Bourges Avaricum - Roland Narboux

L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES

AVARICUM, QUARTIER DE BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, un quartier en centre-ville, appelé du nom ancien d'Avaricum a une Histoire et un devenir. Il sera dans l'actualité des années 1950 puis à partir de l'an 2000 avec le projet d'un centre commercial.

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Version 2010

LOGEMENTS : L'AVENTURE D'AVARICUM DANS LES ANNEES 1950

Le responsable du service des logements à Bourges est un gaulliste, M. They, il lance le 17 octobre 1950, une opération immobilière qui prendra pour nom "Avaricum". Il est en première ligne des critiques, tant le problème est difficile à résoudre. En janvier 1951, il dresse un état de la situation, rappelant que depuis 1913, on a assez peu construit de logements, eu égard aux besoins, et en plus, les logements existants ont été mal entretenus. Les seules réalisations, d'après M. They, concernent les réalisations des H.B.M., Habitations à Bon Marché.


Il ajoute que les fonds de l'Etat ne sont pas inépuisables, et que le pays doit construire 248 000 logements par an pendant 30 ans, un programme bien ambitieux, et nécessitant de faire appel à des capitaux privés. Il termine ainsi :

"De nos jours, la situation est si grave que nous ne savons pas comment des centaines de familles pourront être logées d'ici à cinq ou dix ans. Et ce ne sont pas les demi-mesures qui pourront pallier cette pénurie".

Bourges manque donc de logements, et un projet prend forme au début de l'année 1951. Il s'agit d'un vaste ensemble d'appartements situés sur un terrain entre les Prés-Fichaux et la rue Mirebeau. Le lieu est un amas de baraquements insalubres, qu'il s'agit de détruire, avant d'engager la construction.

Mais ce projet ne fait pas l'unanimité à Bourges et le premier à s'opposer à sa réalisation est le docteur Delamarre, conseiller municipal socialiste. Il reproche que ce projet soit avant tout "capitaliste" et que ces logements soient destinés à des gens fortunés. Il écrit ainsi une lettre en date du 26 avril 1951 :

"Nous manquons à Bourges, presque uniquement de logements pour ouvriers et employés modestes, or, à ceux-là, vous n'offrez que des baraquements en bois, non conformes au Règlement sanitaire départemental".

Le maire, André Cothenet, va argumenter sa réponse. Il signale que la ville va prendre la responsabilité de réaliser une rue, premier jalon, dont on parle à Bourges depuis 70 ans. Il ajoute qu'il a été convenu, à l'unanimité de la Commission du Logement, que la Société du Cours Avaricum serait purement privée. Mais, sur un projet devant comporter 650 logements, la première tranche qui serait réalisée effectivement par une société privée, ne comporterait que 1/10 de l'opération.
De son côté, Monsieur They, qui s'est senti personnellement visé par les arguments de M. Delamarre, répond "qu'il ne fait pas de différence entre un logement ouvrier et un logement de grand luxe", et il conclut son propos par : "ce terme de capitalisme m'amuse".

Il faudra des années de palabres, avant de voir sortir de terre des immeubles modernes. Auparavant une cité de relogement aura été construite afin de donner un logement pour les expulsés d'Avaricum, dont le plus célèbre est le peintre berruyer Bascoulard. La municipalité décide l'implantation entre la butte d'Archelet et la cité du Moulon, de 70 logements qualifiés de constructions "en dur". L'accent est mis sur "la rusticité à toute épreuve" de ces logements qui ne devront pas avoir plus de trois étages, et sur le fait qu'il ne s'agit pas de baraquements, mais de "nids confortables et agréables à habiter". Un concours est ouvert pour les architectes et constructeurs, les travaux devant commencer le 1er mai 1953.

Pour mener à bien ce grand projet, en avril 1951, la Ville s'est portée acquéreur de 7 baraquements inutilisés à l'ancien camp de Dun-sur-Auron dans le but de les réinstaller à la Chancellerie.
Ces baraquements ont des dimensions importantes, 30 mètres par 6, et ne sont pas en trop mauvais état. Ils seront placés sur le terrain jouxtant l'école, appartenant à l'Office municipal d'H.L.M. Il n'y a pas beaucoup d'autres solutions. Si certains à Bourges auraient préféré construire des habitations en préfabriqué, les fonds disponibles ne permettent pas deux opérations aussi coûteuses que le déplacement et l'aménagement de 6 baraquements d'une part, et la construction d'autre part de préfabriqués.
Il faudra attendre 4 ans pour que les travaux préliminaires à la construction se réalisent.

POSE DE LA PREMIERE PIERRE

Le 25 mai 1955, c'est enfin la pose de la première pierre de la cité nouvelle Avaricum, avec la présence de Monsieur Edgar Faure.
Edgar Faure est le grand homme du moment, il était Président du Conseil, et c'est vers 11 heures que son avion, un "SO Bretagne", se pose à Avord. Il est accueilli par le Préfet, Raymond Vivant, et le Président du Conseil Général, M. Jacquet, ils sont accompagnés du patron de la base, le commandant Bouyer.
En voiture, ils rejoignent le chef-lieu du Cher et, devant la Cathédrale, le "tout-Bourges" attend le Président. Après une présentation du drapeau du 13éme RA, et une "Marseillaise" jouée par la musique municipale de Bourges, Edgar Faure est reçu à l'Hôtel de Ville par le maire Louis Mallet qui prononce des paroles d'accueil :

" Pour la première fois de son histoire, la Ville de Bourges a la fierté de recevoir dans sa maison commune le chef du gouvernement de la République".

Puis le maire évoque Avaricum, Charles VII et d'autres "anciens célèbres". Il termine par le classique cliché de :

"Bourges, une bonne ville du royaume demeurée une bonne ville de la République".

La réponse d'Edgar Faure est tout aussi classique, car après avoir dit qu'il "était heureux d'être ici", il poursuivit cette fois avec humour sur la personnalité de "Jacques Coeur qui était ministre des finances de Charles VII, je viens ici un peu en collègue".


Et il signe le livre d'or de la ville de Bourges paraphé qu'une seule fois par le Président Albert Lebrun venu à Bourges en 1938 !
La visite du Président du Conseil, avait essentiellement pour but de "poser la première pierre" de la cité nouvelle d'Avaricum. C'est Louis Mallet qui entraîne Edgar Faure dans un quartier "de ruines, de tristesse et de taudis", et il s'en excuse, mais c'est pour la bonne cause et la transformation totale d'un quartier.
Dans son discours, le maire rappelle que ce projet remonte à 1884, sous le mairat d'Eugène Brisson, et qu'il fut repris par André Cothenet. Mais ce n'est que récemment que ce projet prit une forme définitive. A partir d'un îlot insalubre de 3,5 hectares, comprenant 59 immeubles, logeant 117 familles pour un total de 347 habitants, on va créer une cité moderne.
Après la pose de cette première pierre, il est prévu de construire 8 bâtiments de 32 logements, dont trois seront "entrepris tout de suite". Ils seront disponibles pour des locataires dès le mois d'octobre 1956. Chacun insiste sur le confort des futures habitations, lesquelles comprendront un chauffage central collectif, un ascenseur dans chaque bloc, bref un confort moderne. Un journal local titrera :

300 logements neufs sur ces ruines lépreuses

En effet, en plus de ces logements locatifs, il est prévu de construire un poste de gendarmerie avec 18 logements, un groupe scolaire et un hôtel de 100 chambres. Pour améliorer la situation, l'Yèvrette sera transformée en égout collecteur.

Et ce fut la pose de la pierre par Edgar Faure qui était un orfèvre en la matière. Alors qu'il avait la truelle en main, il se tournera vers Jacques Genton, pour lui dire un mot de circonstance du genre : "ce n'est pas toi qui pourrait utiliser ces outils....", alors que Raymond Boisdé de son côté se fit plus entreprenant déclarant qu'il avait déjà posé pas mal de pierres... Le mot de la fin restera au Président du Conseil qui dira : "J'ai l'habitude, tous les samedis j'en pose une, on dit que c'est ce que je fais de mieux !". Et c'est ainsi qu'il prit la truelle et étala le ciment, après avoir introduit dans la pierre un parchemin qui était en fait le procès verbal de la cérémonie.
Edgar Faure devint plus sérieux en déclarant :

"Je souhaite que cette mise en chantier constitue le départ d'une étape nouvelle dans l'aménagement de cette belle région de France si riche en passé glorieux".

 

LES PROBEMES DE BOURGES ET DU BERRY EN 1955

Cette journée se terminera par une visite express de la foire-exposition, où il est reçu par M. Hervet, le Président de la Chambre de Commerce, lequel rappellera la création de la foire par Laudier. Mais Hervet, dans un discours incisif sinon très critique et polémiste, fera part de sa déception en argumentant sur :
- le refus d'avoir à Bourges une Faculté de Sciences
- le déclassement du canal de Berry
- le sentiment de se sentir sacrifiés sur le plan industriel au profit de régions de forte concentration industrielle.
Et Henri Hervet terminera ainsi :

" Il faut corriger les imprudences d'une centralisation à outrance".

La presse nationale, et locale sous la plume de Pierre Rouanet, reviendra longuement sur les discours politiques qui auront un retentissement énorme, ce sera un peu "le discours de Bourges" avant la lettre qui aura plusieurs volets :

"le lancement d'un plan de trois ans, avec des hommes qui ne demandent qu'à agir avec bon sens et réalisme", par ces mots, le Président du Conseil passe outre aux prochaines élections législatives qui vont se dérouler au printemps 1956. M. Faure utilisera le néologisme "retardatrices", et le Berry se sentira visé par : "la restauration économique des régions attardées". Il termine sur :


"la substitution d'un marché européen de 200 millions d'acheteurs au marché français de 40 millions".

C'est le début de la grande aventure de l'Europe qui commence. Et le Président ajoute en conclusion : "malgré la difficulté de la compétition internationale, l'aide aux pays d'Afrique qui ont des marchés importants, sans oublier de créer d'urgence des industries sur place."
Ce discours de politique nationale et internationale est celui d'un visionnaire qui marquera profondément la France.
A 17 h 30, Edgar Faure prend la route d'Avord pour rejoindre son avion et retourner à Paris. Ce fut une belle visite !


AVARICUM 50 ANS PLUS TARD :

C'était juste après les élections municipales de 2001 remportées par l'équipe de Serge Lepeltier. Au cours de la campagne, des bruits avaient circulé laissant entendre que les immeubles d'Avaricum allaient être détruits. Serge Lepeltier écrivit aux habitants du quartier qu'il n'en était pas question.

Aussi, lorsque quelques mois plus tard, le maire évoqua l'étude par un cabinet extérieur "Groupe 6" du devenir d'Avaricum. Il n'y avait aucune idée préalable, sinon que la situation ne pouvait pas rester en l'état. Plusieurs scénaris furent élaborés par Groupe 6 allant d'un grand centre commercial, jusqu'à une simple réhabilitation et quatre autres solutions.

Après de très nombreuses réunions publiques, avec les locataires de ces immeubles, avec les commerçants et les gens du quartier, l'inquiétude était évidente.

Beaucoup de locataires étaient âgés, ils ne voulaient pas quitter leur logement, ni leur quartier, ils ne "voulaient pas se retrouver à La Chancellerie". Le débat fut rude.

Finalement, le projet retenu concernait un petit centre commercial, 1000 places de parking en souterrain, et des logements dont les chiffres variaient de 40 à 80, la plupart étant des logements sociaux.

L'appel d'offre fut lancé et.... le retour "infructueux", les propositions des trois groupes qui avaient concouru ne répondaient pas au cahier des charges et en 2005, il fallut renoncer au projet initial.

C'est à la fin de 2005 et en 2006 que l'opération fut relancée sur le papier avec un changement important, la surface commerciale passant de 5000 m2 à plus de 15 000 m2.

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