel Agricole. Il reste peu de temps dans cette entreprise ; il la quitte et devient ouvrier mouleur-porcelainier dans un Etablissement local, aux Verreries Thouvenin et Sauvaget. Il évolue dans la profession de son père, et pour quelques temps, travaille dans le domaine des tailleurs de verre.

Mais la vie professionnelle de Laudier, dans une ville comme Vierzon, qui a vu naître Edouard Vaillant ou Félix Pyat, se double d'une vie syndicale et politique. Avec ses frères, il fréquente très tôt les milieux syndicalistes et socialistes. On dit même que Laudier prend la parole dans un meeting pour la première fois, alors qu'il n'a que 15 ans..... il promet, le gamin ! L'année d'après, il est nommé secrétaire des Jeunesses Socialistes locales.

C'est alors que sa vie va basculer, Laudier est recruté par Emile Bodin, le Maire socialiste de Vierzon-Village, pour être secrétaire à la Mairie. Par la suite et jusqu'en octobre 1901, Henri Laudier travaille à Vierzon, cette fois pour Emile Perraudin, le maire socialiste de Vierzon-Ville. En parallèle, en 1895, il assure une collaboration effective au journal du parti "le Tocsin Populaire", il en devient le secrétaire de rédaction en 1901. Excellent parleur et débatteur, c'est un des délégués du Cher au Congrès Socialiste de Paris salle Japy en 1899.

Archives Départementales du Cher 8° 1177 T.VI
Archives Départementales du Cher 8° 1247 - 33

LE JEUNE LAUDIER A DU CARACTERE

A cette époque, Laudier est donc socialiste, et avant 1914, cela signifiait être à l'extrême gauche. Avec les anarchistes, les socialistes étaient considérés comme des gens peu fréquentables, ils étaient véritablement haïs par une grande partie de la population. Les coups pleuvaient de partout, ainsi, cette anecdote retrouvée dans un journal local du 15 septembre 1901 :
" Le citoyen Laudier a une singulière façon de traiter les ouvriers et militants socialistes lorsqu'ils se permettent de résister à sa volonté". Et le journaliste de poursuivre avec son histoire. C'était à propos de la présence d'Edouard Vaillant à Vierzon. Comme il fallait un Président de séance pour la conférence, Laudier voulait que ce fut le citoyen Bodin, alors que les socialistes locaux votaient pour que Breton soit désigné. Finalement, Laudier s'écria:
" Avez-vous bientôt fini de hurler comme des bêtes sauvages ?"
Et le journaliste de conclure:
" Travailleurs, Laudier est un dompteur qui compte bien vous mater.... ".

Henri Laudier est donc entièrement plongé dans le socialisme de cette période, il avait pourtant tâté de la plume quelques années auparavant. En 1897, il avait publié une brochure de 48 pages, imprimée à Vierzon, dans "L'imprimerie Commerciale" de Jean Foucrier.
Cette oeuvre est "un péché de jeunesse" d'Henri Laudier, il n'avait alors que 19 ans. Elle comprend un drame social en 3 actes intitulé "Soif d'Or" avec huit personnages, et fort bien composée. Cette pièce de théâtre est l'histoire d'un aristocrate dépravé, le comte de Riconardo, qui se dégrade dans toutes sortes de turpitudes, allant jusqu'au crime... Mais la pièce se termine en beauté puisque le comte sera condamné à la mendicité pour subvenir à son existence :
" Va mendier, Comte, va mendier, c'est ton châtiment" lui dira le bras vengeur représentant l'Humanité.
Roger Richer, qui a retrouvé en 1970 cette oeuvre de Laudier ajoutera de manière gentiment perfide : "on retrouve un personnage dans ce drame, c'est la comtesse Marceline de Riconardo, un personnage dont la mémoire flotte sur près de trois quarts de siècle de notre histoire berruyère... ".
La brochure de Laudier contenait, avec "Soif d'Or", trois poèmes sociaux, aux titres évocateurs, "Demain", puis "Noël" et enfin, "Souvenirs de misères".
Laudier dramaturge, ce ne sera pas son domaine de prédilection; par contre il se retrouvera assez vite dans le journalisme, ce sera son second métier.

Journal du Cher de septembre 1901
Berry Républicain du 30 juillet 1970
Archives Départementales du Cher 25 M 49
Archives Départementales du Cher : "Soif d'or".

LES POLEMIQUES DE L'EPOQUE

Poète, Laudier ne le fut donc pas très longtemps, et c'est heureux pour le Berry. A cette période, on retiendra surtout en lui le polémiste. Dans le journal du Parti Socialiste intitulé Le Tocsin, il écrira le 20 janvier 1901:
"La Dépêche du Berry s'est classée depuis longtemps dans la presse nationaliste.... à l'instar de la presse nationaliste, réactionnaire et cléricale, car elle critique le citoyen Breton". Laudier, visiblement a un contentieux avec Foucrier, le patron du journal local. Mais ce dernier ne s'en laisse pas compter, et il répond le 3 février 1901 dans son propre journal avec un titre en caractères gras : "Procédés Crapuleux". Dans l'article, il s'en prend violemment à Laudier, lequel, employé à la mairie de Vierzon semble avoir supprimé de la liste des fournisseurs d'affiches et autres imprimés pour la municipalité, l'imprimerie de M. Foucrier. Ce dernier réagit ainsi :

" A la Dépêche, Monsieur Laudier, on ne poignarde pas dans le dos... Si j'étais un fainéant comme vous, si je puisais à pleines mains dans la poche des contribuables, il est probable que je ferais fi du travail, mais je suis un honnête homme".

Et Foucrier terminera son éditorial par ces mots :
" Avez-vous compris, Monsieur Laudier, c'est vous dire que je ne tolérerais aucune atteinte à mon commerce de la part d'une fripouille et d'un lâche."

Il y a des mots qui vont tout de même un peu loin en ce début de siècle dans notre calme Berry !
Le lendemain, les deux hommes se retrouvent à 9 heures du matin avec pour chacun, deux témoins : c'est pour un duel. En fait, il semble que des palabres aient duré quelque temps afin de déterminer qui était l'offensé. Il fut établi que c'était Foucrier. Mais Jules Turquet va intervenir, et chacun des deux protagonistes va écrire une très courte lettre sur l'honorabilité de l'autre, c'en était fini, l'incident était clos.

Une seconde fois, Laudier va se retrouver sur le pré, les armes à la main. L'histoire m'a été racontée par Robert Verglas, qui fut secrétaire de mairie à Bourges entre 1937 et 1976. Il fut le témoin de 40 années de vie municipale. Ses souvenirs sont incomparables. Robert Verglas parle de cette période d'avant 1914 en ces termes :
" A Bourges, à cette époque, un des établissements les plus fréquentés était le Grand Café, rue Moyenne (où se trouve actuellement la Banque Populaire). Un jour, Laudier et ses jeunes amis y prenaient l'apéritif, lorsqu'un Capitaine de la Garnison, très importante alors, entra dans la salle. Une réflexion fusa de la table occupée par Laudier, qui en était l'auteur. L'officier vînt exiger des excuses qui furent refusées bruyamment, puis il déposa sa carte en déclarant : nous nous battrons demain, et il rejoignit sa table d'où son parlementaire vint trouver Laudier pour régler la rencontre. Malgré la pression de ses amis qui appréhendaient à juste titre cette dernière si inégale, Laudier refusa énergiquement tout compromis et lui, qui n'avait jamais tenu une épée, fut le lendemain matin, avec ses témoins, sur le terrain où, après quelques minutes, il reçut un coup d'épée dans le bras, ce qui arrêta le combat".

Laudier qui était à cette époque un homme classé très à gauche, "trés rouge", était allé jusqu'au bout de ce qu'il pensait être son devoir et son honneur.

Ces épisodes montrent le caractère entier de Laudier, sa détermination et son sens du combat politique sans limite.

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