Hotel de Panette - Roland Narboux - Bourges Encyclopédie -

L'ENCYCLOPEDIE DE BOURGES

L'HISTOIRE DE PANETTE A BOURGES
Par Roland NARBOUX

Bourges, et l'Histoire de cet ensemble appelé "l'Hôtel de Panette", une belle page d'Histoire de 1400 à nos jours.

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Version 2019

 

Avec les Diseurs du Berry et l'aide de Bruno Lageline, j'ai écrit de manière synthétique l'Histoire de cet Hôtel de Panette.

" Si Panette m'était conté "


Le trésorier de la Sainte Chapelle

Tout commence avec la construction de la Sainte Chapelle par le duc Jean de Berry, cela permet aux visiteurs de converser avec Arnoul Belin, le Trésorier du chapitre de la Sainte Chapelle, lequel rencontre une jeune fille, Macée de Léodepart, dont le père est un homme qui compte dans le Bourges de la finance en ces années 1400. Elle est accompagné d'un jeune garçon, dénommé Jacques, dont le père Pierre Cœur est un commerçant qui est en affaire avec la cour du duc Jean.
Et c'est cet homme, Arnoul Belin qui fait édifier une belle demeure dont il ne reste aujourd'hui que le portail, c'est l'entrée du domaine de Panette.

La famille du marquis de Tristan

La visite se poursuit, le portail classé franchi, avec la rencontre par les visiteurs, de la famille du marquis de Tristan, nous sommes au XVII ième siècle. La vie de Pierre Jean l'Evangéliste Marie de Tristan est conté à travers son existence fertile en évènements, mousquetaire de la garde royale à l'âge de 16 ans, il devient un des fondateurs de la première loge maçonnique de Bourges, appelée Sainte Solange avant de s'affilier à la nouvelle loge Minerve formée de l'aristocratie locale, avec des noms connus, de Bigny, de Bengy, de Préville, de Puyvallée, de Villeneuve et du maire de Bourges de l'époque, Clément de Beauvoir.
Cette scène permet de saisir ce qu'étaient les habits du franc-maçon des années 1780, avec les gants blancs, le sautoir, le tablier, le tricorne et l'épée symbole de l'égalité.
En outre, c'est le marquis de Tristan qui faite construire l'Hôtel classique actuel à la place de l'ancienne maison du Trésorier de la Sainte Chapelle dont nous ne savons rien.

Monsieur de Panette l'ingénieur


C'est ensuite l'entrée dans le XIX ième siècle avec le personnage qui a donné son nom à ce lieu monsieur Gabriel de Panette, marquis lui aussi, et qui acheta la demeure telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Cet homme fut d'une importance considérable pour notre ville de Bourges puisque c'est lui qui réalisa le célèbre plan de Panette. Ingénieur, il va, assisté de quelques géomètres, tracer avec une grande précision dans les années 1810 le plan cadastral donnant la la limite de chaque parcelle … afin de constituer la base de la perception des impôts.


Il aura un fils, Alphonse, amateur éclairé de musique dont il jouait fort bien, et qui va acquérir un violon, non pas un Stradivarius, mais un Guarnerius qui fut l'instrument d'Issac Stern et qui est actuellement entre les mains de Renaud Capuçon.
C'est Gabriel de Panette qui va louer à la demande du roi des français Louis-Philippe son domaine afin d'accueillir en en exil le " roi " d'Espagne Don Carlos.

L'Exil de Don Carlos, roi d'Espagne


Et pendant plus de 5 ans, Panette sera au centre de l'Europe, avec des rencontres, des intrigues, des complots entre les carlistes de Don Carlos et les partisans de la reine d'Espagne.
Il est pour beaucoup " sa majesté Charles V d'Espagne " il se nomme Charles de Bourbon, et en cette année 1840, il a 52 ans, et il rejette et dénonce la modification de l'ordre de succession au trône d'Espagne.
Il est roi des " Espagnes " sous le nom de Charles V depuis 1833 à la mort de Ferdinand VII son frère qui n'a pas eu d'enfant après 3 mariages. Mais le roi Ferdinand VII épouse en quatrième noces sa nièce Marie Christine des Deux Siciles, qui lui donne deux filles et s'appuyant sur un édit datant de 1789, Ferdinand VII, par un décret, abolit la loi salique, laquelle avait exclu les femmes du trône. Et ledit trône s'en va à la fille de Ferdinand.
Il est aidé à Bourges, par son épouse Marie Thérèse de Bragance, qui fut infante du Portugal, elle est la princesse de Beira, comtesse de Molina, reine consort d'Espagne.
C'est l'occasion de retrouver des personnages locaux comme monsieur le marquis Pons-Louis-François de Villeneuve qui fut préfet du Cher, en 1816. Il est de retour à Bourges. C'est un légitimiste, il est souvent accompagné de Monseigneur de Villèle, l'Archevêque du diocèse de Bourges.
Au bout de 5 ans passés à Bourges, un quinquennat en quelque sorte, Don Carlos va finalement abdiqué en faveur de mon fils aîné, le 18 mai 1845 et il prit le titre de " comte de Molina " et à partir de là il fut appelé " roi père " par ses partisans, les carlistes.
Don Carlos mourut à Trieste dix ans plus tard, le 10 mars 1855.
Quant à son fils, Carlos Luis, prince des Asturies, né à Madrid en 1818, et qui devait être roi, en succédant à son père Don Carlos. Il se retrouve à Bourges et rester à Panette, en exil après le départ de son père, c'était en quelque sorte un otage et il prit le titre de Charles VI ou Carlos VI. C'est le nouveau prétendant carliste au trône d'Espagne et curieusement, il prend le titre de courtoisie de comte de Montemolín après une fuite rocambolesque de Bourges vers l'Angleterre.

L'Hôtel de Panette passe de main en main


Après cet épisode historique peu connu des Berruyers, en 1863, Gabriel Vincent de Panette meurt et le domaine est partagé entre son épouse Mélanie de Marcillac, et son fils Alphonse Vincent de Panette.
A partir de la fin du XIX ième siècle, plusieurs changements de propriétaires, comme en 1879 avec la vente de l'hôtel de Panette aux époux Pilté-Jouslin.
La vente porte sur " un hôtel sis à Bourges, 1 rue du Vieux-Poirier, comprenant 2 corps de bâtiments d'habitation, communs, cour d'honneur ouvrant sur la rue du Vieux-Poirier par une grande porte et une petite porte.
C'est mon mari, il est né l'année de la bataille de Leipzig, c'était en 1813. Nous nous sommes mariés en 1846 et nous avons habités loin du Berry, dans un château à Gargenville où naitront deux filles, Jeanne en 1851 et Marie-Charlotte l'année suivante, cette dernière sera la future marquise de Bélâbre. Je vous la présente.
La marquise de Bélâbre est la fille d'Alphonse de Panette, ce musicien qui aurait du faire une grande carrière, c'était un amateur éclairé de musique, et fou du violon qu'il jouait fort bien. Un instrument œuvre du grand luthier crémonais Guarnerius del Gesù
En novembre 1946 la descendante de la famille de Panette, Madame de La Chaussée par un acte étudié, et devant l'étude de Maître Devaux et Brochard léga cet hôtel de Panette à l'Association Diocésaine de Bourges qui était alors représentée par Mgr Joseph Lefèvre, archevêque du diocèse de Bourges et futur cardinal de notre diocèse.
Mais ce legs était conditionné, comme souvent à Bourges, avec cette clause :
" consent cette attribution sous cette condition expresse et spéciale que l'immeuble ci-dessus désigné ne pourra être occupé que par des ministres de l'église catholique, apostolique et romaine, en communion avec notre Saint Père le Pape, et que cet immeuble soit affecté à l'usage du Culte, et spécialement comme annexe de l'Archevêché ". Il est précisé que " si cette condition n'était pas respectée, l'immeuble lui fasse retour, à elle ou ses ayants droit, sans aucune indemnité pour les améliorations qui auraient été apportées ".
L'hôtel de Panette est alors transformé en bureaux, appartements, et il devient le siège d'un journal catholique, ainsi que de la direction de l'école catholique
Pendant des années, personne ne pouvait voir ce qui se passait dans cet ancien hôtel de Panette. En marchant sur le trottoir de la rue Henri Ducrot, chacun se demandait ce que cachaient ces immenses murs, et ce portail toujours fermé.
Par manque d'entretien, le bâtiment est alors dans un triste état, mais il ne demande qu'à ressusciter, il est mis en vente après la recherche des héritiers de madame de la Chaussée.

Et vinrent Bruno Lageline et Laurence Javal


C'était hier, Bruno et Laurence pénètrent dans la cour de l'hôtel particulier le vendredi 3 septembre 2010. C'est un véritable choc émotionnel. Ils ne savent rien de l'endroit, ni son nom, ni son histoire.
J'étais, je suis toujours, ajoute Bruno Lageline agent immobilier, et je tombe amoureux de ce lieu, vite suivi par mon épouse journaliste, nous sommes bien décidés à avancer dans un projet fou : acquérir ce lieu et le réhabiliter.
Je fédère une partie de la famille, des associés agents immobiliers, et j'obtiens le soutien et l'accompagnement du directeur de l'Office du Tourisme et de quelques amis. Après de multiples péripéties et des dossiers de prêt refusés, l'acte d'achat enfin passe le 28 décembre 2011.
La partie sur jardin est à usage d'habitation avec des chambres d'hôtes, une partie sur rue à usage de bureaux, et d'hébergements touristiques. Les dépendances, à usage d'hébergement touristique.
Malgré des moyens limités, les associés confient la décoration à Jean Luc Charpagne.
Les portes de l'hôtel de Panette ont été ouvertes à tous le 16 septembre 2012, lors des journées du patrimoine.


L'objectif aujourd'hui, c'est la réfection du portail d'entrée, celui d'Arnoul Belin,
Ainsi se termine cette évocation de l'Hôtel de Panette, sachant qu'il reste encore beaucoup d'autres faits historiques, car c'est ici par exemple que fut caché après l'insurrection dite de la Vendée sancerroise, Phélippeaux dit Passaplan.
A suivre …

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