Rufin - Jean Christophe Rufin - Bourges Encyclopédie

L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES
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JEAN CHRISTOPHE RUFIN, NE A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges a vu naître quelques personnalités fortes, comme Berthe Morisot, Vladimir Jankélévitch et aussi Jean Christophe Rufin, qui devient un des écrivains majeurs de notre temps.

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Version 2015

 

Jean-Christophe Rufin est né à Bourges le 28 juin 1952 ,

" c'était un jour de canicule, dans une fin juin particulièrement étouffantes".

Il aura une vie comme on en trouve dans les romans, c'est cette vie qu'il relate et décrit dans "Le léopard au garrot" publié en janvier 2008. Il sera tour à tour, médecin, puis "patron" d'OGN, et enfin écrivain tout en étant nommé en 2007 diplomate français.(ambassadeur de France au Sénégal.).

Il est né à deux pas de la cathédrale, "dans la maison fraîche de mes grands-parents. Je ne devais pas en sortir avant dix ans".

C'était au numéro 1 de la rue Eugène Brisson, en bordure du jardin de l'Archevêché. C'était dans une clinique célèbre de Bourges, celle du docteur Malgras. Elle était située à l'angle de la rue Eugène Brisson et du boulevard de Strasbourg. Elle datait de 1911, ouverte par le docteur Charles Ravary, (décédé à Pigny en 1957) c'était une clinique chirurgicale d'une excellente réputation. C'est en 1939 que le docteur Malgras succède au dt Ravary

Le jeune Jean Christophe dont le père Marcel disparaît pour plusieurs années, va être élevé par sa mère, (née Denise Bonneau) à Bourges. Le couple habitait alors au 3 bis de la rue Emile Zola, la encore au centre de la ville. Cette mère, par nécessité, choisit d'aller vivre à Paris, elle laissa son enfant chez ses parents, et c'est ainsi qu'il fut élevé dans sa petite enfance rue Sanson et c'est bien le souvenir de Jean Christophe Rufin aujourd'hui.

Il restera ainsi 10 ans tout de même à Bourges, élevé par le grand-père médecin ( et la grand mère ?).

Il va garder de sa ville natale, un drôle de sentiment, une forme d'abandon, ce père il ne le verra que bien plus tard, à l'âge adulte, sans que des liens ne se tissent alors, et pour sa mère qui reviendra le chercher vers 1962, cette absence devait lui peser. Alors il écrira " J'ai passionnément aimé mon grand-père, quoiqu'il ne l'ait probablement jamais rendu cet amour. Cela m'était égal: je n'avais pas le choix".

Il va donc vivre à l'ombre de la cathédrale de Bourges dans ces petites rues du centre-ville.

Il parle dans le livre "Un léopard sur le garrot" de ce grand-père, en particulier pendant la guerre de 1914-18, "Il ne semble pas, d'ailleurs, que mon grand-père ait pris goût à ce qu'on l'a forcé à faire pendant cette guerre ignoble. Son premier soin, sitôt la paix revenue, fut de s'installer bien loin et pour faire tout autre chose. Il choisit Bourges, je ne sais pas pourquoi. Tout juste, m'a t-on dit que sa femme, épousée avant la guerre l'avait quitté... Le jeune médecin était donc libre et je suppose que l'attrait d'une clientèle a été la considération principale de son choix. A l'époque, dans les provinces, le médecin était un personnage considérable".

Il va apprendre qui était ce grand-père, un médecin qui soignait "à l'ancienne", le docteur Bonneau fut déporté à Buchenwald pour faits de Résistance en septembre 1943. Il avait caché semble-t-il des Résistants dans sa grandes maison.

Jean Christophe Rufin décrit ainsi ce grand-père :

"Enfant, je n'ai connu qu'un vieillard raide, immuablement habillé de costumes trois pièces et d'une cravate, qui me regardait fixement à travers ses lunettes ronde. Le dernier épisode de sa vie - la déportation - avait effacé les traces de son existence antérieure. Il était un survivant, modeste et distant, silencieux et effacé."

C'est la grand mère qui va forger en quelque sorte la légende du grand-père,

"... Elle ne se lassait pas de narrer les horreurs que lui avaient fait subir "les boches". Toute la ville (Bourges) était jalonnée de souvenirs de cette geste héroïque. En passant rue Michel-Servet, pour aller à la poste, elle ne manquait pas de me montrer l'ancien hôtel de la Gestapo où mon grand-père avait été incarcéré, interrogé et battu"

Le récit de Rufin se poursuit ainsi de cet espace qui existe encore aujourd'hui, la prison, la vue des marais et la gare de Bourges :

"Le Bordiau, sur une hauteur au-dessus des marais, était la prison où il avait été détenu. A la gare les wagons de marchandises rouillés rappelaient le temps où on l'y avait entassé avec cent autres pour partir pour Compiègne."

Jean Christophe Rufin va se lancer dans la médecine, pour faire comme le grand-père. Ses études ne lui posent pas de problème, car il faut apprendre, beaucoup apprendre, mais sans le besoin d'une quelconque intelligence.... En 1975, il est reçu au concours d'internat à Paris, travaille à l'hôpital et prend comme spécialité, les maladies de l'asthme puis la neurologie comme spécialité.

Lors de son service militaire en 1976 en coopération, il exerce en maternité en Tunisie, avant de revenir en France, et en 1981, il devient chef de clinique des hôpitaux de Paris.

Jean-Christophe Rufin va consacrer plus de vingt ans de sa vie à travailler dans des ONG, et va côtoyer Bernard Kouchner, après des débuts très délicats entre les deux hommes lorsqu'il entre à MSF, alors que Kouchner en est "viré". Rufin sera au Nicaragua, en Afghanistan, aux Philippines, au Rwanda et dans les Balkans.

Son existence sera ensuite sur le plan professionnel chaotique, avec des retours à la médecine dans un hôpital français mais aussi des incursions dans des cabinets ministériels et la direction d'OGN comme ACF, Action contre la faim.

Son livre autobiographique a toujours en ligne la médecine, avec un parler vrai et franc sur les urgentistes ou sa propre action dans certaines missions avec des ONG.

Le 3 août 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal, le ministre des Affaires étrangères se nomme Bernard Kouchner.

Il est élu le 19 juin 2008 et entre à l'académie française au fauteuil d'Henri Troyat le 12 novembre 2009.

Il est à Bourges à une réception de Serge Lepeltier le vendredi 13 novembre 2009, il parle de sa ville natale en termes très forts, visiblement ému.

Jean Christophe Rufin à Bourges Jean Christophe Rufin reviendra à Bourges au Printemps , le 24 avril 2012 pour une conférence au Palais Jacques Coeur à l'invitation de Serge Lepeltier.

Le thème en était "Le grand Coeur" un roman qui venait se sortir et qui racontait à partir de l'histoire officielle, mais revue par le romancier dans les périodes où l'on ne sait rien de l'argentier de Charles VII.

 

Jean Christophe Rufin avait été approché par Serge Lepeltier afin de devenir le maire de Bourges à l'issue des élections municipales de 2014.

en savoir plus sur cet épisode >>>cliquer

 


"Le grand Coeur", un superbe ouvrage, très agréable à lire d'autant qu'avec les Amis de Jacques Coeur, j'ai toujours écrit que la vie de ce natif de Bourges (J Coeur) avait une "vie de roman", dans ce que nous en savions.

Et le livre de Jean Christophe Rufin, parfaitement et finement écrit est une merveille pour qui s'intéresse à Jacques Coeur.

Le grand CoeurCet ouvrage a eu un très grand succès populaire.


Les propos de Jean Christophe Rufin le 13 novembre 2009 à Bourges :

Merci de me donner cette possibilité d'ancrer cet événement de mon entrée à l'Académie française dans un lieu dans le lequel tout procède, j'y ai acquis ma conscience d'enfant et sans doute aussi mon imaginaire d'écrivain.

Nous nous sommes arrêté tout à l'heure à l'hôtel Bourbon et la première chose que je leur ai dite que je me souvenais effectivement de cet endroit qui n'était pas du tout un hôtel, lorsque c'était une ruine dont on se désolait d'ailleurs, parce qu'on trouvait que c'était bien dommage que ce monument , comme cela, tombe en ruine et tout Bourges chaque fois que je m'y promène, tout Bourges évoque pour moi de souvenirs d'enfant.

que ce soient les casse-cou, cette rue Sanson où je suis né, ma chambre donnait sur le Carmel de l'autre côté où il y a encore le souvenir de madame de La Vallière.

J'allais au lycée, je suis allé au petit lycée qui était la tour des Echevins, aujourd'hui le musée Estève....

(forte émotion de M. Rufin lorsqu'il évoque ce lieu)

C'est une grande émotion d'être à Bourges aujourd'hui, et d'apporter, de partager avec vous l'honneur qui m'est fait.

J'ai eu une première occasion de voir que peut être j'allais dans cette direction lorsque j'ai été élu à l'académie du Berry. J'avais demandé à ce moment là en quoi consistait l'académie du Berry, et on m'a dit, c'est comme l'académie française, mais en mieux (rires).

j'avais donc accepté avec beaucoup de plaisir d'en faire partie, et j'ai fait mes premières armes académiques. Je garde aussi beaucoup de contacts avec d'autres Berruyers et d'autres Berrichons qui se sont lancé depuis beaucoup plus longtemps que moi dans la carrière diplomatique. En particulier monsieur François Marcel Plaisant qui est ambassadeur dignitaire, c'est à dire un vrai ambassadeur de France pas comme moi un ambassadeur de circonstances si je puis dire.

En tout cas c'est un homme qui a fait ses preuves et qui est à la fois un fidèle Berrichon puisqu'il provoque à intervalles régulier des réunions des Berrichons de Paris auxquelles j'ai eu l'honneur de participer et dans le restaurant le Grenadier et c'est un homme qui a eu une grande expérience diplomatique.

Pour moi, si vous voulez la présence dans ma vie à la fois de l'étranger et en même temps de cet enracinement profond que m'a donné Bourges a produit une espèce de tension et d'étincelle qui est à l'origine je pense de ma création et en tout cas du rêve parce que mon enfance a té marquée ici par la présence, j'allais dire presque physique, du Grand Meaulnes qui était le livre de notre famille, qui était

Nous avions une maison à Allogny près d'ici, et ma mère avait beaucoup travaillé sur Alain Fournier, ici au lycée de Bourges, elle avait fait des monographies sur Alain Fournier.

Et c'était pour moi une présence presque quotidienne.

Il y avait d'autres choses que m'a apporté Bourges, notamment la présence de cette ligne de démarcation, que je n'ai jamais vu bien entendu, puisque je suis né après la guerre, mais qui marquait encore les consciences, et qui nourrissait une foule d'histoires qui nous étaient racontées.

Lorsque j'allais avec mes grands parents sur le monument de la Résistance que mon cher Serge tu as fait bouger de place (pas beaucoup dit le maire ) et qui à l'époque était au milieu de l place et bien on évoquait sans cesse cette ligne et cette ligne dans l'imaginaire d'un enfant, c'était la ligne entre le nord et le sud et finalement je n'ai pas cessé d'une certaine manière, de la chercher, en tout cas, malheureusement de la trouver et cette confrontation entre Nord et Sud, je l'ai trouvé un peu plus loin évidemment que Bourges mais c'est ici pour moi qu'elle se rattache.

Et puis il y a cette présence dans cette ville , presque magnétique je dirais de la pierre, de la cathédrale, des pavées, c'est une ville qui jaillit de l'histoire, j'ai des souvenirs comme cela de la rue Sanson de ces orages qui parfois faisaient dévaler l'eau et ouvrait dans le jardin des trous et qui révélaient ses souterrains, cette ville est un gruyère et en dessous il y a des tas de tunnels, et pour un enfant , imaginer qu'il puisse avoir sous vos pieds des choses aussi mystérieuses, c'est évidemment la part du rêve qui est là.

Je me souviens aussi qu'en déterrant comme cela une sorte d'appenti qui était dans le jardin, nous avions trouvé dans l'appareil du mur une pierre qui avait été retaillée mais probablement provenait d'un édifice romain, une sorte de chapiteau très ancien .

Nous avons retrouvé aussi, je devrais la rendre, entre nous je peux le dire, aujourd'hui je peux le dire, une tête de la cathédrale qui faisait comme un moellon le long de nos murs , c'était en réalité une tête qui avait été détruite au moment du sac. Je ne sais plus où elle est,(rires) e.

En tout cas, tout ça, ce sont je crois pour un enfant des choses qui sont à l'origine, du rêve et il faut se souvenir, pour moi qui suis né après la guerre, Bourges a énormément changé sous l'impulsion de ses édiles bien entendu, et c'est une ville pleine de vie mais qui après la guerre a connu des périodes dures, lourdes, je dirais sombre, et pour un enfant à cette époque là, Bourges n'était pas aussi éclairée, aussi lumineuse,aussi active, il ne se passait pas grand chose dans le centre ville à cette époque là, et au fond, cette immobilité faisait que, d'abord, on venait tourner des films historiques, dans ma rue, on y tournait des films sur la révolution, on n'avait pas besoin d'enlever des pylônes électriques, il n'y avait pas d'électricité derrière la rue du puits noir, pour tourner, il suffisait de mettre quelqu'un avec un costume et on était a la révolution, et donc c'était le décors du rêve et de l'histoire et au fond quant on a fait tout à l'heure référence à ces romans historiques que j'ai écrit je crois que pour moi, indiscutablement, cette familiarité avec l'histoire, cette possibilité d'entrer dans l'Histoire avec un grand naturel et pas du tout sans du tout y voir une distance

C'est vraiment l'héritage de Bourges

C'est quelque chose qui m'a rapproché d'une certaine manière d'Henri Troyat sur lequel j'ai beaucoup travaillé pour préparer ce discours. Troyat disait qu'il n'était pas un auteur de romans historiques, ce qui peut surprendre puisqu'il en a quand même écrit beaucoup et beaucoup de biographies et lui disait , je suis pas un auteur de romans historiques, je suis un romancier et je suis un psychologue et au fond peu importe qu'une histoire se déroule, il y a 2 ans, il y a 10 ans ou 100 ans, au fond, le temps du récit c'est toujours le passé, que ce passé soit lointain ou soit proche, ça n'a pas beaucoup d'importance, il faut le situer quelque part et si c'est loin, et bien c'est autre chose mais ça ne veut pas dire qu'il y a un univers spécifique du roman historique , moi je vois les choses de la même manière, l'histoire de raconter ce qui se déroule aujourd'hui ou qui se sont déroulées il y a quelques années, c'est pour moi exactement pareil, que d'évoluer dans un univers beaucoup plus ancien.

Et ça je crois que je le dois vraiment à cette ville qui conjugue au présent l'histoire une ville très moderne , qui bouge, qui se transforme et qui en même temps sait garder cette densité historique.

Je suis très ému, très fier, je pense à mes parents ce soir qui sont tous enterrés ici, au cimetière des Marronniers (les Capucins)...

Et je vous remercie.

Jean Christophe Rufin

13 novembre 2009

Jean Christophe Rufin.

Jean Christophe Rufin signe le livre d'or de la ville.


Jean Christophe Rufin écrivain :

On lui dit des essais et des romans,

Essais
Le Piège humanitaire.
éd. J.-Cl. Lattès, 1986. .
L'Empire et les nouveaux barbares, éd. J.-Cl. Lattès, 1991.
La Dictature libérale, éd. J.-Cl. Lattès, 1994
L'Aventure humanitaire, éd. Gallimard, 1994
Géopolitique de la faim: Faim et responsabilité, éd. P.U.F., 2004.

Romans
L'Abyssin,
éd. Gallimard, 1997. prix Goncourt du premier roman et le prix Méditerranée. 300 000 exemplaires vendus et 19 traductions
Sauver Ispahan, éd. Gallimard, 1998.
Les Causes perdues, éd. Gallimard 1999, prix Interallié 1999. Réédité avec le titre Asmara et les causes perdues en Folio
Rouge Brésil, éd. Gallimard, 2001. Prix Goncourt 2001
Globalia, éd. Gallimard, 2004. En Folio (ISBN 2-07-030918-5)
La Salamandre, éd. Gallimard, 2005. En Folio (ISBN 2-07-032876-7)
Le Parfum d'Adam, éd. Flammarion, 2007

Les citations de cet article sont issues du dernier livre autobiographique : Un léopard sur le garrot, éd.Gallimard, janvier 2008


"Je revins à l'internat avec un peu plus de frustrations et beaucoup de souvenirs intenses dans la tête. Comme l'Augustin du Grand Meaulnes, le roman qui a traversé toute mon enfance en Sologne, j'avais entrevu un domaine enchanté, mais je m'étais égaré en chemin".


Livre d'or de Bourges

Discours de la réception de Serge Lepeltier à Bourges recevant le nouvel académicien

Monsieur l'Ambassadeur, j'allais dire Excellence, mais on me dit que vous n'aimez pas le terme, même si c'est celui le plus utilisé sur le plan international. Mais je ne peux pas ne pas dire aussi aujourd'hui, Monsieur l'Académicien, cher Jean-Christophe Rufin,

Il y a un peu plus de 7 ans, nous vous recevions ici-même, dans cet Hôtel de Ville de Bourges.

Le prix Goncourt vous avait été décerné quelques mois auparavant pour votre roman "Rouge Brésil".

Nous étions, il faut le dire, très fiers de vous, pour vous bien sûr mais aussi pour nous. Puisque le prestige qui vous entourait rejaillissait indirectement sur notre ville dont vous avez toujours déclaré qu'elle était pour vous une source d'inspiration.

Que dire alors de l'émotion qui nous a saisis lorsque le 19 juin 2008, vous avez été élu à l'Académie française, au fauteuil d'Henri Troyat.

Vous êtes aujourd'hui le 1er Berruyer au sens de né à Bourges à être admis à l'Académie Française. Que ce soit dans le fauteuil d'Henri Troyat est pour moi, qui aime tant la qualité de son écriture et l'atmosphère de ses grandes sagas telles que "Tant que la terre durera" une satisfaction supplémentaire.

Et j'ai trouvé le portrait que vous en avez fait hier sous la Coupole tout à fait fascinant. On avait l'impression d'être avec lui tout au long de son chemin de vie.

Dois-je ajouter que votre simplicité, votre disponibilité, votre allure d'éternel jeune homme, qui nous avaient tant frappés il y a 7 ans, ne correspondaient pas à l'image sérieuse et un peu confinée que nous nous faisions d'un académicien?

Reçu sous la Coupole hier, vous avez accepté sans hésiter mon invitation à venir à Bourges aujourd'hui. Soyez en chaleureusement remercié, ainsi que Madame Rufin.

Sachez que nous sommes très sensibles à cette marque de fidélité à vos racines berruyères.

Et, vous le voyez, c'est nombreux que les Berruyers sont venus ce soir manifester leur gratitude et leur sympathie à l'égard de l'un des leurs, qui porte fièrement les couleurs de notre ville jusqu'au Sénégal !

Vous êtes né à l'ombre de la Cathédrale Saint Etienne en 1952.

Vous y avez passé votre enfance et votre adolescence chez un grand-père résistant et déporté, médecin et humaniste.

C'est son témoignage silencieux d'une certaine conception de la dignité humaine qui orientera votre vie et déterminera en partie vos engagements futurs.

Votre vie, vous l'avez racontée dans un livre paru l'année dernière: "Un léopard sur le garrot".

Une vie aux mille existences enchevêtrées.

Ce sont tout d'abord vos études de médecine à Paris. Vous choisissez la neurologie et la psychiatrie pour être à l'écoute des corps et des âmes.

Vous rencontrez Médecins sans frontières qui marque le début d'un engagement humanitaire de plus de 20 ans.

Vous partez en Erythrée, puis en Amérique Centrale, en Afrique australe, au Pakistan, au Sri Lanka et aux Philippines.

Plus tard, ce sera le Rwanda et la Bosnie. Et j'en oublie sûrement.

Vous êtes rapidement chargé, au sein de l'organisation, de négocier avec les autorités avant l'arrivée sur place des équipes médicales.

Vous reprenez même des études à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris pour essayer de comprendre les situations locales à travers leur histoire et leur culture.

En 1986, vous écrivez "le piège humanitaire", que je dois avouer, j'ai lu tardivement puisque je l'ai lu cet été sur un bateau en Indonésie, livre sur l'instrumentalisation de l'aide humanitaire avec l'idée, je vous cite, que "chaque période de l'histoire a connu ses conflits et ses réponses humanitaires propres."

Comme je le disais à l'instant, votre vie se fait multiple.

Vous êtes tour à tour directeur médical d'"Action Internationale contre la faim", membre du cabinet de Claude Malhuret, attaché culturel au Brésil, vice-président de "Médecins sans Frontières" puis conseiller au cabinet de François Léotard.

Vous avez été Président d' "Action contre la Faim" de 2002 à 2006 et depuis 2007, vous êtes ambassadeur de France à Dakar.

Ÿ Ÿ Ÿ

De cet itinéraire hors normes va sortir une fécondité littéraire fulgurante et exceptionnelle.

Vous dites que vous avez eu envie d'écrire pour réfléchir sur votre expérience et en rendre compte.

Vos débuts en littérature sont fracassants.

3 romans, 3 prix:

à en 1997, le prix Méditerranée et le Goncourt du premier roman pour "l'Abyssin".

à en 1999, le prix Interallié pour les "causes perdues".

à en 2001, le prix Goncourt pour "Rouge Brésil".

Ils vous valent un immense succès populaire. Il est dû, j'en suis convaincu, à la fois à votre plume très riche mais aussi très alerte et à l'atmosphère dont vous savez imprégner vos livres. Si vous me le permettez, je souhaite lire le 1er paragraphe de l'Abyssin qui en est l'un des meilleurs exemples "…"

Dès l'ouverture, on est complètement plongé dans l'ambiance si particulière du Consulat de France du Caire.

Et j'espère que ce soir vous répondrez à la question que vous a posé dans son discours d'accueil Yves Pouliquen pour savoir si votre fonction d'ambassadeur correspond à celle du consul Monsieur de Maillet.

Suivront "Globalia", "La Salamandre", le "Parfum d'Adam". Et enfin l'année dernière un récit autobiographique "un léopard sur le garrot" dont vous avez emprunté le titre à un vers de Léopold Sedar Senghor.

Dans vos romans, vous inventez des histoires qui vous ressemblent. Comme j'ai eu la chance de le constater en passant quelques jours en compagnie de Patrick Poivre d'Arvor à votre résidence d'ambassadeur à Dakar.

Des histoires foisonnantes, ouvertes sur le monde, des aventures extraordinaires toujours liées à une Histoire plus vaste, qui reste votre référence.

Vos romans plaisent parce qu'ils sont hauts en couleurs, pétris d'humanité, d'humanisme, jamais moralisateurs.

Ils traitent de questions graves avec le détachement nécessaire et beaucoup d'amour.

Vous dites que vous écrivez l'hiver et toujours par plaisir. Sinon vous n'écrivez pas. C'est pour vous une forme de bonheur. L'hiver, c'est sûrement pour cela, peut être pas seulement pour cela, mais en tous cas une des raisons pour lesquelles vous avez un peu de mal à écrire à Dakar. Cela, je dois le dire, nous attriste un peu car nous attendons avec impatience le prochain livre.

Les Sénégalais disent qu'après Senghor qui fut le premier Africain à siéger sous la Coupole, vous permettez au Sénégal d'être une deuxième fois à l'honneur.

Ici dans le Berry nous n'oublions pas la grande figure de Jean-François Deniau, homme politique, bien sûr, mais peut être surtout écrivain, diplomate et académicien, dont je salue la mémoire. Lui aussi se plaisait à dire qu'il avait eu 7 vies.

Cher Jean-Christophe Rufin, vous qui entendez vivre plusieurs vies en une, selon votre expression, vous voilà maintenant Immortel. Mais j'en suis sûr, vous n'avez pas fini de bourlinguer….

Merci encore de votre présence ici ce soir.

Merci à tous.

Signé Serge Lepeltier


Voir le discours de Jean Christophe Rufin à l'Académie française

>>>cliquer ici

 


à suivre

Et voici un témoignage très émouvant de Robert Lechêne sur Bourges et la famille de J.C. Rufin,

J'ai été très intéressé à plusieurs titres par ce que vient de publier l'Encyclopédie concernant Jean-Christophe Rufin. D'abord en apprenant,ce que j'ignorais à ma honte,que j'étais (presque) concitoyen berruyer d'un Prix Goncourt et habit vert de l'Académie française.

En second point,je me suis posé des questions quant à la photographie de l'immeuble de l'angle de l'avenue Eugène-Brisson et de la rue Béthune-Charost donné,au conditionnel il est vrai,comme la maison où serait né J-C Rufin. En troisième point,j'ai ressenti une émotion en retrouvant ainsi subitement le nom de Denise Bonneau. Car j'ai connu Denise Bonneau. De vue. Je crois que c'était à la rentrée d'octobre 1940. Le lycée de jeunes filles de la rue Littré,manquant de professeurs pour certains cours à cause de la guerre et de l'occupation,envoya quelques-unes de ses élèves dans des classes strictement masculines de notre lycée Alain-Fournier rue de Paradis. Denise Bonneau était l'une d'elles,et son physique de très belle jeune fille ne manqua pas de faire impression sur mon petit coeur de pré-ado. Si bien que ce petit coeur battait plus fort à chaque fois que je passais devant la maison du docteur Bonneau. Laquelle se trouvait sur le cours Anatole-France,côté des numéros pairs. Et j'y passais assez souvent,prenant des leçons de latin chez une vieille demoiselle qui habitait juste en face.

Alors,le docteur Bonneau aurait-il déménagé avant la naissance de Jean-Christophe en 1952 ? "Un léopard sur le garrot" ne le donne guère à penser. La maison qu'évoque le livre semble avoir été celle du docteur depuis fort longtemps,donc depuis plus que les sept années entre son retour de déportation et la naissance de son petit-fils. D'autre part,certains détails de la description qu'en fait M. Rufin semblent peu concorder avec la maison de la photo: "des ombres voûtées franchissaient le portail et traversaient le jardin jusqu'à la véranda. Ce long boyau vitré encombré de plantes en pot avait toutes les apparences d'un jardin d'hiver". A moins que je me trompe et que je n'aie pas soupçonné toutes les dépendances de cette maison quand j'y ai prêté attention en 1944,alors qu'elle était occupée par les "souris grises",les auxiliaires féminines de la Wehrmacht.

Peut-être de vieux berruyers,comme M.André Rousseau,l'auteur de "C'était hier à Bourges",se rappellent-ils l'adresse du docteur Bonneau,et peuvent-ils éclairer cette énigme...sans grande importance. Car elle n'enlève rien au talent de Jean-Christophe Rufin, ni à la bouleversante sincérité de ses souvenirs d'enfant. Quant à moi,de découvrir ainsi qui était sa mère,j'avoue avoir été très profondément touché d'apprendre quel a été le destin assez triste de la si belle Denise Bonneau qui m'avait fait rêver,il va y avoir soixante-dix ans...


Robert Lechêne


Il y a désormais lieu de poursuivre les recherches historiques sur la maison natale de J.C. Rufin et trouver les lieux véritables qui oscillent entre :

- la rue Sanson dont parle M Rufin dans son propos de Bourges.

- la rue Emile Zola qui apparaît dans un document officiel, mais c'est lors de la naissance du petit Jean Christophe et très vite, son père quittera Bourges puis sa mère pour Paris, cette adresse est sans doute .

- Le N°1 de la rue Eugène Brisson où il est effectivement né, cela semble bien être la clinique du docteur Malgras, et non la Banque de France qui est dans la rue d'à côté et qui date aussi du début du XX ième siècle..

- la maison du grand père à Allogny.

- la place Anatole France dont parle M Lechêne, et là, il semble que la propriété avait bien deux entrées, l'une pour le cabinet du docteur Bonneau, et l'autre pour le côté privé donnait sur la rue Sanson.

L'emplacement de la clinique du dt Malgras ou serait né Jean Christophe Rufin


Qui peut répondre à cet internaute ?

"Jean Christophe Rufin est né à Bourges, au N° 1 de l'avenue Eugène Brisson, dans ce qui devait être la clinique du docteur Malgras (vérifier ce point).
Il sera déclaré au nom de Jean-Christophe, Henri, Maurice Rufin par son père, Marcel, né dans le Pas-de-Calais à Dannes en 1911, ce père était alors directeur des services vétérinaires du Cher. Sa maman se nommait Denise Bonneau, native de Bourges (le 8 juin 1927), elle était
alors sans profession, et fille du docteur Bonneau qui sera médecin à Bourges cours Anatole France (ou rue Sanson), mais aussi Maire d'Allogny où il possédait une maison.
Le couple Rufin habitait alors au 3 de la rue Emile Zola.
A cette époque, le maire était André Cothenet, et il avait René Ménard comme adjoint délégué qui signera l'acte de naissance du petit Jean Christophe."

Connaitriez-vous les parents de Denise Bonneau, ou plus dans leur
ascendance si ils sont du Cher ?

Merci d'avance.

Cordialement,
jy soulcié



Rufin maire de Bourges ?

Fin juin 2015, le Berry Républicain faisait état d'une confidence de Jean Christophe Rufin dans un magazine people sur l'influence de son épouse qui lui évite parfois " de faire des conneries ", et de donner l'exemple de son refus de postuler aux élections municipales pour devenir Maire de Bourges !
Cette information, nous l'avions a Bourges info, oui messieurs du BR, mais comme d'autres, nous ne voulions pas la donner sans avoir l'aval des intéressés, où quelle soit divulguée par ailleurs.

Voilà ce que nous savons depuis le 1er juin 2013, c'était au Familia, avenue Marcel Haegelen, un samedi après midi.


Après l'annonce de son refus de postuler aux élections municipales de mars 2014, Serge Lepeltier avait misé sur Pascal Blanc, mais comme souvent il imagine un plan B, aussi, devant une forme de doute ou alors, en voyant la division de la droite et du centre, et le syndrome de 1977, qui avait vu l'arrivée du Parti communiste a la mairie pour 18 ans avec pour raison la division d ela droite et de deux listes. L'encore maire de Bourges qui était depuis plusieurs années très lié avec Jean Christophe Rufin il lui parla de cette éventualité de devenir maire de Bourges.
Je ne sais pas si cela a eu une influence sur ce point, mais j'avais a plusieurs reprises évoqué la possibilité d'avoir une personnalité d'ampleur nationale, un parachute, et le nom de M. Rufin avait été évoqué. Cela pouvait se faire, l'exemple de Boisdè député maire puis de J F Deniau deptè et président du Conseil Général dans le Cher ont bien fonctionne a Bourges.

Et c'est ainsi que Serge Lepeltier prépara ou fit préparer une belle pile de dossiers sur la Ville de Bourges qu'il remit à l'académicien, lequel possédait par ailleurs un appartement a Bourges.
J C Rufin, semble-t-il était partant, une carrière de plus, une expérience supplémentaire, cela ne pouvait que lui plaire.


Et pendant 8 jours, c'était acquis, Jean Christophe Rufin serait candidat et tête de liste pour la mairie avec toutes les chances de l'emporter.
Et puis, comme bien entendu, il y eut des demandes d'explications sur certains dossiers, et des conversations sur cette fonction de maire entre Serge Lepeltier et Jean Christophe Rufin.
Serge Lepeltier y croyait, et les rares personnes mis dans la confidence aussi, mais au bout de 8 jours, douche froide : Jean Christophe Rufin refusait la proposition, avec un vrai regret, car ce challenge l'intriguait.


A ce moment, il ne mit pas en avant l'influence de son épouse, mais deux éléments forts :


- le premier, c'est le temps a passer pour la Mairie, selon Serge Lepeltier, la première année, c'est du 100% et même plus si c'était possible. Visiblement l'ancien ambassadeur à Dakar ne se voyait pas en permanence à Bourges dans son bureau de l'hôtel de ville, à traiter des dossiers locaux, parfois importants et souvent d'un intérêt mineur.

 

- le second, relié au précédent, c'est qu'il avait des projets, essentiellement d'écriture et aussi de voyage. Il voulait semble-t-il garder un degré de liberté, et c'est vrai que le maire se doit d'être présent pour des manifestations ou inaugurations diverses, même si c'est lui qui fixe l'emploi du temps. Mais le 8 mai ou le 6 septembre, ça ne se déplace pas.

Et c'est ainsi que JC Rufin, ne sera pas maire de Bourges, il aurait été élu sans difficulté.

à suivre


 

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