La guerre de 1939 - 1945 a Bourges par Roland Narboux - encyclopédie

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LA GUERRE DE 1939/1945 A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, et ce que fut la guerre de 1939 - 1940 à Bourges en plusieurs chapitres

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Version 2009

 

1939, chacun sent, à Bourges comme ailleurs que la guerre contre l'Allemagne nazi d'Hitler est proche, ce sont des années de drames qui vont toucher de nombreuses familles berruyères.

Cet article important comporte de nombreux chapitres vers lesquels chacun peut aller directement :

Bourges Ville ouverte
Face aux Allemands
Les premiers mois de l'Occupation
Laudier et Pétain
De l'opposition à la lutte
L'industrie berruyère travaille pour l'Allemagne
Le quotidien au temps de l'Occupation
1942, le virage du conflit
 
Voir aussi La Libération de Bourges

La situation internationale est dramatique, le pacte de non-agression, signé entre Staline et Von Ribbentrop, ce dernier représentait Hitler, tonne dans le ciel de France. Pour de nombreux communistes, cet acte n'est pas explicable, malgré la foi qu'ils ont dans l'action du "Petit Père des Peuples". Les journaux communistes, comme l'Humanité et le Soir sont saisis.
Dans leur ouvrage sur "Les combattants de la Liberté", consacré à la Résistance, Pigenet et Cherrier au début du livre tentent quelques explications :
"Sans nous attarder sur cet événement, il importe d'en rappeler les circonstances. Alors que la France et la Grande-Bretagne se refusent à toute discussion sérieuse d'un accord avec l'U.R.S.S., celle-ci - instruite par Munich - ne peut prendre le risque d'une guerre pour laquelle elle n'est pas préparée".

Les auteurs ajoutent que le Parti Communiste, s'il approuve le pacte, a aussi rédigé un communiqué affirmant qu'en cas d'attaque Allemande, les communistes se battront. En attendant il y a comme du "flottement". L'Emancipateur dès le 26 août est saisi, et le Parti Communiste subit l'hostilité croissante de la population, il est en état de totale désorganisation.
Le 1er septembre 1939, à 4 h 45, les troupes motorisées Allemandes pénètrent en Pologne. Cinquante trois divisions écrasent les Polonais, c'est la "Blitzkrieg" ou "guerre éclair" dans laquelle la Luftwaffe se montre d'une redoutable efficacité. En France et en Angleterre l'ordre de mobilisation générale est affiché et le 3 septembre, les deux pays déclarent la guerre à l'Allemagne.

Le 21 octobre 1939, Henri Laudier, devant son Conseil Municipal lit une déclaration sur les récents événements. Il retrace la lente marche vers la guerre depuis la remilitarisation en 1936 de la Rhénanie. Il ajoute que "brusquement, l'annexion brutale de l'Autriche en mars 1938 nous ouvrit les yeux". Puis ce fut l'affaire des Sudètes en septembre 1938 et "chacun comprit que le Reich hitlérien allait nous acculer inévitablement à la guerre".
C'est à ce moment, après avoir rappelé les derniers événements qu'il parle du pacte entre Hitler et Staline :


"... La Pologne, malgré son héroïque résistance .... fut lâchement assassinée dans le dos par la Russie soviétique accourue à la rescousse du nazisme féroce et dominateur". Laudier ajoute que le 3 mars 1927, il avait reçu à Bourges des représentants du Parlement de Pologne. Et puis c'est le discours très majoritaire en France sur l'attitude du Parti Communiste Français. Pour le maire, "cette abominable collusion de deux régimes si profondément opposés, quoi qu'également autoritaires et despotiques, a soulevé le monde civilisé d'un profond dégoût". Il rappelle que le gouvernement a été obligé de décréter la dissolution du Parti Communiste Français le 26 septembre, ce parti "plus attaché à l'obédience stalinienne qu'à son impérieux devoir vis à vis de la France. Loin de reconnaître son erreur, le Parti Communiste, à part quelques exceptions, voulut se reconstituer sous une autre appellation... il n'est point besoin d'insister sur cette lamentable fin d'un parti qui avait tant promis et si peu tenu".

Il y a dans ces paroles de Laudier une forme de revanche par rapport à son combat politique depuis toujours contre "les bolcheviks", mais ce n'est pas un propos uniquement politicien, il donne un avis, qui est largement partagé par les Français. Le premier décembre, à l'issue d'une séance à la Chambre des Députés, les Communistes sont mis hors la loi et Gaston Cornavin, Député du Cher, est arrêté. Les Communistes vont être mis très longtemps au ban de la société, et seule l'entrée de Hitler en URSS, puis la Résistance leur redonneront la virginité qu'ils avaient perdue.


1940, la "drôle de guerre" se poursuit depuis le mois de septembre 1939. Les mois passent, les français chantent le grand succès de Ray Ventura "On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried". Paul Raynaud devient le Chef du gouvernement et le Général Gamelin poursuit les études sur ses cartes d'Etat-Major, pour gagner cette guerre qui n'en fini pas de commencer.
C'est le 10 mai 1940 que l'offensive Allemande est déclenchée. Les troupes d'Hitler envahissent la Belgique et la Hollande, les Alliés sont surpris, ils se replient sur Dunkerque, et c'est le début de la débâcle. Le 15 mai, les premières divisions blindées du général Kleist enfoncent les armées françaises de Huntziger. La ligne Maginot est contournée, elle ne servira pas, les Stukas sont maîtres du ciel de France, c'est la fin, la bataille est perdue. Le 14 juin, les Allemands occupent Paris, le 16, ils traversent la Loire. En moins d'un mois, l'incroyable s'est produit. Les Allemands déferlent bientôt sur le Berry.

 

BOURGES VILLE OUVERTE

Le premier signe de ce qui sera la défaite, c'est le passage en direction du Sud des troupes françaises. Le VIIe Corps d'Armée, avec les 27e et 28e Divisions sont en Berry, et occupent quelques jours Saint-Florent et Châteauneuf sur Cher. Bientôt, des éléments des Ier et XVIIième Corps d'Armée traversent Bourges, et s'en vont, le 15 juin 1940 vers le sud du département.
C'est alors que Bourges et le Berry subissent des bombardements. Les villages du nord de Bourges, Saint-Satur, la Chapelle d'Angillon ou Sancergues sont atteints par les bombes. Les morts sont nombreux. A Bourges, une quarantaine de bombardiers allemands larguent leurs bombes sur l'aéroport et l'usine d'avions, il y aura une cinquantaine de morts et 350 blessés le 5 juin 1940.
L'aéroport était défendu par Marcel Haegelen, le 6 juin alors que l'on annonce à nouveau l'arrivée imminente de 6 bombardiers Heinkel 111, l'As de 1914 prend un avion de chasse Curtiss, et avec deux pilotes polonais, eux aussi à bord de ces avions venus d'Amérique, ils s'envolent à la rencontre des allemands. Au dessus de la campagne, entre Morogue et la Chapelle d'Angillon, Haegelen va abattre un avion ennemi, ce sera son 23e si on compte les 22 de la guerre précédente. Les 5 autres bombardiers s'enfuient.

Mais ces actes de bravoure ne doivent pas cacher la réalité : l'armée française est défaite, en Berry comme ailleurs. A Bourges, la défense pourtant s'organise alors que les troupes nazies ont franchi la Loire et arrivent à la limite du département du Cher, les ponts sur l'Auron sont minés, les hommes de la division cuirassée se mettent en position pour défendre la Ville coûte que coûte, comme cela est indiqué sur un message reçu du Maréchal Pétain.
Pour Laudier qui a vu la puissance aérienne de l'ennemi, il n'y a pas de solution et défendre sa Ville n'a aucun sens. Elle sera détruite. Le 18 juin, au moment même où le Général de Gaulle depuis Londres lançait un appel que bien peu de berruyers ont sans doute entendu, Laudier se débattait avec le gouvernement pour que Bourges soit déclarée "Ville Ouverte". Ce n'était pas simple. En effet, le 17 juin, le Maréchal Pétain s'était adressé à la radio aux français "c'est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat". Mais si l'armistice est signé le 22 juin et mis en application le 25, il y a dans ces ordres flous et contradictoires de ces journées beaucoup d'improvisation. Que faire et qui écouter ?
Dans ces heures, plusieurs conversations dramatiques se déroulent entre le Maire et les responsables du gouvernement à Bordeaux pour que Bourges ne soit pas défendue. Cela dure toute une partie de la nuit. Ne pouvant obtenir le Ministre de l'Intérieur Pomaret, c'est finalement son Chef de Cabinet, M. Michel qui est en ligne, il rappelle les ordres de Pétain : Bourges doit être défendue. L'angoisse est à son comble, lorsqu'un coup de téléphone de Bordeaux indique que les villes ayant plus de 20 000 habitants seront déclarées "Ouvertes". Au milieu de la nuit, l'ordre était confirmé. Au matin de ce 19 juin, un mercredi, Laudier annonçait à la population que Bourges était Ville Ouverte, et la Division cuirassée quittait la Ville. Seuls, quelques soldats sénégalais resteront, ils tireront contre les premières troupes allemandes motorisées arrivant en ville, aux alentours du cimetière Saint-Lazare, mais ils seront vite neutralisés.

Sans combat, la Ville de Bourges est "sous la botte Allemande" pour reprendre le titre d'un remarquable document écrit par Edmond Jongleux. Dans ces 267 pages dactylographiées, le Secrétaire de la Mairie retrace, parfois au jour le jour, ce que fut la vie quotidienne des berruyers pendant 4 ans. Il est assez déplorable que nul n'ai jamais songé à faire éditer ce document. Il y a encore aujourd'hui des tabous, cette période en est un.
Les Allemands, avec, à leur tête, un Major arrivèrent à l'Hôtel de Ville et furent surpris d'y trouver le Maire, en place ; dans la plupart des villes, ils n'avaient trouvé aucun interlocuteur officiel, présent à son poste. Ils étaient, de l'avis des témoins, "forts corrects", pour cette première prise de contact, ils demandèrent à Laudier de leur désigner des otages. Le Maire, très calme et sûr de lui refusa, il argumenta qu'il ne bougeait pas de sa Mairie, et qu'il pouvait être considéré comme un otage.


Les troupes Allemandes s'installaient, elles commençaient à réquisitionner tout ce dont elles avaient besoin. Comme le rappelait Pierre Jacquet, un futur responsable de la Résistance locale, les Nazis avaient sur place, un terrain d'aviation, une usine d'avions, des Etablissements Militaires, une situation idéale, Bourges serait donc en zone occupée !

Et ce sera la dure vie des berruyers, pendant 4 ans, du sang et des larmes, avec des personnages odieux, comme le berrichon Paoli, ou des hommes remarquables comme Alfred Stanke, le Franciscain de Bourges. Laudier, lui, va continuer à agir en administrateur, il aborde la période la plus tragique de sa vie. Ces mois qui vont venir contribueront à le déconsidérer et à occulter l'ensemble de son oeuvre.


FACE AUX ALLEMANDS

Après la signature de l'armistice dans le wagon de Compiègne, c'est la tragédie de Mers el-Kébir le 3 juillet, au cours de laquelle les britanniques, pour éviter que la flotte française ne tombe aux mains des Allemands, détruisent les navires français, il y aura 1300 morts et un contentieux avec les Anglais ... qui dure encore.
Sur le plan politique, le parlement est réuni au Casino de Vichy. Il s'agit de voter l'article unique du projet de loi constitutionnelle. La majorité du Parlement vote avec 569 voix pour et 80 contre et donne les pleins pouvoirs à Pétain. Cette Chambre était celle ... élue en 1936, c'est à dire celle du Front Populaire !

Dans ce vote, les parlementaires du Cher sont divisés, les modérés Massé et Breton, ainsi que les socialistes Lazurick et Castagnez votent "la déchéance de la République". Le Député Communiste Cornavin ne prend pas part au vote, il est toujours emprisonné, quant aux sénateurs, Laudier vote les pleins pouvoirs à Pétain, seul Marcel Plaisant vote contre, il est, lui, dans les 80 courageux.

Ainsi, "l'Assemblée Nationale donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l'autorité du Maréchal Pétain à l'effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l'Etat français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie".
La France est donc sous le joug des Allemands ou des ultras de Vichy, Laval, Darlan et autres Marquet sont au pouvoir aux côté du vieux Maréchal. Les "responsables de la défaite", c'est à dire Blum, Daladier, Mandel et Gamelin sont arrêtés et emprisonnés et les premières lois contre les Francs-Maçons puis contre les Juifs sont publiées. La plus noire période de notre histoire commence.

Cette période sera traitée de façon complète dans le second volume de l'Histoire de Bourges au XXe siècle, avec les collaborateurs, Paoli et "sa clique", les Résistants, comme les Frères Cherrier, Melnick ou Roland Champenier, un héros méconnu en Berry. Le présent ouvrage n'évoquera que la partie historique dans laquelle Laudier est intervenu.

Il est 17 h 15 à Bourges lorsque se réunit le 27 juillet 1940, le Conseil Municipal, sous la présidence de Laudier. La séance commence par une courte allocution du Maire :

"Depuis notre dernière séance, que d'événements imprévus ou douloureux se sont produits. Tout d'abord, l'armistice et l'occupation d'une notable partie de notre pays par l'armée allemande, conséquence de la désagrégation de nos forces militaires. Ensuite l'Assemblée Nationale de Vichy décidant la révision de la Constitution et conférant les pouvoirs suprêmes à M. le Maréchal Pétain. L'une est la conséquence de l'autre.
Dans ces pénibles conjonctures, le pays ne doit pas s'abandonner au désordre et au chaos... Il m'est infiniment agréable de constater la belle tenue de notre chère cité. Elle s'est tirée à peu près indemne de ce qui aurait pu être une tragique aventure.
Pour l'heure qui est critique, la Municipalité se fera un devoir de participer aux mesures urgentes qui devront être prises pour donner du travail à ceux des démobilisés et repliés qui vont bientôt rejoindre leur foyer.
Quoi qu'il en soit, je continuerai, avec le concours de chacun de vous, à faire tout ce qui est en mon pouvoir... pour que la vie matérielle de notre cité soit assurée dans les meilleures conditions possibles".


Ainsi Laudier, malade, faisait front, il se voulait un administrateur, abandonnant en quelque sorte l'action politique, cherchant à faire traverser cette période le mieux possible pour les berruyers.
Après de longs applaudissements, c'est le citoyen Lice qui prend à son tour la parole, au nom de tous ses collègues du Conseil Municipal il s'exprimera ainsi :

" ... Mes collègues vous sont reconnaissants d'avoir su épargner à la Ville de Bourges les horreurs d'un bombardement qui n'aurait eu pour résultat que : sacrifier des vies humaines, détruire notre ville, toutes ses oeuvres d'art et nous faire subir pendant longtemps des représailles, comme cela s'est produit dans des villes environnantes, sans aucun profit pour la défense de la Patrie.
Il ne se passe pas un jour sans qu'un ami me dise : "dites bien au Maire que c'est grâce à lui que nous sommes encore vivants". Mon cher sénateur-maire, vous avez bien mérité de la ville de Bourges, entre nous, quand nous parlons de vous, nous disons aussi affectueusement que familièrement "le Grand". Après ce que vous venez de faire, on dira plus tard, "le Grand Henri" copiant en ceci les troupes d'occupation qui disent avec déférence "Bourgmestre de Bourges, Grand Bourgmestre".
C'est le plus bel éloge que l'on puisse vous faire".

En ce début d'occupation, alors que nul ne sait combien de temps cela durera, ni ce que sera le comportement des Allemands, ils sont à cet instant, très corrects, Bourges est à l'image des discours de leurs édiles. Laudier reste calme et sûr de lui, la population berruyère se donne à lui, comme la France s'est donnée au Maréchal. Un des titres de l'oeuvre considérable d'Henri Amouroux pour cette année 1940 n'est-il pas "Quarante millions de Pétainistes", Bourges est une ville semblable à toutes les autres.

LES PREMIERS MOIS DE L'OCCUPATION

Les premiers mois de l'Occupation ont des côtés parfois surréalistes. C'est une période au cours de laquelle se met en Place dans la Ville, une double autorité, celle des Français, avec le Maire, le Préfet et l'ensemble des Administrations, l'autre Allemande, avec la Kommandantur. Et il y a en permanence, une lutte d'autorité, chacun cherche à prendre ou à reprendre le pouvoir dans son domaine. Ce n'est pas, dans cette fin d'année 1940, les ukazes et les diktats de nazis sanguinaires, c'est une administration d'Occupation très stricte des règlements, très paperassière. On parle de police et de maintien de l'ordre, pas encore de Gestapo et de déportation. Tout semble se passer entre "gens de bonne volonté", avec les actions des uns et les protestations des autres. Lorsque Laudier écrit aux autorités Allemandes pour leur signaler que le bruit des avions qui prennent leur vol la nuit indispose la population et perturbe le repos des berruyers ! Il y a soit de l'inconscience, soit de la naïveté.
Cette période ne durera pas, au fil des mois, et en particulier lorsque les conditions de vie vont devenir insupportables, lorsque les prisonniers ne reviendront pas, lorsqu'il n'y aura plus de nourriture suffisante, alors, les passions et les haines vont s'exacerber et les Allemands, que Jongleux appelle dans son étude, "les boches", vont se montrer semblables à des monstres, ils pilleront, violeront, déporteront et tueront en Berry comme ailleurs.

Les premières décisions des Allemands sont placardées sur les murs, car la presse n'est pas autorisée à paraître. C'est ainsi que "Le Commandant militaire de Bourges" informe la population sur le rôle de l'administration municipale, chargée en particulier de l'approvisionnement de la population et de celui de la Kommandantur, "institution uniquement militaire.... elle est à la disposition de la population pour délivrer les laisser-passer, organiser le cantonnement des troupes allemandes et régler toutes les difficultés entre les troupes allemandes et la population civile". Cet avis est du 22 juin, on ne peut être plus civilisé et aimable !
Le second placard affiché est de la même date, il est signé de la même personne, mais le ton est extrêmement différent. Il est dit "que chacun doit aller à son travail, tout pillage, sabotage et tout dommage causé aux communications téléphoniques sera puni de la peine de mort. La même peine sera appliquée pour tout détenteur d'armes, ainsi que pour toute personne qui aidera un prisonnier ou lui donnera des vêtements". Puis suivent des articles très disparates, comme l'interdiction de circuler en automobile sans autorisation de la Kommandantur, l'avance de 1 heure de toutes les pendules pour être à l'heure allemande, enfin, les horaires d'ouverture des magasins sont précisés. Les 10 avis se terminent par un "toute augmentation des prix est interdite, les infractions seront punies".

Comme le fait remarquer Jongleux, l'ordre et la discipline allemande font l'objet d'un placard qualifié par ce berruyer "d'élucubration qui affirme le caractère sentimental du boche". Dans ce curieux document, il est écrit:
- La population est tenue d'observer le sens de la marche, c'est à dire d'utiliser le trottoir droit.
- Il est défendu aux piétons de marcher sur la chaussée.
- La population doit faire place visiblement au passage de tous officiers et soldats allemands.

Les occupants commencent aussi à procéder à des réquisitions tous azimut. Le 24 juin, c'est pour mettre 60 chars à l'abri que des hangars sont exigés. Quelques jours plus tard, des hôtels de Bourges sont réquisitionnés tout comme les cités de l'Aéroport : il s'agit pour les Allemands de loger 500 soldats. Le terrain d'aviation devient très vite une base de bombardiers de la Werhmarch qui s'envolent pour aller jeter leurs bombes sur l'Angleterre.
Mais ce sont les bicyclettes qui font l'objet de toutes les convoitises. Entre le 11 août et le 6 septembre 1940, ce sont très exactement 378 bicyclettes qui sont réquisitionnées, alors que les vols de ces véhicules à roues, si demandés, s'élèvent à 133.
Les mois passent et les demandes allemandes deviennent de plus en plus nombreuses, aussi le 1er octobre, Laudier écrit à la Kommandanture :


" J'ai l'honneur d'attirer respectueusement votre attention sur l'importance de plus en plus grande des demandes de fournitures ou de travaux à exécuter émanant des formations ou services installés à Bourges ou aux environs. Ces demandes se précipitent à une cadence telle que mes services ne suffisent plus à assurer l'exécution. A la fréquence, s'ajoute la nature des demandes qui soulèvent toutes sortes de difficultés : hier, c'était pour un nouveau piano, ce matin, un billard et 15 appareils radio pour la seule formation d'infanterie, alors que l'artillerie en demande un seul avec haut-parleur. Il semble que cela soit un peu excessif."

Et le Maire termine ainsi :
"La Ville de Bourges commence à être démunie de tout".

Comment réagit Laudier à toutes les demandes allemandes ? Il utilise tout ce que la loi lui permet pour contrer l'Occupant. Ce sont des protestations, mais aussi des refus. Lorsque le lieutenant Haudler de la Kommandantur écrit au Maire le 27 juin pour lui demander un guide de Bourges avec une carte de la ville et la liste des hôtels, il lui est répondu qu'il trouvera ces renseignements dans des opuscules en vente dans les librairies.
Parfois Laudier se fâche, lorsqu'il apprend que les cheminées de l'usine de Mazière et de l'usine d'incinération ont été jetées à terre à l'aide d'explosifs par des artificiers allemands, il écrit aussitôt au Commandant militaire une protestation :

" J'ai appris ce 4 juillet 1940, avec une légitime surprise que la Formation Aérienne occupant l'Aéroport de Bourges avait fait sauter la cheminée d'incinération des ordures ménagères, sans même m'en avoir avisé ni officiellement, ni officieusement.
Vous comprendrez, Monsieur le Commandant, que je ne puis laisser passer un tel fait sans élever une protestation aussi ferme que respectueuse que je vous prie de bien vouloir transmettre au haut commandement de la région".

Les Allemands occupent l'Aéroport. Ils s'en servent comme d'une base aérienne, avant de réutiliser l'usine, pour fabriquer des avions : ce seront les Siebel qui sortiront bientôt des chaînes berruyères avec de très fortes cadences. Mais depuis 1928, le terrain de l'Aéroport était un vaste champ, plat sans une vraie piste. Les aviateurs allemands, pour permettre le décollage et l'atterrissage d'avions de plus en plus gros entreprirent de construire une piste en béton. Pour cela, ils vont démolir la ferme de Maupertuis, ce bâtiment gênait les aviateurs. Laudier une fois encore sera mis devant le fait accompli et, une fois encore il protestera. "avec force contre la démolition d'un immeuble communal sans aucun préavis".
En général, Laudier n'a jamais de réponse de ses interlocuteurs, une fois pourtant il en reçoitune. C'était à la suite de la lettre qu'il avait envoyée le 8 mars 1941, au lendemain de la destruction de l'Aérogare de Bourges par les Allemands, cet édifice les gênait. Le Commandant de l'aviation allemand va répondre de manière on ne peut plus cynique :


"L'Aérogare civile de l'Aéroport de Bourges devait être détruit sur ordre par suite de nécessités militaires qui n'est pas annoncé à la Mairie de Bourges. Les frais de la destruction et de déblaiement sont à la charge de la Ville".

La censure s'est aussi posée sur Bourges. Il est interdit d'écouter un certain nombre de postes de radio et en particulier les postes étrangers, à l'exception de ceux du Reich, du protectorat de Bohème, de Hollande, Norvège, Luxembourg, ainsi que les postes situés en zone occupée en France, de même que les stations de Lyon, Marseille et Toulouse. Il s'agissait de lutter contre l'écoute de la B.B.C. qui se développait.
De même, la presse est très muselée. "La Dépêche du Berry" qui deviendra au fil des mois le "Grand Journal Local de la Collaboration" est interdit pour huit jours le 22 août 1940 pour avoir publié sous le titre "Les raids allemands sur l'Angleterre", une photo représentant la Cathédrale de New-York, laissant ainsi entendre que les attaques aériennes allemandes se portent sur les cathédrales.

Les Allemands finissent par régir l'ensemble de la vie des berruyers, il n'est plus, après quelques mois d'Occupation, la moindre décision qui ne soit du ressort de la Kommandantur. Le 2 octobre un tenancier d'hôtel, Place de la gare veut faire entendre un orchestre. Il en fait la demande à la Feldkommandantur qui donne l'autorisation, mais avec certaines conditions : "Il ne peut être joué que de la musique légère ne présentant aucun caractère de provocation. Il est interdit de jouer de la musique de compositeurs juifs".

"Les hôtels et restaurants ne doivent servir, à partir du 27 juin 1940, que des mets préparés dans une marmite unique, composés d'un seul service, sans hors-d'oeuvre ni dessert".

Le 22 juin 1940, l'Armistice est signé à Rothondes, il entre en vigueur trois jours plus tard. Les conditions sont épouvantables, et pourtant les Français ne se doutent pas que les réalités quotidiennes au fil des mois deviendront pires encore.
Ce jour-là, le maire demande que l'on mette le drapeau tricolore, qui flotte au dessus de l'Hôtel de Ville, en berne, mais lorsqu'il l'amène, les Allemands refusent et le remplacent par le drapeau à croix gammée, une forme sournoise d'humiliation.
De même, au lendemain de la signature de l'Armistice, les Allemands, afin de fêter l'événement, avisent la population qu'un concert militaire sera donné, sur la place de la mairie, et, en conséquence, la circulation des Berruyers sera autorisée exceptionnellement jusqu'à minuit......pour faire la fête!

Un épisode peu connu de cette période a été rappelé par Edmond Jongleux. Le 30 juin, le commandant français de gendarmerie, M. Mouliet, était appelé par un officier de la Feldgendarmerie, dont les bureaux étaient installés à l'Hôtel de la Boule d'Or. A son arrivée, il lui demanda où l'on mettait les prisonniers à Bourges. Il lui fut répondu qu'il y avait une prison, c'était le Bordiot.
Ils filèrent au Bordiot et trouvèrent le gardien-chef français, écroulé sur une chaise, face à lui, un officier allemand le questionnait en ces termes : "Vous allez me dire pourquoi vous l'avez laissé partir, je vais vous faire fusiller !"
Il y eut une altercation entre les deux officiers allemands, qui ne semblaient guère s'apprécier. Bientôt, le gendarme d'outre-Rhin, toujours en compagnie de M. Mouliet, quitta rapidement les lieux, en répétant sans arrêt le mot "Gestapo", pour parler de son collègue qui lui avait lancé un "fichez-moi le camp".

Que s'était-il passé au Bordiot ce jour-là ?
Pour reconstituer cette scène, il faut remonter en novembre 1938. Un jeune juif, né à Hanovre, Michel Grynspan, avait assassiné le conseiller de l'ambassade allemande à Paris, Von Rath, pour se venger des violences subies par ses parents, cet événement avait permis à Hitler de déclencher la "nuit de cristal" contre les Juifs.

Grynspan, arrêté par la police française, sera incarcéré à Paris. Lors de l'arrivée des Allemands, comme d'autres prisonniers il sera évacué à Orléans, puis dirigé sur Bourges. Sur la route, entre ces deux villes, Grynspan subit un bombardement. Gardiens et prisonniers prirent la fuite, sauf lui.... Il rejoignit Bourges et se présenta à la prison du Bordiot, demandant à être incarcéré.

Les autorités françaises étaient bien embarrassées, et le Procureur Général Ribeyre conseilla au gardien-chef du Bordiot de laisser partir cet encombrant prisonnier, ce qui fut fait. Grynspan trouva refuge à la prison de Toulouse.
Les tractations de cette fuite avaient sans doute été entendues par une tierce personne, française, et lorsque les Allemands arrivèrent, ils furent avisés de ces faits. Ribeyre sera arrêté plusieurs heures et le gardien-chef demeurera un "certain temps" dans les geôles nazies.

Cet épisode montre que la collaboration, les traîtrises et les dénonciations avaient déjà commencé à Bourges un mois après l'arrivée des troupes d'occupation. Il permet aussi de noter qu'entre officiers allemands de corps différents, il y avait des différences importantes, et enfin que la Gestapo était dès le début de l'Occupation un organisme haï, même par certains Allemands.
Au début du mois de juillet, le maire demande aux autorités d'occupation de bien vouloir autoriser la "reparution" d'un quotidien, comme "La Dépêche du Berry". Il argumente que pour prévenir la population, et diffuser des communiqués, il faut faire appel à l'affichage qui est "dispendieux et peu rapide". Il obtiendra gain de cause et "La Dépêche du Berry" reparaîtra dès le 11 juillet 1940, subissant toutefois une forte censure de la part de l'Occupant.

Au cours de l'été, les problèmes de tout ordre surgissent, c'est l'occupation de l'école supérieure de garçons, par 150 aviateurs allemands, c'est le casse-tête du change, car la monnaie allemande doit être obligatoirement acceptée aux équivalences de 5 pfennigs pour un franc et le mark vaut 20 francs ! Ce sont aussi les Berruyers qui se sont réfugiés dans le sud du département, chez des amis ou dans la famille. Beaucoup sont à Saint-Florent, il ne leur est pas possible de rejoindre leur logement à Bourges car la ligne de démarcation ne se traverse pas facilement.

La conduite des troupes allemandes, dans ces premiers mois, n'est pas répréhensible, il y a des règlements, souvent très administratifs et tatillons, et les réquisitions de logement sont très désagréables, mais les relations entre les autorités d'occupation et les Berruyers ne sont pas conflictuelles ni haineuses. Le Lieutenant Colonel Scheel, nouveau Commandant militaire du département du Cher, fait insérer un avis sur des problèmes de ravitaillement :

"... Les tâches les plus importantes seront tout d'abord d'engranger les blés, de faire les battages, les semailles, de remettre en mouvement la vie commerciale et industrielle. La Kommandantur travaillera loyalement avec les autorités françaises et les représentants de l'agriculture, du commerce et de l'industrie.
Chaque Français se doit de participer activement au salut public et à la coopération mutuelle".

Les autorités locales de Bourges se préoccupent aussi du chômage, et le préfet demande à la municipalité une liste des travaux qui pourraient être effectués. Le 8 août 1940, des renseignements sont fournis. On trouve la terminaison de la Salle des Fêtes, le terrassement du Parc des Sports, l'achèvement de l'usine d'incinération, le percement du cours Avaricum, l'élargissement de l'avenue de la gare et la finition du nouvel Hôtel-Dieu.

Il y a effectivement beaucoup de travaux à terminer, mais nul ne sait où trouver les fonds, les ressources municipales ne sont pas suffisantes.

Le ravitaillement est le souci numéro un, car les achats massifs puis les perquisitions effectuées par les troupes d'occupation sont tels que la population civile ne reçoit presque plus rien, et les denrées voient leur prix grimper. Les habitants ne peuvent plus aller à la chasse, les fusils ont été confisqués, et il leur est interdit de pêcher. Cette dernière mesure sera rapportée, avec la publication de ce communiqué :

"Tous les gens qui possèdent une carte valable de la Société des Pêcheurs peuvent venir chercher l'autorisation directement à la Kommandanture de Bourges".


LAUDIER ET PETAIN

Il n'est pas simple d'étudier quels furent les sentiments de Laudier, l'ancien "gauchiste" de l'Emancipateur, l'ancien Socialiste pur et dur, vis-à-vis du Maréchal Pétain et de son entourage, c'est à dire cette droite ultra, catholique et fasciste. Toute analyse en ce domaine, même en 1993 est sujette à controverse. Pour avoir écrit dans un précédent ouvrage que Bourges était "une ville que l'on peut qualifier de "Pétainiste" en 1941", j'ai reçu des lettres de protestation et certaines admonestations de vieux berruyers, trouvant la formule outrancière. Pourtant les faits, rien que les faits sont têtus.

Dans le cadre de la réorganisation des corps municipaux, et suite à la loi du 16 novembre 1940, un arrêté ministériel en date du 1e mars 1941, signé de l'Amiral Darlan, ministre, Secrétaire d'Etat à l'Intérieur dans son article premier que "M. Laudier Henri, Sénateur, est maintenu dans ses fonctions de Maire de la Ville de Bourges". L'article 2 signale que le Préfet du Cher est chargé de l'exécution du présent arrêté.
A partir de là, le Préfet du Cher, M. Ducombeau par arrêté préfectoral du 29 mars 1941, et vu l'arrêté de M. le Ministre nommant M. Laudier Maire de Bourges, conformément aux propositions de ce magistrat municipal : arrête dans son article premier la liste des 19 conseillers municipaux. Parmi ces gens, il y a les anciens comme Lamy, Lice, Chédin ou Richet, mais Cochet n'est plus là, pas plus que Demmer.
Dans son discours, si Laudier adresse un souvenir ému et cordial à Demmer, il n'évoque pas Cochet. Ainsi une page est véritablement tournée. Le Maire parle alors des exigences nouvelles dans une telle situation, avec en particulier le ravitaillement et le chômage. Et il poursuit en évoquant Pétain. Il faut se souvenir que nous sommes le 24 mai 1941, la France collabore depuis la rencontre de Montoire qui date 7 mois seulement. Laudier demande à ses nouveaux conseillers :
"de poursuivre la réalisation de nos programmes de 1929 et 1935, mais je vous demanderai surtout de collaborer avec moi à l'oeuvre de redressement et de rénovation nationale, entreprise par le gouvernement du Maréchal Pétain que la cité berruyère a eu le grand honneur de recevoir et de saluer le 20 juin 1931.
Sous les ordres du glorieux soldat de Verdun, il nous faut remonter la pente et refaire une France digne de son passé et de ses fastes inoubliable. Pour cela, il nous faut remettre en honneur les grandes vertus qui l'ont faite, au premier rang desquels il faut placer le travail".

Il ne fait aucun doute que de manière très sincère, Laudier est un farouche partisan de Pétain et de la politique d'ordre, de rigueur et de travail. Pour cet ex-socialiste, l'expérience du Front Populaire a été un échec, une gabegie. Il avait en octobre 1937 donné son avis sur sa perception de Blum et de ses amis : "Vous m'obligez à faire une profession de foi politique ; eh bien ! Je le déclare très haut ; j'accepte du Front Populaire tout ce qui peut être compatible avec les possibilités économiques du pays, et je repousse tout ce qui est nettement préjudiciable à la collectivité et peut conduire le pays à la catastrophe". Or la catastrophe, trois ans plus tard était arrivée. Alors, Laudier réagit comme un homme d'ordre qui veut que l'homme se développe par le travail, dans une certaine harmonie. Il ne voit pas que cet ordre nazi ou vichiste va progressivement dégrader l'homme, le réduire à l'état de bête. Toute une facette de ce pouvoir n'est sans doute pas encore perceptible au berruyer moyen, mais Laudier, en homme d'expérience, en voyant les décrets sur les juifs, sur les Francs-Maçons, sur les étrangers aurait dû réagir. Il ne pouvait pas ignorer que la collaboration avec Hitler, voulue par Pétain et Laval conduirait le pays à la ruine. Son collègue du Cher au Sénat, Marcel Plaisant aura, lui, une conduite irréprochable au plan des principes, puis de l'action. Laudier n'a pas su trouver une porte de sortie. Persuadé que son maintien en place assurait la sécurité de ses concitoyens, il s'est totalement compromis. C'est ce qui ressort de l'adresse qu'il envoie en mai 1941 au Maréchal :

" Le Conseil Municipal de Bourges adresse au Maréchal Pétain, Chef du Gouvernement de la France, l'hommage de son respectueux dévouement, et l'assure de sa fidèle collaboration à l'oeuvre de redressement et de rénovation qu'il a entreprise.
Il souhaite ardemment que les efforts entrepris pour cette noble cause soient couronnés de succès, et que le pays sorte de cette épreuve avec le sentiment plus ardent de l'amour du Travail, de la Famille et de la Patrie, dans l'ordre et la concorde civique, conditions primordiale qui permettront à la France de se régénérer."



Cette adresse, signée Laudier, est adoptée à l'unanimité. Elle recevra une réponse de remerciement, assez courte en provenance de Vichy et transmise le 25 juin 1941.
Par contre, Laudier a toujours continué à publier le Bulletin Officiel Municipal pour sa Ville, et, ce qui est curieux, c'est l'en-tête, elle porte toujours les mots "Liberté Egalité Fraternité, la devise de la République, alors que c'est interdit par Pétain, et que la République est morte et honnie. Il y a des contradictions chez le Maire de Bourges.
Il apparait avec les documents que nous possédons aujourd'hui, que Laudier, comme la majorité des français était acquis à l'oeuvre de Pétain. Pendant deux ans, jusqu'à sa mort en octobre 1943, il va poursuivre son action municipale, très respectueux de Vichy.

Bulletin Officiel Municipal de 1937 et 1939


DE L'OPPOSITION A LA LUTTE

Dans les tout premiers mois de l'Occupation, il n'était pas question de lutter. Il fallait avant tout survivre. Pierre Jacquet, qui entrera dans la Résistance, me dira en 1984 :

"A l'époque, c'était en pleine débandade, et l'appel du 18 juin n'a pratiquement pas été entendu, disons une ou deux personnes sur 10 000 environ".

Parmi les oppositions, il faut reconnaître que les premières viennent de la municipalité et du maire Henri Laudier. Il voudra rester un administrateur de sa ville, mais chaque fois qu'il le pourra, il sera intraitable avec l'autorité d'occupation. Il va protester vigoureusement chaque fois que ce sera possible : lorsque les Allemands vont détruire un village situé dans l'axe de l'aéroport, ou pour se plaindre du bruit que font la nuit les avions allemands. Cet homme proche de Pétain et de Vichy se montrera pugnace et résolu contre les nazis. En fait, le maire de Bourges avait de nombreux amis à Vichy, et pour Philippe Goldman, Laudier était un "baron" local dont une des priorités était de conserver son "fief". Son attitude vis à vis de Vichy lui permettait de rester en place, tout en s'opposant à l'occupant.
Plus d'une fois, il écrira à l'autorité occupante, même pour des récriminations assez futiles comme ce rappel "aux troupes d'occupation qu'il est absolument interdit de circuler dans les parcs et jardins publics par quelques moyens de locomotion que ce soit", cette lettre faisait suite au passage "une fois encore" de deux officiers allemands à cheval dans le jardin de l'Hôtel de Ville.
De la même façon et de manière plus sérieuse, il refusera de communiquer le nombre de familles repliées à Bourges depuis juin 40, ainsi que les renseignements complémentaires comprenant un classement en A-B et C selon la compétence de ces personnes. Il s'agissait pour l'Occupant de connaître les ouvriers des établissements militaires qui pourraient travailler pour les industries allemandes, ces dernières cherchant de la main-d'oeuvre.
Ces lettres du maire avaient l'art de mettre l'Occupant dans des rages inouïes, tant il y avait de l'agacement, même si parfois cela se retournait contre Laudier, principalement sur le plan financier. Il s'agissait en quelque sorte d'une opposition passive.
La difficulté de s'opposer tenait aussi au manque de moyens. Une des premières tâches des Allemands avait été de récupérer toutes les armes, fusils de chasse inclus. Si l'on ajoute la pénurie d'argent et la désorganisation totale des opposants potentiels, il n'y avait aucune possibilité de "faire de la résistance active susceptible de gêner l'ennemi". Sur un autre aspect, chacun "se devait" de respecter le maréchal Pétain, noble vieillard, vainqueur de Verdun, peu susceptible de collusion avec les Allemands, malgré l'épisode de la poignée de main de Montoire avec Hitler. C'était ce que transmettait la propagande qui mettait aussi en avant la "rénovation nationale" et la responsabilité des principaux leaders de la IIIe République, comme Léon Blum ou Paul Reynaud.

L'abattement était total et général, et si, comme l'écrit Yves Durand, "la très grande majorité des habitants nourrit, dès 1940, la haine de l'occupant", il faut reconnaître que les moyens actifs pour s'opposer aux troupes nazies sont faibles.

Il est exact que dans les différentes communications ou tracts retrouvés, il n'est pratiquement jamais question de De Gaulle et de la Résistance. Quelques tracts "collés en novembre 1940 disent leur confiance en de Gaulle", nous rappellent Cherrier et Pigenet, ajoutant qu'il s'agissait d'éléments isolés.

Les communistes sont sans aucun doute les seuls éléments d'opposition. Encore faut-il être prudent sur l'interprétation qui peut en être fait. Il y a dans les journaux clandestins, comme l'Emancipateur, un rejet du régime de Vichy, mais on s'y bat tout autant contre le capitalisme que contre l'occupant, même si certains slogans évoquent une France libre et indépendante. La présence d'un général à Londres, patrie du capitalisme ne contribue pas à l'union entre les premiers gaullistes et les communistes.
Dans une lutte discrète et continue, les jeunes gens de Bourges étaient, semble-t-il, les plus actifs. Ainsi, le 21 juin 1941, rue Parmentier, des restes de fruits pourris furent jetés à l'intérieur d'une voiture allemande. Quelques jours plus tard, une grosse pierre saillante était placée devant la roue arrière droite du véhicule allemand, comme l'officier ne la vit pas, il passa sur la pierre et creva le pneu ! La Kommandantur parlera de gestes qui seront punis d'une sévérité particulière, ces "manifestations sont dues à l'inconscience ou à l'hostilité" ajoutent les services de l'occupant.

Comme il fallait s'y attendre, les Allemands resserrent l'étau de manière progressive. C'est l'interdiction de toute correspondance avec la zone non-occupée, beaucoup de familles sont ainsi privées des nouvelles des leurs. La radio est interdite, sauf pour certains postes contrôlés par le Reich. Les objets d'art doivent être déclarés à la feldkommandantur si leur valeur dépasse 100 000 francs. Après les réquisitions de logements, puis de voitures automobiles, c'est la confiscation des vélos. En 1940, le nombre de bicyclettes prises par les Allemands est de l'ordre de 400.

Outre la vie quotidienne, qui devient de plus en plus difficile, les grandes lois de Vichy commencent à faire leur effet.

Le journal clandestin l'Emancipateur du 1er mai 1941 met l'accent sur l'augmentation des salaires, avec une revendication pour les porter à 10 sous par jour. Il évoque aussi l'Union des travailleurs et la Libération des défenseurs du Peuple. Il était question des "Communistes traités pendant la guerre d'agents des Allemands, alors qu'aujourd'hui, les autorités allemandes font arrêter les communistes et les insulteurs des Communistes sont à plat ventre devant ces autorités". Les slogans, du type "à Bas Vichy, ouvrez les prisons", sont courants, mais les communistes s'ils sont déjà traqués, ne se sentent pas encore tout à fait en guerre, ils luttent pour des revendications, ce n'est pas la guerre totale contre les nazis.

Marcel Cherrier reconnaît que dans cette période, le recrutement était difficile, les effectifs en lutte comprenaient, pour Bourges, une vingtaine de groupes de 3 personnes, ce qui est assez faible. Si les Communistes sont les premiers résistants, le Parti modifie sa stratégie avec l'entrée en guerre de l'U.R.S.S.. Il ne fait aucun doute que les communistes vont se retrouver dans une lutte totale face aux nazis. La situation des membres du P.C.F., jusqu'à l'invasion de la Russie Soviétique par Hitler le 22 juin 1941, n'était pas toujours d'une grande netteté. Il y avait une ambiguïté qui disparaîtra au cours de l'été 41.
Curieusement, c'est dans la nuit de l'invasion de l'U.R.S.S. que les Allemands décident de frapper un grand coup à Bourges, en organisant une rafle des opposants et autres militants communistes. Si Marcel Cherrier réussit à fuir, ne l'appelait-on pas "le malin", d'autres militants se retrouvent au Bordiot. C'est le cas, entre autres de Kaiser, Troupillon ou René Cherrier.
Dans les semaines suivantes, la répression s'accélère et, le 14 juillet 1941, Angèle Chevrin et Germaine Girardot lancent des tracts place Séraucourt afin, dit Marcel Cherrier, "de bien prouver que le parti n'a pas été anéanti par les arrestations de plusieurs de ses militants".

C'est désormais plus que jamais la guerre totale, l'armée allemande a des besoins de plus en plus importants. Compte tenu des batailles en cours et des troupes qui se trouvent dans les plaines d'Ukraine, elle prélève davantage de denrées. C'est la faim pour beaucoup, et la mortalité dans les hôpitaux s'accroît : la population de Bourges est à l'agonie.


L'INDUSTRIE BERRUYERE TRAVAILLE POUR L'ALLEMAGNE

Si les Allemands ont tracé la ligne de démarcation au sud de Bourges, c'est sans aucun doute pour placer sous leur autorité l'ensemble des industries d'armement. Il s'agissait là d'une richesse qu'il était nécessaire de bien maîtriser.
L'Atelier de Construction de Bourges que chacun appelle l'A.B.S., s'est spécialisé, depuis sa création sous le Second Empire dans la fabrication des canons, et son heure de gloire fut atteinte pendant la Grande Guerre, entre 1914 et 1918.
Lorsque le second conflit du siècle apparaît en 1939, l'Etablissement, placé sous la direction de l'Ingénieur Général Brochard, accroît ses effectifs qui passent de 2000 à plus de 5000 employés, civils et militaires. Les productions du canon de 75 SA 35 et de 105 C 35 B s'accentuent, mais les stratèges français constatent que nos forces sont dépourvues de batteries antiaériennes. Comme le signale Bernard de Pirey, "en quatre jours, le bureau d'études de l'Atelier de Construction de Bourges met au point un projet d'affût monté sur une plate-forme et permettant le tir à la verticale". Ce sera le canon 75 CA 39, qui sortira des chaînes berruyères à partir d'octobre 1939.

C'est donc une usine en pleine capacité que les Allemands découvrent à la mi-juin 1940, elle a été évacuée par le personnel le 17 juin pour un repli sur Guéret.
Dans les premiers mois de l'Occupation, trois cents ouvriers travaillent à des tâches "civiles", comme la fabrication de fendeurs de bois pour gazogènes, d'extincteurs d'incendie, de ruches ou de clapiers.....
L'Ingénieur en Chef Brochard restera en place jusqu'au 20 août 1940, puis cédera sa place à son collègue Gentil. Les bureaux et services sont dispersés dans Bourges, en particulier rue de l'Equerre, alors que l'Ecole d'Apprentissage est rouverte, au bord de l'Auron. En 1942, cette école recevra 57 élèves.

Lorsque les Allemands pénètrent dans l'Etablissement, ils sont totalement surpris par le "colossal butin" laissé par les Français. Il y a en effet des stocks considérables de matières premières, des barres d'étain, des plaques de zinc, de l'acier, de l'argent..... du matériel pour 8 ans de guerre comme l'écrit une revue allemande "Der Sieg". Et puis il y avait 3700 machines pour fabriquer les canons !
D'une manière méthodique, avec leur grand sens de l'organisation, les Allemands vont déménager machines et matières premières pour les envoyer outre-Rhin. Même les charpentes des bâtiments furent démontées, cataloguées puis chargées pour satisfaire l'industrie de guerre en Allemagne.

Comme dans de nombreuses régions, des ouvriers de l'Atelier de Construction furent réquisitionnés et envoyés dans la région de Berlin. L'Etablissement berruyer, privé des éléments parmi les plus jeunes et les plus compétents, sans machine de production, va péricliter et les seuls employés restant seront affectés à l'exploitation forestière. Beaucoup, pour échapper au S.T.O., s'en iront dans la clandestinité.

L'autre Etablissement berruyer produisant de l'armement, la S.N.C.A.C., Société Nationale de Construction Aéronautique de Centre, appelée "Le Centre", devient la plus importante entreprise de la région, avec 2000 employés. Les Allemands découvrent immédiatement la valeur des installations capables de fabriquer des avions parmi les plus modernes de l'époque.
Après le départ de la firme d'outre-Rhin Arado, c'est une autre entreprise de construction aéronautique allemande, la Siebel Flughwerke qui prend possession de l'usine située rue Le Brix. Les Allemands ne sont pas très nombreux, ils ont les postes de direction, et les employés sont français, la plupart ont repris leur travail d'avant-guerre.

Les ingénieurs de Siebel arrivent au milieu de l'année 1941 avec les plans de deux types d'appareils, les Siebel 204A et 204 D. Ce sont des avions de liaison qui devaient être fabriqués en grande série, Hitler voulait que le transport aérien se développe de la même manière que l'automobile, d'où ce choix du Siebel qui pouvait transporter une douzaine de passagers.

Les premières fabrications commenceront en 1941 et 21 avions sortiront des chaînes l'année suivante. Au total, ce sont 170 avions environ qui seront produits pendant la guerre.
Les Allemands ne vont pas se contenter de faire fabriquer les avions, ils vont aussi investir dans les installations et même construire la piste en béton de 1260 mètres de long et de 60 mètres de largeur .... qui existe toujours.

 

Ce qui se passe à Bourges s'est reproduit dans l'ensemble du pays. Pendant 4 ans, selon Emmanuel Chadeau, 12000 moteurs et 3600 avions ont été livrés de France en Allemagne. Rares seront ceux qui refuseront, en France, de produire ces matériels. Il y aura Marcel Dassault, lequel sera déporté à Buchenwald, ou Marcel Haegelen, à Bourges, qui entrera dans la Résistance. La majorité du personnel acceptera de travailler pour les Allemands, il n'y avait sans doute pas beaucoup d'autres choix. Certains cadres et ouvriers seront déportés, comme l'équipe du bureau d'étude de la S.N.C.A.C., dirigée par l'Ingénieur Montlaur ; ce dernier reviendra après la guerre. D'autres, comme Breuzin, chef de piste, mourront dans les camps nazis.

 

LE QUOTIDIEN AU TEMPS DE L'OCCUPATION

La presse était largement sous le contrôle de l'Occupant. Lorsque le journal "La Dépêche du Berry", met une légende sur les bombardements allemands en plaçant la photo d'une cathédrale, le journal est interdit de parution pour huit jours.
Pourtant, " La Dépêche du Berry" devient l'élément essentiel de l'information des Berruyers, et de la propagande de Vichy. La population connaît la situation d'une presse plus que muselée, mais les avis mortuaires, les spectacles et autres informations n'ayant rien à voir avec la guerre sont nécessaires, et les journaux se vendent bien.

C'est ainsi qu'au printemps 1941, le journal donne toutes les informations sur la "Réquisition de la main-d'oeuvre agricole". Il est écrit qu'il manque un million deux cents mille personnes à la terre, et que si rien n'est fait, les récoltes vont pourrir sur place. Il est demandé aux jeunes gens de Bourges de 17 à 21 ans de se faire connaître d'urgence à la mairie afin de remplir une déclaration. Dans ce document administratif figure en effet une demande de précision sur leur compétence dans le domaine agricole.

Ce même journal, le 21 mai 1941, communique le programme complet de la Fête des Mères à Bourges, dont la plaquette a été dessinée par un jeune berrichon. Le point d'orgue, comme toutes les manifestations de l'époque, sera une "belle cérémonie religieuse à la cathédrale, à laquelle assisteront M. le Préfet et les autorités locales".

Avec les journaux, la radio a eu un rôle fondamental. Pour la première fois, cet instrument a été utilisé à des fins stratégiques. Pierre Jacquet dans les années 1980 se souvient :


"La radio, a été souvent le seul instrument d'information, et on était bien obligé de n'écouter que les postes autorisés, et en particulier Radio-Paris. Petit à petit la radio de Londres a pris de la force. La grande préoccupation dans chaque foyer fut d'écouter la radio, dans la journée, c'était souvent Radio-Paris. Le soir, c'était presque un moment sacré, même pour ceux qui étaient pétainistes, il fallait essayer de prendre la radio de Londres. Ce qui n'était pas toujours très simple. Je dois dire que c'était le seul bon moment de la journée".

La vie quotidienne, c'est aussi le spectacle et le public berruyer ira applaudir au Grand Palais, la jeune chanteuse Edith Piaf, alors que le théâtre municipal propose Carmen. Pendant cette période, la vie musicale à Bourges est particulièrement fertile, avec de nombreux concerts.

Le sport n'est pas absent des préoccupations des responsables locaux. Mais les difficultés de circuler, les soucis quotidiens sont tels qu'il est très difficile de relancer ces activités. Pourtant, à Bourges, sous l'impulsion de deux hommes, Robert Chaillou et Marcel Haegelen, une relance du sport local s'opère. Il s'agit de fusionner les clubs des Etablissements Militaires et ceux de la S.N.C.A.C.
C'est ainsi que le 13 septembre 1941, une première réunion se tient pour cette difficile création. Il faut réunir les gens et les moyens de la "Sportive Syndicale des Etablissements Militaires" de la Pyrotechnie et de l'A.B.S. avec le "Club Sportif Aéronautique" de la S.N.C.A.C.
L'acte de naissance du nouveau club, qui s'appellera le B.A.C. (Bourges Athlétique Club), a lieu au Café des Beaux-Arts le 20 mai 1942, et le banquet qui suit est homérique: Haegelen entonnera une chanson de corps de garde, "Les Hussards", alors que le grand pilote Jean Brivot se contentera de fredonner "Plaisirs d'amours". Les adeptes du rugby, de l'athlétisme et de la natation sont ravis, ils vont pouvoir refaire du sport dans de bonnes conditions.
Dans le domaine de l'art et de la culture, Bourges va subir des dommages, comme bien d'autres villes françaises. Le premier mai 1942, les occupants sont à la recherche de matières premières pour leur industrie d'armement.
Ils procèdent alors à l'identification et à la spoliation de plusieurs oeuvres d'arts berruyères. Bourges fut ainsi taxée pour 39 207 kilogrammes de métaux non-ferreux selon la loi du 9 février 1943. C'est ainsi que des bustes en bronze de personnalités locales, comme Louis Lacombe et Emile Deschamps, prennent le chemin de l'Allemagne afin d'y être fondus.
Mais la sculpture la plus prestigieuse est, sans contexte, le "Semeur d'Ivraie" du grand sculpteur Jean Valette. Elle était située dans le petit jardin de l'Hôtel de Ville. Elle est emmenée vers l'est, on ne reverra jamais cette oeuvre.


1942, LE VIRAGE DU CONFLIT

La guerre n'en finit pas et depuis quelques semaines elle s'est encore davantage mondialisée. Le 7 décembre 1941, le Japon a détruit la flotte américaine à Pearl Harbor et les U.S.A. sont entrés dans le conflit.
Le cours de la guerre va changer, les Allemands piétinent devant Moscou, alors que les Alliés commencent des bombardements sur la région parisienne et sur l'Allemagne. En France, Jean Moulin, délégué du général de Gaulle, commence sa mission de rassemblement des différents mouvements de Résistance qui se mettent en place.
A Riom, se déroule dans la confusion le procès des personnalités comme Blum, Daladier, Reynaud et Gamelin, accusés d'être les "fauteurs de guerre français". Mais Blum défend si bien ce qui a été fait sous son gouvernement que l'opinion publique en est troublée.... et le procès suspendu "sine die".
La vie à Bourges se fait plus dure, mais Jongleux remarque qu'il y a eu une accalmie dans les rapports entre la Ville et les autorités occupantes. C'est à partir du 7 février 1942 que plusieurs mesures sont prises, en particulier à l'encontre des Juifs. Il est interdit aux Juifs à Bourges d'être hors de leur résidence entre 20 h et 6 heures, ils ne peuvent pas changer de lieu de résidence. Plus tard, une ordonnance datée du 29 mai exigera que tous les Juifs âgés de plus de 6 ans portent en public l'étoile jaune. L'insigne est ainsi décrite :

"c'est une étoile à 6 pointes ayant la dimension de la paume de la main, et les contours noirs. Elle est en tissu jaune et porte en caractères noirs, l'inscription JUIF. Elle devra être portée bien visiblement sur le côté gauche de la poitrine, solidement cousue sur le vêtement".

La propagande se fait plus présente encore. C'est ainsi que Jongleux, en mai 1942, ramasse rue Moyenne un tract contre les Juifs, avec la reproduction d'une vieille gravure représentant le poète Ronsard. Au dos de cette figurine, un poème portent certains vers très antisémites comme ce "je n'ayme point les Juifs, ils ont mis en la Croix ce Christ....." et plus loin "..... Faux, trompeur, mensonger, plein de fraude et d'astuce, je crois qu'en lui coupant la peau de son prépuce, on lui coupa le coeur de toute affection". Et le texte se termine par ces mots :
"En 1560, Ronsard était-il un agent d'Hitler ?"
Comme l'écrit Jongleux, "Tout ceci se passe de commentaires, la bêtise n'a d'égale que l'esprit de haine qui inspira la propagande du Chancelier". Mais il faut bien reconnaître que ce type de propagande, pour des esprits faibles à la recherche des responsables de leurs malheurs, avait un certain succès, à Bourges comme ailleurs.
Il est assez rare de trouver dans la presse locale ou dans les informations en provenance de l'occupant, des faits relatifs à des "coups de main" de la Résistance. Ce sera pourtant le cas en mai 1942, avec une action des Résistants dans l'Hôtel des Postes. Une nuit, "des éléments de la Résistance pénétrèrent dans le hall de départ", tandis que l'agent chargé de la garde était dans une partie opposée du bâtiment. Les hommes, qui étaient fort bien renseignés, "soulagèrent certains sacs de leurs tickets alimentaires", lesquels étaient destinés à de petites communes du département du Cher. Dorénavant, la garde de l'Hôtel des Postes serait assurée par le service de police.


En 1942, c'est aussi l'accentuation de la recherche de volontaires pour aller travailler en Allemagne. A la fin de l'année précédente, le 11 novembre 1941, une loi promulguée par Pétain donnait des possibilités :


- "de travailler de nouveau, au moins 48 heures par semaine"
- "d'améliorer ainsi très considérablement vos prétentions à la rente qui vous revient comme ouvrier d'état".


Et le document se termine par ces mots :

"L'industrie allemande vous en offre l'occasion, Réfléchissez !"

Suit une série d'explications sur les avantages financiers de travailler dans une entreprise du Reich. Beaucoup se sont laissés tenter par ces annonces, mais d'autres ont infléchi leur existence en refusant ces "propositions alléchantes", et sont entrés dans les premiers mouvements de Résistance.

La suite de l'article comprend encore d'autres chapitres sur la Résistance à Bourges, sur des personnages comme Paoli ou à l'opposé le Franciscain de Bourges. Enfin un article est entièrement consacré à la Libération de Bourges, le 6 septembre 1944.

voir aussi l'article : La Libération de Bourges

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François Mitterrand à Bourges
Chiffres essentiels
Les Templiers
Les élections à Bourges au XXe siècle
Les Très Riches Heures du duc de Berry
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Les francs-maçons
Kiosque et musique
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L'horloge astronomique
Les tramways de Bourges
L'Yèvre à Bourges
L'alchimie
La Bouinotte, magazine du Berry
L'usine Michelin
La maison de la Reine Blanche
Serge Lepeltier
L'industrie à Bourges au XXIe s
Monuments Historiques Classés
 

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LA RESISTANCE A BOURGES

PAOLI

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