L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES
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L'HISTOIRE DE BOURGES DE 1900 A 1914
Par Roland NARBOUX

Bourges, et les 15 premières années de l'Histoire de Bourges au XX ième siècle.

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Version 2009

 

1901, la France se passionne dans ces années pour le cinéma, et le grand homme d'alors, c'est Méliès : son "Voyage dans la Lune" est remarquable. Les sportifs se passionnent pour la course automobile et c'est une victoire de Renault en 1902 sur Paris-Vienne qui enthousiasme les populations de l'hexagone.
La politique française est dominée par les questions religieuses, les premières élections législatives du siècle donnent la victoire aux nouveaux partis créés à la suite de la loi sur les Associations de 1901, c'est à dire les radicaux et radicaux-socialistes. La coalition de droite est balayée.
Bourges se remet doucement de ses péripéties municipales des premiers mois du siècle, alors que vont naître dans le Cher, deux hommes qui marqueront le XXe siècle : Jankélévich voit le jour à Bourges en 1903, et Estève à Culan l'année suivante. Le premier deviendra un des grands philosophes de notre temps, le second, un peintre de renommée internationale. En attendant leur gloire future, la population se précipite au spectacle proposé par le cirque Barnum qui a dressé son immense chapiteau place Séraucourt. A deux pas de là, la vie municipale reprennait son cours.

 

1900 / 1913 Bourges a la veille de la guerre
- Les maires de Bourges
- Du côté de l'Archevêché
- La loi sur les Congrégations religieuses
- La Loge de Bourges
- L'éloge de la laïcité
- Bourges cité "militaire"
- Les inondations de 1910
- Les berruyers découvrent l'avion : le meeting de 1910
- L'inauguration de la Chambre de Commerce
- Bourges au quotidien
- Laudier transféré à Bourges
- Laudier battu à toutes les élections


LES MAIRES DE BOURGES : DE JOSEPH LEBRUN A HENRI DUCROT

Après l'épisode Vaillandet, il fallait un certain courage pour vouloir s'installer dans le fauteuil de premier magistrat de Bourges. Joseph Lebrun accèdera à cette place, il était de la même tendance que Vaillandet.
Joseph Lebrun était né à Buzançais dans l'Indre, mais il vint assez vite à Bourges où son père Jules était dans l'administration des chemins de fer. Le petit Joseph fréquenta l'école du Bouillet, mais il dut quitter les études à 13 ans, ses parents ne pouvant plus subvenir à ses besoins. Son père le dirigea vers les Etablissements Militaires, il exercera la profession de tourneur sur métaux. Il se marie en 1890, et aura un fils dont il fera un brillant Ingénieur des Arts et Métiers.

Dans sa jeunesse, Joseph Lebrun est attiré par l'étude des problèmes sociaux. Il participe et fonde un certain nombre de groupements : les Prévoyants du Cher, la Ruche Berruyère, la Bourse du Travail, l'Imprimerie Ouvrière, ou encore l'Union Amicale des Ouvriers des Etablissements Militaires dont il devient le secrétaire général.
Lebrun exercera son mandat jusqu'en 1904, il s'occupera essentiellement des oeuvres sociales, mais il ne restera pas suffisamment de temps en place pour imprimer de manière durable ses idées très socialisantes.
Sous son mairat, il va donner à certaines rues de Bourges des noms qui vont déclencher l'ire d'une partie de la population. Il est important de conserver dans la mémoire collective le souvenirs des "grands hommes" qui laissent un nom dans l'histoire nationale ou locale. Vaillandet avait, en mai 1900, donné à la rue "Franche", le nom de "Michel de Bourges", le grand républicain, Lebrun poursuit cette oeuvre en avril 1903 en transformant la rue "Saint-Médard" en rue "Littré", et la place "Saint-Sulpice" en place "Rabelais". Enfin, une partie de la rue de "Saint-Amand" s'appellera désormais rue "Barbès" du nom du révolutionnaire..... Les "Saints" de Bourges se laïcisaient, un scandale de plus aux yeux de la population Berruyère et bourgeoise.
Comme pour punir ce premier magistrat de la cité, il n'a pas été possible de trouver le portait de cet homme dans la galerie des maires de Bourges présentés depuis des décennies dans les Hôtels de Ville successifs de la ville. Et Lebrun, contrairement à la tradition, n'a pas donné, semble--t-il son nom à une rue ou place de la cité.
Lebrun est battu comme maire aux Municipales du 8 mai 1904, bien qu'il soit élu Conseiller Municipal. Le 15 mai, c'est Henri Ducrot qui hérite du poste.

La campagne est très dure. La liste des candidats de la majorité municipale sortante, s'intitule "Liste Socialo-Révolutionnaire" elle a Lebrun comme tête de liste. Avec lui, Vaillandet, toujours lui, Hervier, Rougeron et Laudier.
Face à Lebrun, se présente Henri Ducrot, un ancien avoué, avocat à la cour d'appel. Il est entouré d'hommes comme Paul Commenge, Labbé, Margueritat ou Groussot qui font une liste dite "d'Union Républicaine". Ce sont essentiellement des avocats, commerçants et industriels de Bourges. Elle est composée d'hommes nouveaux, et leur profession de foi est essentiellement anti-socialiste :
Nous estimons qu'il y a un danger pour notre ville à laisser plus longtemps son administration confiée aux socialo-révolutionnaires, représentants sans attache ni intérêt dans le pays, trop enclins, pour satisfaire des utopies, à compromettre le patrimoine commun.
.... Il est d'usage que les candidats fassent beaucoup de promesses, sauf à n'en tenir aucune une fois élus"
.
A côté de ces deux listes principales, il y avait la liste radicale emmenée par M. Larchevêque, alors que M. Mitterrand était à la tête de la liste radicale-socialiste.

Au premier tour, ce 1er Mai 1904, il faisait si beau et si chaud qu'à 8 heures du matin, il fut difficile de mettre en place les bureaux de vote, "personne ne s'offrait" pour les tenir. Finalement tout va rentrer dans l'ordre, avec l'ouverture avec retard des sections de vote comme l'on disait à l'époque.
Les résultats sont sans trop de surprise. La liste socialiste-révolutionnaire obtient en moyenne 2800 voix, Lebrun tête de liste ayant pour sa part 3485 voix, un exploit. A l'opposé, la liste d'Union Républicaine" obtient 2600 voix en moyenne et seul Paul Commenge avec 3077 voix dépasse les 3000. Pour sa part, Ducrot a 2789 voix.
Les deux autres listes sont balayées.
La campagne du second tour est une lutte assez classique Droite-Gauche. Le "Journal du Cher" soutient la liste de Commenge-Ducrot-Labbé. Le vote demandé est essentiellement "contre les socialo-révolutionnaires" et le programme est assez léger et décousu.

Le 8 mai, les résultats tombent : la liste de l'Union Républicaine l'emporte très largement avec une moyenne de 4200 voix face aux 3900 de la liste opposée. Sur la première liste, 27 candidats sont élus, et ils sont seulement trois dans la seconde : Lebrun, Hervier et Migeon pour ce qui va être désormais l'opposition municipale. Vaillandet, avec 3578 voix est totalement désavoué par les électeurs.
Il faut dire que Vaillandet était également candidat aux Municipales dans sa nouvelle ville d'adoption : Avignon. Il y était professeur au lycée de cette ville papale. Ses ennemis, et il en avait beaucoup, entre les deux tours s'en donneront à coeur joie. Alors que l'on venait d'apprendre qu'il était battu au premier tour à Avignon, on pouvait lire dans des tracts de la campagne électorale : "Si M. Vaillandet avait eu la bonne chance de réussir à Avignon, comme cela lui était arrivé à Bourges il y a quatre ans, notre ville eût été débarassée à jamais de ce triste personnage et des manifestations tumultueuses et scandaleuses qu'il excellait à organiser". Et certains de se dire que si Vaillandet était élu à Bourges le 8 mai, il serait à nouveau maire de la ville, car le ministère de Combes ne manquerait pas de lui accorder un congé pour exercer sa fonction. Et de rappeler le temps où les excès des révolutionnaires de Vaillandet donnaient à la ville de Bourges des scènes dignes de la Terreur. Les paroles et écrits de la droite locale ne sont guère mesurés.


Après la victoire de la liste de l'Union Républicaine, le 15 mai 1904, le nouveau conseil municipal se réunit. L'accueil fait par l'ancien maire, Lebrun est glacial, et l'on procède à l'élection du maire. Les résultats sont sans surprise. Henri Ducrot obtient 26 voix contre 3 à Lebrun qui cède sa place. Le discours de Ducrot est plein de bon sens et de simplicité. Après les remerciements d'usage, il dira :
"Nouveau venu dans la politique, hier inconnu dans notre parti, je n'aurais pas osé accepter la situation sans l'aide de deux vieux Républicains, élus avec moi, Labbé et Brochard.
... Je souhaite la bienvenue parmi nous, aux trois élus socialistes; j'estime que leur présence aura, au moins, ce résultat de les forcer à constater que nous ne sommes pas ce qu'ils croient.
... Nous ne sommes pas des hommes de parti pris. Nous sommes avant tout des administrateurs".

Et ce sera, dès la prise de fonction du nouveau maire, le premier incident municipal. Le discours d'Henri Ducrot à peine terminé, Joseph Lebrun demande la parole. Refus du maire, car l'ordre du jour ne prévoyait que l'installation de la municipalité. Dans le tumulte et le brouhaha, Lebrun lit une "adresse de félicitations au ministre Combes". C'est la cohue avec des cris qui fusent de partout : "A bas la calotte", ou encore "Vive la Sociale". De grands classiques qui accompagnent le départ des conseillers municipaux, ça promet pour la suite de la vie publique berruyère !

Ducrot demeure à son poste jusqu'en novembre 1912, il meurt en fonction. Au lendemain de sa seconde réélection du mois de mai 1912, Henri Ducrot est atteint d'une grave affection intestinale et il doit subir une opération chirurgicale.
Il venait tout juste d'être réélu avec l'ensemble de sa liste contre les socialistes emmenés par Lebrun Hervier et Laudier. Au niveau des voix, au second tour, Ducrot en obtiendra plus de 5 000, alors que Laudier, un des meilleurs de sa liste, plafonnera à 4 300 voix. Dans la séance qui suivit, c'était le 20 mai 1912, Henri Ducrot est réélu maire avec 29 voix, contre 1 seule à celui qui deviendra son premier adjoint : Commenge.
Dans son discours, il remerciera ses collègues et terminera ainsi :
" ... Comme par le passé, la municipalité assurera par tous les moyens en son pouvoir, la tranquillité de la rue : elle estime, en effet que s'il convient d'accorder à chacun le maximum de libertés, le devoir primordial de toute administration sérieuse est de n'autoriser des manifestations quelconques que si l'on a la certitude absolue que l'ordre public ne sera pas compromis".

Ce maire de Bourges était né à Clamecy dans la Nièvre en 1854. Il était licencié en droit, et acheta une charge d'avoué à Montluçon jusqu'en 1893. C'est à cette époque qu'il est nommé avoué auprès du tribunal de première instance de Bourges, un poste qu'il va occuper jusqu'en 1903. Après avoir abandonné ses fonctions dans le domaine de la magistrature, Ducrot est élu conseiller municipal, puis maire de Bourges. En 1908, avec 19 de ses partisans, il est réélu comme maire, et passe alors pour bon administrateur.

Les inondations de Bourges de 1910 (pont d'Auron)


Au cours de son second mandat, Henri Ducrot se heurte à un certain nombre de difficultés. En particulier, il a beaucoup de soucis avec les intérêts des contribuables qu'il voulait préserver, alors qu'il devait ménager à la fois les intérêts de la ville et ceux des catholiques à qui il devait en grande partie son élection. C'est lui qui "prendra possession" du Palais de l'Archevêque pour en faire la mairie de Bourges, il écrira au président du Conseil le 4 septembre 1909 pour que lui soient attribués le Palais de l'Archevêque et le jardin attenant. Il aura une réponse positive immédiate et emménagera en 1910.....
Il va éviter la rupture avec ses électeurs en leur donnant en échange, la reconstruction de l'Eglise Saint Bonnet. Avec cette dernière initiative, il s'opposera aux Républicains et aux Laïques. Son dernier acte concernera un nouveau traité pour l'éclairage de la ville au gaz et à l'électricité.
Sous une apparence assez bonhomme, il était un adversaire implacable des socialistes qu'il avait "chassés" de la mairie. Ainsi, au lendemain des obsèques du maire défunt, le 23 décembre 1912, plusieurs incidents vont opposer les conseillers municipaux, alors que la réunion du conseil est placée sous la direction de Paul Commenge.
Une première fois, c'est le conseiller Lebas qui informe ses collègues que le nom d'Henri Ducrot sera donnée à la rue des Toiles. Certains conseillers sont furieux..... de ne pas avoir été informés de cette initiative. Le second incident est significatif de l'ambiance. Le conseiller Henry signale qu'il est d'usage que la première séance du conseil municipal qui suit le décès d'un maire soit levée aussitôt en signe de deuil et que cela n'a pas été fait. De plus, il est d'usage que les discours qui ont été prononcés lors des obsèques soient consignés dans le compte rendu, et ils n'y seront pas. Le premier adjoint, Paul Commenge, penaud réplique qu'il a bien fonctionné de cette manière sans en avoir avisé ses collègues. Et les "chers collègues" sont à nouveau furieux de ne pas avoir été informés.... l'Ere de Paul Commenge débute "avec de l'orage dans l'air" comme le dira M. Boucheron au conseil municipal.

La Dépêche du Berry des 21 et 24 mai 1912
La Dépêche du Berry du mois de décembre 1912
Archives Municipales (CR Conseil Municipal)

PAUL COMMENGE : LE MAIRE DE LA GUERRE

Pour succéder à ce maire, et nous sommes à la veille de la Grande Guerre, c'est Paul Commenge qui est élu ; il restera pour l'Histoire le maire de Bourges de la Guerre, dans une ville qui comprendra plus de 100 000 habitants.
Paul Commenge est élu le 26 janvier 1913, il bat le socialiste antimilitariste Henri Laudier. En fait, la mort d'Henri Ducrot à la fin de l'année 1912 provoque une élection partielle le 19 janvier pour élire un conseiller municipal, puis le maire de Bourges. Deux candidats restent en présence, c'est Georges Forest le Président du Syndicat des commerçants, "l'inventeur des forestines", il est soutenu par le "Journal du Cher". Il est opposé à Henri Laudier qui est aidé par "L'Emancipateur", son journal.
La presse locale se déchaîne, et le "Journal du Cher" écrit sur Laudier et Forest :
"L'élection oppose d'une part un homme aux idées larges, rompu aux affaires, .... et d'autre part un politicien, un représentant de ce parti collectiviste et révolutionnaire, qui a été heureusement chassé de l'Hôtel de Ville il y a huit ans, où son passage a été des plus funestes".
C'est sans surprise que Monsieur Forest est élu et installé au conseil municipal, le 26 janvier pour l'élection du successeur d'Henri Ducrot.
Le scrutin pour l'élection du maire se déroule sans surprise, le premier adjoint, Paul Commenge est élu maire de Bourges par 28 voix sur 30 votants, il y a deux bulletins nuls.
Paul Commenge est un républicain, il se retrouve presque par hasard au fauteuil de premier magistrat de la cité, il ne se doute pas, lorsqu'il prononce son allocution après sa mise en place, qu'il va gérer pendant 7 ans une ville en guerre qui va doubler sa population en quelques mois.
Son discours de maire est émouvant, car il a toujours refusé cette charge, laquelle lui avait été proposée plusieurs fois :
"... Nous avons trois ans et demi pour réaliser notre programme, nous allons tenter de mener à bonne fin les grands travaux esquissés et donner à notre vieille cité berruyère le lustre et la renommée auxquels elle est en droit de prétendre.
Depuis plus de 30 ans, je me suis consacré à l'étude des grandes questions d'édilité.... Je suis inébranlablement attaché au gouvernement de la République".
Ainsi se termine cette première allocution de Paul Commenge alors que se calment en 1913, les oppositions entre les Républicains et les Réactionnaires, parmi ces derniers se trouvent les milieux Catholiques, même si Bourges, avec son Archevêque fidèle à la République est en France une exception.
Le maire Paul Commenge
collection mairie de Bourges

DU CÔTE DE L'ARCHEVÊCHE

Le département du Cher, sur le plan politique est assez représentatif de ce qui se passe dans le pays. Jusqu'en 1902, le gouvernement est dirigé par un homme de gauche, Waldeck-Rousseau, il met en oeuvre une politique sociale d'avant garde, mais reste modéré face aux idées de Guesde ou de Vaillant, beaucoup plus durs. La France était très en retard en 1900, par rapport à l'Allemagne et à l'Angleterre en matière de législation sociale. Il n'existait aucune assurance sociale, et lorsque le ministre "socialiste" Millerand fait voter une limitation du travail à 11 heures par jour sans distinction d'âge et de sexe, ce fut un premier progrès, jugé insuffisant par les partis ouvriers.
Dans un autre domaine, Waldeck-Rousseau met un point final à l'Affaire Dreyfus et le calme dans les familles revient. Mais les esprits ne sont pas à la conciliation. Dans cette Affaire Dreyfus qui avait failli voir sombrer la République, les Congrégations religieuses avaient eu une action détestable. La conséquence fut la loi sur les Congrégations votée en 1901.
Aux élections législatives d'avril et mai 1902, face au danger des ultras opposés à la République, le Bloc des Gauches se mobilisa et assura la victoire des socialistes et des radicaux. Waldeck-Rousseau, après trois ans de pouvoir, était vainqueur, mais fatigué et malade il céda son poste à Emile Combes.
Pendant trois ans, cette gauche radicale va diriger le pays, et "le Petit Père Combes" laissera son nom dans l'Histoire, comme l'homme de la Séparation de l'Eglise et de l'Etat. Une oeuvre considérable et très moderniste, même si quelques bavures ont occulté l'ensemble de ses actions.

A Bourges, la puissance de l'Eglise et de l'Archevêque était importante. En 1900, va s'y tenir un Congrès ecclésiastique pour "éveiller le zèle du clergé français et étudier les moyens d'arrêter une déchristianisation croissante... et accepter le régime politique que la France s'était donnée".
Il s'agissait d'un évènement important qui divisait les catholiques français. Pour organiser ce Congrès, certains diocèses s'étaient habilement récusés, mais à Bourges, l'Archevêque, Mgr Servonnet, avait accepté de recevoir ses pairs.

Mgr Servonnet, avant de venir en Berry, était à Digne. Il passait pour avoir "une tendance républicaine" très prononcée, et avait suivi les préconisations du Pape Léon XIII. Il espérait, avec cet appui papal récupérer le diocèse d'Albi ou celui d'Avignon. C'est en 1897 que Servonnet fut nommé à Bourges, avec l'accord d'un gouvernement pourtant peu enclin à la conciliation. Il reçut une lettre de Léon XIII demandant de "s'unir plus que jamais sur le terrain de l'adhésion loyale à la République". Face à ce dévouement, le gouvernement, et en particulier Waldeck-Rousseau se battirent pour faire obtenir à Mgr Servonnet, le titre de cardinal. Ce parrainage était sans doute un handicap, et il ne recevra pas le chapeau convoité.
A son arrivée à Bourges, le nouvel évêque avait 66 ans, c'était "un beau vieillard avec sa longue chevelure tombant en arrière". Il était très cultivé et avait publié deux volumes de lettres de Saint François de Sales. Sur le plan social, Mgr Servonnet protégeait les abbés et curés démocrates, et il était très ouvert à toutes les propositions pour améliorer le sort des plus pauvres. Par contre, cette position très en pointe et minoritaire dans la vision qu'il avait des problèmes sociaux sera largement combattue par son propre camp. De plus, ce libéral républicain craignait le modernisme et sur le plan du dogme et de la doctrine, il sera loin d'être un libéral, dans cette approche, il était conservateur. Un personnage attachant, mais qui n'arrivera jamais à résoudre ses contradictions.


Pour ce Congrès de Bourges, organisé localement par Mgr Servonnet, tout commence le 10 septembre 1900. Ils seront 650 prêtres ce jour-là à entrer dans le Petit Séminaire de Bourges afin de discuter des problèmes prévus à l'ordre du jour. Ainsi seront évoqués "le devoir social du prêtre", "le Clergé et la société moderne", ou encore "le prêtre et les hommes". Tout devait se passer calmement et sereinement... il n'en fut rien ! Les bons pères s'étripèrent verbalement, entre ceux qui acceptaient le régime politique, et ceux qui le détestaient. En outre, se révélèrent des conflits plus philosophiques, "entre néo-kantistes et néo-thomistes" qui prirent des tournures inquiétantes dans une telle assemblée. Il y eut, nous dit Mgr Jean Villepelet, " de violentes interruptions et cris dans la salle".

Ce Congrès de Bourges, qui devait rassembler les catholiques, va contribuer à les diviser davantage. Les idées libérales de Mgr Servonnet, l'Archevêque de Bourges ne vont pas plaire à un clergé en majorité réactionnaire.
Cette tendance va s'accentuer très vite, avec la loi du 1er juillet 1901 qui interdit "toute activité aux congrégations religieuses non autorisées, et qui entraîne la fermeture de plusieurs milliers de leurs écoles".

Jean Villepelet : le diocèse de Bourges sous le Concordat
Guy Devailly : Le diocèse de Bourges

 

LA LOI SUR LES CONGREGATIONS A BOURGES

A Bourges, ce sera le début de la querelle religieuse. En octobre 1902, 74 membres de l'épiscopat publient une lettre de protestations face aux fermetures d'écoles religieuses. Mais une fois encore, Mgr Servonnet n'est pas "un jusqu'au boutiste", il recherche la conciliation avec le gouvernement, et, lorsqu'en avril 1903, une circulaire ministérielle interdit aux fidèles l'accès aux chapelles qui n'ont pas reçu l'autorisation nécessaire de la part du pouvoir, l'Archevêque de Bourges est encore parmi les ecclésiastiques qui acceptent la mesure.
Peu à peu, les écoles dirigées par des religieux commencent à disparaître. Ce sont les Frères des Ecoles Chrétiennes, puis les Soeurs de la Charité qui quittent leur service à l'asile de Beauregard ainsi qu'à l'Hôpital Militaire. De la même façon, le Séminaire de Saint Célestin devint la propriété du Département du Cher.
La rupture entre les autorités gouvernementales et l'épiscopat est de plus en plus profonde. Lorsque les pouvoirs publiques firent l'inventaire des biens de l'Eglise et des Congrégations, il y eut des manifestations très hostiles contre le pouvoir, en particulier le 9 décembre 1905. Ce jour-là date la Séparation de l'Eglise et de l'Etat, ce qui signifiait que la République ne reconnaissait, ne salariait, ne subventionnait aucun culte.
Les journaux font leurs gros titres de ces informations, "Le Journal du Cher", très réactionnaire, donne tous les détails sur les "perquisitions chez le nonce" à Paris, il évoque l'incident avec le courrier du Pape lui-même qui est arrêté, ainsi que trois curés de Paris poursuivis en vertu de la loi de séparation qui vise ceux qui provoquent les fidèles à la désobéissance.

Et le journal poursuit dans des informations locales après avoir titré :
La persécution
"Nos gouvernants, exaspérés par la courageuse défense que l'Eglise oppose à l'exécution des lois d'exception dirigées contre la religion... déchaînent la persécution, qu'ils exercent sans ménagement, avec violence.
Ce sont nos archevêques qui ont été les premiers, les victimes. Ces prélats sont pour la plupart logés dans des palais, c'est le cas pour Mgr Servonnet, archevêque de Bourges. Il y avait là un droit de propriété inviolable".

A Bourges, l'épisode le plus marquant se déroulera dans l'après midi du 14 décembre 1906. Ce jour là, Mgr Servonnet est expulsé de son archevêché. Il a 76 ans. Il doit quitter son palais "après avoir déclaré au Commissaire Central qu'il refuse de sortir et ne cèdera qu'à la violence". Alors que la zone autour de la cathédrale est cernée par un bataillon d'infanterie et que 4000 fidèles sont venus ovationner leur Archevêque aux cris de "Vive Monseigneur, Vive la Liberté, Vive le Pape", Mgr Servonnet s'en va prier dans la cathédrale, il est ému par l'accueil de ses fidèles, il donne sa bénédiction à droite et à gauche. A l'intérieur de la Cathédrale, la nef est comble, les chants se font entendre, et les prêtres entonnent le "Parce Domine". Le "Journal du Cher" écrit alors ces lignes sur la sortie du prélat de la Cathédrale :
" Le moment est venu pour Sa Grandeur de prendre le chemin de sa nouvelle demeure. Une foule considérable l'y escorte. On entend à nouveau les cris de "Vive Monseigneur", "Vive Pie X" et les cris significatifs de : "à bas les Francs-Maçons".
Et Mgr Servonnet se rend dans une maison située rue du Four, que la famille de la Chaussée a mis à sa disposition.

La bataille est rude, en effet, il est indiqué que les agents de police pourront dresser des contraventions aux prêtres qui officieraient devant l'assemblée des fidèles sans en avoir fait la demande préalable, car il s'agit d'une réunion publique aux termes de la loi de 1881 et de la circulaire plus récente de Briand. Beaucoup craignent que cette mesure aboutisse à terme à la fermeture pure et simple des Eglises.
Des informations complémentaires sont données suite à certains bruits qui se développaient dans la ville. En particulier il est rappelé que les fidèles ne sont "en aucun cas passibles de procès-verbaux pour avoir assisté à des offices". L'atmosphère était excécrable en cette fin d'année 1906 à Bourges.
Mgr Servonnet sortira humilié de ces épreuves, il mourra le 18 octobre 1909. Pour ses funérailles, ils ne seront pas moins de 14 évêques à suivre le cortège funèbre, mais la cérémonie restera à l'image de l'évêque de Bourges, à la fois "austère et simple".

Sur le plan politique au niveau national, tout se déroule sensiblement comme à Bourges. Jaurès va appuyer l'action de Combes, alors que les plus extrémistes se méfient des radicaux, et veulent que l'on s'intéresse davantage aux ouvriers qu'à l'expulsion des Chartreux de leur monastère. La gauche traverse une passe de division.
Le combat essentiel de Combes porte sur l'enseignement religieux. Dans toute son action politique, il va s'appuyer sur la Franc-Maçonnerie, étant Franc-Maçon lui-même. Son image restera dans l'histoire celle de l'homme qui a provoqué la Séparation de l'Eglise et de l'Etat, même s'il n'est plus au pouvoir lors de la promulgation de la loi. C'est à cette époque que la Loge de Bourges renaît après un sommeil de plusieurs décennies.

Journal du Cher de décembre 1906
Brochure de Mgr Villepelet sur le diocèse de Bourges (Bibl. Muni)

RENAISSANCE DE LA LOGE DE BOURGES

La Franc-Maçonnerie en Berry, est une des plus anciennes de France, bien que n'ayant pas la puissance d'autres régions. A Bourges, avant la Révolution de 1789, il y eut plusieurs Loges, "Sainte Solange", "Minerve", "Les Amis de la Liberté"... etc. Mais la tourmente révolutionnaire va tout balayer et Bourges se retrouvera sans Loge dans une période où elles fleurissent dans le reste du pays.
Pourquoi la Franc-Maçonnerie est-elle absente à Bourges depuis 1851 ? C'est un des grands mystères de cette période. Les spécialistes cherchent des raisons : est-ce la faiblesse des Libres-Penseurs locaux, est-ce la puissance de l'Eglise et de l'Episcopat de Bourges ? Nul ne sait.
C'est en 1903 que va se constituer à Bourges la Loge "Travail et Fraternité", elle aura, par la qualité de ses membres, une importance considérable dans la vie publique de 1903 à aujourd'hui. Sur le plan municipal, si la plupart des Maires de Bourges de la période révolutionnaire furent Francs-Maçons, il semble qu'aucun Maire ne le fut depuis 1903 ! Par contre, les hauts fonctionnaires locaux, les instituteurs, les décideurs, étaient, dans de nombreux cas, des fidèles du Boulevard Chanzy, siège de la Maçonnerie locale.

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L'ELOGE DE LA LAICITE

Au cours de cette période, de 1903 à 1914, la Franc-Maçonnerie sera très active. En premier lieu par l'importance de son recrutement. Les premières années sont consacrées à asseoir la Loge en augmentant le nombre de ses adhérents. Au cours des "tenues", ce sont souvent 3 à 4 nouveaux profanes qui sont initiés et deviennent des "apprentis francs-maçons". Il y a beaucoup de personnel enseignant, mais aussi des ouvriers des Etablissements Militaires, ainsi que des officiers de carrière.

Lors de la réunion du 24 janvier 1904, le Vénérable de "Travail et Fraternité", Courbier reçoit deux visiteurs Francs-Maçons : Daumy, sénateur du Cher, accompagné de Béraud sénateur du Vaucluse. Dans les travaux qui suivirent l'interrogation d'un profane "sous le bandeau", le F.°. Soubret proposa de voter une "adresse au F.°. Combes ministre de l'Intérieur, Président du Conseil avec leurs plus chaleureuses et frat.°. félicitations à l'occasion de la défaite qu'il vient d'infliger à la coalition réactionnaire et cléricale rangée sous le drapeau nationaliste à la date du 22 janvier dernier".

Et sur la lancée de ces phrases qui situent bien le combat de la Franc-Maçonnerie, les mêmes Frères proposent une seconde "adresse", acceptée, comme la première à l'unanimité :
"prient leur compatriote et F.°. Henri Brisson de vouloir bien accepter l'expression de leur plus frat.°. sympathie à l'occasion de son élection à la Présidence de la Chambre des Députés".

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Histoire des Francs-Maçons dans le Berry par Robert Durandeau
Journal Officiel du 3 janvier 1903
Le Journal du Cher de Janvier 1903
Archives GODF et Travail et Fraternité

BOURGES, CITE "MILITAIRE"

Parmi les grands faits de cette époque de l'avant-guerre à Bourges, il y a l'évolution des Etablissements Militaires. Ils comprennent l'Ecole Centrale de Pyrotechnie, laquelle fut transférée de Metz à Bourges à la suite d'un Décret Impérial de 1860, mais l'installation effective ne date que de juin 1870.
Cette Ecole était chargée de l'étude de "tous les problèmes relatifs à toutes les munitions". Le personnel perfectionnait les procédés d'emploi des explosifs d'amorçage, et ils en assuraient la fabrication. Parmi les travaux, l'Ecole Centrale de Pyrotechnie s'efforçait d'assurer "toujours davantage la sécurité des ouvriers employés à ces manipulations et auxquels s'attachait la vieille légende du condamné à mort : c'est ainsi que l'on appelait l'ouvrier qui donnait la dernière main à la composition fulminante entrant dans les amorces".
Les Etablissements Militaires, c'était aussi à Bourges, l'Atelier de Construction de Bourges, qui vit le jour en 1860 ; il était alors appelé "La Fonderie Impériale de Canons de Bourges". A partir de 1870, tous les grands canons vont sortir de Bourges. Les matériels "Reffye" de 7 et de 8, la famille des "De Bange", construits en 5000 exemplaires, puis le 95 mm de Lahitolle, du nom d'un Ingénieur remarquable, Perrier de Lahitolle qui est le véritable "père" des constructions des canons de Bourges.
Le fait de se présenter comme une cité militaire implique la commémoration des grands évènements de guerre du passé. Ce sera le cas du monument dressé pour le souvenir des combats des soldats berrichons de la guerre de 1870. Pour évoquer ce fait d'arme du régiment berrichon du 19e des Mobiles du Cher, qui va combattre les Prussiens à Juranville, un monument sera érigé à la mémoire des soldats tombés à ce combat au cours duquel le commandant Martin sera tué. Et ce monument deviendra l'objet d'un scandale !
Comme souvent en Berry, le manque de crédit ne permet pas de dresser un monument aussi grandiose que l'auraient voulu les initiateurs du projet.
Une statue que certains appelleront "l'Espoir" sera inaugurée le 2 juin 1907.

 

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La maison de la Reine Blanche
Serge Lepeltier
L'industrie à Bourges au XXIe s
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