MBDA Bourges par Jean de Tremblet - Bourges Encyclopédie

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MBDA DE BOURGES
Par Jean de Tremblet

Bourges, avec l'Histoire de MBDA, qui succède à Aérospatiale Missiles, et dont la direction doit affronter une contestation forte des salariés......

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Version 2009

 

Un bref retour sur l'entreprise située rue Le Brix depuis 1928 et dont plusieurs articles signés de Roland Narboux dans cette encyclopédie sont à lire ( Aéroport - Histoire des avions, - Aérospatiale). mais cet article concerne, non pas Aérospatiale, mais l'usine de la rue Le Brix devenue MBDA.

Mais c'est de MBDA qu'il s'agit. Tout remonte à 1998, à cette époque, les milieux "autorisés" s'accordaient à penser que les alliances entre les français et les allemands allaient se concrétiser pour former une belle industrie de missiles. Et Bourges usine de production avec l'usine de conception de Châtillon avait une belle carte à jouer dans cette alliance. Certains pensaient aussi qu'une autre forme d'alliance avec Thomson, qui était "systémié" était possible. Mais ce qui va arriver va jeter la consternation dans les milieux aéronautiques locaux.

JUILLET 1998 = MATRA PREND LE POUVOIR

C'était au mois de juillet, un soir sur France Info, ce jeune cadre de production allait se coucher lorsqu'il entendit le mot Aérospatiale. Il tendit l'oreille et n'en revint pas : le journaliste parlait de l'accord conclu entre Aérospatiale et Matra. C'était bref mais significatif, et pourtant incroyable. Il avait mal entendu. Il avait confondu Matra avec Dasa ou Thomson, .... non ce n'était pas possible le journaliste s'était mélangé dans les firmes aéronautiques.
Le jeune ingénieur, il n'avait que 5 ans "de maison" chercha sur d'autres stations la confirmation, mais nul n'en parlait.
Il avait dû rêver avant l'heure !

Le lendemain l'information se confirmait et se précisait.

Le groupe de Jean Luc Lagardère entrait dans Aérospatiale. Ce sera un changement fondamental. Comme le rappellera à plusieurs reprise Henri Berger, futur directeur du COCE, les cartes et la culture ont changé. Les décisions d'une entreprise étatique qui est à la fois client et fournisseur, c'est à dire qui commande des missiles pour ses forces armées et qui les fabrique dans son usine est propre à une culture " étatique" et protégée. Les grands axes stratégiques sont plus fonction des échéances électorales à venir que des lois du marché. C'est d'ailleurs ce que reprochaient les firmes privées comme DASA ou Baé à Aérospatiale dont les décisions étaient souvent plus politiques qu'industrielles.
Ce sont ces grandes lois qui étaient en place depuis 1937 qui vont voler en éclat.
Avec Matra et le groupe Lagardère, c'est le marché qui prime, celui qui détient le pouvoir, ce n'est plus le politique, c'est l'actionnaire. Il a mis sont argent dans une affaire et désire que cela lui rapporte, et lui rapporte le maximum. La belle technologie, ce n'est pas son problème, il veut faire des profits.

MBDA avant destruction

Quelques mois plus tard, en Janvier 99 arrivée de Henri Berger qui devient un des directeurs de l'usine. alors que le PDG d'Aérospatiale M. Yves Michot quitte le groupe le 15 décembre 1999. Le pouvoir passe entre les mains de Philippe Camus une des "têtes" de Matra... Matra qui était alors "l'ennemi juré " d'Aérospatiale.

 

 

Daniel DUBREUIL QUITTE LE BERRY

Le départ de Daniel Dubreuil qui était le directeur d'Aérospatiale Missiles Bourges sans être attendu ne fut pas une surprise pour l'ensemble du personnel de Bourges. Il est de tradition, dans une entreprise que les directeurs laissent leur place après quelques années. A Bourges, Raymond Puisségur et Georges Barroy étaient restés plusieurs lustres en place, mais c'était " autrefois ". Dans ces temps actuels, un directeur doit changer au moins tous les 5 ans et dans le groupe Aérospatiale, c'était même parfois un mouvement brownien.

Daniel Dubreuil s'en va dans son sud ouest natal rejoindre Toulouse dont il devient directeur, ce qui rend fier plus d'un compagnon. " Nous avons formé le directeur de la capitale européenne de l'aéronautique ! " ne sachant plus très bien les fonctions qui sont celles d'un directeur de site, fonctions très éloignées de celles d'un Georges Barroy.

Beaucoup regretteront ce départ, car Daniel Dubreuil s'était beaucoup impliqué dans l'usine de la rue Le Brix, ce qui était tout de même sa fonction, mais aussi en ville, avec une participation très active dans la création et le suivi de la nouvelle Ecole d'Ingénieurs de Bourges. Par son parler et ses discours, il avait " une tchatche " très convaincante et avec des mots simples, et souvent importés du milieu du rugby, il " passait bien ".

CHANGEMENT DE PATRONS (AVEC UN S)

Le départ en cette fin d'année 1998 n'est pas vécue par les personnels comme un traumatisme, ils attendent le nouveau patron sans état d'âme ..... et il en arrive deux.

Le premier qui se présente comme chef d'établissement est Jean Destruys, c'est un responsable de Ressources Humaines, il vient de Renault Automation, et fut recruté par Jean Louis Fâche. On dit de lui que les plans sociaux ne lui posent pas de problème, mais qu'il connaît bien son métier et les rouages du code du travail. Il est sensible à toute esquisse de mouvement social. Il est très ouvert même si il n'a pas toutes les manettes de diriger.

Il est venu assez souvent à Bourges comme responsable de Châtillon des Ressources Humaines, lors des voyages pour "entraîner" les châtillonais à Bourges.

Directeur d'un établissement à la veille de l'an 2000, ce n'est plus être directeur de Bourges comme ses prédécesseurs, et en fait Jean Destruys a peu de prérogatives par rapport à ses prédécesseurs. Il s'occupe d'une partie de la logistique, des moyens généraux et assure la cohésion de l'établissement et les relations avec les syndicats. Pour tout ce qui concerne la production, les achats, la qualité, l'après vente, le bureau d'études, ces responsabilités lui échappent. Ce sont "d'autres directeurs" qui oeuvrent.
Comme il y a deux Centre Opérationnels, cela fera deux directeurs de plus, et pas question de cumuler comme autrefois. C'est ainsi que Bourges avec le Centre Opérationnel Composants et Equipements attend " son " directeur..... lequel se fait attendre.

Jean Destruys deviendra ensuite vers 2005, Directeur chargé de la Région Centre, avec un travail difficile face aux "nouveaux patrons parisiens" de Matra. Plus tard, il aura une forte activité dans le monde du basket.

Comme toujours, les spéculations vont bon train, et les favoris se mettent en ligne. Il y a Serge Catoire, un polytechnicien doublé des Mines qui est un des cadres parmi les plus diplômés de la société, Henri Berger, le patron des bureaux d'études, il est depuis quelques années à l'Aérospatiale, après être passé par Matra. Et puis d'autres noms comme Jean Polono ... ou quelques autres sans que jamais le nom d'un cadre berrichon n'ai été prononcé. Certains trouvent les décisions parisiennes profondément injustes.

Après un long suspens .... qui n'intéressait à vrai dire que certains cadres supérieurs de Bourges, car pour les techniciens ou compagnons, dans les bureaux ou ateliers, un directeur ou un autre.... c'est pareil. De toute façon depuis M. Barroy, il y a bien longtemps que les directeurs n'allaient pratiquement plus dans les ateliers.
Et le nom de l'heureux élu tomba : le directeur du COCE sera Henri Berger.
Les mauvaise langues affirment qu'il a été choisi car il accepter de venir travailler à Bourges alors que les autres prétendants dirigeraient à distance, de la région parisienne. Ce n'est sans doute qu'une légende.

Il arrive au début de l'année 1999 et commence à voir les cadres principaux du centre opérationnel. Il veut changer en profondeur l'organisation en place et mettre aux postes clé de jeunes ingénieurs. Les anciens commencent à sentir le souffle du boulet passer au dessus de leur tête. Le mot " ancien " ou " vieux " est d'une implacable subjectivité, en ce début 1999, on est vieux au delà de 50 ans, et lorsque sonne l'anniversaire des 55 ans, c'est le glas ou l'hallali. Il n'y a plus de place pour eux. Cela n'a guère changé en 2006.

LES FILIERES DU COCE

Henri Berger veut très vite imprimer sa marque dans la mise en place d'une nouvelle organisation. Il considère que le système existant avec une production puissante, trop éloignée du bureau d'études "déresponsabilise" le personnel.
En plus, il veut mettre en place des hommes jeunes, considérant sans doute que ceux qui sont en place ont fait leur temps. Il a dans sa tête de manière sans doute inconsciente, le fait que Bourges et la division perdent de l'argent, et que le staff en place en est responsable. Il n'a aucun état d'âme pour placer " ses favoris " et écarter les anciens, même s'il en a parfois besoin pour éviter quelques " grosses bêtises ".

Trois filières sont constituées chacune d'elle comprenant le bureau d'études, la préparation, le lancement et la fabrication. La logistique, les achats et la qualité et le contrôle de gestion restant un peu en dehors.
Robert Mordant qui avait la responsabilité de l'ensemble de la production se retrouve avec un petit périmètre appelé " le pilotage ", alors que la qualité reste en place, avec Roland Narboux, perdant au passage l'inspection, c'est à dire le contrôle réelle des pièces et équipements.
Ces trois filières sont logiques et correspondant à un découpage technologique classique, c'est :
- la mécanique, laquelle inclue les composites, avec Gérard Naveau.
- l'électronique avec l'autre Gérard, Goninet est son nom.
- la fabrication des sous-ensembles aéronautiques avec Alain Lamboley.

Il s'agit pour Henri Berger de retrouver la compétitivité et de redresser l'image du COCE vis à vis de ses clients, et enfin, et surtout gagner de l'argent.
Loin de ces péripéties l'autre Centre Opérationnel, celui qui assemble les missiles reste avec Viala comme patron, mais comme ce dernier reste à Paris, il a sur place un adjoint, Yves Vinzent.

Après les unités, les services, les départements, les branches et autres centres opérationnels, voici apparaître les filières, un mot nouveau dans le vocabulaire des berruyers.

Pour le personnel et les syndicats, ces filières ne changent pas grand chose. C'est un règlement de compte pour les uns, c'est la fin d'une génération pour les autres, et pour les troisièmes, il fallait vraiment bousculer la routine et l'arrivée de Berger et de ses filières peut être positif.
Il est vrai que le compagnon sur son centre d'usinage Mandeli est plus préoccupé par les pannes de sa machine que par les changements des chefs dans les bureaux, d'autant plus que les chefs, plus c'est haut, moins ils se voient. Depuis qu'il n'y a plus beaucoup de gadzarts dans les responsables, chacun reconnaît que les ingénieurs " de salon " pour reprendre leur expression ne fréquente pas beaucoup les ateliers. L'huile et le cambouis, " ça tâche " !


La méthode Berger

C'est à cette époque que les médias, sur le plan national, écrivent à longueur de colonne des propos sur la " méthode Jospin " pour qualifier la manière dont gouverne le Premier Ministre de la France. A Bourges, c'est la même chose à Aérospatiale-Matra, avec la " méthode Berger ".

Cette méthode est celle du bulldozer lancé et que rien ou presque n'arrête. Les machines à désinvestir, les restrictions dans les frais de fonctionnement, le départ des personnels, c'est un peu la même chose, " combien ça coûte et combien ça rapporte ". Il n'y a plus de sentiment, on ne fait plus dans la dentelle

Le principe c'est d'aller " de l'avant ", parfois sans beaucoup de réflexion, et de voir tous les domaines où il y a de l'argent à gagner. Une machine en moins, c'est un peu de taxe professionnelle à payer, un lanceur en moins, c'est une paie économisée en fin de mois, et ainsi de suite. Il arrive que ce soit efficace, parfois, c'est l'inverse. Pour augmenter la charge et diminuer le taux horaire il est décidé un jour de juin 1999 de reprendre toutes les pièces mécaniques sous-traitées pour les faire en interne. Quelques mois plus tard, dans une invraisemblable pagaie, car les ateliers ne sont pas conçus pour faire n'importe quelle pièce, on redonne des ordre de repasser ces pièces à l'extérieur.......
On confond souvent vitesse et précipitation, et l'usine, en particulier les ateliers mécaniques deviennent ingérables, les délais sont coulés, la qualité est mauvaises et les coût ne diminuent pas beaucoup.

Pourtant les chiffres économiques de l'année 1999 sont plutôt bons, ce qui faire dire à chacun que la méthode Berger est positive en termes économique. L'avenir dira qui a eu raison dans ce qui restera une querelle des anciens et des modernes.

C'est en cette fin 1999, le 15 décembre, qu'est annoncée officiellement le départ de Yves Michot le Président. Ce ne fut pas une surprise, depuis des semaines, voir des mois, il était sur la sellette. Ceux qui l'ont vu à Paris lors de la première présentation de la nouvelle société franco-allemande EADS s'en étaient rendu compte. Face à un Camus, triomphant, Y. Michot se tenait dans son coin, attendant quelques questions.... mais déclarant qu'il parlerait le temps venu.
Le temps n'est jamais venu, et les Lagardère Boy's ont pris le pouvoir.

Des voeux surréalistes

L'année commence avec les voeux du directeur du site Jean Destruys, personne ne comprend les lignes écrites qui parlent des " collègues de Matra ", d'un établissement de Bourges conforté " ou d'un " climat social serein " alors que c'est l'horreur. Pas simple le poste de directeur à ce moment.
Information et désinformation mais aussi manipulations deviennent des outils de management. En fait, personne ne comprend ces voeux qui sont comme une anticipation sur ce qui allait arriver.
Un langage incompris et qui est passé chez beaucoup pour de la provocation.

Henri Berger au créneau

Le directeur du COCE a toujours un langage clair et net, il ne s'embarrasse pas de diplomatie inutile, il va à l'essentiel, que ce soit pour déplacer une machine ou un homme. Son langage est toujours le même " combien ça coûte et combien ça rapporte ".
Lors de la première réunion de rentrée, en petit comité, c'est très difficile.
Il dira après des voeux courts et classiques sur la famille, l'entreprise, il ajoute de manière solennelle " , il faudra avoir la force de ne pas subir, ne pas accepter tout ce que l'on nous demandera.... on ne doit pas répercuter au personnel tout ce que l'on va vivre et ne pas faire ce qu'on nous fait subir. Il faut de la solidarité entre nous. "

Après un retour sur 1999 qui a été une bonne année, avec tous les indicateurs généraux positifs, avec les objectifs atteints, il fait preuve d'un pessimisme certain vis à vis de l'an 2000 :
" On n'est pas sûr que tout le monde sera là en décembre, on et je ne suis pas sûr de finir l'année ", l'année sera en effet difficile et nous n'y sommes pas habitués. Mais chacun attend pour le début de l'année 2000, la visite de Philippe Camus le PDG du nouvea groupe EADS à Bourges.

Sur la visite à venir de P. Camus, le ton est curieux, " Il veut voir les élus, le reste il s'en fou ".

Il affirme que nous avons 6 mois pour redresser la situation si nous voulons sauver le site, c'est à dire le COCE. Nous n'avons que quelques semaines pour réagir et montrer que l'on peut améliorer la performance du centre opérationnel.
Le discours de rentrée tient de la douche froide.

Entre le pessimisme visible sur le visage de Jean Destruys et le discours offensif mais désordonné d'Henri Berger, les cadres qui veulent prendre un peu de recul ne sont pas très à l'aise. Les réunions d'information se font rares. P. Camus annoncé ne vient pas et Pierre Dubois reste à Châtillon, il devait venir le 15 décembre et sa visite a été décommandée.

Le temps des rumeurs

Comment vient une rumeur, pourquoi, a qui profite-t-elle ? nul ne le sait. C'est ainsi que s'amplifie ce qui devient une hypothèse forte : " le site de Bourges est condamné ", au profit de Compiègne, Salbris, des sites Anglais.... d'ailleurs, ce sont les anglais qui décident.
Ce qui se dit de plus en plus ouvertement trouble les esprits, l'électronique retourne en région parisienne et la mécanique disparaît, Salbris doit bien suffire. Le site de Bourges engins va à Selles Saint Denis chez Matra, particulièrement bien équipé et pour le Subdray, on verra, c'est un point qui reste flou.
Quant aux avions, on en termine avec ces charges d'un autre âge, d'ailleurs, Bourges ne gagne pas d'argent avec, donc il faut les rendre.... C'est d'autant plus facile que le personnel est âgé... il a plus de 55 ans pour nombre de compagnons.
Enfin, des tractations secrètes se font avec Serge Catoire pour redonner ce qui s'appelle " les composites chauds " à la filiale Célerg qui les réclame et qui peut les faire sans problème ... en Aquitaine.
Pour les personnes qui faisaient ces pièces deux ans auparavant aux Gâtines (région parisienne) et qui ont été mutés à Bourges, ce ne sera qu'un passage, vers l'Aquitaine.

Ces rumeurs de fermeture du site de Bourges arrivent inévitablement aux oreilles des syndicats qui demandent à alerter les parlementaires.
De leurs côtés, Henri Berger demande, à monsieur le préfet, lors de la remise des médailles au personnel " de se secouer un peu ", c'est en tout cas ce qu'il rapporte et de son côté, Jean Destruys rencontre lors des cérémonies des voeux différents parlementaires pour leur demander de " monter au créneau ".

Roland Narboux qui se trouvait être à cette époque un élu, proche de Serge Lepeltier est approché par Henri Berger lui donnant une foultitude d'informations sur ce qui allait se passer , allant même jusqu'à m'affirmer que l'électronique de Bourges allait retourner à Châtillon au bâtiment X qui a été rénové pour cela.... et qu'il serait bien d'utiliser ces informations le mieux possible. Il y avait une part manifeste d'intoxication sans trop savoir pourquoi.

La presse local du 1 er février 2000 titre largement sur " Aérospatiale : baisse des effectifs ". Des chiffres sont publiés, le nombre de personnels qui est de 2800 personnes entre Bourges et Châtillon, mais aussi d'autres chiffres plus inquiétants comme 750 / 1200 suppressions d'emploi selon les sources. Et Bernard Stéphan d'ajouter, sur 3 ans, ce sont 300 à 400 départs pour le site de bourges.
Mais le journaliste évoque aussi " la catastrophe de l'ANF ".
On indique aussi que le nouvel homme fort du Groupe M. P. Camus est annoncé à Bourges (et Salbris) pour les 10 et 11 février.

En fait ces articles ont été un contre-feu à une conférence de presse des syndicats de Bourges qui voulaient monter au créneau et alerter l'opinion publique locale. Jean Destruys sera obligé de parler en donnant quelques informations sans dramatiser la situation.

Le 7 février, il est annoncé que l'on discute sur les sites, selon Pierre Dubois, il n'y a pas de décisions de prises, on va attendre la visite de P. Camus. Il ne veut pas prendre de décision tout de suite.
Il semble bien que P. Camus ait sur son bureaux deux dossiers, l'un de Brégier et l'autre de Dubois, et qu'ils sont assez divergents, en particulier sur les sites.
" Il faut reprendre un peu de sérénité ", telle est la conclusion du jour, car il y a eu beaucoup de bruits, et " on risquait un article sur la fermeture de Bourges " par les syndicats semble-t-il, ces derniers ayant convoqué la presse avec les " politiques locaux ".

 

Le pouvoir politique local s'émeut, à l'exception de Jean Claude Sandrier, qui pense que les choses sont amplifiées. Serge Lepeltier après avoir vu les syndicats est inquiet, il veut rencontrer P. Camus pour savoir de quoi il s'agit. La perte de 600 emploi à Bourges, en 3 ans est inacceptable pour une ville qui souffre déjà avec Giat et bientôt Manoir Industrie.
Le maire de Bourges qui est un pragmatique ne cessera de vouloir avoir un entretien avec P. Camus.

Une visite " Présidentielle "

C'est le mardi 29 février 2000 que le Président du directoire d'Aérospatiale Matra vient visiter l'usine de la rue Le Brix. Comme toujours, l'usine est impeccable et le circuit de visite a été vu et revu. Les compagnons n'ont jamais vu autant de directeurs et autres cadres supérieurs dans les ateliers....

discours assez classique sur la stratégie.
Ne comprend pas ces rumeurs sur la fermeture du site. (c'est stupide).

Dans le compte rendu réalisé par le CE, il est dit " qu'il reste des efforts à faire de l'ordre de 400 personnes sur Bourges et 200 sur Châtillon.... Mais comme l'environnement n'est pas très favorable (ANF, étalement de certains programmes), le nouveau sureffectif s'accroît de 200 personnes, ce qui donne sur les 2 sociétés plus de 1000 personnes.

Au debreafing de Jean Destruys du 6 mars, les acteurs de Bourges sont félicités, il redit " que le site de Bourges n'est absolument pas mis en cause, les bruits ont dépassé l'entendement ".

Le 3 mars, au cours d'une conversation, Jean Destruys dira à un syndicaliste que les rumeurs proviennent d'un seul homme, qui est revenu un jour d'une réunion en affirmant " Lagardère veut fermer Bourges " et qu'ensuite, plus rien n'a été maîtrisé.
Il faut ajouter que les propos à maints reprises d'Henri Berger ont conforté largement cet aspect de fermeture du site. Le 7 mars, au cours d'une réunion, il reparlera de quelques difficultés avec le directeur du site, à propos du pointage des personnels, " si on attend d'avoir fermé, il n'y aura plus de problème de pointage ".

Le premier mars Philippe Camus se rend au Sénat pour rencontrer des parlementaires dont Serge Lepeltier.
Il en ressort :
- que le site l'a impressionné et en particulier l'électronique. Il ne pensait pas voir tant de moyens et de compétences dans ce domaine.
-
que les rumeurs sont une fermeture du site de Bourges sont totalement infondées, et il ne comprend pas l'origine de ces rumeurs.
Sur les chiffres de baisse d'emploi à Bourges ils seront de 300 maximum affirme de PDG, pour 1300 pour l'ensemble du groupe de 6000 personnes. Mais le site ne fermera pas, P. Camus ne comprend d'ailleurs pas d'où viennent ces rumeurs de fermeture.
Enfin, selon Serge Lepeltier, le " patron " d'Aérospatiale Matra a très peur de mouvements sociaux qui terniraient l'image de Lagardère qui est un homme de communication et ne veut pas passer pour un homme qui licencie la où il passe.
Mais les pertes d'effectifs restent tout de même dans l'actualité, alors que l'on apprend que le plan social proposé par Aérospatiale-Matra

Le 13 mars un tract est distribué par les organisations syndicales FO - CGC - CFTC et CFDT, et un autre par la CGT. Ils concernent l'externalisation des pièces avions et de certaines pièces missiles. Pour les syndicats, cete démarche est incohérente.

Les réunions avec Henri Berger sont de plus en plus tendues, l'information sur les pièces avions qui vont être sous-traitées, ainsi que le désinvestissement des grandes fraiseuses met le feu aux poudres. Henri Berger ne se contient plus, il demande " à identifier les gens qui donnent de fausses informations, car je veux savoir qui je fous dehors. Il y en a marre. Les pièces avions elles sortiront, car si on ne lâche pas les pièces avions, c'est la fermeture de l'établissement ". Et les propos se poursuivent sur les syndicalistes qui font.... et le fait que ce n'est plus l'Aérosociale (sic) qui est actionnaire.

 

LA FIN DES AVIONS A BOURGES EST PROGRAMMEE

De manière assez régulières, les charges des avions et hélicoptères faisaient l'objet de palabres, il s'agissait pour de nombreux dirigeants missiles, d'une activité de type alimentaire et qui ne subsistait que parce que les licenciement " secs " n'étaient pas dans notre culture. Une entreprise normale aurait depuis longtemps " liquidé " cette activité qui n'était pas rentable.

La perte d'argent sur ces productions qui occupaient une centaine de personnes au centre Opérationnel Composants et Equipements devenait de plus en plus insupportable aux dirigeants de cette fin de siècle. Les avions ils ne les avaient jamais connus, et comme ils ne gagnaient pas d'argent, il fallait éliminer tout cela. La culture, la qualité, la compétence reconnue des personnels, rien n'y faisait.
Le contrats des fabrications de sous ensembles allait jusqu'en 2003, ce serait à cette date le désengagement de l'usine de Bourges.

Il y eu un coup de bluff de la part des deux directeurs locaux en janvier 2000. Ils se répandirent sur de possibles récupérations de charges venant du " futur nouvel Airbus " le A3XX, ( qui deviendra bientôt le célèbre A 380) qui est un nouveau géant .... encore sur le papier. C'est assez nouveau et les premiers surpris sont les syndicats qui voient pour la première fois depuis des lustres, un directeur local s'intéresser aux avions et même pencher pour des solutions de charges avions.

Cela ne durera que le temps d'une rose, surtout en hiver, et quelques jours plus tard, le sempiternel discours sur " les avions seront terminés en 2002 ou 2003 reprend ".

C'est à la mi-mars que sont diffusés les premiers tracts syndicaux qui s'indignent du départ des pièces mécaniques avions. Les syndicats sont tous sur la même longueur d'onde et la CGT est très en pointe, elle veut écrire à P. Camus afin de lui signaler que les directions locales n'ont pas suivi ce qu'il avait dit quelques jours plus tôt.
J. Destruys sur ce dossier est au plus mal, et semble-t-il , la visite de Serge Catoire ne s'est pas très bien passée, il y a du tiraillement entre hauts responsables. Ces désaccords ne portent pas sur le fond, mais sur la forme. Chacun redoute que les " révélations " sur les sous traitances de charges avions ne lui porte préjudice.

P. Camus, à lire la presse nationale s'intéresse pour l'heure à l'Airbus A3XX qui est un sujet d'une grande importance, et à l'entrée des italiens d'Alénia dans EADS.

On peut comprendre que les conflits berrichons ne le passionnent guère.

Vers la fin du mois de mars, un peu d'accalmie et l'information donnée par H. Berger est différente des semaines précédents, on ne soustraite plus des pièces avions, mais on étudie le moyen d'être rentables dans la fabrication des pièces avions.
Le discours a réellement basculé de 180 degrés, et nul ne sait trop quelle information donner au personnel.

Il en veut aux syndicalistes et " s'ils défilent, c'est la mort du site de Bourges ". Il n'y a aucune cohérence dans les propos tenus.

22 MARS 2000 : UNE DRÔLE DE COMMISSION ECONOMIQUE

La commission économique se réuni sous la présidence de Jean Destruys qui a demandé la participation de Henri Berger. Après avoir rappelé que " la volonté de la direction n'était pas d'affaiblir le site de Bourges ni de le vendre par appartement, mais au contraire de le renforcer ", ce sont les charges avions qui sont à l'ordre du jour.

Le discours du directeur du COCE semble changer par rapport aux propos des semaines précédentes. Il affirme qu'il ne faut pas perdre d'argent, et récupérer des activités d'assemblage. Le but est d'augmenter de 15% les charges d'assemblage avions, par contre les activités de pièces primaires, qui ne sont pas économiquement rentables seront abandonnées. Mais " pour l'instant, aucune décision d'externalisation des charges avions mécaniques et de désinvestissement des moyens associés n'est prise ".
Pour le " reformatage " de la mécanique, les études sont en cours avec la volonté de se recentrer sur des îlots spécialisés.

En fait, les objectifs sont précis, c'est la suppression des deux ateliers automatisés flexibles qui ont fait la fierté du Bourges rentable de Georges Barroy et la vente de toutes les grandes fraiseuses à commande numérique qui ont fabriqué des panneaux pour Concorde, Ariane V, et Airbus. Mais compte tenu de l'impact de ces décisions sur le personnel et les syndicats, il faut pratiquer un " recul stratégique " ce sont les termes de cette surprenante commission économique. Ces ateliers seront effectivement détruits quelques années plus tard.

La presse nationale s'empare des problèmes d'effectifs et le journal La Tribune titre sur " Aérospatiale Matra s'apprête à supprimer près de 200 emplois ", signalant que les comptes pour 1999 seraient légèrement bénéficiaires et que les emplois supprimés seraient principalement dans les missiles.

Allo, Monsieur CAMUS ?

Tel sera le titre d'un tract de la CFTC, rédigé avec beaucoup de talent . Il s'agit de demander au Président du Directoire d'Aérospatiale Matra ce qu'il en est du site de Bourges et de son évolution. La réponse était prévue pour la fin du mois de mars, rien.... puis au 15 avril, toujours rien.... c'est l'attente.

Le départ " un peu brusque " fin mai 2000 de Robert Mordant et Roland Narboux, puis de Michel Renault quelques semaines plus tard, trois anciens, des piliers du site de Bourges sera diversement ressentie. Pour les uns, c'est la fin d'une époque, c'est un peu " le glas des années Barroy ", et certains cadres un peu jeunes ne sont pas mécontents de prendre les places, un air de revanche résonne dans des bureaux..... Pour d'autres, c'est une forme de management qui s'en va, avec ses qualités et ses défauts, mais c'était représentatif de cadres parfaitement intégrés dans le site t la région, de gens connus qui symbolisaient un attachement particulier à l'entreprise.

Dans une réunion tenue le 18 avril 2000, Henri Berger reviendra à propos des bons de douche et des temps passés aux vestiaires par les compagnons sur " le laxisme d'autrefois ", et appuiera sa thèse en évoquant les " directeurs qui ont amené l'usine là ou elle est, c'est à dire à la fermeture possible ". De tels propos sont particulièrement injustes et font toujours très mal, c'est l'éternel problème de l'héritage. Lorsque dans une situation on ne maîtrise plus rien, c'est la faute des prédecesseurs.

Ces pages montrent ce que fut la "prise du pouvoir" de la division missiles de Bourges par les gens de Matra, en se séparant des cadres les plus anciens et en faisant venir de Paris des hommes "sûr" ou en plaçant sur le site et à plusieurs niveaux des "hommes de paille ". Mais c'est toujours comme cela que ça se passe.

La question est de savoir si ces changements ont profité à l'industrie locale, aux salariés de l'usine de Bourges :

en attendant l'écriture de la suite de cet article, que dire :

- Aérospatiale Missile a disparu, et Matra a pris le pouvoir, avec une alliance avec des anglais et des allemands, devenant MBDA.

- le site de Bourges n'a pas été totalement fermé, en 2003, le Centre dit de Bourges engins a été fermé, il fabriquait des missiles Milan, Hot et ERYX, par contre les 2 autres centres de Bourtges aéroport et Subdray ont été préservé. De plus le Centre de Bourges Aéroport s'est modernisé avec des machines outils parmi les plus modernes, et les investissements dans ce domaine ont été massifs.

- la perte des effectifs n'a pas été plus forte depuis l'arrivée de Matra qu'au cours des années précédentes, c'est en moyenne 100 salariés qui quittent l'usine chaque année. Mais avec l'arrivée des personnels de Salbris (Matra) dont le site lui, a été fermé et de quelques personnes de Matra Romorantin, la baisse des effectifs rééls a été compensée.

- les charges avions ont été préservées, mais sans espoir de développement et même avec une fin programmée.

- l'annonce en mai 2005 de la suppression de 400 emplois n'a pas contribué à détendre une atmosphère lourde. le manque de charges missiles et la fin des charges avions semblen,t montrer qu'à terme, il restera une activité mais à un niveau particulièrement bas.

Devant 2000 salariés, le 20 janvier 2006, le PDG Marwan Lahoud a fait face dans la grande salle du palais des Congrès de Bourges à une contestation jamais vue depuis 30 ans dans la vénérable usine de la rue Le Brix. Les sifflets et la protestation devant l'incohérence entre le discours et la réalité ont montré, sans doute pour la première fois, qu'il y avait une véritable rupture entre les salariés et leurs dirigeants.

La contestation vis à vis du PDG laissera des traces, puisse Bourges "s'en sortir".


2006 / 2007 = EADS (et donc MBDA) dans la tourmente médiatique

Les lignes ci-dessus ont fait l'objet de plusieurs remarques de cadres de MBDA et EADS, très fâchés de ce qui a été écrit. Pourtant nul ne peut dire qu'il y a des inexactitudes, sans doute quelques approximations, mais l'esprit de ce qui s'est effectivement passé est tout à fait exact.

C'est alors que va tomber de manière brusque un grosse affaire : celle des stock options et des actions vendues par les plus importants dirigeants de EADS.

Le résultat sera le retour du seul homme intégre de ces dernières années, Louis Galois, qui fut PDG d'Aérospatiale. Il prendra la tête de EADS, mais une partie importante, peut-être la seule très intéressante sera récupérée au niveau de Airbus, par les Allemands.

Et puis, cette chute des actions EADS, suite aux retards de l'avion Airbus A 380, n'est sans doute qu'un prétexte. Les actions ont sombré car EADS n'était plus dirigée par personne.

D'une baisse des actions va se greffer une tourmente médiatique montrant que les "patrons" de EADS ont vendus leurs actions "au bon moment", avec le délit d'initié, mais surtout les hommes touchées par ces dirigeants sont considérables. Une honte pour tous les salariés qui ne comprennent pas.

Ce qui s'est passé à Bourges est typique, il n'y avait plus d'industriels à la tête de l'établissement. Tout comme pour EADS ou MBDA, car ces hommes de la finance étaient plus intéressés par leur fortune personnelle que par la bonne marche des établissements.

Déchéance et honte pour ces dirigeants ; Il ne reste que Louis Galois, mais l'ampleur des dégâts est telle qu'il ne lui sera pas possible de remonter la pente. EADS sera prise en main par les Allemands et Américains alliés.. dans la logique financière. Alors adieu les usines de Méaulte, Saint Nazaire... Bourges.

Les Matra-boys avec l'aide de Jospin et Chirac et de quelques autres ont changé la donne.


Jean de Tremblet nous a quitté, et c'est Roland Narboux qui reprend cet article

2008 / 2009 De l'espoir ?

Avec Louis Gallois, finalement des usines de Méaultes et Saint Nazaire ne sont pas externalisées, et la confiance reprend. On parle moins de M Camus ou de M Lahoud et de M Forgeard. L'équipe est renouvellée avec des gens qui connaissent bien les avions comme M Frégier ou Bouvier.

Au plan local de Bourges, il n'y a pas eu de changements importants. L'établissement s'est ouvert avec une "porte ouverte" en 2008, ce qui a permis de voir une belle usine de mécanique, avec des machines outil de très grande qualité et particulièrement performante.

En fait, l'usine de la rue Le Brix est plus compacte, et ses fabrications de pièces de missiles ou encore des restes de sous-ensembles d'avions (ATR 42 et 72) semblent faibles. Et pourtant, MBDA gagne de l'argent.

Il y aura des embauches et si la chaîne d'Exocet part en Sologne, les productions de lances missiles, qui sont des ensemble d'une technologie aéronautique se développent.

Le directeur M Butet, part en retraite il est remplacé par un ingénieur des Arts et Métiers, reprenant la tradition d'autrefois, et c'est Yves Vinzent.

Fin 2008 et début 2009, MBDA poursuit la rénovation des bâtiments dont une installation très écologiste pour traiter les déchets des installations de traitement de surface.

Sur le plan du personnel, les embauches reprennent et ce sont 70 personnes qui sont embauchées en CDI. Et puis la société, dans un marché difficile gagne de l'argent.

 

à suivre.

 

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Les élections à Bourges au XXe siècle
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L'usine Michelin
La maison de la Reine Blanche
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L'industrie à Bourges au XXIe s
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