La Cathédrale de Bourges par Roland Narboux - Bourges Encyclopédie

L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES
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LA CATHEDRALE DE BOURGES
Par Roland NARBOUX

Chef d'oeuvre parmi les chefs d'oeuvre : la cathédrale Saint Etienne de Bourges est une merveille de l'Occident. C'est la plus belle cathédrale gothique du monde.

nouveau : le plan des chapelles

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Version 2015

 

Les cathédrales du début du XIII e siècle parmi lesquelles Amiens, Bourges, Chartres, Reims et Soissons comptent parmi les chefs d'oeuvres de l'architecture gothique. Tous ces édifices ont été commencés entre 1195 et 1225.
Chartres et Bourges ont été commencées en 1195. C'est un abandon des formes anciennes mais Chartres est resté le modèle, le prototype de la maturité de l'art gothique alors que Bourges ne dépend d'aucune école.

La cathédrale de Bourges a été inscrite au patrimoine mondiale de l'UNESCO en 1992. Cet article donne une première vue de l'Histoire de la construction de cette cathédrale. (après Amiens, Chartres et Reims).

Une simple phrase du grand spécialiste Alain Erlande-Brandenburg qui affirme à l'issue d'une très intéressante analyse des cathédrales gothiques, que de cette cinquantaine de cathédrale de France,

"celle que je préfère, c'est pour moi, Bourges. C'est la plus extraordinaire, la plus prenante, la plus bouleversante, la plus lyrique. Et la plus marginalisée. C'est celle où il y a le moins de pierre, avec ses cinq nefs comme Saint Pierre de Rome, et ses effets intérieurs incroyables".

PLAN DE L'ARTICLE

  • AVANT LA CATHEDRALE
  • LES ARCHEVEQUES DE BOURGES A CETTE EPOQUE
  • INFLUENCE DU ROI ET DE L'ARCHEVEQUE DANS LA CONSTRUCTION
  • QUE VOULAIT LE CHAPITRE ?
  • L'EMPLACEMENT
  • LES DEBUTS DE LA CONSTRUCTION
  • LE PREMIER MAITRE DE BOURGES
  • 1195 - 1214 PREMIERE CAMPAGNE
  • 1225 - 1255 : SECONDE CAMPAGNE DE CONSTRUCTION
  • APRES 1260
  • IMAGES ET PHOTOS DE LA CATHEDRALE

    La Cathédrale de Bourges
     
    Le portail Nord de la cathédrale
     
     
     
     
     
    Cathédrale insolite
     
    La crypte de la Cathédrale
     
    Le Jubé dans la crypte de la cathédrale
     
     
    Les vitraux de la cathédrale

    Le Pilier butant

    pour avoir des photos de la Cathédrale Saint Etienne>>>Cliquer ICI

     

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    LA FRANCE ET BOURGES AU XII e SIECLE
    Au XII e siècle, c'est à dire entre 1100 et 1200, Bourges est une ville importante. Une allée critique est 1137, c'est d'abord, le couronnement du roi Louis VII à Bourges et cette même année, il épouse Aliénor d'Aquitaine.
    Alors que la famine secoue l'Europe, le roi répudie son épouse qui s'en va se marier avec Henri Plantagenêt, ce sera le début de toutes nos difficultés avec les Anglais.... qui durent encore.

    En 1165, une entrevue célèbre se tient à Bourges, entre le Pape et Thomas Becket. Deux ans plus tard, c'est le concile cathare de Saint Félix de Caraman.

    Philippe Auguste devient roi de France en 1180 et Richard Coeur de Lion roi d'Angleterre.

    En 1187, Philippe Auguste de Bourges envahit le Berry et poursuit sur l'Aquitaine.

    C'est à cette époque que commence la cathédrale de Bourges et la grosse tour, et il en profite pour remettre en état et agrandir le rempart de la ville.

    Plus tard, Louis IX sera roi de France, en 1226 et le restera jusqu'en 1270.

    AVANT LA CATHEDRALE

    La primatiale romane est commencée en 1020 par l'archevêque Gozlin, un fils naturel du roi Hughes Capet. En 1170 la façade restait à construire, les portails préparés n'avaient pas été montés. Le roi Louis VII fut sacré dans cette église en 1137.

    A côté du comte de Bourges, se trouvait un autre personnage redoutable, l'archevêque. Il était à la tête d'un territoire qui coïncidait avec celui du comte de Bourges.

    LES ARCHEVEQUES DE BOURGES A CETTE EPOQUE

    Pierre de la Châtre (en fonction de 1144 à 1171) fonda des églises, et il acquit des domaines, tout en réorganisant son diocèse de Bourges.
    Il édifia un nouveau palais archiépiscopal dans le cloître. Il excella dans la construction des oppida, templa et domus...

    Henri de Sully, fils du seigneur de Sully sur Loire fut élu archevêque en 1183 (jusqu'en 1199), sa famille fournit 3 archevêques de Bourges. Il était riche et porté vers l'autorité et la diplomatie, c'était un "grand".

    En 1199, Henri de Sully est remplacé par saint Guillaume (1199 - 1210)
    Ce Guillaume était un moine cistercien, abbé de Chaalis. Homme de noble naissance, de caractère pieux, voué à l'étude et à la méditation, il s'oriente très vite vers les ordres.
    En 1209, alors qu'il se préparait à partir en croisade contre les Albigeois, il prit froid à une messe (ou un sermon) dans la cathédrale et mourut en janvier 1210. On exposa immédiatement son corps dans l'église et tout le peuple vint pour le vénérer.
    (c'est sans doute à contrecoeur , et à la demande du roi et du pape qu'il se préparait à la croisade contre les Albigeois)
    A sa mort, on lui attribua tout de suite des miracles et des guérisons, aussi, sa canonisation fut demandée à Innocent III dès l'année suivante.
    C'est une bulle d'Honorius III en 1218 qui en fit un saint. L'enquête fut menée par deux abbés cisterciens, ce qui facilita les choses.
    Le corps de Saint Guillaume fut ensuite déposé dans une châsse au fond du choeur juste derrière le maître autel, pour que les pèlerins qui parcouraient le déambulatoire puissent le voir.

    C'est en son temps que fut achevé le chevet de la cathédrale.

    De 1210 à 1217, l'archevêque de Bourges était Gérard de Cros, dont on ne sait rien !

    En 1218, un nouveau Sully arrive, c'est le neveu de Henri, il s'agit de Simon de Sully qui occupera le siège pendant 14 ans.
    Il eut beaucoup de difficultés dans la gestion du diocèse, et lutta pour la primatie d'Aquitaine qui lui était contestée.
    C'était l'époque des croisades des Albigeois, qui se poursuivait et dont les idées arrivaient aux portes du diocèse. C'était aussi la croisade pour aller délivrer Jérusalem.
    C'est sous Simon de Sully que fut entreprise la nef de la cathédrale.

     

    Nouvel archevêque en 1236 (jusqu'en 1260 environ), Philippe Berruyer était le neveu de saint Guillaume
    Il semble s'être peu intéressé à la vie matérielle de son diocèse, il suivait, comme son oncle le chemin du spirituel.
    Lorsqu'il meurt en 1260, le gros oeuvre de la cathédrale est achevé.

    80 années de l'histoire du diocèse avec deux familles, celle des Sully et celle de saint Guillaume.
    Mélange de bâtisseurs et de ferveur religieuse. Il fallait les deux pour mener à bien un tel chantier.

    Le prestige de Bourges était considérable, l'archevêque avait beaucoup d'influence sur le roi de Franc et sur le Pape. Il les aidait, sur le plan juridique et financier.

    Le nombre de chanoine était de 30 en 1178 et 40 en 1189. Il y avait obligation de résidence, mais en 1180, par exemple, ils n'étaient que 20 à Bourges. C'était une fonction très rémunératrice.

    Revenus de la terre, le chapitre possédait aussi des villages (La Celle-Condé, Mareuil sur Arnon...). L'économie du Berry était agricole, les terres capitulaires étaient organisées en 4 métairie administrées par les prévôts qui percevaient les dîmes.

    Le chapitre était puissant et deux anciens titulaires étaient devenus papes, Lucius III et Urbain III, il y avait donc un grand prestige de cette compagnie.

    INFLUENCE DU ROI ET DE L'ARCHEVEQUE DANS LA CONSTRUCTION

    La ville de Bourges à cette époque avait une population de l'ordre de 15 000 personnes.

    C'est le chapitre de la cathédrale qui est à l'origine de la construction.

    Il faut bien voir que la cathédrale n'avait pas une fonction d'église et de pèlerinage, il n'y avait pas de relique, ce sera un problème permanent : trouver et mettre en valeur des reliques. De plus, comme le dit J.Y. Ribault, la cathédrale ne sert pas à des assemblées civiles.

    Le roi était Louis VII au début de la construction, s'il fut dit-on, impressionné par les projets de Pierre de la Châtre, et donna son accord dans une charte de 1159, on ne connaît aucun document de la sorte de Philippe-Auguste lors du début de la construction.

    Bourges est le premier monument de style "français", c'est à dire du nord de la Loire. Le Berry est une enclave royale entre le Poitou et la Bourgogne et il y a d'excellentes relations entre le roi et le clergé du Berry.

    Les archevêques ont pris une part prépondérante à la nouvelle cathédrale, c'est ainsi que Henri de Sully organisa des quêtes. Ils aidèrent financièrement la construction.
    C'est le chapitre qui possédait les terrains et non le roi ou l'archevêque, c'était donc le maître d'oeuvre du chantier, c'est lui qui prenait les décisions, et l'archevêque ne servait que de conseil et d'assistance.

    Par la suite, pour trouver des fonds, l'archevêque Guillaume de Dangeon mit tout en oeuvre dans son diocèse et fut aidé par Eudes de Sully, qui lui remis un morceau de la mâchoire de Saint-Etienne et du chantre de Chartres, Josselin, ainsi que d'autres reliques de moindre importance pour que les fidèles viennent apporter des offrandes devant ces reliques et que cet argent serve à la construction de la cathédrale.

    Le chapitre administrait donc la fabrique, il engageait les architectes et les maçons. Il tenait les cordons de la bourse avec deux de ses membres.

    La fabrique (fabrica ecclese) est mentionnée en 1201, elle percevait l'argent et possédait les terres, elle était administrée par un laïque en 1201, un procurator et un rectore.

    QUE VOULAIT LE CHAPITRE ?

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    Pourquoi la cathédrale à Bourges ? Le chapitre voulait construire un monument représentant son autorité et son prestige, en même temps qu'un siège digne du primat d'Aquitaine.
    Mais il y avait des ambitions identiques dans d'autres diocèses sans que l'on construisit une cathédrale.
    En 1194/95 lorsque l'on étudie le projet, le chapitre a peut-être demandé que le chevet puisse recevoir tout le chapitre métropolitain et le bas clergé, soit environ 200 personnes et que la nef puisse recevoir des milliers de fidèles. ( A Noyon, il y avait 60 chanoines et un chevet plus petit qu'à Bourges).

    Il y avait, en tout cas à la fin du XII e siècle, une course au gigantisme, cela se calmera au milieu du XIII e.

    On a dit aussi que Bourges avait un côté très fonctionnel, par exemple, les chapelles rayonnantes étaient faites pour vénérer les saints, dans des autels. De même la place autour de l'autel devait permettre l'organisation de grandes processions.
    Mais d'autres cathédrales devaient répondre aux mêmes préoccupations liturgiques sans donner les mêmes éléments de réponse sur le plan architectural.

    Un plan somme toute assez traditionnel, mais avec des dimensions gigantesques, suivant les voeux du chapitre, pour permettre à chacun d'être à l'aise, aussi bien les chanoines que les fidèles. (l'archevêque avait une porte sur le côté sud du chevet pour aller directement dans son palais)

    L'EMPLACEMENT

    La cathédrale était entourée d'un enclos appelé le cloître, fermé à l'est par le mur gallo-romain, à l'intérieur il y avait eu le palais du gouverneur (romain) et l'église de saint Ursin.
    A cette époque, il y avait le palais de l'archevêque, , les maisons du doyen, des chanoines, avec cour et jardin. Il y avait aussi un hospice pour les pauvres et une grange pour les dîmes ( 1189 puis reconstruite au XIII e siècle).
    Le cloître avait été fortifié en 1174.
    En 1181, Philippe Auguste accorde à Bourges l'autorisation de construire au delà de l'enceinte gallo-romaine;

    Le niveau est différent, de l'ordre de 6 mètres entre l'intérieur et l'extérieur.

    Au début de la construction, l'emplacement du chevet était pris par une multitude de monuments .
    Appuyée sur le mur gallo-romain, il y avait une cathédrale construite au XI e siècle. Elle devait avoir une longueur de 45 mètres (120 pour l'actuelle).
    A la nef, on ajouta des ailes monumentales.
    Vers 1172, on se décide à agrandir la façade occidentale avec trois portails monumentaux, peut être en avant d'un narthex ou sous un porche nous dit Branner.
    Il y a donc bien une volonté d'agrandissement de la cathédrale existante.

    Le projet de 1195 est bien supérieur, la nouvelle cathédrale aura 45 mètres de large et 120 de long. avec 12 travées au deçà du mur gallo-romain. Mais l'hémicycle, le double déambulatoire t les chapelles rayonnantes sont en dehors du mur.

    LES DEBUTS DE LA CONSTRUCTION

    Entre 1191 -93 et 1195, la vieille cathédrale a sans aucun doute été endommagée par un incendie, des fouilles de 1952 l'attestent. La décision de reconstruire un monument plutôt que de la réparer a été prise peu après. Le don fait à la fabrique par Henri de Sully est un indice important, mais on ne sait pas la date "de la pose de la première pierre".
    Pendant toute la construction, l'ancienne église continuera de servir, il était situé dans la nef de la nouvelle cathédrale.

    Il y aura deux grandes parties dans le projet : le chevet et la nef. Cela correspond à deux campagnes aussi bien sur le plan du chantier que de son financement. Chaque campagne fut à son tour divisée en plusieurs phases.
    Le problème posé au premier maître de Bourges fut de composer avec le site et son encombrement avec de nombreux édifices sur un espace exigu. La seconde difficulté était de construire la nouvelle cathédrale sans perturber l'accès des fidèles et du clergé soit dans l'ancienne soit dans la nouvelle cathédrale. (problème d'accès, de confort...)

    La vieille nef fut conservée et littéralement "enveloppée" dans la nouvelle cathédrale.

    Le seul problème dans le début fut causé par la largeur du transept de l'ancienne cathédrale, . L'hémicycle et les déambulatoires ainsi que la première travée située au delà du rempart vinrent s'adosser au mur oriental du vieux chevet, c'est alors que cette partie fut démolie.

    LE PREMIER MAITRE DE BOURGES

    Les grands monuments, de par le monde ne donnent que rarement la notoriété à leur créateur, qui a fait l'arc de Triomphe ?, et plus près de nous, Beaubourg, ou la Grande Arche de la Défense ? Il faut s'appeler Eiffel pour donner son nom à son oeuvre.

    Pour les cathédrales, il en est de même. On ignore le nom de l'architecte qui a conçu la cathédrale de Bourges.... merveilleux anonymat.

    Alors les spéculations vont bon train, ce serait Gérard de Cornusse ou encore un certain Martin. Ces deux noms apparaissent dans une charte de 1224. Branner élimine ces deux noms, sans doute parce que le maître de Bourges ne semble pas avoir prolongé son activité au delà de 1208, date qui marque le début de la troisième phase du chevet. En 1224, aucun travail important n'était en cours.

    On a cru très longtemps que ce Maître venait de Paris, qu'il avait travaillé sur le chantier de Notre Dame. Mais la différence de l'élévation et la présence d'un transept à Paris font douter les spécialistes.

    Le Maître de Bourges a eu pour successeur un second Maître qui termina le chevet, dans la troisième phase.

    Il y a eut enfin un troisième maître de Bourges qui se chargera de la nef et de la façade. Il ne modifiera pas l'agencement général des volume, visiblement, il ne le pouvait pas.

    1195 - 1214 PREMIERE CAMPAGNE

    Tout commence avec la crypte, elle est située en dehors du rempart gallo-romain. Elle a été construite en une seule fois.
    On trouve quelques différence dans les moulures des piliers, c'est ainsi que les parties centrales sont antérieures à l'extérieur.
    Une fois la crypte terminée, on passa à la construction du mur extérieur du déambulatoire. Il n'y avait pas à ce moment de projet de construire les chapelles rayonnantes.

    Les préparatifs pour la seconde phase de la construction du chevet ont été très longs, il fallait en effet détruire les fondations du chevet de l'ancienne cathédrale (4 à 5 mètres au dessous du sol).
    Les fondations de la cathédrale sont faites de murs de maçonnerie grossièrement taillés, mais bien alignées, la largeur au somment est d'environ 3,5 mètres et la profondeur est supérieure à 8 mètres (plus au nord).

    Au cours de cette seconde phase, on construit les grandes plies et les piliers intermédiaires de la partie droite du choeur.

    En 1213, le chantier suit bien le programme d'avancement, le pape est d'ailleurs obligé d'intervenir pour régler un litige entre les moines cisterciens de Lorroy et l'archevêque pour exploiter la forêt de Saint-Palais, laquelle fournissait le bois pour les échafaudages et la charpente.

    Le chevet est terminé en 1214, et un document précise la réglementation en matière d'office dans le choeur et le déambulatoire.

    En 1215, le gros oeuvre est terminé. Peut-être est-on en train de mettre en place une partie des vitreries des verrières hautes.
    Un acte de 1218 parle d'un maître verrier engagé pour construire les vitraux.

    Seulement le chantier s'arrête pour une dizaine d'années. Les hypothèses sont sans doute un peu technique, il fallait savoir comment réutiliser les portails roman de l'ancienne église, mais c'est sans doute le manque d'argent qui arrête le chantier.
    C'est Simon de Sully qui est alors à la tête du diocèse. Il est le neveu d'Henri.

    1225 - 1255 : SECONDE CAMPAGNE DE CONSTRUCTION

    C'est à partir de 1225 que les travaux reprennent. Le successeur de Simon de Sully est Philippe Berruyer, il est lui, le neveu de Saint Guillaume. Il trouve une église en faillite avec des dettes partout.
    Il faudra attendre d'ailleurs 1250 pour que les finances soient à peut-près saines.

    On commence par la nef du côté sud car il y a moins de dénivellation que du côté nord.

    Les portails latéraux ont été construits à ce moment, ainsi que les porches.

    La vieille nef est détruite et les fondations gothiques commencées.

    Les tours ont été continuées jusqu'au niveau du grand gâble de la façade.

    Il apparaît que la façade n'était pas terminée, en particulier au niveau des tours, et aussi sans doute au niveau de la grande rosace. On ne sait à quoi elle ressemblait avant Jean de Berry.

    Le portail sud a été un des premiers éléments construit au cours de cette seconde campagne, il devait servir à entrer dans le choeur gothique.
    Le projet de la façade à cinq portails a sans douté été élaboré vers 1228 - 1230.

    Pour dater le début de la campagne, il y a plusieurs indices comme la forme des triforium, organisés selon le principe de subordination hiérarchique, un arc unique encadrant deux arcs plus petits, lesquels entourent encore deux arcs plus petits. Le triforium de Bourges a des tympans percés d'occuli comme à Amiens ou Salisbury, construits après 1221.

    Les contreforts extérieurs de la nef sont légèrement plus élevés que ceux du chevet.

    La façade à 5 portails a été conçue vers 1228 - 1230.

    Vers 1250, les travaux semblent se terminer, les deux tours sont à une belle hauteur, environ à la hauteur des grandes voûtes.
    Il y a alors plusieurs incidents.
    En 1259, c'est un incendie qui se déclare, on en connaît pas trop l'importance, mais il apparaît que les finances à peine sains en prennent encore un coup!

     

    Il n'y a aucun texte qui donne la date de finition de la cathédrale, sans doute parce qu'elle n'a jamais été considérée comme terminée.
    Les tympans occidentaux datent de 1255 - 1265, on peut penser que l'architecture générale de la façade était terminée un peu avant.

    APRES 1260

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    Les travaux vont alors se ralentir au niveau de la façade, par manque d'argent.
    Plusieurs faits en plus de chartes viennent montrer ce manque de finances. C'est ainsi que les fenêtres hautes de la nef possèdent une série de vitraux en grisaille au lieu de vitraux polychromes.
    De même, la tour nord n'a pas été élevée au niveau de la tour sud, et restera inachevée pendant deux siècles.

    Vers 1295, on remarque des travaux dus à Michel, un architecte du chapitre, il travaille sur les porches latéraux, ainsi que sur les voûtes d'ogives qui mènent à la crypte.

    Plus tard, on découvre des fissures dans la tour sud. C'est sans doute à cause de mauvaises fondations. Les étages supérieurs de la cathédrale commencent à s'écarter et il y a des déchirures dans les voûtes de la nef. On renonce alors à poursuivre les travaux d'élévation des deux tours. Et pour ne pas alourdir encore l'édifice, on ne mit pas de cloches.
    La façade ne reçut pas pas son couronnement ni la rosace.
    En 1313, on trouve un financement pour réparer les voûtes de toute urgence. La tour fut alors étayée par un énorme pilier butant de 2 étages. C'est le roi Philippe le Bel qui fit un don de 400 livres pour consolider l'édifice.
    On doit reprendre et remplacer toute une partie de la voûte du collatéral intérieur, ainsi que des piliers.

     

    Le 13 mai 1324, la consolidation de la façade doit être terminée puisque la cathédrale est enfin consacrée, certains affirment qu'elle ne l'était pas mais que l'on ne pouvait pas faire mieux !

    A la fin du XIV e siècle, la façade est profondément modifiée avec la suppression du grand arc qui recoupait la partie centrale et par la construction du "Grand Housteau" ou rose occidentale à quatre pointes qui rappelle Tours.
    C'est l'architecte du duc de Berry, Guy de Dammartin qui réalise ce grand Housteau, c'est bien l'achèvement de la façade principale.

    A cette époque fut aussi ajoutée une toiture transversale et un faux transept ainsi qu'une flèche. Pour assurer la stabilité, on dota les arcs-boutant de la première travée de la nef d'une volée supplémentaire. Mais ces ajouts n'eurent pas de chance, on les changea plusieurs fois et lui et la flèche furent supprimés au XVIII e siècle. Mais les arcs boutant supplémentaires vont rester jusqu'au XIX e siècle.

    Au cours du XV e siècle, on transforma la chapelle de Sainte Solange et Jacques Coeur fit construire la chapelle symétrique du côté nord du choeur. On lui doit aussi la sacristie des chanoines.
    Différentes chapelles furent ajoutées.

    A la fin du XV e siècle, sans doute en 1493, l'archevêque Guillaume de Cambrai se lança dans la finition de la tour nord. Mais les nouvelles maçonneries furent trop pesantes par rapport aux fondations et le 31 décembre 1506 la tour s'écroula en abîmant les travées de la nef, au sud et à l'est.

    C'est avec l'argent de Louis XII et des contribuables que la tour est reconstruite. La tour est reconstruite à partir de 1508, et le gros oeuvre est achevé en 1524. et complètement terminée en 1540. C'est l'architecte de Bourges, Guillaume Pelvoysin qui dirigera les travaux. Mais il est aussi possible que l'architecte royal Colin Biard ait participé à l'élaboration des plans.
    Cette tout "neuve", beaucoup plus élevée que la tour "sourde" puisqu'elle a 65 mètres de hauteur est conçue dans le style du gothique flamboyant, et le style "Renaissance" y est effectivement absent.

     

    vitrail (dessin de Bernard CAPO)

    Elle prendra par la suite le nom de "tour de beurre", non pas pour rappeler sa fragilité, mais parce qu'une partie des fonds recueillis le furent auprès des fidèles qui versaient une obole en échange de quoi, ils étaient dispensés du jeûne pendant le carême. Ils pouvaient manger gras.

    Les travaux de reconstruction furent entrepris presque immédiatement. Ils furent achevés en 1542.

    En 1559, les toits ont été détruits par un grand incendie, ils ont été immédiatement remplacés.

     

    Les statues des piédroits de la façade ont été détruites par les huguenots. C'était en 1562, au mois de mai, le comte de Montgomery entra par surprise en ville et pillèrent de nombreuses églises. La cathédrale fut très menacée, outre les destructions des sculptures, plusieurs soudards voulurent faire sauter l'édifice en mettant des tonneaux de poudre au pied de la tour nord, mais ils étaient passablement éméchés et la poudre ne prit pas.

     

    Parmi les dégâts subits par la cathédrale, il faut signaler ceux causés par le zèle des chanoines du XVIII e siècle. Tout d'abord, pour moderniser le choeur, des verrières colorées ont été supprimées et remplacées par des vitrages blancs.
    De même, le jubé qui clôturait le choeur, édifié dans la même période que les portails de la façade a été enlevé en 1757 et dispersé, il a même été utilisé pour refaire une partie du Choeur vers le maître-autel. Ce sont les architectes et sculpteurs Slodtz et Vassé qui ont réalisé cette partie.
    Le jubé était orné de bas-reliefs représentant les scènes de la Passion. Le style est proche de ceux des plus anciens portails de la façade. Il y avait en outre une savante polychromie et des incrustations de verres colorés.
    Au dessus du jubé, l'horloge astronomique a été placée en 1424.
    Il a été retrouvé au XIX e siècle, et fut déposé au Palais Jacques Coeur.

     

    Pendant la révolution, tout l'édifice fut menacé de destruction. Il y eut peu de véritable destruction, par contre les objets précieux furent pris.
    On songea, comme dans toutes les villes à détruire l'édifice symbole du clergé, mais ce ne fut pas fait. Deux raisons, la première, sans aucun doute de coût de la destruction, et ensuite, où mettre les tonnes et les tonnes de pierres ?

    Au début du XIX e siècle, on ajouta des balustrades et des pinacles, afin d'imiter la cathédrale d'Orléans. On peut critiquer ces actions, mais il ne faut pas oublier que de nombreux travaux étaient devenus indispensables, ils ont sauvés la cathédrale. Il y a eut sans doute un peu trop de zèle dans certaines réparations.

    La constitution de la Commission des Monuments Historiques en 1837 mit fin à ce type de modifications.

    Depuis cette date, la cathédrale a été constamment réparée et restaurée, elle ne sera plus modifiée.

    Aujourd'hui, la cathédrale ne diffère pas beaucoup de ce qu'elle était en 1255. Les différences tiennent dans le grand Housteau, les chapelles latérales, les balustrades et les pinacles.

    DIVERS

    Rien ne prouve qu'une polychromie ait recouvert primitivement les murs et les piliers de l'édifice. la peinture qui est observée daterait du XVI e siècle. Il y aurait peut être eu un badigeon presque du même ton que la pierre.

    La crypte est composée d'une salle centrale entourée de deux déambulatoires
    Adossé au mur du fond de la crypte, une "Mise au Tombeau" est placé sous un portique Renaissance, fut donné au chapitre par le chanoine Pierre Dubreuil en 1543, c'est un groupe assez conventionnel composé de 10 personnages en ronde bosse entourant le corps du Christ supplicié.

    Dans le Chapelle de Jacques Coeur, les statues orantes de trois membres de la famille Laubespine sont les reste de leur tombeau, ils furent mis là par Philippe de Buyster.

    L'effigie du maréchal de Montigny est de Michel Bourdin, elle devait se dresser vers 1619 sur un mausolée classique qui ne sera jamais réalisé.

     

    La double volée d'arc boutant extérieurs est le dédoublement de la volée simple du groupe parisien. Elle apparaît au même moment dans la cathédrale de Chartres.
    Le problème ne pouvait se poser que dans une église à doubles collatéraux.
    Bourges et Chartres, sur ce point font oeuvre de nouveauté. L'emploi de l'élévation à trois étages et du mur épais associé à l'arc-boutant.

    La façade devait préparer le spectateur à la contemplation de l'intérieur.

    Le beffroi de la tour sud était certainement prévu pour supporter une flèche octogonale, avec des faces alternativement grande et petites.

    La cathédrale de Bourges est essentiellement une spéculation sur des volumes intérieurs à une échelle colossale.

    On sait que le chevet est achevé vers 1214, et la nef entreprise en 1225. Or les architectes formés à Bourges au cours de la première campagne des travaux ont travaillé à Burgos après les années 1221, et sans doute aussi au Mans.

    Le calorifère de la cathédrale est une installation qui date de la fin du XIX e siècle. Il s'agissait à cette époque de chauffer l'édifice, et deux architectes très connus à Bourges se sont lancés dans le sujet. Paul Boeswillwald, qui était l'architecte des monuments historiques et Emile Tarlier qui était alors l'architecte du diocèse.

    Ce calorifère va fonctionner à partir de 1894, il a été nécessaire de faire des travaux considérables et en particulier, comme l'écrit Benoît Morin, "une grande excavation de 12 mètres de long, 8 de large, et 5 de profond". Et c'est ainsi que les terrassiers vont trouver de très nombreuses tombes d'ecclésiastiques, dont une soixantaine de chanoines.

    Ce saccage de l'époque est parfaitement condamnable.

    Les travaux commencent le 26 juin 1894, et il est inauguré quelques mois plus tard, le 2 décembre 1894, ayant coûté près de 70 000 francs.

    C'est un chauffage que l'on peut encore voir aujourd'hui, il comprend en sous-sol, vers la crypte pas moins de 11 foyers qui utilisent le charbon et au dessus des "tuyaux" qui réchauffe l'air, lequel passe alors sous la cathédrale à la hauteur de l'autel.

    On connaît les noms des 2 ingénieurs qui ont réalisé ce calorimètre, il s'agit de Albert Robin et de Fernand Delsaitre.

    Les visiteurs aujourd'hui ne peuvent voir que ... les rails qui traversent le couloir de descente vers la crypte, car le charbon, il fallait 1 tonne par jour, et l'on utilisait des petits wagons. D'ailleurs lors de la guerre de 14/18, le charbon était devenu très cher et chacun se posait des questions sur l'utilité de ce calorifère.

    D'autant plus que la cathédrale n'est pas chauffable et que tout chauffage n'augmente la température que de quelques degrés, certains affirment qu'il pouvait y avoir 8 à 10 degrés à l'intérieur !

    Ce n'est qu'à partir de 1950 qu'il sera mis hors fonctionnement. Il s'agissait alors de remplacer ce calorifère par un autre système plus performant... qui ne verra jamais le jour. Il faut ajouter que le chargement du charbon était bruyant et surtout il y avait une odeur pas très agréable qui pénétrait dans la cathédrale.

    Le pélican de Bourges surmonte la tour Nord, il est situé sur un petit édifice lequel comprend la cloche qui date de 1372, offerte par le duc Jean de Berry.

    Bourges est assez curieuse sur ce plan puisque le sommet des Eglises comprend généralement un coq. Ici c'est un pélican qui est un symbole universelle et aussi catholique, il représente l'Eucharistie. C'est un bel objet en bronze, qui a sans doute été réalisé vers 1530 par Guillaume de Cambrai. Il a dû être mis sur le clocher qui était au milieu de la nef, mais transporté sans doute sur la tour Nord.

    En 1995, le pélican, en mauvais état sera mis à l'intérieur de la cathédrale, et remplacé par une copie.

    Les grilles de la cathédrale sont remarquables, elles sont située autour du choeur, elles datent au milieu du XIX e siècle.C'est Morin un serrurier de Bourges qui les a réalisées vers 1856., ce sont surtout les grilles basses des chapelles. Par contre c'est un serrurier de Paris Boulangers Pierre qui fera celles du choeur vers 1850.

    Enfin, et c'est une curiosité, c'est la grille réalisée à Mehun-sur-Yèvre par les Ets Larchevêque qui réaliser en 1865 les grilles d'entrée du choeur. Mais elles ont été enlevées en 1950, une partie est toujours visible dans la chapelle Fradet, quant à l'autre, c'est une curiosité, elles sont montées rue Joyeuse, au Foyer Saint-François, ce qui pose des questions aux nombreux touristes qui se demandent ce que font ces grilles en un tel lieu !

    Notons l'aigle du choeur qui est un lutrin en ferronnerie d'art, il vient d'un artiste de Nevers et date de 1828.

     

    En conclusion :

    Dans un numéro spécial du POINT, du jeudi 30 mars 2006, sur les Cathédrales, on parle pendant 34 pages, de Reims, Beauvais, Amiens, Nevers, ce qui est très bien. Et on cherche un mot sur Bourges : RIEN.

    De son côté TF1 qui a repris les infos.... et ce sont des reportages sur plusieurs cathédrale mais rien sur Bourges.

    Une simple phrase à la fin de l'interview du grand spécialiste Alain Erlande-Brandenburg qui affirme à l'issue d'une très intéressante analyse des cathédrales gothiques, que de cette cinquantaine de cathédrale de France,

    "celle que je préfère, c'est pour moi, Bourges. C'est la plus extraordinaire, la plus prenante, la plus bouleversante, la plus lyrique. Et la plus marginalisée. C'est celle où il y a le moins de pierre, avec ses cinq nefs comme Saint Pierre de Rome, et ses effets intérieurs incroyables".

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    LE PLAN DE LA CATHEDRALE AVEC LES CHAPELLES

     

    Les chapelles de la cathédrale de Bourges 

    chapelle 1 = des Copins 1518 (ou de la bonne Mort)

     chapelle 2 = Les Leroy 1467 (ou Notre Dme de Salle)

     chapelle 3 = du Sacré Coeur (de Robinet d'Estampes)

     chapelle 4 = des Tullier ou de Sainte Anne (vitrail de Jean Lécuyer 1530)

     chapelle 5 = Simon d'Aligret

     chapelle 6 =Guillaume Boisratier

     chapelle 7 = vie des saints Jean l'évangéliste, le Baptiste et Jacques le majeur

     chapelle 8 = vie des saints Vincent, Etienne et Laurent

     chapelle 9 = de la Vierge 1611

     chapelle 10 = vie des saints Martin, Pierre et Paul, Denis

     chapelle 11 = vie de Ste Marie Madeleine, Nicolas et marie l'Egyptienne

    chapelle 12 = de Jacques Coeur 1451 (ou de Saint Ursin),

     chapelle 13 = Pierre Trousseau

     chapelle 14 = Jean du Breuil 1467

     chapelle 15 = de Bar 1517

     chapelle 16 = de Beaucaire 1452

     chapelle 17 = des Fradets 1460

     chapelle 18 = chapelle des Fonts batismaux (dite de Montigny) 1619.

      

     

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    François Mitterrand à Bourges
    Chiffres essentiels
    Les Templiers
    Les élections à Bourges au XXe siècle
    Les Très Riches Heures du duc de Berry
    les villes jumelles
    Radios locales
    Les francs-maçons
    Kiosque et musique
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    L'horloge astronomique
    Les tramways de Bourges
    L'Yèvre à Bourges
    L'alchimie
    La Bouinotte, magazine du Berry
    L'usine Michelin
    La maison de la Reine Blanche
    Serge Lepeltier
    L'industrie à Bourges au XXIe s
    Monuments Historiques Classés
     

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