Louis BOURDALOUE, le prédicateur de Bourges - Roland Narboux

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LOUIS BOURDALOUE, PREDICATEUR DE BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, et Louis Bourdaloue, un des grands prédicateurs de son temps, et vous trouverez des extraits de ses sermons.

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Version 2009

 

Selon Emile Meslé, Louis Bourdaloue est issu d'une vieille famille de Vierzon, ils étaient dès le XV e siècle des artisans et des marchands, puis assez vite, ils font parti des notables du Berry. Parmi les ancêtres de Bourdaloue le prédicateur objet de cet article, figure une lignée d'avocats à Bourges.

 

Louis Bourdaloue est né à Bourges le 28 août 1632 et entre chez les Jésuites dès l'âge de 16 ans, il devient un élève très brillant. Il devient à la suite, prêtre et commence alors à prêcher en province, où il devient assez vite célèbre.

Ce premier succès le fait connaître par la capitale et il est appelé à Paris où il occupe une place de choix dans le milieu puissant de la prédication, aux côtés de Bossuet.

C'est l'époque des belles choses, de l'amour des lettres et du bien parler et il devient pour la classe politique d'alors un grand de ce monde. Il fut un grand prédicateur, parlant d'une voix harmonieuse, mais au débit rapide et animé. C'était un homme simple et modeste bien que fréquentant les "grands". On disait de lui qu'il respirait la bonté et l'indulgence.

Sur le plan des idées, il insistait beaucoup sur les recommandations de la foi chrétienne et sur le perfectionnement moral et le soin qu'il fallait y apporter.

Photo G. Frat, musée du Berry

 

François de Lamoignon a écrit de lui :

"Il retrancha dans ses sermons ces longues dissertations de théologie qui ennuient les auditeurs et qui ne servent qu'à remplir le vide des sermons. Il établit des vérités de la religion solidement, et jamais personne n'a su, comme lui tirer des vérités les conséquences utiles aux auditeurs".

Louis Bourdaloue meurt en 1704.

Et puis, il est le double "inventeur", d'une part d'un chapeau pour homme à ruban, un "Bourdaloue", ainsi que d'un vase de nuit appelé lui aussi un "Bourdaloue". Ce petit vase de nuit était utilisé par les dames de l'époque qui assistaient à un sermon de Bourdaloue, et comme ce type de discours durait plusieurs heures, il n'était pas possible pour ce dames de manquer un mot d'un tel sermon, et en cas de petit "besoin" pressant, les belles dames glissaient sous leur ample robe, en plein sermon, ce petit vase...... et ce petit vase devint un "Bourdaloue".

Son nom n'est pas seulement attaché à un chapeau à ruban ou au célèbre vase de nuit, mais aussi, et cela est moins connu, à une tarte aux poires à la frangipane. Cette tarte Bourdaloue tiendrait son nom , non pas qu'il était cuisinier, mais d'une rue qui portait son nom. Car rue Bourdaloue à Paris,il y avait un fameux pâtissier...

 


Quelques citations de Louis Bourdaloue

 

Souvenez-vous de ces deux maximes, qui sont d'une éternelle vérité, et sur lesquelles doit rouler toute votre conduite : l'une, que le chemin du ciel est étroit, et l'autre, qu'un chemin étroit ne peut jamais avoir de proportion avec une conscience large.

Dieu a établi les pauvres dans le monde pour recueillir ses droits en sa place.

Sermons, Sur les richesses.

Parcourez les maisons et les familles distinguées par les richesses et par l'abondance des biens ; je dis celles qui se piquent le plus d'être honorablement établies (...) ; si vous remontez jusqu'à la source d'où cette opulence est venue, à peine en trouverez-vous où l'on ne découvre, dans l'origine et dans le principe, des choses qui font trembler.

Sermons, sur l'impureté.

Les ténèbres d'une aveugle concupiscence sont des ténèbres renfermées et pour ainsi dire concentrées dans l'homme, et aussi intimes à l'homme que l'homme l'est à lui-même.

Le désordre de l'impureté dans l'homme a des excès où la sensualité même des bêtes ne se porte pas.

Le monde est plein de réprouvés, puisqu'il est plein de voluptueux et d'impudiques.


Sermons, Sur l'amour de Dieu.

C'est le propre de Dieu de renfermer dans l'unité de son être la multiplicité de tous les êtres ; et c'est le propre de la charité divine de réduire à l'amitié d'un seul précepte tous les préceptes (...) qui sont compris dans la loi de Dieu.

Ce jour présent est le seul point de l'éternité auquel vous ayez droit.


Extrait d'un sermon de Bourdaloue : de la religion et de la probité.

voici un étrange combat que l'évangile nous représente entre Jésus-Christ et le démon ; voici la consommation de la rage de cet ennemi commun du genre humain qui, non content de s'être mille fois attaqué à l'image de Dieu, a l'insolence de s'en prendre à Dieu même. Mais voici en même temps sa honteuse défaite, le triomphe le plus beau et la victoire la plus mémorable que Jésus-Christ ait jamais remportée sur ce prince des ténèbres. Je ne m'y arrête pas cependant. Mais me conformant à la pensée de Saint Grégoire De Nazianze qui dit que Jésus-Christ n'a triomphé du démon que par la force du nom de Dieu, ou plutôt qu'il nous a donné le moyen de vaincre cet ennemi par la réflexion que nous devons faire sur les devoirs de notre religion quand nous sommes tentés, me conformant, dis-je, à cette pensée, je veux vous traiter aujourd'hui un point de morale qui est de la dernière importance.
En effet, entre tous les moyens que l'évangile nous fournit pour résister à la tentation, je n'en trouve point de plus admirable et qui fasse paraître davantage la sagesse de Dieu et sa toute puissance que celui-ci. Le démon livre trois attaques au sauveur du monde : celle de la présomption, celle de l'ambition et celle de l'intérêt de sa propre vie. Il l'attaque par une pensée de présomption en l'élevant au pinacle du temple, et en lui persuadant de se précipiter du haut en bas et faire voir qu'il est Dieu. Il l'attaque par une pensée d'ambition en lui montrant tous les royaumes et en lui disant : je te donnerai tout cela si tu m'adores. Enfin, il le tente par l'intérêt de sa propre vie : il y a quarante jours et quarante nuits qu'il n'a mangé prends ces pierres, et si tu es le fils de Dieu, elles se convertiront en pain pour te nourrir. à tout cela, que répond le fils de Dieu ? Il y résiste en plusieurs manières. Mais enfin, ce qui le rend victorieux, c'est ce grand motif de religion : Scriptum Est Enim etc. il est écrit : vous adorerez votre Dieu et vous ne reconnaîtrez que lui.
Car, à ces paroles, le démon est obligé de se retirer, et quand on lui propose ce puissant argument, il avoue que tous ses efforts sont inutiles.
Voilà, chrétiens, ce que j'entreprends aujourd'hui de vous expliquer, après que j'aurai demandé l'assistance du Saint-Esprit, par l'entremise de Marie : ave Maria, etc.
A considérer la religion et la probité selon le monde, on trouvera que ce sont deux choses très opposées, soit qu'on les regarde ou par rapport à leur principe, ou par rapport à leurs objets, ou par rapport à leurs fins : par rapport à leur principe d'un bon naturel, au lieu que la religion est un présent de la grâce ; par rapport à leur objet : car la probité selon le monde est bornée aux devoirs de la société, au lieu que la religion regarde le culte de Dieu ; par rapport à leur fin : parce que la probité ne se propose rien que de temporel, et que la religion élève ses espérances et ses prétentions jusque dans le ciel.
Quelque opposition cependant qu'il paraisse y avoir entre ces deux choses, je ne laisse pas de dire qu'elles sont très étroitement unies, et que même, pour avoir toute leur perfection, elles dépendent les unes des autres et sont absolument inséparables, pourquoi ? Parce qu'il est impossible qu'un homme qui n'a point de religion ait une véritable probité, et que véritablement il est impossible qu'un homme qui n'a pas une véritable probité ait une véritable religion. Voilà deux propositions qui ont besoin d'un grand éclaircissement. Mais cet éclaircissement est ce qui en fera la preuve. La première vous convaincra de la nécessité de la religion par rapport aux devoirs du monde. La seconde vous montrera la nécessité de la probité par rapport aux obligations de la religion. L'une établira le principe de la religion dans l'esprit de l'homme qui n'en a pas encore l'idée. L'autre réformera les devoirs de la société par rapport à la véritable religion.
Et toutes deux, bien conçues, feront ce que nous appelons homme de bien, qui est ce que Dieu attend de nous dans la condition à laquelle il nous a appelés. Voilà tout le partage de ce discours.

Il est donc vrai, et il faut que les libertins le reconnaissent malgré eux, que sans religion il n'y a point de véritable probité parmi les hommes.
Quoique tout homme de bon sens demeure d'accord de cette vérité, voici cependant les raisons sur lesquelles je la fonde.
Premièrement, c'est parce qu'il n'y a que la religion qui soit une règle véritable, un principe universel et un fondement inébranlable des devoirs dans lesquels la probité consiste.
Secondement, parce que tout autre motif que celui de la religion n'est pas à l'épreuve de certaines tentations délicates auxquelles les devoirs de probité se trouvent à tous moments exposés.
Et enfin parce que, quand on n'a point de religion, on se licencie aisément, et on n'a pas de peine à renverser toutes les lois qui rendent une vie exacte et irréprochable.
Je dis que la religion est le seul principe sur lequel sont fondés tous les devoirs dans lesquels la véritable probité consiste. C'est la doctrine de Saint Thomas dans sa seconde, question 82.
La religion, dit-il, dans la rigueur même de son terme, n'est autre chose qu'un lien qui attache l'homme à Dieu en qualité de premier être. Or, dans Dieu considéré de la sorte, ajoute-t-il, sont réunis tous les devoirs de la société, comme dans leur centre, et toutes les obligations qui engagent les hommes entre eux. Par conséquent, conclut-il, il est impossible d'être à Dieu par un principe de religion, sans être au prochain par l'équité de la bonne foi.
Ainsi quand Dieu nous commande aujourd'hui de l'adorer : Dominum etc., bien loin qu'il exclue aucun devoir de la vie civile, il les embrasse tous fortifie un appui et un fondement inébranlable. Car, en vertu de cette loi qui m'attache à Dieu, je rends à un chacun ce qui lui appartient : l'honneur à celui à qui je le dois, le secours à celui qui en a besoin, la justice à tout le monde. Je suis fidèle à mon roi, modeste envers mes égaux, respectueux envers les grands, traitable envers mes inférieurs, charitable envers les pauvres, scrupuleux et exact à conserver les droits et les intérêts d'un chacun. Pourquoi ? Parce que, dans ma religion, je trouve toutes ces obligations d'une manière qui ne se peut rencontrer que dans Dieu ; je les regarde comme autant de dépendances de ce culte suprême, et le respect que je lui dois est la grande règle qui fait que je m'y soumets et me captive à tous ces devoirs.
Voilà l'excellente raison de laquelle Tertullien se servait autrefois pour effacer de l'esprit des païens les mauvaises impressions qu'ils avaient conçues contre les chrétiens, en les faisant passer pour des scélérats et des gens de mauvaise foi, à cause du Dieu qu'ils adoraient. Tant s'en faut, leur disait-il, que notre religion préjudicie aux devoirs de la société, que c'est elle, au contraire, qui nous y engage le plus puissamment. C'est par ce principe seul que nous menons une vie exempte de reproches. C'est parce que nous nous attachons au culte du véritable Dieu que nous ne devons pas vous être suspects. C'est par ce motif que nous prions pour vos empereurs, pour les ministres de leur état, pour les grands et les puissants du siècle, pour la paix et la tranquillité des royaumes. Oramus etc.
C'est parce que nous sommes chrétiens et religieux observateurs de la loi que nous faisons toutes ces choses.
Vous vous plaignez que nous vous trompons mais quand nous sommes-nous assemblés pour conspirer la perte de qui que ce fût ? Nous n'avons blessé, nous n'avons affligé, nous n'avons jamais nui à aucun. In Cujus etc.
Notre secte nous rend bienfaisants et libéraux jusque à vos dieux. Lorsque vous nous demandez l'aumône pour eux, nous vous faisons plus de bien que vous ne leur en faites. Quand votre Jupiter nous tendrait la main, quelque abominable qu'il fût, nous ne lui refuserions pas notre secours. Vous avouez vous-mêmes que dans vos armées vous n'avez pas de meilleurs soldats ni plus courageux que les chrétiens.
C'est notre religion qui nous fait payer à César le tribut plus exactement que vous ne faites, et, comme nous avons, par la maxime de notre créance, cette grande vérité qu'il ne faut faire tort à personne, nous payons aux empereurs ce qui leur est dû, pendant que vous commettez mille injustices. Non Sufficimus etc.
C'est encore par là qu'entre les différentes sectes de la religion chrétienne, le parti des catholiques, qui est celui de la vérité, s'est toujours distingué du parti de l'erreur. Car, pourquoi les hérétiques, dans tous les siècles, ont-ils formé des partis et suscité des séditions contre les puissances légitimes, sinon parce qu'il est impossible d'abandonner la véritable religion sans renoncer à la probité et au respect ?
Il faut donc regarder la religion dans le coeur de l'homme comme le premier mobile dans l'univers. Ce premier mobile a une influence si forte qu'il entraîne tout après soi et qu'il se fait suivre des autres cieux ; son mouvement est si universel et si rapide, que si ce premier ciel venait à interrompre son cours, tout l'ordre de la nature serait renversé : les éléments seraient dans le trouble, et tous les êtres dans une générale confusion.
Or, c'est ce que la religion fait, non seulement à l'égard du monde chrétien, mais même à l'égard du monde politique et moral. Quand cette religion vient une fois à être ruinée, il ne faut plus chercher d'ordre ni de probité. Car sur quoi serait-elle fondée ? Serait-ce sur le seul principe de la raison ? Ah ! La nature, dans l'état de corruption où le péché l'a laissée, est incapable de faire faire à un homme la moindre démarche pour la vertu la nature aveuglée par les passions n'a que des lumières sombres et défectueuses. Vous avez, messieurs, trop de pénétration pour ne pas voir les désordres qui arriveraient si chacun voulait se conduire par les lumières de la raison, s'il se faisait l'arbitre de ce qui lui appartient, s'il était juge dans sa cause et qu'il se fît le maître de ses intérêts. En sorte que la raison tenant le premier rang, si cette raison se considérait maîtresse absolue sans dépendre de Dieu, combien de faux prétextes ne trouverait-elle pas pour justifier ses dérèglements ! à combien de péchés ne donnerait-elle pas le nom de vertu !
C'est pour cela, dit Saint Chrysostome, que dans les choses les plus importantes, dans les traités de paix, dans les investitures des charges, dans la célébration des contrats de mariage, on exige le serment, qui est comme un acte et une protestation de religion. Pourquoi ? Parce que, sans la religion, on ne peut s'assurer de la raison, parce que, sans cette assurance où l'on prend Dieu pour garant de sa parole, les hommes se défieraient les uns des autres, et qu'il y aurait de continuels désordres dans la politique et dans la société s'il n'y avait cette garantie. Car, qu'est-ce que le serment, sinon une espèce de caution que la religion fournit à la raison, et un gage qu'elle lui donne de sa probité future par ce motif supérieur.
Or, cela s'est fait chez toutes les nations : il n'y en a point eu de si barbares, point de si peu civilisées, chez qui ces sentiments n'aient été en usage et où, par conséquent, la religion n'ait été tout le fondement de la probité selon le monde.
Ajoutez à cela une autre preuve du même Saint Jean Chrysostome. Y en aurait-il aucun, dit-il, qui pourrait jamais vivre en repos, s'il savait que sa vie fût entre les mains d'un homme qui n'eût point de religion ?
Du moment qu'il sait qu'il ne reconnaît point de Dieu, il a tous les sujets raisonnables de se défier de lui et de s'estimer malheureux de tomber entre ses mains. Au contraire, il n'a jamais plus de joie que quand il sait que c'est un homme qui vit selon Dieu ; et quand il s'agit de son bien ou de sa vie, s'il avait la liberté de se choisir un juge, il prendrait celui qu'il croirait avoir plus de religion. Marque évidente, dit Saint Chrysostome, que c'est cette religion qui est le fondement de toute la probité selon le monde.
Vous me direz : indépendamment de toute religion, il y a des personnes justes et sincères à qui la nature et la raison ont donné tout ce qui est capable de faire un honnête homme. Je sais que c'est un prétexte dont les libertins se servent pour garder une certaine bienséance. Mais c'est un prétexte qui est combattu par l'expérience de tous les siècles.
Je vous demande : s'il n'y avait point de religion, où trouverait-on un homme qui se piquât d'un grand zèle de rendre la justice aux autres ? Un avare, un ambitieux, un vindicatif, un homme passionné pour la gloire ou pour l'argent ne pousserait-il pas toutes ses passions jusqu'aux derniers excès, s'il savait qu'il n'y eût point de Dieu ? Oui, s'il était persuadé qu'il n'y en eût point, il se regarderait comme sa dernière fin ; il rapporterait toutes ces choses à lui-même, il serait sa divinité ; il se sacrifierait et l'honneur et les biens et la vie de ses frères. Pourquoi ? Parce qu'il ne verrait rien au-dessus de lui qui fût meilleur que lui, qu'il n'espérerait en l'autre vie aucune récompense de ses vertus, non plus qu'il n'appréhenderait aucun châtiment de ses crimes. Or, le moyen qu'étant prévenu de ces détestables opinions, il vécût en honnête homme !
J'ai dit en, second lieu, que sans le motif de religion, il était impossible de résister à certaines tentations délicates auxquelles notre devoir se trouve fort souvent exposé. J'appelle tentations délicates celles qui, sous une belle apparence, peuvent couvrir un crime inconnu. J'appelle tentations délicates quand il faut résister au torrent du crédit et de la faveur pour rendre bonne justice ; quand on a entre les mains un avantage considérable, et qu'en lui donnant une fausse couleur, on peut se le procurer ; quand, aux dépens d'un misérable, on peut servir un ami quand on est en état de faire du mal sans en recevoir ; quand on peut se rendre coupable et porter le manteau de l'innocence, ravir comme un loup le bien d'autrui et paraître doux comme un agneau ; tomber dans toutes sortes de désordres, sans être blâmé ni repris des hommes.
Or, je dis qu'il est impossible de résister à ces sortes de tentations délicates, si on n'y oppose le motif de la religion. De là vient qu'on ne s'étonne plus si un juge se laisse gagner par argent, qu'il vend au poids de l'or ses arrêts, qu'il donne mille faux détours à une affaire, et que, pour obliger un parent ou un ami, il opprime la veuve et l'orphelin. De là vient qu'on ne s'étonne plus que, parmi les femmes mêmes de condition et d'honneur, il y ait des commerces si honteux, qu'elles se prostituent aisément quand elles s'imaginent qu'elles ne seront pas découvertes, et qu'elles se soucient peu de violer la foi qu'elles doivent à Dieu et à leurs maris, pour peu qu'elles gardent quelque belle apparence.
Pourquoi cela ? C'est parce qu'à peine y a-t-il de la religion dans le monde. Et si toutes ces gens n'en ont point, comment voulez-vous qu'ils aient une vertu à l'épreuve qui résiste à toutes ces tentations délicates ?
Voyez ce qui se passe dans notre évangile. Le démon transporte le fils de Dieu ; il lui montre tous les royaumes de la terre avec ce qu'ils ont en apparence de charmant et de beau ; et il lui assure qu'il lui donnera tous ces grands empires qu'il voit, pourvu qu'il fasse une seule chose, qui est de fléchir les genoux devant lui. Mais que fait le sauveur ? Il s'arme du motif de la religion, et avec cette seule réponse : Dominum Deum etc., il renverse ce tentateur et il résiste à ses attaques.
Tout ceci se passe pour notre instruction, dit Saint Jean Chrysostome. L'esprit de Jésus-Christ était immuablement appliqué à Dieu ; il n'était venu sur la terre que pour honorer son père par un culte public et exemplaire. Ainsi, il n'avait que faire pour lui-même de se proposer ce motif qui lui était toujours nécessairement présent.
Il le faisait donc pour notre instruction et pour nous dire qu'avec le seul motif de la religion, il n'y a point de tentation que nous ne surmontions, ni d'intérêt auquel nous ne résistions, au lieu que, quand nous l'avons une fois effacé de notre esprit, que nous n'avons plus de respect ni de soumission pour elle, nous renversons aisément toutes les lois qui peuvent rendre une vie exacte et irréprochable.
C'est ma troisième raison, qui montre la nécessité de la religion par rapport à la probité selon le monde ; en sorte que quand on n'en a pas, on se licencie sans peine à toutes sortes de désordres : on manque de bonne foi à ses égaux, de modération envers ses inférieurs, de respect même et de fidélité envers ses supérieurs. Ce fut le jugement qu'en porta autrefois le père du grand
Constantin. Ce prince était païen ; mais parmi ses officiers il en avait quelques-uns de chrétiens. Un jour, les ayant assemblés, il leur commanda d'adorer ses idoles. Quelques-uns, de crainte de perdre ses bonnes grâces et leurs charges, le firent ment, aimant mieux se voir dépouillés de toutes choses que de la foi. De tous temps, les chrétiens ont été partagés de la sorte : il y en a eu de zélés pour Dieu, mais il y a eu aussi des apostats et des lâches, et Dieu veuille que dans le siècle où nous vivons le nombre des uns ne l'emporte sur celui des autres. Mais voici ce que fit Constantin. Il retint à son service ceux qui, pour n'avoir pas voulu adorer ses idoles, avaient montré qu'ils étaient constants dans leur religion. Mais, pour ceux qui, par intérêt ou par crainte, avaient lâchement trahi leur devoir, il les cassa, protestant qu'il n'avait rien à attendre d'un homme qui n'a point de religion, et qu'après avoir renié son Dieu, il ne peut être fidèle à son prince.
Cela devrait vous instruire, messieurs et mesdames, à ne garder auprès de vous que des domestiques craignant Dieu et de chasser tous ces libertins qui n'en connaissent point et qui vivent sans religion.
Mais, qui que nous soyons, attachons-nous à ce principe, et puisque la considération de l'honneur est le motif dont nous sommes le plus sensiblement touchés, servons-nous de ce motif ; faisons-nous honneur de notre religion et ne rougissons pas de la professer non seulement par nos paroles, mais par nos actions et d'en faire une profession publique jusqu'à nous priver de ce qu'elle défend, à lui sacrifier tous nos intérêts et retrancher tout ce qui lui est opposé.
Tant que l'estime de cette religion subsistera dans notre esprit, nous nous acquitterons inviolablement de notre devoir, au lieu que si elle en est bannie, nous sommes réprouvés dès ce monde, parce que, comme il n'y a point de probité sans religion, il n'y a point de religion sans une véritable probité. C'est mon second point.

 

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