- Roland Narboux - Bourges Encyclopédie

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LE DUC JEAN DE BERRY DE BOURGES
Par Roland NARBOUX

Un article de synthèse issu du livre Bourges de A à Z des éditions Sutton.

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Version 2010

 

D Duc de Berry

Le duc de Berry est un des personnages essentiels de Bourges. Il est fils de roi, Jean le Bon, celui du " père gardez-vous à droite, gardez vous à gauche " lors de la bataille de Poitiers, frère du roi Charles V, et enfin oncle d'un autre roi, Charles VI.
Il est au centre de toute la vie politique et guerrière de la France dans la seconde moitié du XIV ième siècle. Il a été au premier rang des batailles contre les anglais ou les bourguignons, ayant pris la tête du camp des Armagnacs. Après Poitiers, en pleine guerre de cent ans, il passera quelque temps à la tour de Londres comme prisonnier. Il est essentiellement connu dans l'histoire comme un ami des arts et un mécène tout à fait exceptionnel.

Jean de Berry fut un constructeur hors norme, il bâtit ou améliore mille et une résidences que sont Nonette en Auvergne, Lusignan en Poitou, Genouilly en Berry, mais aussi Gien, Montargis, Etampes ou Dourdan. A Paris il possédait l'hôtel de Nesle et le château de Bicêtre sans oublier ce chef d'œuvre que fut le château de Mehun-sur-Yèvre près de Bourges.
Les historiens estiment que le duc Jean possédait 17 châteaux et hôtels !
A Bourges il construisit un palais qui porte encore aujourd'hui son nom, même s'il n'en reste presque rien ! Quant à la Sainte Chapelle de Bourges, ce chef d'œuvre fut rasé au XVIII ième siècle.
Premier mécène de son temps, le moyen de financement de ses constructions " royales " reste encore trouble.
Homme hors de son temps et visionnaire, le duc Jean de Berry possédait à Mehun-sur-Yèvre, au pied du château des animaux exotiques, une sorte de zoo avant la lettre.
Il reste donc peu d'éléments de la grandeur de ce personnage, sa pierre tombale et quelques uns des 40 pleurants qui l'entouraient sont encore visibles, tout comme un livre d'une valeur inestimable : les Très Riches Heures du duc de Berry.

Les Très Riches Heures du duc de Berry

Cet ouvrage est au livre d'enluminure ce qu'est la Dame à la Licorne pour la tapisserie : un chef d'œuvre.
L'ouvrage, composé de 206 feuillets réalisé en vélin très fin fait 29 centimètres de haut et 21 centimètres de large. Il a été conçu et dessiné, ou plutôt peint à Bourges, sans doute dans la rue Porte Jaune où se retrouvaient les artistes et orfèvres du Moyen Âge. Cette oeuvre a quitté la capitale du Berry et il peut être admiré durant quelques jours, certaines années, au château de Chantilly dans la région parisienne.

Aujourd'hui, cet ouvrage fait l'objet d'une réelle vénération mais aussi d'une recherche plus historique voire même ésotérique.
Il semble certain que la première partie de l'ouvrage est due au travail des trois frères De Limbourg, Herman, Paul et Jean. Ils venaient de Nimègue et passaient pour les plus grands artistes de l'époque, ce qui généra quelques jalousies dans le milieu.
Aujourd'hui des études particulièrement " savantes " mettent en avant d'autres enlumineurs comme Roger ou un artiste appelé le peintre intermédiaire.

Les frères de Limbourg commencèrent l'ouvrage vers 1410, et ils moururent tous trois à la même période au début de l'année 1416 ! Une mort que certains trouvent bien mystérieuse.

Parmi les spécialistes qui ont effectué des recherches sur cet ouvrage, Herman Colenbrander écrit tout simplement :
" j'ai proposé une solution plus radicale, qui consiste à ne plus reconnaître dans les miniatures l'œuvre des frères de Limbourg, et à mettre en rapport les heures inachevées des frères rangées dans une layette, telles qu'elles sont mentionnées dans l'inventaire après le décès du duc, avec le livre de bois offert au duc par les Limbourg le 1 er janvier 1411".
Quant au destinataire de ce livre, pendant longtemps, les spécialistes ont pris pour vérité un ouvrage commandé à la fin de sa vie, par le duc Jean de Berry pour ses besoins propres. Or, d'autres études contredisent cette manière d'écrire l'Histoire. En effet, les Très Riches Heures du duc de Berry ne peuvent pas avoir été commandées par le duc vieillissant, car il se représente à table et cela aurait constitué un péché d'orgueil que de vouloir poser dans une telle attitude. Alors ce serait un " cadeaux " avec une intention politique forte, et pourquoi pas pour les 75 ans du duc ? Une énigme de plus.

70 ans plus tard, le livre sera repris et terminé par un autre artiste local : Jean Colomb.

L'ouvrage des Très Riches Heures du duc de Berry comporte un calendrier, commençant par Janvier avec le célèbre banquet du duc Jean recevant une délégation venant de Bourgogne, puis des vues de nombreux châteaux comme Etampes en août, Saumur en septembre et Vincennes pour le mois de décembre.
Autre thème, avec un tableau sublime représentant l'Homme Anatomique suivi de quelques textes et dessins sur des évangélistes, Saint Jean, Saint Matthieu et Saint Luc,
Enfin, le paradis terrestre, l'Annonciation... ou la chute des anges rebelles, une oeuvre extraordinaire.
Au total ce sont plusieurs pages écrites et enluminées de scènes du couronnement de la Vierge au Baptême du Christ.

Le palais du duc Jean

Ce grand bâtiment est aujourd'hui le siège du Conseil général du Cher, mais il n'est que l'ombre de ce qu'il fut au temps de sa splendeur.

C'est un édifice qui a accumulé la malchance, jusque dans les années récentes puisqu'une partie du Palais fut détruite en … 1986, lors d'un incendie accidentel un dimanche après midi pluvieux alors que Jacques Higelin dans le cadre du " Printemps de Bourges " s'époumonait sous un chapiteau. Les pompiers indifférents à l'auteur de " Champagne ! " à quelques cinq cents mètres de là déversaient des tonnes d'eau dans les entrailles du palais.
A l'origine, Jean de Berry voulait faire un ensemble fastueux et il n'eût sans doute pas le temps de participer aux finitions. C'est vers 1375 qu'il commence la construction sur le rempart gallo-romain, d'un très important édifice en fer à cheval sur une parcelle à l'emplacement du logis royal de Pépin le Bref,devenue la résidence des vicomtes de Bourges. Il confia la maîtrise d'œuvre du bâtiment à Guy de Dammartin et de son frère Drouet, les grands architectes du moment.

Le palais du duc Jean aujourd'hui.

L'ensemble devait avoir une longueur impressionnante d'environ 200 mètres, avec trois parties essentielles. Le Petit Palais, aujourd'hui détruit, était situé à l'emplacement de la préfecture actuelle. Puis le Grand Palais dont il ne reste aujourd'hui qu'une petite moitié du monument initial, enfin, presque à la perpendiculaire de ce Grand Palais, une Sainte Chapelle qui avait pour objectif principal de recevoir à sa mort le monument funéraire du bon duc.

Feu la Sainte Chapelle

Cette Sainte Chapelle de Bourges fut commencée vers 1392 le chantier se terminant en 1405. Elle avait des dimensions proches de celle construite à Paris par le roi Saint Louis, une longueur de 36 mètres pour plus de 12 mètres de largeur et 12 mètres de hauteur sous clef.
Les cartons provenaient d'André Beauneveu, ce peintre, et sculpteur et enlumineur qui travailla pour Charles V, avant de venir au service du duc Jean de Berry. Il mourra à Bourges vers 1400, à l'âge de 65 ans.

La maquette de la Sainte Chapelle de Bourges, au Musée du Berry

Cinq travées, une abside semi-hexagonale et treize fenêtres qui étaient considérées à cette époque comme des merveilles.
Cette Sainte Chapelle endommagée, fut détruite en 1751 sur une proposition du cardinal de la Rochefoucault, après l'accord du roi.
Que reste-t-il de cette merveille ? Pas grand chose, quelques vitraux qui sont encore visibles dans la crypte de la cathédrale, les statues agenouillées du duc et de son épouse furent installées dans le chevet de la cathédrale, et il ne subsiste au musée du Berry quelques sculptures de prophètes dues sans doute au ciseau d'André Beauneveux.

 

Quant au célèbre portrait de Charles VII par Fouquet, qui était exposé dans cette Sainte Chapelle, il quittera Bourges pour …. le musée du Louvre.

La conservatrice du musée du Berry, Béatrice de Chancel-Bardellot sous l'impulsion de Philippe Gitton, maire-adjoint à la culture créa en 2004, une salle médiévale comportant la maquette de la Sainte Chapelle et plusieurs sculptures sauvées de la destruction, le tout dans une scénographie particulièrement attrayante.

Le tombeau du duc

Âgé, le duc Jean comme les princes de cette époque pensait à son âme, et il avait demandé à ce que son corps soit placé dans un tombeau digne de sa notoriété. Il commanda à Jean de Cambray un tombeau comprenant sur un socle, son gisant avec entre les deux parties une quarantaine de personnages sculptés dans du marbre ou de l'albâtre, les célèbres Pleurants.

 

La sépulture devait être placé dans la Sainte Chapelle de Bourges, mais rien ne se passa comme prévu par le duc, et il se retrouva dans la crypte de la cathédrale Saint-Etienne. Le tombeau était incomplet puisque si le gisant en marbre était préservé, les Pleurants furent dispersés. Il est possible d'en admirer un certain nombre à New York, Saint Petersbourg, au château de La Verrerie dans le Cher ou encore au … musée du Berry à Bourges.

Aujourd'hui, ce gisant, malgré quelques traces de dégradations par des signatures gravées dans le marbre reste une sculpture d'une exceptionnelle qualité. Au pied du duc, Jean de Cambray a représenté un ours, son emblème qui fait toujours couler beaucoup d'encre … depuis 6 siècles.
Pour les uns, cet ours est le signe ou l'emblème du duc, un animal fort et respecté. Pour d'autres, ce serait le souvenir de sa captivité à Londres où il filait le parfait amour avec une jeune fille prénommée " Oursine ".

Quant à la devise du duc, elles est tout aussi énigmatique avec " le temps viendra ".
Il meurt à 76 ans, pleuré par sa seconde épouse, Jeanne de Boulogne qu'il avait épousé alors qu'elle avait 12 ans, et lui la cinquantaine !

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